… on voit des trucs, parfois, des barreaux, des couleurs, des lumières, et cette sĂ©millante obscuritĂ© – sans doute des symboles, qui sait ?

Douze voix plus une, pas de ploum-ploum derrière, rien que du chant de haut niveau : voilĂ le projet de l’Ensemble Vocal International Bastille (EVIB) dirigĂ© par Luca Sannai et composĂ© pour partie de chanteurs du chÅ“ur de l’OpĂ©ra.
Le concert du 8 janvier suit un cap : musique sacrĂ©e autour de NoĂ«l et de la Vierge, avec quelques embardĂ©es allant du « Notre Père » de NikolaĂ¯ Kedrov aux gospels… ce qui brouille donc enrichit le rĂ©pertoire, sans tĂ©moigner d’un manque de biscuit noĂ«llique puisqu’un medley de noĂ«ls servira de bis. L’EVIB fait montre de rĂ©elles qualitĂ©s : un choix cohĂ©rent de pièces Ă la fois consonantes et contemporaines ; des solistes sachant allier souffle et projection, notamment lors des tenues ; un souci de spatialisation ponctuel (« Det är en Ros Utsprunger » de Jan Sandström, avec choral de Praetorius dissociĂ©, façon Immortal Bach de Knut Nystedt, Notre Père entre hommes autour de l’autel, ou l’hymne Ă la vierge de Benjamin Britten avec chÅ“ur partiellement envoyĂ© dans une chapelle au fond de cour) ; une belle brochette de chanteurs sachant chanter, parmi lesquelles on note, entre autres, les belles dispositions du chef ou de la soprano soliste, miss Jennifer Elaine Young. Peut-Ăªtre certains pointeront-ils telle scorie selon son goĂ»t (justesse qui se cherche un peu dans certaine reprise ; interprĂ©tation de gospels volontariste mais un peu figĂ©e en dĂ©pit du plaisir communicatif de John Bernard – tĂ©nor aux faux airs de Geoffroy Heurard ; souci de cohĂ©rence des pièces pouvant ne pas rendre justice du potentiel du chÅ“ur Ă force d’harmonisations bien troussĂ©es mais un brin similaires – on aurait aimĂ© entendre le groupe oser quelques compositions dĂ©capantes, mĂªme si le projet d’un concert grand public explique la très paisible set-list…).
Les qualitĂ©s patentes emportant les rĂ©serves sous leur puissance, le spectateur est obligĂ© dâ€™Ăªtre sĂ©duit par cette somme d’individualitĂ©s, peut-Ăªtre pas encore fondues dans un mĂªme souffle et cependant dĂ©jĂ capables d’offrir, avec enthousiasme, leur talent et leur dĂ©sir de chanter ensemble devant un public venu nombreux les applaudir. Ă€ suivre, concluront les gourmands !
Trop petite, la Philharmonie, pour accueillir les admirateurs de Daniel Barenboim et de « son » orchestre, la Staatskapelle Berlin ! Pourtant, en attendant septembre, le cycle Mozart + Bruckner en est Ă sa troisième livraison, incluant deux Ă©pisodes dĂ©but septembre 2016 et attendant d’autres en septembre. Quant Ă nous, nous nous (ça fait beaucoup de « nous », mais c’est pas que ma faute, quand mĂªme) faufilĂ¢mes au troisième concert de janvier, qui proposait le Concerto pour piano n°22 de Wolfgang et la Symphonie n°3 d’Anton.

Sympathique concerto que ce vingt-deuxième (35’), qui permet de passer en revue maints solistes – et pas que la vedette au clavier. Alors que la direction du pianissse semble peu utile en live et peu regardĂ©e par ses ouailles, les automatismes ou le professionnalisme suffisent aux diffĂ©rents pupitres pour assurer des dĂ©parts millimĂ©trĂ©s. Les traits sont exĂ©cutĂ©s avec la prĂ©cision et l’élĂ©gance requis ; clarinette, basson et flĂ»te solo notamment se mettent en valeur par leur exactitude. L’attention et le hiĂ©ratisme de Dominic Oelze, timbalier pourtant in fine peu sollicitĂ©, participent de la cohĂ©rence rigoureuse de l’ensemble. Sur l’ivoire, Daniel Barenboim se dĂ©fend. Rares sont les accrochages de doigt ; et, quand la pĂ©dale ne noie pas un chouĂ¯a des cascades parallèles de notes, on est saisi par la qualitĂ© du toucher : les piano du piano (ha, ha) perlent et brillent, qu’ils soient ou non sertis dans l’écrin orchestral. IdĂ©al pour faire oublier le caractère plus mignon que bouleversant de cette musique, intĂ©ressante mais qui peine Ă captiver au-delĂ du plaisir qu’elle offre Ă l’auditeur de se plonger dans le labyrinthe d’un petit orchestre, en coulissant sur le moelleux d’une harmonie agrĂ©able (oui, la phrase est longue et nombreuses sont les Ă©pithètes mais, bon, on voit l’idĂ©e, peut-Ăªtre).

La troisième symphonie de Bruckner (60’) est un autre saucisson. Exit le piano, mais persiste le choix de Daniel Barenboim qui consiste Ă diriger par cÅ“ur. Rapidement, quelques incidents Ă©mailleront cette Å“uvre grandiose, d’ailleurs dite « Wagner » : les premiers pupitres de cordes n’ont pas les bonnes partitions ; le chef sort après le premier mouvement et revient avec le pouce gauche pourvu d’un HÉNAURME bandage lĂ¢che ; et l’un des contrebassistes sort en titubant au dĂ©but du troisième mouvement, avant de s’écrouler Ă peine les portes des coulisses passĂ©es. Pas de quoi perturber visiblement des musiciens très concentrĂ©s – mĂªme s’ils feignent peu de s’intĂ©resser aux indications d’humeur d’un chef qui semble Ă©puisĂ©. Dans cette Å“uvre aux quatre mouvements très variĂ©s, l’orchestre oscille du murmure Ă©mouvant (Adagio) aux rugissements des cuivres martelant le finale, en passant par des disruptions et des rĂ©currences sĂ©duisantes (Scherzo), des crescendo, des variations… C’est passionnant, d’autant que le dialogue entre les pupitres fonctionne fort bien, et que les solistes ont du mĂ©tier, qu’ils soient en Ă©vidence (extraordinaire Mathias MĂ¼ller, trompette solo aux faux airs de Philippe Jordan Junior) ou dissimulĂ©s dans la fosse (remarquable clarinettiste). EncouragĂ©s par le mythe « Bruckner, c’est chiant, surtout sur la fin », quelques Ă©nergumènes s’éclipsent avant le dernier mouvement ; ils ont tort, la partition et l’orchestre nous happent jusqu’à la dernière note, malgrĂ© une direction d’orchestre un brin lĂ¢che et une Ă©criture un peu pompeuse pour bien marquer l’approche de l’écurie.
La salle fait un triomphe prolongé à Daniel Barenboim et à sa phalange (pouce bandé compris – oh, ça va). Les absents, qui n’ont pas toujours tort mais parfois si, ça dépend, pourront retrouver Bruckner en vidéo ici.
Alerte : formidable rĂ©cital en vue ! Dans le cadre du Festival Komm, Bach! Vincent Crosnier, titulaire de Saint-Joseph d’Enghien-les-Bains, prof en conservatoire et supplĂ©ant de Jean Guillou Ă Saint-Eustache quand le grand Jean y sĂ©vissait, Vincent Crosnier, donc, a concoctĂ© un programme pyrotechnique ! Entre une sonate en trio de Bach (+ la BWV 537, les passionnĂ©s apprĂ©cieront !), une fugue de Schumann, un extrait symphonique de Vierne et des pièces du maĂ®tre virĂ© de sa tribune, il cĂ©lèbrera la fin du temps de NoĂ«l avec des compositions signĂ©es Messiaen et, originalitĂ©, Eugène Reuchsel. EntrĂ©e libre, Ă©glise chauffĂ©e, retransmission sur grand Ă©cran, programme offert et durĂ©e « à taille humaine » de 1 h 10 environ : on n’attend plus que vous.
En plus, l’organiste est sympa. Non, ça change rien, mais ça colore quand mĂªme.
Oui, j’allai dans un cafĂ©, c’est vrai, mais pour le travail, voyons ! En l’espèce, prĂ©parer le lancement (le 16 mars) du prochain livre de Nataly Adrian, un auteur du Label Libertad. Alors, professionnel ou pas ?
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