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Le blog de Bertrand Ferrier, page 66

Alex Jellici et MatĂ­as Lanz jouent Giovanni Benedetto Platti (Solo musica) – 1/2

Première du disque

 

Bien que ce disque ne vise pas le public hexagonal (pas de notice en français dans le livret), risquons-nous dans les mĂ©andres de ce premier volume d’une trilogie qui aspire Ă  rendre justice aux sonates pour violoncelle et aux sonates pour clavecin de Giovanni Benedetto Platti, un type qui, de 1722 Ă  1763, a jouĂ© Ă  peu près de tout, y compris des cordes vocales, et composĂ© abondamment contre les Ă©moluments d’un prince.
Le projet est audacieux car de nombreux enregistrements ont dĂ©jĂ  documentĂ© certains pans de l’Å“uvre d’un compositeur nonobstant peu connu. Ă€ son crĂ©dit, cette double intĂ©grale s’annonce savamment construite puisqu’elle s’ouvre sur la septième sonate pour violoncelle et basse continue, rejetant d’emblĂ©e l’ordre chronologique parfois fastidieux que sous-entendait jadis le concept d’intĂ©grale. Sur le modèle des sonates d’Ă©glise, comme le rappelle le claviĂ©riste (Ă©galement organiste patentĂ©, ce qui pose un peu l’olibrius, Ă©videmment), la pièce s’articule selon la logique lent-vite-lent-vite.

 

 

Sur un tempo posĂ©, l’adagio de la sonate en RĂ© offre Ă  MatĂ­as Lanz l’occasion de rĂ©aliser une basse plutĂ´t touffue sous la ligne aux sonoritĂ©s plutĂ´t mates du violoncelle d’Alex Jellici, un instrument toulousain (la notice indique « Paris », mais il semble que le luthier n’y ait jamais exercĂ©) de Joseph Laurent Mast. L’allegro ternaire se risque un tantinet davantage au dialogue. On y apprĂ©cie l’inventivitĂ© du violoncelliste, fin connaisseur de la musique baroque, qui sait

  • orner sa reprise,
  • varier les attaques et
  • filer les sons pour leur donner la dynamique Ă©chappant forcĂ©ment au clavecin.

En revanche, la cadence déploie les possibles des cordes pincées :

  • arpèges,
  • accords,
  • traits et
  • effets d’attente

alimentent l’intĂ©rĂªt de l’auditeur. Le largo exploite

  • le registre aigu du violoncelle,
  • l’Ă©nergie qu’apporte la juste ornementation et
  • le contraste entre sinuositĂ© des croches et magie des tenues.

Le presto, joyeusement ternaire, est parcouru d’une pĂ©tillante envie de gambader que les musiciens traduisent par

  • une rythmique nette,
  • une synchronisation travaillĂ©e et, par moments,
  • une complĂ©mentaritĂ© exprimĂ©e par exemple par des effets d’Ă©cho d’ornementation.

 

 

La première sonate du premier opus de Giovanni Benedetto Platti (« sur le goĂ»t italien ») prolonge la pièce prĂ©cĂ©dente par sa tonalitĂ©. Toutefois, l’adagio tĂ©moigne d’idiomatismes diffĂ©rents.

  • DĂ©licatesse de l’Ă©criture,
  • rythmes pointĂ©s,
  • lignes chantournĂ©es,
  • parallĂ©lismes des deux mains

esquissent un autre univers qui conviennent fort bien au clavecin créé en 2013 par Gianfranco Facchini. L’allegro confirme la capacitĂ© du compositeur Ă  s’Ă©loigner des marqueurs baroques pour les mixer vers ce que nous considĂ©rons comme des signes avant-coureurs de l’Ă©criture classique. On y apprĂ©cie

  • la vivacitĂ© des doubles croches,
  • la tonicitĂ© des accords,
  • le naturel avec lequel les trilles vibrionnantes fusionnent avec la ligne gĂ©nĂ©rale, et
  • la capacitĂ© de l’interprète Ă  incarner la partition.

Le largo, en trois temps et en mineur, se nourrit

  • d’effets d’attente,
  • de tentations de modulation (en la mineur ou en Fa) et
  • d’irrĂ©gularitĂ©s dans l’Ă©noncĂ© harmonique ou mĂ©lodique que MatĂ­as Lanz n’hĂ©site pas Ă  user avec gourmandise.

Le presto, ternaire, revient au mode majeur. On s’y rĂ©jouit

  • de l’allant qui n’est point prĂ©cipitation,
  • de l’enrichissement des reprises qui n’est jamais encombrant, et
  • de l’efficacitĂ© des stratĂ©gies dynamisantes mises en Å“uvre par le compositeur et enflammĂ©es par le claveciniste
    • (notes rĂ©pĂ©tĂ©es,
    • walking bass,
    • contretemps,
    • association
      • d’arpèges,
      • de bariolages Ă  la sixte,
      • de trilles et
      • de mordants).

 

 

La neuvième sonate en Sol pour violoncelle et basse continue s’ouvre sur un adagio alliant

  • grĂ¢ce,
  • solennitĂ© et
  • Ă©lĂ©gance.

On profite ainsi

  • du phrasĂ© souple d’Alex Jellici,
  • de la ductilitĂ© inventive de la basse continue, et
  • du travail de complicitĂ© (respirations, intentions, complĂ©mentaritĂ©s).

L’allegro, binaire, fuse dès les premières notes.

  • IntensitĂ©,
  • allant et
  • jubilation

habitent l’interprĂ©tation, pimentĂ©e par les astuces du compositeur

  • (tentation du mineur,
  • changements thymiques de la partie soliste,
  • ruptures d’Ă©lan et reprises de la course…).

L’adagio revient Ă  des sentiments plus posĂ©s qui permettent au violoncelle de sculpter sa sonoritĂ© Ă  travers notamment

  • les tenues,
  • la caractĂ©risation des registres, et
  • la construction de l’Ă©noncĂ©
    • (legato,
    • dĂ©tachĂ© et
    • silences).

L’allegro final, ternaire, apparaĂ®t

  • dansant,
  • entraĂ®nant et
  • jovial.

Giovanni Benedetto Platti le pimpe

  • ici avec une petite farce (fausses fins),
  • çà par des contretemps tĂªtus,
  • lĂ  par des altĂ©rations qui ravivent l’attention.

Les interprètes s’emparent de ces petits cadeaux comme Pacman gobe les aliments offerts Ă  sa voracitĂ©.

 

 

La quatrième sonate pour clavecin est en sol mineur, ce qui fait Ă©cho au Sol – majeur, lui – de la sonate prĂ©cĂ©dente. Elle dĂ©bute par un largo articulĂ© comme un duo entre deux mains qui

  • s’Ă©coutent,
  • se rĂ©pondent et
  • s’imitent.

La langueur du mouvement est notamment pimentée par

  • des appogiatures,
  • des ornements,
  • des groupes de triolets voire de sextolets,
  • une fausse sortie et
  • une envolĂ©e finale.

MĂªme principe d’Ă©cho dans le presto e alla breve, mais qui n’hĂ©site pas Ă  lorgner du cĂ´tĂ© du solo quand les deux mains ne propulsent plus qu’une seule ligne. Ces deux possibles crĂ©ent une tension, une Ă©lectricitĂ© et une imprĂ©visibilitĂ© qui n’est pourtant pas la première caractĂ©ristique de la musique de cette Ă©poque. MatĂ­as Lanz y injecte

  • la cĂ©lĂ©ritĂ© qui sied Ă  la partition et Ă  sa dextĂ©ritĂ©,
  • la libertĂ© très ciblĂ©e d’agogique et de respiration qui Ă©claire les voltes de l’Ă©criture, et mĂªme
  • un soupçon de prĂ©cipitation lors des relances qui galvanisent l’auditeur.

L’adagio, ternaire, adopte la forme d’une mĂ©lodie sur accompagnement. Quoique topique en soi, cette option

  • contraste avec le prĂ©cĂ©dent mouvement lent,
  • permet au musicien d’affiner l’interprĂ©tation
    • (trilles,
    • retards de rĂ©solution,
    • suspensions) et
  • donne un allant Ă  la partition indĂ©pendant de la vitesse du tempo puisqu’il est cette fois fondĂ© sur l’impression d’une force qui va – et que le compositeur a la malice d’arrĂªter aux moments stratĂ©giques.

C’est un mouvement ternaire non tanto allegro qui conclut la sonate. Cette allĂ©gresse modĂ©rĂ©e permet au claveciniste de sculpter le rythme tel que l’expriment

  • le double ternaire (trois triolets dans une mesure Ă  trois temps),
  • l’efficacitĂ© des notes rĂ©pĂ©tĂ©es,
  • les parallĂ©lismes entre les deux mains et
  • les jaillissements en triples croches qui feraient moins d’effet si le tempo Ă©tait dĂ©jĂ  effrĂ©nĂ©.

Le disque – bien rempli par 78′ de musique – se poursuit par trois sonates que nous chroniquerons ce tout tantĂ´t.

 

Ă€ suivre !


Pour streamer le disque, c’est, par ex., ici.

 

Rachel Koblyakov & friends jouent Mendelssohn et TchaĂ¯kovsky, Temple des Batignolles, 10 octobre 2024

Rachel Koblyakov au temple des Batignolles, le 10 octobre 2024. Photo : Bertrand Ferrier.

 

C’est un « concert de lancement d’un projet de musique de chambre Ă  gĂ©omĂ©trie variable », un de ces moments qui participent Ă  la magie parisienne puisque, parmi mille autres propositions plus ou moins culturelles du soir, y compris un match de foutebol, ils rĂ©unissent quelques fines fleurs des jeunes musiciens pour un prix d’entrĂ©e fixĂ© entre zĂ©ro euro et ce que chacun veut bien donner. Ă€ la manÅ“uvre, la violoniste Rachel Koblyakov et le violoncelliste Florimond Dal Zotto.
La soirĂ©e s’ouvre sur ce que les meneurs ne voulaient pas jouer : un trio pour piano, violon et violoncelle, trop banal, mais, dans l’immĂ©diat, hein, ça ne se refuse pas. D’autant que leur choix s’est portĂ© sur le premier trio op. 49 pour cette formation de Felix Bartholdy Mendelssohn, moins couru que le second, et pourtant… Dans l’acoustique gĂ©nĂ©reuse et volontiers fondante du temple, Ă  laquelle l’oreille finit pourtant par s’accoutumer, les trois acolytes tentent de conserver une clartĂ© fondĂ©e sur

  • l’Ă©coute,
  • l’Ă©change,
  • les nuances et
  • la complĂ©mentaritĂ© (synchronisation et passage de relais).

L’aisance des interprètes est bluffante, tant d’un point de vue technique que pour ce qui est de l’intuition musicale. Au quart de queue, François Daudet Ă©poustoufle dans une partition qu’un professeur de piano du CNSM que nous croisons qualifie de « magnifique saloperie » pour sa difficultĂ© technique, pas tant dans les passages oĂ¹ ça tricote que dans des moments moins spectaculaires mais Ă  peu près injouables.
Les complices paraissent loin de ces prĂ©occupations. MaĂ®trisant allègrement la partition de ce molto allegro ed agitato ternaire, ils portent leurs auditeurs avec une Ă©nergie commune aussi sĂ©duisante qu’impressionnante. Il y a

  • de la tension,
  • des diastoles et des systoles,
  • des unissons puissants,
  • de l’expressivitĂ© Ă  foison,
  • une belle circulation des motifs et, partagĂ©es en trois,
  • des respirations, des ruptures et des variations de couleurs de toute beautĂ©.

ÉpatĂ©s une fois par le premier mouvement, nous voici Ă©patĂ©s deux fois (pas pu m’en empĂªcher) par l’andante con moto tranquillo en Si bĂ©mol. Tout flatte l’oreille :

  • la dĂ©licatesse du piano,
  • la tendresse de la rĂ©ponse du duo de cordes frottĂ©es, et
  • la sensualitĂ© d’un ensemble semblant parfaitement coordonnĂ©.

PrĂ©cisons que cette notule n’est pas un distributeur de compliments amidonnĂ©s mais la restitution d’impressions de concert. Or, le fait est que les interprètes trouvent l’astuce pour exĂ©cuter richement ce mouvement au titre presque oxymorique. C’est

  • posĂ© sans Ăªtre traĂ®nant,
  • prĂ©cis sans Ăªtre guindĂ©,
  • sentimental sans Ăªtre gnangnan.

L’Ă©criture inventive de Mendelssohn

  • fait circuler le lead,
  • multiplie les types d’associations entre voisins de scène, bref, grĂ¢ce Ă  l’investissement revigorant des musiciens,
  • ne cesse de happer l’attention de l’auditeur.

Le scherzo en RĂ© est annoncĂ© lĂ©ger et vivace – on peut au passage regretter la non-fourniture d’un programme par les organisateurs, mĂªme si cela Ă©vite les bruits de papier indiquant que mamie a dĂ©crochĂ©. Il envoie du lourd. Les tĂªtes coiffĂ©es sentent passer le vent du boulet propulsĂ© par le piano, bientĂ´t assistĂ© par ses complices. Le travail sur les contrastes

  • (intensitĂ©s,
  • attaques,
  • caractères)

fait merveille. Le finale, un allegro assai appasionato en rĂ© mineur puis majeur pour finir rappelle que la dynamique, contrairement Ă  la dynamite, n’est pas rĂ©ductible Ă  la nuance forte. Elle procède bien plutĂ´t

  • d’un Ă©tagement des nuances,
  • d’une conduite des phrases ad hoc,
  • de la construction subsumante du discours et, Ă©videmment,
  • d’un brio technique cachĂ© sous le dĂ©sir de faire musique ensemble.

Ă€ l’arrivĂ©e, on est euphorisĂ© par

  • une partition passionnante,
  • une interprĂ©tation
    • pyrotechnique,
    • profonde et
    • polyvoque (et allez donc, c’est pas mon père !) au sens de « pas univoque », et
  • le plaisir patent qu’ont François Daudet, Rachel Koblyakov et Florimond Dal Zotto d’embarquer leur auditoire dans une traversĂ©e ambitieuse et secouĂ©e.

Comme on dit dans le milieu du café, what else ?

 

Florimond Dal Zotto au temple des Batignolles, le 10 octobre 2024. Photo : Bertrand Ferrier.

 

L’audace arrive en seconde partie de concert : le Souvenir de Florence, op. 70 de Piotr Ilitch TchaĂ¯kovsky, qui serait un survivor selon ce que nous souffle un baryton venu en profiter, puisque la partition faisait partie du lot que le compositeur voulait dĂ©truire (par chance, il est mort trop tĂ´t). Audace, car caler un sextuor – complĂ©tĂ© par Claudine Rippe au violon II, Axel Benedetti et Brice Leclair aux altos, ainsi que l’ami Emmanuel Acurero au violoncelle II – n’est pas chose aisĂ©e, qui moins est quand certains membres de la banda ont enchaĂ®nĂ© trois rĂ©pĂ©titions plus tĂ´t dans la journĂ©e. Mais c’est aussi le cÅ“ur du projet menĂ© par Rachel Koblyakov et Florimond Dal Zotto que de tenter des rĂ©unions rares de chambristes passionnĂ©s. Alors, zou !
L’allegro con spirito en rĂ© mineur ne manque pas de fougue. Conduite par le premier violon, l’agitation est vraiment agitĂ©e. Elle

  • rue contre le cadre de la mesure,
  • le dĂ©borde et
  • y revient afin d’en mieux jaillir plus tard.

On est saisi par les effets

  • de dialogue,
  • de contamination (porositĂ© des pupitres reprenant des motifs d’abord Ă©noncĂ©s par le violon I ou le violoncelle I) et
  • d’ensemble.

Certes, l’acoustique ne favorise pas la nettetĂ© et floute parfois les contours voire la justesse. C’est l’occasion pour l’auditeur d’admirer l’effort de chaque musicien pour 

  • parler la mĂªme phrase musicale,
  • vibrer les mĂªmes humeurs et
  • porter les mĂªmes intentions, si variĂ©es, finale effrĂ©nĂ© compris.

L’adagio cantabile e con moto en RĂ© s’inscrit dans les bruits de la capitale peu propices Ă  une culture qui ne se restreindrait pas aux abrutissements de masse. Sans faiblir cependant, le deuxième mouvement prĂ©lude puis se lance dans une valse oĂ¹ dialoguent violon I et violoncelle I, rejoints par le premier alto. Chaque membre du sextuor se fond habilement et parfois humblement dans une dynamique de groupe

  • (Ă©tagement des voix,
  • prĂ©cision des synchronicitĂ©s,
  • cohĂ©rence des respirations et couleurs).

Le break ne dĂ©fait pas la complicitĂ© de Rachel et Florimond. Les autres pupitres arbitrent l’Ă©change entre les deux, associant

  • discrĂ©tion des pizzicati,
  • force des crescendi partagĂ©s et
  • stratification des intensitĂ©s.

L’allegro moderato en la mineur pĂ©tille de dĂ©sirs divers alliant

  • flottements dĂ©licats,
  • tonicitĂ© collective et
  • breaks suspensifs.

La métamorphose perpétuelle de la musique se nourrit de passages

  • ouvertement virtuoses,
  • savamment mystĂ©rieux ou
  • rageusement dĂ©chiquetĂ©s,

que des transitions soignĂ©es tentent avec art de relier. L’affaire se conclut sur un allegro vivace en rĂ© mineur. PropulsĂ© par un air de danse populaire, le mouvement exploite

  • la vigueur du rythme,
  • la variĂ©tĂ© des contrastes,
  • la rĂ©sonance des Ă©chos,
  • la fusion des unissons octaviĂ©s rapprochant violon I et violoncelle I, et
  • les frictions portĂ©es par l’ensemble du sextuor.

La sapiditĂ© de l’interprĂ©tation du soir sourd

  • de l’Ă©lectricitĂ© ambiante,
  • des coups de tonnerre qui claquent, et mĂªme
  • de l’art de faire attendre le prochain grondement grĂ¢ce Ă  des pianissimi fort bien assourdis.

Ajoutez Ă  cela

  • de beaux crescendi,
  • des effets synchrones rĂ©ussis et
  • un souci de jouer dans le mĂªme esprit,

vous sortirez convaincu du potentiel de ce talentueux combo, certes encore à mûrir mais déjà

  • volontaire,
  • motivĂ© et
  • musical.

Ce n’est pas rien, je crois.

 

Corinne Kloska joue Brahms et Schumann (Soupir) – 2/2

Première du disque

 

VoilĂ  un regret rĂ©current qu’inspirent les livrets de disque. Souvent, les auteurs y font Ă©talage d’une science – plus ou moins scientifique, et il n’est pas toujours certain que le plus soit le mieux – des Å“uvres jouĂ©es mais oublient l’essentiel :

  • l’articulation entre les diffĂ©rentes pièces,
  • la cohĂ©rence du choix,
  • la logique du florilège.

La raison d’Ăªtre de l’attelage Brahms-Schumann n’est pas mentionnĂ©e par Christine Mennesson, peut-Ăªtre pour laisser

  • l’imagination,
  • la raison ou
  • la sapience

de l’auditeur vaguer Ă  sa guise. Après avoir admis que, pour le non-spĂ©cialiste que nous sommes, l’interprĂ©tation, après un Brahms de 1892, d’un Schumann de 1839 aurait mĂ©ritĂ© un petit mot pour jointoyer l’affaire, et faute d’une logique ou d’une sagesse suffisamment dĂ©veloppĂ©e, remettons-nous-en Ă  notre imagination pour postuler que l’interprète s’est proposĂ© d’associer deux ensembles

  • versatiles,
  • fantasques,
  • imprĂ©visibles,

et enregistrĂ©s – Ă  dix-huit mois d’Ă©cart – chacun en Ă  peine un jour de studio, sous les micros de JoĂ«l Perrot. La grande humoresque, aka Humoreske op. 20, s’annonce dans une interprĂ©tation posĂ©e : gĂ©nĂ©ralement claquĂ©e en vingt-six minutes, elle frisouille prĂ©sentement les trente et une. Le passage Ă  jouer « einfach » (simplement) associe

  • dĂ©licatesse de toucher,
  • Ă©lĂ©gance des modulations et
  • justesse de l’indispensable agogique.

Le passage « sehr rasch und leicht » (fort prompt et lumineux) joue la complémentarité entre

  • lĂ©gèretĂ©,
  • legato et
  • percussivitĂ© perlĂ©e de certaines attaques.

Le segment « noch rascher » (encore plus vite) se goberge de

  • contrastes,
  • ruptures,
  • modulations et
  • balancements

que les nuances embellissent avant que le motif prĂ©cĂ©dent ne ressurgisse. La forme ABCBA finit de se dĂ©ployer avec le bref retour du premier segment qui clĂ´t le premier des cinq mouvements. Le deuxième mouvement s’ouvre « hastig » (vite) et sur trois portĂ©es, le thème apparaissant au tĂ©nor. Avec l’intensitĂ© qui la pousse Ă  geindre en jouant, Corinne Kloska privilĂ©gie

  • l’Ă©nergie plutĂ´t que le charmant,
  • le direct plutĂ´t que le mignon,
  • le texte plutĂ´t que la surinterprĂ©tation,

ce qui est loin d’Ăªtre, en soi, un dĂ©faut. Le segment suivant se prĂ©sente « nach und nach immer lebhafter und stärker » (de plus en plus vite et fort). Le la mineur succède au rĂ© mineur.

  • L’efficacitĂ© des rythmes pointĂ©s,
  • l’effacement de la pulsation,
  • la suspension des arpèges justement pĂ©dalisĂ©s

emballent puis interrogent la narration avant le retour du premier motif, forme ABA oblige. Un bref adagio méditatif ouvre la voie au troisième mouvement, qui commence, en sol mineur, par une partie à jouer « einfach und zart » (simplement et tendrement). La pianiste y fait sonner

  • la libertĂ© des retards distendant la mĂ©trique,
  • son inclination pour l’hĂ©sitation pimentant le discours, et
  • la puissance fructueuse de la rĂ©pĂ©tition imaginative.

Surgit un intermezzo

  • prompt,
  • motorique et
  • strict

Ă  souhait avant que la forme ABA ne nous ramène Ă  de proches souvenirs. Direction le quatrième mouvement et sa première partie Ă  exĂ©cuter « innig » (profondĂ©ment). De fait, Corinne Kloska en propose une interprĂ©tation pĂ©nĂ©trĂ©e qui n’oublie pas de sautiller, ponctuellement ou quand l’action s’accĂ©lère.

  • Les oscillations,
  • les ruptures et, ce nonobstant,
  • la continuitĂ© mĂ©lodique

sonnent très justes. Le segment « sehr lebhaft » (très vivant) rue contre cette paix Ă©phĂ©mère. La pianiste en donne une interprĂ©tation Ă©chevelĂ©e non par la vitesse mais par l’audace

  • des accents,
  • des arythmies et
  • de la libertĂ© de mesure

qui sĂ©duisent et attisent l’Ă©coute.

  • La multiplicitĂ© des touchers,
  • la pertinence des respirations et
  • le contraste avec le dernier pan « strict »

convainquent également. La partie « mit einigem Pomp » (avec faste) fascine par ses modulations

  • martiales,
  • improbables et
  • fragmentĂ©es.

Le dernier mouvement, « zum beschluss » (dĂ©cidĂ©, si j’ai Ă  peu près compris, Ă©tant – on s’en est peut-Ăªtre aperçu – autant germanophone que Nelson Monfort est polyglotte, tout au plus en moins bien payĂ© que cet immondice) commence nĂ©anmoins par un prĂ©lude indĂ©cis dont l’interprète suit avec attention les circonvolutions, approfondies par des adagios quasi rubato. Corinne Kloska tresse ce fil en quĂªte de trame.

  • Ritendi,
  • silences et
  • Ă©largissement de la mesure

contribuent Ă  l’Ă©paississement du mystère, habilement portĂ© par la musicienne. L’allegro final et son chromatisme descendant ne dissipent pas cette chape d’Ă©nigme qui

  • habite,
  • agite et
  • fait palpiter

cette Å“uvre secouĂ©e et fascinante. Celle-ci ne trouve pas dans ce disque sa plus prompte exĂ©cution mais certainement une version

  • intĂ©riorisĂ©e,
  • sĂ»re et
  • vibrante

faisant peut-Ăªtre Ă©cho aux humeurs capricieuses dont Brahms rassasiait ses auditeurs dans les Fantaisies ouvrant le disque. (De l’importance de l’imagination pour entretenir l’illusion de comprendre les non-dits…)


Pour découvrir d’autres chroniques sur Corinne Kloska c’est ici et là.

 

Estelle Revaz joue les caprices de Dall’Abaco (Solo musica)

Première du disque

 

Depuis le Covid et la bataille pour l’indemnisation des musiciens, la musique en gĂ©nĂ©ral et le violoncelle en particulier la partagent avec la politique. Estelle Revaz, Ă©toile montante du violoncelle helvĂ©tique, a Ă©tĂ© Ă©lue au Conseil national suisse, l’Ă©quivalent suisse de notre AssemblĂ©e nationale. Comme pour rappeler qu’il n’y a point contradiction entre mission d’Ă©lue et vocation d’artiste, elle publie ces jours-ci un disque recensant les onze caprices pour violoncelle seul de Joseph ClĂ©ment Ferdinand Barone Dall’Abaco (1710-1805), curieusement affublĂ© sur la couverture d’une apostrophe inversĂ©e du plus vilain effet. Le cycle est l’un des chevaux de bataille de l’interprète, qui y voit la libĂ©ration dĂ©finitive du violoncelle de son rĂ´le d’accompagnateur, après le choc des Six suites pour violoncelle de Johann Sebastian Bach.
Autour de marches diatoniques descendantes, le premier caprice en ut mineur travaille la reprise et la répétition de motifs en multipliant

  • registres,
  • nuances donc
  • couleurs.

En doubles croches, sol mineur et clef d’Ut 4, le deuxième caprice creuse une veine plus

  • jaillissante,
  • Ă©nergique et
  • Ă©quilibriste

au sens oĂ¹ il juxtapose des traits qu’il s’amuse Ă  suspendre avant leur rĂ©solution. Profitant d’un choix judicieux de cordes en mĂ©tal et d’un diapason Ă  442 Hz qui Ă©vite d’engoncer l’Å“uvre dans une historicitĂ© musicologiquement justifiable mais risquant de fleurer auditivement la naphtaline, Estelle Revaz en rend les radicalitĂ©s avec un archet puissant de 1825 qui fait briller son Grancino de 1679 et Ă©tinceler la composition de Dall’Abaco.
Le troisième caprice en Mi bémol joue la carte du contraste entre

  • traits et pauses,
  • rĂ©gularitĂ© des doubles et pĂ©tillements des trilles couplĂ©es aux triples croches servant de tremplin au motif suivant,
  • grandes aspirations ascendantes puis descendantes et stagnations autour de quelques notes pimpĂ©es par un grave assurant la pulsation,

laissant l’auditeur saisi par la capacitĂ© de l’interprète Ă  faire miroiter les sonoritĂ©s de son instrument. Le quatrième caprice, en rĂ© mineur et Ă  deux temps, pris sur un tempo plus paisible, explore davantage la sonoritĂ© Ă  travers

  • le phrasĂ©,
  • les rĂ©sonances et
  • les complĂ©mentaritĂ©s de registres.

La violoncelliste donne l’impression de sculpter le son en dĂ©terminant avec prĂ©cision

  • l’attaque,
  • l’intensitĂ© du frottement et
  • le vibrato

attachés à chaque note ou à chaque phrase.

 

 

Le cinquième caprice, en Si bĂ©mol, s’appuie sur

  • des bondissements d’octaves ou de dizièmes,
  • des sĂ©quences que suspendent des silences Ă©nigmatiques, et
  • des changements de nuances qui modifient la texture du son jusqu’Ă  intĂ©grer des pizzicati.

Cette exigence dall’abacquienne permet Ă  Estelle Revaz d’exprimer pleinement son dĂ©sir non pas de jouer ces caprices mais, par-delĂ  l’apparence mesurĂ©e et harmoniquement conventionnelle,

  • de rendre leur fantaisie,
  • de saisir leur vitalitĂ© et
  • d’incarner leur inventivitĂ©.

Le sixième caprice, en 3/4 et mi mineur, donne, lui, l’occasion Ă  l’interprète

  • de complĂ©ter la rĂ©gularitĂ© des croches par une agogique Ă©clairante,
  • de jouer sur le dĂ©tachĂ© et sur le staccato non en opposition mais en dialogue, et
  • de casser l’aspect un rien fastidieux des deux reprises systĂ©matiques par des nuances qui, avec un savoir-faire frĂ´lant la magie, changent en profondeur la prĂ©sentation d’un motif pourtant identique.

Le septième caprice, en Si bémol à nouveau, investit le champ des doubles voire triples cordes, offrant

  • une verticalitĂ© Ă  une partition jusqu’Ă  prĂ©sent surtout horizontale,
  • une tonicitĂ© dont la violoncelliste tire tout le bĂ©nĂ©fice, et
  • une approche harmonique qui complète la veine mĂ©lodique principalement explorĂ©e jusqu’ici,

donnant l’illusion d’un miniconcerto pour un seul instrument – et confirmant l’intĂ©rĂªt d’une Ă©coute en continu de miniatures dont on pouvait douter a priori qu’elles mĂ©ritassent une audition enchaĂ®nĂ©e. Le huitième caprice, Ă  trois temps et en Sol (majeur aux extrĂªmes, mineur au centre), poursuit la diversification de l’inspiration du compositeur.

  • Graves rythmiques et intervalles aigus,
  • itĂ©rations et balancements qu’Estelle Revaz accentue en resserrant telle partie,
  • doubles cordes et glissades monodiques,
  • passage du majeur au mineur (et retour)

revigorent l’auditeur, d’autant que l’interprète investit avec appĂ©tit son rĂ´le de narratrice : elle ne se contente pas de lire la partition, elle n’hĂ©site certes pas Ă  « mettre le ton » ! Le neuvième caprice, en Ut, souffre sur notre exemplaire d’un problème rĂ©current de montage (la pièce commence Ă  la fin de la piste prĂ©cĂ©dente, comme sur l’ensemble du disque, mais lĂ , sur mon gramophone, ça s’entend), mĂªme s’il s’agit d’une vĂ©tille en cas d’Ă©coute continue et peut-Ăªtre mĂªme d’une maladresse tĂªtue de mon mange-disque.

  • Des deux-en-deux cèdent leur place Ă  des doubles croches furieuses,
  • un propos posĂ© se zèbre de triples croches Ă  valeur d’ornements,
  • des appogiatures ajoutent de la folie dans l’Ă©lectricitĂ© imprĂ©visible qui anime cette page ontologiquement capricieuse.

Le dixième caprice, à trois temps et en La, joue sur

  • l’Ă©lĂ©gance du ternaire,
  • la tentation de la modulation et
  • le charme de la rĂ©gularitĂ© dansante.

 

 

Le onzième caprice – le plus long – est en Fa. Il part sur un tempo tranquille avant de s’emballer dans un presto dont l’interprète rend avec jubilation la fougue Ă  travers

  • la prĂ©cipitation des doubles,
  • le balancement des rythmes pointĂ©s,
  • la fureur contenue des trilles et
  • la percussion des intervalles finaux.

Les changements

  • de tempi,
  • de caractères et
  • de sonoritĂ©s

sĂ©duisent jusqu’Ă  la cadence idiomatique qui conclut une partition rĂ©putĂ©e inachevĂ©e. Ainsi se termine un disque bouillonnant, au point que, 43′ après le dĂ©but, on aurait bien repris une petite louchĂ©e de violoncelle – mais il faut parfois savoir Ăªtre sage et apprĂ©cier la densitĂ© plus que la quantitĂ©. Pour les Franciliens, signalons que l’interprète sera de passage Ă  Paris les 27 et 28 novembre afin de promouvoir son disque et son autobiographie. Rens. ici.


Pour retrouver d’autres articles sur Estelle Revaz, cliquer sur l’hyperlien choisi.
Le grand entretien
Le disque
Inspiration populaire (volets 1 et 2)
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Journey to Geneva
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Pour acheter le disque Dall’Abaco, c’est, par ex., ici.

 

La Camerata du Léman joue Ludwig van Beethoven (Cascavelle) – 2/2

Quatrième du disque

 

Après un concerto de jeunesse de Ludwig van Beethoven, le disque provocateur de la Camerata du LĂ©man propose le premier mouvement d’une hypothĂ©tique Dixième symphonie. Cet extrait, articulĂ© en trois sĂ©quences (andante, allegro, andante) a Ă©tĂ© Ă©laborĂ© par Barry Cooper. Son degrĂ© d’authenticitĂ© est faible mais varie selon la foi et l’appĂ©tit des auditeurs. CĂ´tĂ© authentique, il est attestĂ© que LvB aurait bien aimĂ© griffonner une dixième symphonie. Il en a laissĂ© quelques esquisses ; il en aurait mĂªme jouĂ© un bout au piano. Le reste est affaire de musicologie, entre

  • rĂ©alisation (orchestration et peaufinage de l’agencement thĂ©matique),
  • imitation idiomatique du compositeur et
  • fantasmes de mĂ©lomanes frustrĂ©s par la mort du vrai compositeur.

La question n’est donc pas « faut-il apprĂ©cier ce quart d’heure comme une Å“uvre posthume de Beethoven ? », la rĂ©ponse Ă©tant Ă©videmment non. Il s’agirait plutĂ´t de savoir si l’on peut apprĂ©cier cet hommage comme un Ă©cho de l’Å“uvre rĂ©ellement beethovĂ©nienne et comme un baume sur les regrets qu’elle ne soit pas encore plus Ă©toffĂ©e. La Camerata du LĂ©man argumente en ce sens associant

  • solennitĂ© des cordes,
  • soyeux des vents et
  • interprĂ©tation pĂ©nĂ©trĂ©e.

La prise de son réverbérée imaginée par Jean-Daniel Noir sied à cette connexion entre petit comité et projet symphonique.

  • Le tempo – ni trop allant ni trop retenu – convainc ;
  • l’harmonisation s’amuse d’intervalles et d’effets d’attente alla Ludwig ;
  • l’orchestration est habile mais ne cherche pas Ă  Ă©baubir.

 

 

DĂ©cidĂ©ment, l’andante est joliment troussĂ©. Une transition simple et efficace nous prĂ©cipite vers un allegro en 6/8 propulsĂ© avec cÅ“ur.

  • La circulation entre pupitres,
  • les changements d’effectif et
  • les mutations de couleurs

sont exécutés avec un goût et une cuisine instrumentale à la sapidité effectivement beethovénienne.

  • Tutti triomphants,
  • traits Ă©nergisants,
  • unissons habiles et
  • archets tremblants avec ou sans roulements de timbales pour le suspense

construisent l’intĂ©rĂªt de l’auditeur, souventes fois piquĂ© par des contrastes d’intensitĂ© variĂ©s

  • (brutaux,
  • tuilĂ©s,
  • non univoques).

L’apaisement que provoque le retour Ă  l’andante refait fleurir le parfum de nostalgie discrète qui baigne l’exercice.

  • Le frottement entre binaire et ternaire,
  • les ruptures-respirations,
  • les variations autour du thème principal

captivent et charment Ă  la fois, entraĂ®nant l’auditeur dans une valse brève de la plus belle eau, dont la joie finit par se dissoudre dans un decrescendo rĂ©ussi, Ă  peine secouĂ© par le topique pouĂ«t-pouĂ«t final. De la sorte, ce disque bref (moins de 45′) propose deux exercices de style rĂ©ussis, dont l’aspect amusant est dĂ©passĂ© par les trouvailles des « reconstructeurs » et par la musicalitĂ© d’une interprĂ©tation vibrante. Le rĂ©sultat, on l’aura compris, ne manque pas de sĂ©duction.


Pour écouter le disque gracieusement, c’est par exemple ici.
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Vincent Crosnier joue Pierre Cochereau

Grand orgue de la collégiale de Montmorency, avec un bout de Catherine Gouillard et de Mathieu Lours. Photo : Bertrand Ferrier.

 

C’est l’un des doubles poncifs les plus courus dans le petit monde organistique : Pierre Cochereau Ă©tait nul en interprĂ©tation et il ne savait pas composer. La fĂªte organisĂ©e en mĂ©moire de Yannick Daguerre, organiste et compositeur, Ă©tait l’occasion de fracasser un peu cette ritournelle fatigante en interrogeant la limite entre improvisation et composition (des improvisations de Pierre Cochereau ayant Ă©tĂ© fixĂ©es sur la portĂ©e par Jeanne Joulain), bref, entre joie du jaillissement Ă©phĂ©mère et plaisir de la persistance – pour un hommage Ă  un feu musicien, l’idĂ©e rĂ©sonnait bien.
Vincent Crosnier, spécialiste de Jean Guillou mais pas que, a choisi trois versets parmi les treize restitués par Jeanne Joulain ; et ça donne ceci.

 

 

Corinne Kloska joue Brahms et Schumann (Soupir) – 1/2

Première du disque

 

Le nouveau disque de Corinne Kloska, en deux parties, s’ouvre sur les sept Fantasien op. 116, composĂ©es et Ă©ditĂ©es en 1892. Elles comprennent trois caprices et quatre intermèdes.
Le premier caprice, un presto energico en 3/8 et ré mineur, va à la fois tout droit et de guingois.

  • Contretemps,
  • triolets de doubles croches,
  • sursauts d’intensitĂ©

sont rendus sans faseyer par la pianiste.

  • Énergie,
  • aisance dans le phrasĂ© des octaves,
  • justesse de la trilogie ritendi – accelerandi – a tempo

sĂ©duisent, mĂªme si le Fazioli rĂ©glĂ© par Jean-Michel Daudon et captĂ© par JoĂ«l Perrot nous parvient plus plat que rond, sans doute pour privilĂ©gier la nettetĂ© des contours au dĂ©triment du confort d’Ă©coute. Le premier intermezzo commence par un andante en la et 3/4. Corinne Kloska en rend

  • l’oscillation,
  • l’hĂ©sitation et
  • le dĂ©sir de suspension.

Surgit alors un « non troppo presto » en 3/8 oĂ¹ la verticalitĂ© du premier segment est remplacĂ©e par une ondulation aux clapotis forcĂ©ment irrĂ©guliers. En Ă©merge le ronronnement de l’artiste en plein effort Ă©motionnel. Bah, un peu de vie derrière la performance, comment diable s’en offusquer – sinon, Ă©couter les Å“uvres de Conlon Nancarrow, au demeurant souvent passionnantes ? Le retour de l’andante en 3/4 s’accompagne de la tentation

  • du mode majeur,
  • du double ternaire (trois temps + triolets Ă  la main gauche) et
  • d’un lyrisme toujours fragmentĂ©, presque rĂ©pĂ©titif, donc incapable de se dĂ©velopper.

Ce sont ces suspensions que met fort bien en ondes l’interprète. Le deuxième caprice, un allegro passionato en sol mineur et deux temps, est secouĂ© par

  • de fĂ©roces unissons octaviĂ©s,
  • des chromatismes solides et
  • des modulations de tempo

qui, ensemble, construisent l’intensitĂ© de cette partie. Un passage « un poco meno allegro » en Mi bĂ©mol frictionne

  • le binaire contre le ternaire,
  • le calme contre la tension, ainsi que
  • l’impression d’un danger d’explosion et le souci de se contenir.

En restreignant la palette des nuances autour du forte, comme on resserre les dimensions d’un ring pour intensifier le combat, et en s’astreignant Ă  une pĂ©dalisation assez gĂ©nĂ©reuse pour rĂ©verbĂ©rer mais assez acĂ©rĂ©e pour Ă©viter d’envelopper le discours dans une confusion brouhahatique de mauvais aloi, Corinne Kloska rend les paradoxes et complĂ©mentaritĂ©s de la miniature avant que le retour de la partie A ne prĂ©tende conclure une lutte intestine en rĂ©alitĂ© insoluble.
Le deuxième intermezzo est un adagio en 3/4 et Mi. Il offre Ă  l’auditeur

  • un double ternaire revigorant (3 temps + triolets),
  • une stimulante association entre binaire et ternaire, et
  • une incertitude rythmique que, sous les doigts de la musicienne, l’exigence d’expressivitĂ©, stipulĂ©e sur la partition, renforce sans surcharger.

La seconde partie surgit quand on aurait pu penser que l’intermède avait pris fin. Ainsi, une idĂ©e de l’Ă©nergie vitale persistante, rĂ©voltĂ©e, inarrĂªtable fĂ»t-ce de façon Ă©phĂ©mère, sourd de cette Ă©trange miniature dont la pianiste rend le mystère, notamment grĂ¢ce

  • Ă  son legato soyeux,
  • Ă  son attention prĂ©cieuse aux phrasĂ©s et
  • Ă  sa capacitĂ© Ă  penser le son (attaque, durĂ©e, rĂ©sonance) plutĂ´t que la rigueur chronomĂ©trique sans pour autant sombrer dans le relĂ¢chement.

Le troisième intermezzo est un « andante con grazia ed intimissimo sentimento » en 6/8 et mi mineur. D’Ă©nigmatiques deux-en-deux enjambant la mesure et faisant frissonner l’harmonie ouvrent le bal. Sans chercher Ă  euphĂ©miser l’originalitĂ© de la pièce, Corinne Kloska semble veiller singulièrement sur

  • l’articulation des phrases,
  • l’Ă©tagement des dissonances et
  • l’emboĂ®tement des nuances.

On goûte la différenciation

  • des registres,
  • des touchers et
  • des accents

qui titille l’imagination et la curiositĂ© de l’auditeur. Le quatrième intermezzo, en 3/4 et Mi, travaille lui aussi le rythme en subsumant la mesure Ă  trois temps pour privilĂ©gier des sĂ©quences de six noires commençant sur le troisième temps. Ă€ cette instabilitĂ© rythmique s’ajoutent d’autres instabilitĂ©s :

  • de tempo,
  • de tonalitĂ© et mĂªme
  • de mode, Ă  en croire la partie centrale, doublement ternaire.

L’interprète tĂ¢che d’en rendre les charmes polymorphes en soignant

  • les nuances,
  • l’agogique et
  • la pĂ©dalisation.

Loin d’une interprĂ©tation onirisante, elle prĂ©fère une franchise Ă  la fois pensĂ©e et volontiers directe. Cette absence de concession, en Ă©cho Ă  la matitĂ© de la prise de son, se retrouve dans le dernier capriccio, un allegro agitato en rĂ© mineur et deux temps. En tĂ©moignent

  • la tonicitĂ© sans fard,
  • l’efficience des attaques et
  • l’engagement personnel qu’extĂ©riorisent les grognements.

Les changements

  • de mesure,
  • de tonalitĂ© et
  • de couleur

donnent du relief et du grain Ă  une proposition fantaisiste moins au sens de facĂ©tieux ou d’aĂ©rien qu’au sens de ductile et imprĂ©visible. Si l’on peut, selon les moments,

  • apprĂ©cier telle option puis se laisser surprendre par telle autre,
  • rĂªver ici d’une vivacitĂ© plus franche ou d’une tendresse plus smooth,
  • fantasmer un abandon Ă©mouvant au lieu d’une exigence de prĂ©cision,

la radicalitĂ© des choix et la souplesse esquissĂ©e dans cette première partie augurent d’une connexion prometteuse avec la Grande Humoresque op. 20 de Robert Schumann, qui fera l’objet d’une prochaine notule.

 

Ă€ suivre !


Pour dĂ©couvrir d’autres chroniques sur Corinne Kloska c’est ici et lĂ .

Jann Halexander, l’art des nouveaux dĂ©parts

Lord Phoebius lors du lancement d' »Ornithorynque » par Jann Halexander, le 13 septembre 2024 (Paris 13). Photo : Rozenn Douerin.

 

Il le promet plus ou moins Ă  chaque fois : c’est la dernière date, le dernier concert de proximitĂ©, le dernier whatever. Puis il replonge, droguĂ© jusqu’Ă  la moelle. Accro aux concerts, Jann Halexander ne cesse de promener sa grande carcasse jamais contente de thĂ©Ă¢tres en appartements et de scènes partagĂ©es en projets inattendus.
C’est un cadre intime, dit « chez l’habitant », que le chanteur franco-gabonais a symboliquement choisi pour son premier concert de sortie d’album. D’aucuns y verraient un signe de lose, pour un artiste qui a enflammĂ© le thĂ©Ă¢tre Michel avec son concert issu de la tournĂ©e Consolatio. Par chance, Jann Halexander se tamponne le coquillard des d’aucuns. Comme pour mieux inscrire sa chanson dans la vraie vie, la quotidienne, l’intime, la concrète, plutĂ´t que de se produire sur une jolie scène francilienne marquant clairement la sĂ©paration entre le chanteur qui chante et les gens qui clap-clapent, il a rĂ©servĂ© la primeur de son nouveau tour de chant, incluant une Ă©dition spĂ©ciale du nouveau disque, aux curieux qui avaient eu la chance de pouvoir rĂ©server une place. Jann pratique la chanson cabaret, un mĂ©lange

  • de rive gauche et de libertĂ©,
  • de poĂ©sie et de recette pop,
  • de mĂ©lodies et de goĂ»t pour la langue plus que pour le texte.

Au programme, comme Ă  son habitude, du neuf, beaucoup de neuf, et du vintage revisitĂ©. Car Jann n’a pas le culte du passĂ©, il a plutĂ´t un cĂ´tĂ© ruminant : il aime le remĂ¢cher, le rĂ©inventer, le recrĂ©er. Jann n’a pas non plus le culte du prĂ©sent, il a plutĂ´t une conscience du flux : moins hic et nunc ou carpe diem que let’s go. Moins urgence du moment que conscience de l’instant donc de l’Ă©phĂ©mère. Ses nouvelles chansons sont comme les anciennes, des fredonneries inscrites dans

  • une durĂ©e,
  • un prolongement, disons
  • une carrière.

Dès lors, il n’y a presque rien de saugrenu

  • Ă  ses incartades,
  • Ă  ses embardĂ©es dont on ne sait jamais si elles sont spontanĂ©es ou presque prĂ©vues,
  • Ă  ses saute-moutons qu’il semble goĂ»ter plus que tout.

L’homme chante parce qu’un chanteur chante, et la nave va quand elle ne coule pas.

 

Jann Halexander lors du lancement d' »Ornithorynque », le 13 septembre 2024 (Paris 13). Au clavier : Bertrand Ferrier. Photo : Rozenn Douerin.

 

La set-list du concert de lancement se découpe en quatre parties. La première, clavier-guitare en renfort, égrène trois chansons bien connues des aficionados

  • (« C’Ă©tait Ă  Port-Gentil », sur son enfance gabonaise,
  • « Rester par habitude », autour de la pĂ©rennisation sinon de l’amour, du moins du couple, et
  • « Papa Mum », hymne au mĂ©lange identitaire cĂ©lĂ©brĂ© en son temps par des remixes efficaces)

avant une nouveautĂ©, le contrastĂ© « Miss Amelia », issu d’une inspiration littĂ©raire comme, jadis, « Souvenir d’Hadrien ».
La deuxième partie, avec pianiste et sans la gratte de Claudio Zaretti, mĂªle la dĂ©claration d’identitĂ© du « MulĂ¢tre » Ă  trois titres du nouveau disque :

  • l’amusant « Amie de ma mère »,
  • le très autobiographique « Ballade pour un enfant », coming-out d’un papa ayant depuis longtemps assumĂ© voire proclamĂ© sa bisexualitĂ©, et
  • le fabuliste « Ornithorynque », qui prolonge le « MulĂ¢tre » en mariant poils et bec

(nous aurons prochainement l’occasion de revenir sur le dernier disque de l’artiste et d’Ă©voquer plus prĂ©cisĂ©ment ces chansons).
La troisième partie accentue l’intimitĂ© entre le chanteur, qui s’empare du clavier, et son public, avant d’ouvrir le champ des possibles en convoquant Charlotte Grenat pour « Les gens qu’on aime » et « Je deviens de DiffĂ©rence ». La quatrième partie renvoie du pĂ¢tĂ© avec l’iconique « Poisson dans mon assiette », dont Jann Halexander accentue la noirceur explicite après d’autres versions oĂ¹ il insistait sur l’humour comme outil de dĂ©nonciation, et le lumineux « Soleil » de Catherine Ribeiro, chanteuse dont il arpente rĂ©gulièrement le rĂ©pertoire avec Ă©motion. En bis, une reprise inattendue de « La Granvillaise », Ă©galement disponible en version studio, trahit la constante recherche du musicien pour

  • mĂ©nager,
  • nourrir et
  • agrandir

la diversitĂ© de son rĂ©pertoire… ainsi que sa capacitĂ© Ă  embarquer avec lui un public mĂ©tissĂ©.
En conclusion, un concert à la fois maîtrisé et spontané, donc joyeusement foutraque par moments, donnant

  • du charme Ă  la rigueur,
  • de l’imagination Ă  l’indispensable et
  • de la fluiditĂ© aux exigences d’un tour de chant.

Pour prolonger cette Ă©vocation et Ă©couter gracieusement voire acheter Ornithorynque, c’est par exemple ici.

 

Claudio Zaretti lors du lancement d' »Ornithorynque », le 13 septembre 2024 (Paris 13). Photo : Rozenn Douerin.

 

La Camerata du LĂ©man joue Ludwig van Beethoven (Cascavelle) – 1/2

Première du disque

 

Tel un Nicolas Horvath cherchant des versions inouĂ¯es des nocturnes de FrĂ©dĂ©ric Chopin, nombre de musiciens

  • furètent dans les archives,
  • balayent sous les meubles et
  • explorent les moindres recoins

pour dénicher

  • qui une nouvelle Å“uvre d’un cador de la musique savante,
  • qui une rĂ©vĂ©lation people sur tel compositeur,
  • qui une annotation d’un Ă©lève d’un maĂ®tre de Radio classique susceptible de faire Ă©vĂ©nement.

Dans cette veine, la Camerata du LĂ©man propose avec un sens assumĂ© de la provocation et dans un disque au minutage concentrĂ© (moins de 44′) de s’attaquer Ă  deux pièces fantĂ´mes de Ludwig van Beethoven : un concerto de jeunesse et une symphonie en kit qui n’ont peut-Ăªtre jamais existĂ©. C’est le premier volet de l’aventure qui nous intĂ©ressera dans la prĂ©sente notule.
Le « concerto n°0 » en Mi bĂ©mol est censĂ© avoir Ă©tĂ© composĂ© par un Beethoven de quatorze ans pour sĂ©duire – avec succès, prĂ©cise AndrĂ© Piguet – le prince-Ă©lecteur de Cologne. La partition a disparu. N’en reste qu’une rĂ©duction partielle pour piano, sur laquelle le musicologue Willy Hess a brodĂ© pour obtenir, en 1943, une Å“uvre « reconstruite » de 26′.

 

 

L’ample Allegro moderato s’ouvre sur un dialogue entre harmonie et cordes. Sans chef, la Camerata n’en montre pas moins des qualitĂ©s sĂ©duisantes d’emblĂ©e :

  • nettetĂ© des attaques,
  • caractĂ©risation des Ă©changes,
  • prĂ©cision des ensembles.

L’entrĂ©e du piano permet nĂ©anmoins d’Ăªtre certain que Philippe Boaron ne leur cèdera en rien.

  • Le geste digital est assurĂ©,
  • la variĂ©tĂ© des touchers est remarquable,
  • le groove des accents se mĂªle efficacement Ă  la fluiditĂ© des traits de doubles croches,
  • le swing des triolets et des deux en deux percute un discours sagement habillĂ© de bariolages et d’interventions orchestrales de bon aloi.

Résultat : presque insensiblement, portées par une interprétation motivée que met en valeur la grande clarté de la prise de son signée Jean-Daniel Noir, sont mises sur pause les interrogations sur

  • la nature de cet objet sonore, beethovĂ©nien-mais-pas-que-loin-de-lĂ ,
  • la proportion de l’original dans la rĂ©invention, ou
  • la pertinence historiographique de cette proposition
    • (hommage,
    • addendum,
    • exercice bien connu des cours de composition ou
    • pastiche).

On se surprend Ă  se laisser aller, simplement, au plaisir d’Ă©couter une musique Ă  la fois rare et familière. C’est d’autant plus aisĂ© et agrĂ©able que

  • l’Ă©nergie,
  • la tonicitĂ© et
  • les irisations d’intensitĂ©

ne faiblissent jamais. Une cadence habile laisse mĂªme briller Ă  dĂ©couvert le pianiste avant que ses complices ne claquent un finale promptement enlevĂ©. VoilĂ  qui est fort bien troussĂ© !

 

 

Le Larghetto ternaire associe

  • cordes aiguĂ«s langoureuses,
  • cordes graves chargĂ©es du rythme et
  • vents oscillant entre tenues des cors et commentaires des flĂ»tes.

Le piano devient oxymorique dans la mesure oĂ¹ il retient ses notes avec science et lĂ¢che des paquets de quadruples croches auxquelles s’ajoutent

  • trilles,
  • appogiatures et
  • mordants.

C’est de ce mĂ©lange d’explosivitĂ© Ă©lĂ©gante et de retenue paisible, rendu avec une grande attention par Philippe Boaron, que sourd (sans jeu de mots beethovĂ©nien, le doit-on prĂ©ciser ?) notre intĂ©rĂªt. Pimentent l’Ă©coute

  • triolets,
  • contretemps et
  • deux en deux.

Certes, l’on pourrait parfois Ăªtre moins sensible Ă  une Ă©criture qui coche toutes les cases du topos beethovĂ©nien, manquant dès lors de la force de la surprise. Toutefois, ce serait une double faute de goĂ»t : celle – que l’on qualifiera de florenceforestique – de la dame qui ouvre une mousse au chocolat et s’aperçoit, dĂ©pitĂ©e, qu’elle est au chocolat (« je m’en doutais,mais ils auraient pu me surprendre ! ») ; et celle – que l’on ne qualifiera pas car elle n’est pas issue d’un sketch – du plaisir de l’ambivalence de ce genre d’Å“uvres de jeunesse, associant

  • moments familiers pour l’auditeur,
  • instants qui semblent un rien engoncĂ©s dans l’esthĂ©tique du mouvement lent de trop bonne famille, et
  • sursauts d’allĂ©gresse intĂ©rieure quand une trouvaille
    • rythmique,
    • mĂ©lodique voire (il y en a)
    • harmonique, justifie l’attention que nous portons au discours musical.

 

 

Le rondo final est un allegretto Ă  deux temps lancĂ© par un piano sautillant et goĂ»tant aux joies du ternaire. En dialogue avec l’orchestre, Philippe Boaron tricote des saucisses avec une virtuositĂ© tranquille. Willy Hess a activĂ© de multiples modes duo entre le soliste et la phalange, par

  • confrontation (chacun investit le thème Ă  sa façon),
  • complĂ©mentaritĂ© (l’orchestre accompagne ou est accompagnĂ© par la main gauche du pianiste) et
  • tuilage (les complices se refilent tranquillement la patate chaude).

Refusant de se laisser supplanter par le mec aux petits marteaux,

  • flĂ»tes,
  • cors et
  • cordes

se rĂ©voltent, provoquant un brusque changement d’humeur ouvrant sur un thème presque bartĂ³kien, vite dissous dans le plaisir du ressassement du motif premier, qui aboutit Ă  un finale manquant peut-Ăªtre – Ă  notre pas humble goĂ»t – de pyrotechnie joyeuse. Reste une proposition dont l’intĂ©rĂªt inĂ©gal n’obère en rien

  • la force de l’interprĂ©tation,
  • l’amusement que suscitent les topoi compositionnels hesso-beethovĂ©niens, et
  • la lĂ©gèretĂ© roborative qu’inspire l’Ă©coute de ce vrai-faux concerto.

Qu’en sera-t-il de la dixième symphonie ? Le suspense est insoutenable, soit, mais que l’on se rassure : il sera dissous dans une prochaine notule.


Pour Ă©couter le disque gracieusement, c’est par exemple ici.
Pour acheter le disque, c’est par exemple lĂ .

 

Vincent Rigot, l’homme au grand chÅ“ur

Détail du visuel du concert (affiche : studio MA, photo : Bertrand Ferrier)

 

Ce n’Ă©tait ni un anniversaire, sinon celui de mes dix ans comme organiste des offices de semaine Ă  la collĂ©giale, ni une cĂ©rĂ©monie mĂ©morielle avec les reniflements qui vont bien. C’Ă©tait une envie commune d’adresser un coup de chapeau Ă  Yannick Daguerre, compositeur et organiste fracassĂ© en 2011 au dĂ©but de sa quarantaine par ce truc qu’on appelle la mort.
Le projet : offrir une image kalĂ©idoscopique d’un gars qui Ă©tait Ă  la fois un redoutable virtuose classique et un fieffĂ© musicien, ce qui ne va pas toujours ensemble. Et le premier Ă©clat qui a jailli, ce soir-lĂ , remĂ©morait sa capacitĂ© Ă  faire sonner l’instrument dont il avait gagnĂ© l’accès sur concours, avec

  • solennitĂ©,
  • maestria et nĂ©anmoins
  • finesse.

Vincent Rigot s’est risquĂ© Ă  un revival de cet aspect de l’artiste en claquant un « Grand chÅ“ur dialogué » d’Eugène Gigout Ă  faire zouker un clergyman anglais. La preuve ci-dessous.