Beaucoup de grands scientifiques fantasment sur la première seconde. Sans fantasme, voici la seconde première.
Pile un an après le concert YouTube, réservé à ceux qui avaient payé leur écot, voici le retour du concert 2021, « À tout hasard ». Gratuit, cette fois. Un concert spécial, qui contournait en toute légalité les obligations liberticides imposées aux organisateurs de concerts et à ceux qu’ils financent, les théâtres. Un concert avec de vrais musiciens et de vrais magiciens du son, des lumières, des images et du mix. Un concert néanmoins à hauteur de ce que l’on est, peut, vit. Un concert à partager. À tout hasard.
Merci à tous ceux qui ont permis à cette proposition, modeste mais têtue, d’advenir, et merci aux curieux qui se risqueront à la découvrir, voire à la revoir.
Avec Sébastyén Defiolle, Claudio Zaretti et Pierre-Marie Bonafos, pendant l’enregistrement de « À tout hasard »
L’impatience nous joue des tours, mais c’est un fait : bientôt, nous nous cyberretrouverons pour le concert de chansons à textes et à musiques intitulé « À tout hasard » qui sera diffusé sur YouTube – Première ce vendredi 5 novembre à 20 h 30, film disponible à discrétion pendant quinze jours contre un billet modique à acquérir ici.
Soyons honnête, pour une fois : le choix de la diffusion par Internet n’a pas été fait de gaieté de coeur. Néanmoins, il offre trois avantages :
éviter (ou presque) les polémiques usantes autour des choix sanitaires gouvernementaux,
proposer ce partage dans toute la France et plus si affinités,
et adapter la proposition aux disponibilités de chacun, puisque le film pourra être regardé voire reregardé à tout moment jusqu’au 20 novembre.
Il fait aussi écho à la période du confinement pendant laquelle j’ai posté une quarantaine de nouvelles chansons, histoire que les sachants et puissants libertivores n’annihilent ni notre créativité ni notre joie de partager paroles et musiques. En attendant de pouvoir vous retrouver au gré des scènes, si la fréquentation des salles de spectacle – actuellement catastrophique – s’améliore, cette cyberinitiative m’a paru le moindre mal pour conserver et fortifier le lien qui nous unit musicalement. D’autant qu’elle réunit autour de moi – ô fierté – des musiciens et des techniciens hors pair.
Claudio Zaretti pendant l’enregistrement de « À tout hasard »
En effet, projet digital, ce film enregistré dans les conditions du direct n’est pas un projet low costpour autant. Grâce à la bénévolence de partenaires de scènes, une équipe technique DeLuxe a pu être mobilisée afin de proposer un tour de chant de qualité. Sur une ambiance lumineuse créée à partir des conseils de Clément Gulbierz, jeune ingé lumières capable de se saisir de n’importe quelle demande pour en tirer plus que le meilleur, se greffe une prise de son riche et maîtrisée, manigancée par Sébastyén Defiolle. La captation et le montage sont l’œuvre d’Esther Assuied, une artiste aux doigts de fée.
Cet écrin sertit douze chansons, dont neuf jamais chantées sur scène et ici portées par
un piano Petrof à forte personnalité,
la contrebasse protéiforme de Claudio Zaretti et
le saxophone superlatif de Pierre-Marie Bonafos, mix de savoir classicos et de science jazzistique.
Histoire d’ouvrir un peu les fenêtres dans un temps où certains nous poussent au repli sur soi voire sur rien ni personne, l’ami Jann Halexander, chanteur franco-gabonais de métier depuis une vingtaine d’années, a été convié à pimper cette fête… à laquelle – la tempérance n’y peut mais – nous avons décidément hhhâte de vous retrouver.
Claudio Zaretti et Jann Halexander pendant l’enregistrement de « À tout hasard »
La quatre-vingtième approche. La soixante-dix-neuvième d’abord, mais bientôt quand même. Merci aux artistes, au public, aux artisans, à la paroisse et aux instigateurs. Let’s get going.
Avec Clément Gulbierz et Loïc Leruyet à la conception, à la réalisation technique et à la régie en direct pour coller aux impros de l’orgue, la fin de la Nuit blanche a ébloui plus d’un spectateur jusqu’à, sacrilège, noyer sporadiquement l’orgue dans un tourbillon de couleurs.
Photo : Rozenn Douerin
Incendier l’espace,
habiller l’ombre,
dialoguer avec l’architecture,
vitaliser la dimension sacrée du lieu,
parler la langue du feu avec le roi des instruments,
apporter sa propre interprétation des textes sur lesquels improvise l’organiste,
apprivoiser l’instant avec instinct :
autant de défis – parmi moult autres, plus métaphysiques ou prosaïques, selon les moments – que les jeunes luminomanes ont relevés.
De gauche à droite : Clément Gulbierz, Loïc Leruyet et son brushing puis, peut-être, vous. Photo : Rozenn Douerin.
Croire que ce que montrent ces photos n’est que de la lumière serait une erreur. C’est de la musique traduite en photos et en photons, et vice et versa. Avec des moyens exceptionnels à l’aune du festival Komm, Bach!, tout juste acceptables pour de jeunes professionnels risquant leur réputation pour la beauté du geste. Puissiez-vous entendre chanter l’orgue à tuyaux, instrument unique de l’Église selon les textes, à travers les réussites visuelles fomentées par les néopros au boulot !
Le 5 octobre, la Nuit blanche s’épuisait sur un concert orgue et lumières. L’occasion de revisiter l’église de Saint-André de l’Europe en l’habillant d’ombres fantasmatiques.
Photo : Rozenn Douerin
Ce dialogue entre ombre et lumières ne peut exister que parce que la nuit. Sans nuit, ni ombres, ni lumières. Sans lumière et sans musique, à quoi bon la nuit ?
Photo ; Rozenn Douerin
On va pas se mentir : cette démonstration d’astuce, de technique et d’art, suscite la fascination de la photographe pour les artistes plus que pour le zozo qui fait ploum-ploum à l’orgue pendant ce temps.
(Non, je ne suis pas jaloux, je constate, nuance.)
Loïc Leruyet en spectacle à Saint-André de l’Europe le 5 octobre 2019. Photo : Rozenn Douerin.
Moi, ce que je regrette, c’est d’avoir été derrière la tribune pour faire mon max. Visiblement, devant, c’était beaucoup plus l’éclate. Et encore, c’était que le début.
Après l’arrivée du matériel et la mise en route des dernières répétitions à l’orgue (épisode 1), vient le moment de la mise en route technique pour le projet lumineux.
Loïc Leruyet et Clément Gulbierz. Photo moche : Bertrand Ferrier
13 h
Tu connais ce moment, oh, tu connais ce moment où ça devrait marcher. Ajouter quelque chose serait superfétatoire, voire carrément relou.
Photo de la tribune d’orgue : Bertrand Ferrier
14 h
Je demande aux régisseurs le 06 de leurs mamans. Je veux savoir comment elles s’y prennent pour les faire ranger leur chambre.
Photo : Bertrand Ferrier
15 h
Les jeunes régisseurs admettent enfin que l’on ne peut pas déambuler dans le monde du spectacle sans boire. Encore jeunes, ils ont opté pour un alcool raisonnable mais secoué.
Loïc Leruyet et Clément Gulbierz au travail. Photo : Bertrand Ferrier.
16 h
Loïc et Clément regardent vers la voûte. Soi-disant pour vérifier si ça marche. Je les soupçonne surtout d’invoquer le Ciel parce que ça ne marche pas, mais bon.
17 h
Tu connais ce moment, tu connais ce moment où ça marche, mais ça marche trop. En clair, le projecteur fait ce qu’il veut ; et son goût pour le zouk déstructuré ne cadre pas avec les plans très précis des régisseurs. Du coup, ils filent s’en occuper. Bien sûr, je pourrais me saisir de la console – non, pas pour la revendre sur eBay, voyons, plutôt pour reprendre la main et mettre en pratique mon talent d’ignorant. Par bonheur, je préfère les laisser apprendre leur métier par eux-mêmes et me contente de prendre une photo.
Photo : Bertrand Ferrier
18 h
L’heure de la messe approche. Le local de l’étape prépare donc un catering pour les artistes, régisseurs, assistants et vidéastes du soir. La drogue des ex-élèves du lycée Paul-Poiret est évidemment sur la table. Bientôt, y aura plus qu’à.
Pour la Nuit blanche de ce 5 octobre 2019, le festival Komm, Bach! avait mis les grands plats dans les très grands. Les trois concerts du soir étaient programmés depuis lurette ; restait à les concrétiser. Voici donc le début du récit d’une journée de foufou.
Photo : Bertrand Ferrier
8 h 55
Arrivée des flight cases pour le concert de 23 h 30. Les scoutesses acceptent de céder un peu d’espace afin que l’on puisse provisoirement stocker le matos. Certains chauds lapins le regrettent.
10 h
Après que l’intégralité du matos a été crapahuté sur deux étages et demi, les experts commencent une installation électrique, au sens polysémique – comme stipulerait Mme Romatif, la prof qui nous a permis de rencontrer les loustics au travail : on vérifie ce qu’il manque comme matos digne pour irriguer de jus les engins ; et, forcément, comme tout ne colle pas pile poil, le stress commence.
11 h
François-Xavier Grandjean débarque pour sa seconde répétition de quatre heures. Avec une grimace astucieuse, le Bûcheron des Ardennes fait savoir qu’il trouve que c’est tôt. Heureusement, l’arrivée de sa registrante préférée lui redonne le smile. En revanche, Clément trouve que le mec fait quand même beaucoup de bruit. Courageusement, le programmateur refuse de jouer les médiateurs en prétendant qu’il n’y est pour rien : lui, il prend juste des photos comme Jean-Jacques Goldman – en passant.
Midi
Fix en a ras la courge des tuyaux qui sonnent faux. Il décide de passer outre son vertige et d’aller accorder ce maudit clairon de grand orgue. Faute de rasette, il adopte un couteau qui se prend pour une rasette. De son côté, Loïc Leruyet propose de détendre l’atmosphère en donnant des leçons de chorégraphie à Clément Gulbierz, pourtant expert en dansologie – art qu’il pratique depuis treize ans. On va pas se mentir, elle est pas gagnée, la Nuit blanche qui s’annonce.
Pour la deuxième année consécutive, le festival Komm, Bach! vous invite à une soirée pleine de wow, d’émotions et de surprises (au moins), avec écran géant, entrée libre, sortie aussi, mais concerts – d’env. 1 h – bien quand même.
À 20 h 30, Jean-Michel Alhaits (bombarde et basson) s’acoquine avec Jean-Pierre Rolland pour un récital animé par de vrais morceaux de Frescobaldi, Bach et Boëly – notamment. Amateurs de musique ennuyeuse, un conseil : restez loin du 24 bis, rue de Saint-Pétersbourg pour cette victoire de la musique sur la mort – prévu l’an passé, ce concert avait dû être repoussé suite à l’hospitalisation en urgence de l’un des artistes.
À 22 h pétaradantes, François-Xavier Grandjean, herr titulaire des grandes orgues de Sainte-Julienne de Namur, débaroule de Belgique pour envahir Paris avec le deuxième volume du florilège de la musique d’orgue finement intitulé « Les plus grands tubes pour tuyaux ». Au programme, quelques-unes des œuvres les plus sexy jamais écrites pour l’instrument monstrueux, écrites notamment par Jehan Alain, César Franck, Johann Sebastian Bach, Yannick Daguerre et… Léon Boëllmann.
Et, pour finir, à 23 h 30 tintinnabulantes, place à la poésie et à la magie. Poésie avec cette série de quinze improvisations sur le thème « Nuits et brouillards », rythmées par des fragments de textes et secouées par le souffle de l’orgue. Magie, car un gros dispositif lumineux sera piloté en direct par de jeunes diplômés en régie lumière chargés d’interagir avec la musique… voire de l’influencer par leurs jeux. Un moment exceptionnel et une « expérience immersive » à vivre et partager avec gourmandise et sensibilité. Fin des festivités à la minuit passée de trente minu(i)tes.
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