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Nuit de l’improvisation

Nuit de l’improvisation, Saint-Eustache – 2

Façade nocturne des grandes orgues de Saint-Eustache. Photo : Rozenn Douerin.

 

Ambiance intérieur nuit : toujours spécial et souvent magique dans les grandes églises. Qui plus est quand les grands noms de l’orgue et quelques autres sont réunis pour improviser en continu, à l’occasion des dix ans d’Orgue en France. Au programme : douze heures de musique impromptue et ininterrompue. Entrée libre, sortie aussi. Public autorisé tout autour de la console de concert, aussi bien debout pour chercher le meilleur angle qu’assis sur des chaises… ou que couché sur le tapis rouge.
Çà, on repère même la bande des foufous de Guérande qu’a rejointe leur chère Esther Assuied afin d’assembler, à même le sol, le puzzle de mille pièces représentant l’orgue du lieu. Verdict : « J’ai l’habitude de faire des puzzles de 5000 pièces, confie la jeune virtuose, mais, là, c’est chaud ! »

 

Esther Assuied par Rozenn Douerin

 

Alors que se succèdent sur le banc de solides musiciens de la trempe d’un Vincent Rigot, d’un Thierry Escaich ou d’un Pascal Marsault, d’autres zozos se préparent. Après les répétitions pour construire la structure et un p’tit quart d’heure pour apprivoiser l’orgue et l’acoustique, il est temps pour nous, challengers, de montrer ce que nous avons dans le petit bidon. Et si c’était la chance de notr’ vie ? On s’lance, allez, tant pis !

 

Bertrand Ferrier et Michaël Koné à Saint-Eustache. Photo : Rozenn Douerin.

 

Puis laisser la place, rejoindre les amis en salle de catering, partager un peu de liquide et une clémentine, discuter avec d’autres musiciens de passage, revenir écouter quelques collègues des étages supérieurs, parmi lesquels Olivier Latry – bientôt rejoint par Thomas Ospital et Thierry Escaich pour le trio qui devrait buzzer lors de la mise en ligne de la vidéo du concert –, finir par quitter l’arène pour tenir à peu près les yeux ouverts lors de la messe programmée quelques heures plus tard, croiser des spectatrices qui ont bien kiffé le duo orgue et contre-ténor, trouver dans le labyrinthe de Châtelet le chemin vers le dernier métro et revenir avec la vraie vie, un peu de nuit sémillante au fond des yeux.
Vivement le prochain défi !

 

Le Christ de Saint-Eustache. Photo : Rozenn Douerin.

 

 

Nuit de l’improvisation, Saint-Eustache – 1

Ce moment où tu confrontes un monstre et que tu prononces en même temps que lui : « À nous deux, mon p’tit pote. » Photo : Rozenn Douerin

 

La nuit a commencé tôt. Quelques semaines auparavant, avec Michaël Koné, pour construire petit à petit la structure de l’improvisation de 12′, commandée pour le concert de 12 h programmé ce 23 octobre en l’église Saint-Eustache. Et, spécifiquement, dans l’après-midi dudit samedi, où un créneau d’un quart d’heure était proposé aux organistes pour découvrir la bête aux 101 jeux et 8000 tuyaux. Heureusement, une sorte de lutin virevoltant était là pour soutenir les néophytes à l’occasion d’une formation accélérée.

 

Avec Thomas Ospital. Photo : Rozenn Douerin.

 

Bien entendu, je n’étais pas du tout impressionné de rencontrer autour d’un orgue LE Thomas Ospital.
Pas du tout.
Pareil pour l’orgue. Pas impressionné j’étais.
Pas le choix. En effet, maîtriser un instrument de cette hénaurmité en un quart d’heure, c’est comme entrer sur un ring ou commencer à vivre, faut avoir l’air sûr de soi. Pas forcément être un winner mais, a minima, feindre que l’on est dans la place et que l’on n’est point un imposteur. Évidemment, quand tu entends les registres gémir : « Nan, me choisis pas, prends plutôt le collègue d’à-côté », tu pourrais douter. Sauf que tu ne peux pas douter. Tu as 15′ pour montrer au minotaure que tu es l’un des soixante Thésée qui vont lui passer sur le corps ce soir ; et tu fais le job.

 

Photo : Rozenn Douerin

 

Cependant, un homme, indifférent à l’agitation,

  • prépare sa voix,
  • se concentre et
  • réfléchit à sa position dans l’espace.

Pas dans l’espace intersidéral, hein, personne n’a sniffé un rail de métaphysique avant le boulot : juste sa place dans l’arène de Saint-Eustache. C’est déjà pas mal.

 

Bertrand Ferrier, Thomas Ospital et Michaël Koné. Photo : Rozenn Douerin.

 

… et un quart d’heure plus tard, comme prévu

  • la Bête était matée (sort of),
  • l’équilibre entre voix et tuyaux était trouvé,
  • les marques étaient prises.

J’avais eu bien raison de ne pas me laisser impressionner, fichtre. Désormais, l’impatience pouvait reprendre de plus belle.

 

Photo : Rozenn Douerin

 

À suivre…