
Ainsi que nous l’avouĂ¢mes tantĂ´t, le nier serait niais : on n’en peut mais, en France, on adore les Belges. Ce soir, face Ă la Horde furtive, l’on se rĂ©jouit donc d’Ăªtre raciste positif Ă l’avance. D’autant que, pour un admirateur claustrophobe du nouveau thĂ©Ă¢tre, le pitch est ultime : quatre personnages sont enfermĂ©s dans un espace clos mais pas vraiment clos – une scène de thĂ©Ă¢tre, en somme. C’est le spectacle qui excite les papilles. Un parfum d’absurde bien conventionnel dopĂ© aux belgicismes : on est Ă fond. MĂªme si
- on ne peut rĂ©server sur le site officiel du off d’Avignon,
- la compagnie tente une sodomie en proposant une réservation un euro plus cher sur son site, et
- mĂªme s’il faut patienter demi-heure au tĂ©lĂ©phone en se faisant raccrocher au pif toutes les deux minutes avant de joindre, enfin, la scène subventionnĂ©e afin de prĂ©empter un billet contre sesterces sonnants tout en promettant Ă un collègue d’Ăªtre de retour pour ploum-ploumer Ă la fin de son spectacle Ă condition que les gars ne soient pas late,
le projet est assez sexy pour que, bon, d’accord, on y va. MalgrĂ©
- les demandes d’assistance des collègues,
- les sollicitations de rencontres d’occasion,
- les fatigues et les urgences du moment,
scintille le spectacle de Simon Thomas intitulĂ© Should I stay or should I stay. PortĂ© par une compagnie d’outre-QuiĂ©vrin, il se dĂ©roule au soir de la confrontation Belgique – Espagne. Intelligemment, la scène a prĂ©vu d’accueillir dans le hall les fanas de foute devant un grantĂ©cran et des bières sans la clim qui va bien.
Devant la double affluence des thĂ©Ă¢treux et des fouteux, je manque de dĂ©faillir tant la chaleur est intense… d’autant que le spectacle commence en double retard : le temps de poser le dĂ©cor et de faire venir un handicapĂ© moteur positionnĂ© Ă l’extĂ©rieur de la salle, donc pas près d’arriver. Une ouvreuse fait son max pour fluidifier la chose, mais un responsable dĂ©bile a dĂ©cidĂ© que l’handicapĂ© devait entrer en premier. Le mec ne rentrera pas en premier tout en bĂ©nĂ©ficiant de la meilleure place qu’il pouvait solliciter, mais les cons subventionnĂ©s se sentiront sans doute mieux d’avoir dĂ©fendu rien auprès d’Ă©quipes respectueuses du handicap mais consternĂ©es par la connerie du boss.

Difficile pour autant d’Ă©changer avec les employĂ©s. Les hurlements des tĂ©lĂ©visomanes sont puissants. Quand on pointe le titre de la publication festivalière (« parler plus fort que le bruit »), les petites mains ne sont pas fières : non, on ne peut pas parler plus fort que le hurlement des biĂ©romaniaques quand la Belgique Ă©galise provisoirement Ă un partout. Enfin, il est permis d’accĂ©der au sein du sein. Quatre personnages se dressent ou se vautrent face Ă nous.
- Un grand (le texte reviendra sur sa taille) escogriffe capé de rouge,
- un bleu qui serine « Should I stay or should I stay » en boucle,
- une nana bottée et cirée de jaune qui sourit,
- une nana moulée de noir avec une capuche blanche.
Certains acteurs Ă©tant « en alternance », nous renonçons Ă les identifier en dĂ©pit de leur dĂ©vouement sincère Ă la galère qu’ils incarnent. Comme dĂ©cor, l’espace normal et des nĂ©ons.
- Madame Noire essaye d’ouvrir les portes.
- Madame Jaune se promène en souriant.
- Le grand rouge est immobile.
- Dialogue interminable avec le bleu au point de nous faire comprendre le titre : carrément, on should I go or should I go.
Mais les payeurs (dont nous sommes, hĂ©las) essayent de rire de ce qui n’est pas drĂ´le. Faute d’Ăªtre tous abonnĂ©s Ă TĂ©lĂ©rama, nous ne sommes pas nombreux Ă nous salir de la sorte.
- Faiblesse de la dramaturgie.
- Vide de la scénographie.
- Abandon de l’absurde tant vantĂ© dans le storytelling convoquant sans vergogne Beckett et les Monty Pythons, mytho qui s’effondre devant la mĂ©diocritĂ© du texte et du dispositif.

La première scène tente de provoquer la lassitude par
- la stagnation,
- l’itĂ©ration et
- la non-verbalisation – projet qui peut avoir moult autres aboutissements aboutis, y compris dans le off oĂ¹ l’on nous a parlĂ© de pièces muettes autrement bien foutues.
Soudain, la nana en noir prend son élan pour défoncer la porte puis renonce. Ouh, quel suce-pince !
Enfin, la parole advient. Les noms et les sexes des personnages changent. Simon Thomas tente des punchlines ratĂ©es comme : « Quand ça sent l’cramĂ© dans mon toaster, tu crois que j’attends que la maison brĂ»le ? Non, je vire la tranche de pain du toaster. » La pragmaticitĂ© de la proposition Ă©meut par la vibrance du quotidien dans le spectaculaire – non, c’est juste ratĂ©.
Plus les minutes s’Ă©coulent, hĂ©las lentement, plus on s’abasourdit devant la mĂ©diocritĂ© d’une proposition que l’on Ă©tait venu applaudir avec autant d’envie. Les bonnes idĂ©es telle l’opposition entre
- la construction d’une montgolfière et la constitution d’un sandwich amĂ©ricain banane,
- l’immortalitĂ© du homard et la mĂ©ditation sur les sables mouvants,
- les crachats gratuits et le viol moins gratuit,
croupissent dans une facilitĂ© Ă©touffante que l’engagement des acteurs ne suffit pas Ă dissiper. En dĂ©pit de cet investissement que l’on imagine sincère, la moyennerie, j’assume, des spectatrices tatouĂ©es qui font gling-glinguer leurs gourdes en verre respectueuses de mon cul sur l’environnement et glouglouter leurs gorgĂ©es n’illumine guère ce moment d’effarement et de dĂ©ception.
Sur scène, on essaye de fomenter des sketchs pour oublier la vacuitĂ© de l’enjeu dramatique.
- On rĂªve de base-ball pour se prouver qu’on a des bras.
- On raconte des rĂªves qui ne veulent rien dire en prĂ©cisant qu’ils ne veulent rien dire, pĂ´ pĂ´ pĂ´.
- On est déçu par les termites du cerveau.
- On se rassure avec un sang-de-gouiche haricot-abricot ou on s’assomme.
Et puis ? Le toreador bleu remercie tout le monde en castellano. On oublie. La narration se cabre. On se lance dans des « hyper Douglass » qui rappellent singulièrement le « jeu de la balle » mollement inventĂ© par Alexandre Astier pour Kaamelott Ă l’occasion du cinquante-quatrième Ă©pisode de la deuxième saison. Ça vĂ©gète, ça se reconnaĂ®t presque comme sa poche (« mais je ne connais pas ma poche »), ça assomptionne, ça s’Ă©trangle, ça ouvre des portes mais ça reste sur scène. RĂ©sultat,
- mĂªme quand on est venu pour applaudir
- du nouveau thĂ©Ă¢tre modernisĂ©,
- de l’absurde ou
- du chaotique,
- mĂªme quand on salue le travail d’acteurs hautement sollicitĂ©s,
- mĂªme quand on est plutĂ´t pour bravoter les collègues fussent-ils dans le haut du spectre subventionel,
on doit admettre le truc in fine :
- le texte,
- la structure,
- les piteuses esquisses de dialogues parallèles,
tout, dans cette pièce de Simon Thomas, hormis la bonne volonté de valeureux comédiens, est consternant. Quelle tristesse !
Jusqu’au 21 juillet, plus de dĂ©tails ici.




