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Le blog de Bertrand Ferrier, page 324

Hans Zimmer, Zénith de Rouen (Grand Quevilly), 1er juin 2016

Hans Zimmer à RouenC’était un beau moment voire une belle histoire, et pourtant, je n’allais pas « dans » le Midi (le Midi). Le réalisateur Guillaume Vatan (il affirme être désormais ingénieur-réalisateur, ou l’inverse, c’est classe dans les deux sens – il en manque plus que trois ou quatre) m’a invité à Rouen pour applaudir Hans Zimmer, compositeur de musique de blockbusters hollywoodiens, en pleine tournée des Zénith français. On n’était pas quatre sur la banquette arrière, alléluia, mais les trajets voituristiques entre gens de bonne compagnie, c’est souvent sympa, surtout pour un Parisien d’adoption donc encroûté dans son petit Transilien métroïstique. Sans compter qu’un concert exceptionnel (place entre ca. 75 et 150 €, tudieu !) restait à venir…
Le concert : Hans Zimmer structure sa prestation en deux parties. Soi-disant pour que l’on puisse aller se saouler, alors qu’impossible d’accéder à la buvette à la mi-temps, trop peu de personnel derrière le comptoir (a-t-on jamais vu plus benêt ?). Sans doute pour que les gogos puissent profiter de son merchandising, feat. un T-shirt à 30 €, quand même.
La première partie s’articule autour de tubes plutôt brefs, variés, allant de la musique d’ambiance à la comédie musicale en passant par la chanson africanisante – intervient « la vraie voix » du Roi Lion, qui ne nous semble pas toujours chanter très juste, en dépit de sa réelle présence scénique. La diversité des ambiances fait souvent oublier la lourdeur des interludes parlés, trop longs et trop sirupeux pour nous séduire (et c’est un mec qui aime bien parler entre ses chansons qui le dit). On s’étonne de l’absence de vidéos pour habiller le concert, articulé entre cinq sphères : Hans Zimmer, GO, claviériste et guitariste ; solistes « pour une chanson » ; musiciens solistes ; musiciens d’orchestre (peu audibles) ; choristes (encore moins audibles). On se dit aussi : dommage qu’une version réduite n’ait pas été prévue pour des salles de concert type Philharmonie – même si les harmonies sont simples, on en aurait mieux profité.
Comme souvent, on a tort sur notre étonnement : la seconde partie va nous faire regretter notre souhait de vidéos. Sans atteindre le ridicule du dernier concert parisien de notre pourtant tant aimée Diane Dufresne, l’essentiel des vidéos dont la seconde partie nous fait don est surtout constituée de fractales (chuis pas sûr du terme, mais je tente) dont la médiocrité, la banalité, la nullité, la vulgarité, impactent la réception des musiques autant que la création de piètres lumières, réagissant aux sons mais séduisant peu, qui moins est quand elles se font la joie d’éblouir le public avant le rappel, pratique quand même complètement conne, faut bien le dire. Pourtant, cette heure et demie de concert a de quoi séduire. D’abord, elle est exigeante par sa répétitivité et ses introductions entre 3′ et plus de 5’ ; ensuite, elle propose une musique certes itérative, mais qui signe ici la marque Hans Zimmer comme si, nous suggère Guillaume Vatan, le compositeur avait mis « ce qui fait zizir » au début et ce qui lui fait zizir pour boucler ; enfin, elle montre les talents peut-être pas épatants mais patents du zozo : une évidente assurance (platitude d’intros étirées sur de longues minutes), une science certaine du crescendo (même s’il admet avec honnêteté ne pas être l’auteur de tous les arrangements), une envie de mêler orchestre classique et sons rock (guitare électrique, superbe basse saturée) voire électro, et une bonne connaissance de quelques astuces façon minimalistes américains (à l’évidence, Hans a plus qu’écouté Philip Glass).
En somme, malgré la générosité du cadeau qui nous est fait d’assister à ce show, on a du mal à se laisser totalement séduire pour, en gros, trois raisons. D’abord cet ex-Allemand naturalisé états-unien abuse de codes hollywoodiens : humour de connivence façon entertainer, parfois séduisant (« j’ai ajouté ce morceau dans la set-list uniquement pour jouer des big drums : c’est vrai, qui ne rêverait d’en jouer ? »), souvent niveau kermesse de chef lieu de canton (« je pense que le public était meilleur à Genève, vous êtes sûrs que vous ne pouvez pas crier plus fort ? ») ; hommage sirupeux et détestable car rentabilisant aux victimes des attentats d’Aurora (et de Paris, et de Bruxelles, tournée oblige) ; storytelling pas toujours convaincant (guitariste marié avec la jolie violoniste pour introduire un truc vaguement country ; pesante présentation des œuvres avec des anecdotes souvent pendouillantes – peut-être par sincérité, peut-être par maladresse ou manque d’exigence) ; récurrence lassante de « tous les musiciens sur scène ce soir sont mes meilleurs amis de toute la vie pour toujours » ; souci louable mais lourdaud pour le spectateur de mettre trop de solistes en valeur, etc. Ensuite, parce que la répétition des mêmes structures en seconde partie (début soft, éventuellement break, tutti, entrée de la guitare électrique et de la basse sur fond de percus qui s’excitent) peut lasser les moins fans des spectateurs. Enfin, parce que, bien que l’on ne puisse être accusé de militer pour cette connerie de mixité érigée en sommet du consensus socialo-merdique, l’on n’est pas convaincu qu’une construction moins ségrégationniste (les morceaux d’un quart d’heure à la fin, les morceaux plus courts au début) n’aurait pas mieux convenu. Malgré l’audace de finir sur un dernier morceau plutôt en decrescendo, le concert peine assurément à emporter l’enthousiasme absolu des curieux : l’hémorragie de spectateurs en seconde partie pourrait, entre autres, en témoigner.
En conclusion, trois choses frappent, aïe : un, c’est chouette d’avoir des amis qui vous propulsent dans des invitations inattendues et saugrenues en compagnie de relations tout aussi saugrenues et inattendues ; deux, Hans Zimmer a, faut quand même pas déconner, un sacré putain de métier ; trois, même avec un instrumentarium superlatif, c’est difficile de produire une musique exceptionnelle quand votre métier, précisément, vous impose une logique restrictive dont, même quand vous venez exploiter les admirateurs européens, vous ne souhaitez pas ou vous ne savez pas vous défaire. Bref, une soirée intéressante, originale, mais qui ne persuade pas tout à fait que la réputation de Hans Zimmer n’est pas un chouïa surfaite.

Jusque-là, c’est clair

Solo de clarinettes– Dans une certaine mesure, tous les sons émis ne sont pas appréhendés pour eux-mêmes mais interrogent leurs propres conditions de production, pensées en tant qu’expériences corporelles.
– Absolument, M. Lachenmann. Autre chose ?
– Les structures temporelles artificielles et la perception élémentaire du processus de production du son révèlent leur profonde interdépendance et remettent au cœur du projet expressif la singularité du geste et la perception emphatique de la dimension anatomique du son.
– Cela va sans dire. Même si je pense que vous avez bien fait de simplifier, au moins pour une première approche.
(Citations extraites de la notice de « Dal Niente (Intérieur III) », in : Armand Angster, Solo clarinet, Triton, 2016 env.)

Super

Dan GutmanEn pleine pénurie d’essence, c’est important – à mes nyeux – qu’un projet de collection pour la jeunesse soit plein de super.
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Il est des nô-ô-tres

Pèlerinage polonais à Montmorency (29 mai 2016). Ici, pas d'expert pour l'orgue, une vaste arnaque du facteur pour extorquer des fonds aux paroissiens. Mais bon.
Pèlerinage polonais à Montmorency (29 mai 2016). Ici, pas d’expert pour l’orgue, une vaste arnaque du facteur pour extorquer des fonds aux paroissiens et à la mairie. Mais bon.

« Veuillez m’excuser de ne pas avoir réagi à votre courriel plus tôt, mais vendredi soir et samedi j’étais invité à un anniversaire. » Je me doutais que nous avions choisi le bon expert : non seulement il est simple quoique vraiment expert, mais en plus il a les meilleures essscuses du monde.

Orchestre Colonne, Théâtre des Champs-Élysées, 26 mai 2016

Orchestre ColonneC’est l’histoire d’un malentendu bien réjouissant. Je venais applaudir Diana Damrau. Sans le savoir, je vins un jour trop tôt. Je passai les contrôles à l’entrée du TCE. Personne ne s’opposa à mon intrusion. Par chance, personne ne squattait mon siège du lendemain soir. Je m’étonnai que la salle fût si peu pleine pour entendre Lucia di Lamermoor avec une telle vedette. En fait, je venais assister à un concert de l’Orchestre Colonne. Quand Tout un monde lointain commença, je compris qu’il y avait eu maldonne ; mais, quand je vins me dénoncer à la mi-temps, la sécurité m’autorisa à rester en seconde partie de soirée. Chic, c’était la meilleure.
Le concert s’ouvre par le concerto pour violoncelle de Henri Dutilleux. Nous étions sceptiques quand nous l’entendîmes la première fois en vrai ; nous le resterons. La tendance du soliste, Sung-Won Yang, à jouer à la limite de la justesse de façon à chercher la note la plus pertinente contribue à désarçonner l’oreille. La dilatation des espaces sonores, le manque volontaire de tension dramatique, l’absence d’accidents narratifs, tout cela est sans doute sublime mais, pour l’auditeur que nous sommes, un brin lassant. (Je sais, Dutilleux est un Intouchable, mais c’est la deuxième fois que, bof, même s’il est vrai que le bis Bach ne permet pas davantage d’être séduit par le soliste…
)
20160526_203739 Après l’entracte, la brillante Suite n°2 sur Bacchus et Ariane d’Albert Roussel décoiffe. Tout sonne juste, contrasté, nuancé, séduisant. L’orchestre est attentif à la direction précise de Laurent Petitgirard, et celui-ci le transcende. Ici, plus de petit ensemble, pas de chef de seconde zone. Énergie, émotion, ironie, tension, rythme, la palette du compositeur est remarquablement servie. Après le départ de la célestitste (?), la Valse de Maurice Ravel qui conclut ce concert à la fois tout public et exigeant achève d’impressionner. Peut-être moins emportée dans son finale que l’on aurait pu imaginer, elle n’en reste pas moins remarquablement menée, avec cohérence, vitalité, respect des solistes (ici, chaque pupitre a droit à ses applaudissements) et force de l’orchestre – même si l’ensemble est grevé par l’hypocrisie de Laurent Petitgirard (amusant « ce n’est pas parce que la Valse est libre de droits depuis quelques semaines qu’on la joue », moins amusant « la SACEM nous soutient avec force » alors que lui-même est président du conseil d’administration de la SACEM depuis 2011, explicite le programme).
20160526_195434Une prestation qui mérite des bravos pour l’association entre composition quasi contemporaine et classiques qui font zizir, mais surtout pour une seconde partie remarquable… selon une tradition que nous avions constaté en 2013.

La prison joyeuse

20160512_141138Dans certaines églises, prudents, les responsables ont barreaudé la fenêtre des toilettes pour que les organissses ne s’échappent pô. Mazette, ils sont forts, les diables.

Tu m’disais quoi, M. Canard ?

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The dark side of May

Lundi de Pentecôte, MontmorencyHé-ho ! Ça dérangerait quelqu’un d’envoyer un peu de soleil pour pas démoraliser ceux qui bossent les jours Ferrier ? Par avance, merci.

Oh, si jeune !

P'tite bourrée

SPA Grammont, 14 mai 2016

GOLANChic, M. Chouchou, alias Golan, aka Rex, n’est pas sorti aujourd’hui. Enfin, n’était pas. Depuis mon passage, c’est fait – courses, gambades, grattouillismes, fouilles de bosquets, check. Et toc ! Direction Lorka, malinoise encore bébé (à peine sept mois or somethin’).
LORKAUn loup qui adore se rouler dans l’herbe, jouer, faire la folle et prendre la pose. Vas-y, Lorka, prends une pose rigolote !LORKA OH NANComment ça, « ah nan » ? Vas-y, fais… je sais pas, moi, fais l’ornithorynque, par ézample !LORKA LORNITORINKVoilà. Vous ne saviez pas que les malinois peuvent imiter l’ornithorynque ? Erreur réparée. Il est donc temps de filer voir Roxy.ROXYC’est un p’tit labrador de trois ans qui n’en peut plus d’être dans son box, au point de se blesser. Comme, en plus, il est réputé « très dynamique », il sort moins souvent, certains bénévoles se voyant « déconseiller » de le sortir. C’est un peu triste ; du coup, on a aussi un peu fait les cons. Non, ça change rien sur le fond, mais ça colore un peu le gris foncé. Le côté Jean-Jacques Goldman d’une matinée dans un refuge SPA, sans doute.