Quand tu te bats gracieusement, grâce aux artistes, pour valoriser l’orgue dont que t’es titulaire, et que les musiciens invités jouent avec un art quasi superfétatoire. Quand, avec l’aide de spectateurs, tu ranges en fin de soirée l’écran du concert brillant auquel tu viens d’assister, le tout dans un endroit discret convenu avec l’intendante. Quand tu découvres ce que le curé en a fait, sans doute grâce aux enfants de chœur vues les empreintes sur l’écran (en sus de jeter à la poubelle une demi-centaine de tracts qui ne leur avaient rien fait et que la paroisse avait financés), sans même t’en parler alors que tu l’as croisé moult fois depuis sa mésaction.
Alors, tu comprends que, en concertation avec l’intendante, il va falloir parler sérieusement avec ce malveillant. Parce qu’il abîme la paroisse, ses investissements matériels et immatériels, avec manière de lâcheté peu recommandable, et que c’est pour le moins benêt.
Esther Assuied, orgue, et Vladimir Saakian, assistant
… on a profité du talent technique, musical et très personnel de miss Esther Assuied, à travers Bach, Wagner, Vierne, Debussy, Pärt, Zimmer et Boédec. Oune pétit bijou. Et cette joie de penser que l’aventure Komm, Bach! se prolonge dès samedi prochain avec Vincent Crosnier en personne pour un programme Bach, Scarlatti, Schumann, Vierne, Vierne encore, Guillou et Charpentier. Ouf et chic !
Esther Assuied, orgue, et Vladimir Saakian, assistant, le 18 novembre 2017 à Paris (Saint-André de l’Europe) pour le festival Komm, Bach!. Vidéo live de Rozenn Douerin.
Esther Assuied est l’une des jeunes musiciennes les plus talentueuses que l’on connaisse. Complètement disjonctée et cependant élève des plus grands conservatoires en piano, pianoforte, orgue et trompette, elle est donc virtuose, professionnelle, personnelle et passionnelle. Si vous pensez encore qu’un récital d’orgue, c’est un truc chiant, restez chez vous.
Vraiment.
Vous seriez obligés de changer d’avis, et on sait combien ça peut être pénible. Et après, vous reviendriez à tous les concerts du festival Komm, Bach!. Non, on ne veut pas vous infliger ça.
faire imprimer les affiches du concert du 25 septembre puis les massicoter,
suivre le règlement de la graphiste,
contrôler l’affiche pour le concert du 9 décembre,
remplir + faire tamponner + scanner + envoyer la demande d’autorisation SACEM et la set-list du concert de Vincent Crosnier,
reclipser l’écran géant et crapahuter sur le hall de l’accueil, dans l’église, pour évaluer la faisabilité d’une dissimulation ultérieure,
remettre des leaflets à disposition d’un public qu’une main sale et une âme noire ont brimé en jetant les précédents programmes de la saison 2017-2018 ;
prendre rendez-vous pour hisser l’écran vers les voûtes sans que ça dérange trop le patron,
se préparer à vidanger la mémoire de la caméra sur le disque dur donc constater la disparition de la connectique adaptée,
faire imprimer puis plier les programmes du concert d’Esther Assuied,
boire un café.
Ainsi, l’un dans l’autre, la matinée se passe à rien foutre. C’est l’un des avantages d’organiser un festival, faut bien avouer.
Si vous êtes Franciliens samedi, don’t you miss this. Le festival Komm, Bach!² s’honore de recevoir bientôt une de ses chouchoutes, la « jeune virtuose » et grande musicienne Esther Assuied, dite Esther Pérez-Assuied, dite Esther Pérez, ça dépend. Pour fêter la troisième prestation de la demoiselle sur l’orgue de Saint-André de l’Europe, nous vous offrons, généreux, le programme en avant-première, avec une set-list originale, pyrotechnique et incroyablement personnelle. Avec la participation de la grrrande violoniss Camille Théveneau, un grantécran, une entrélibre et un programme papier fourni in situ. Alors, prêts ?
(« Bon, elle sait jouer, d’accord, mais c’est vrai qu’elle est vraiment bizarre en vrai, la fille ?
– Non, si peu. »)
L’orgue avant la bataille. Photo : Bertrand Ferrier.
Entre deux tournées internationales, David Cassan a réussi à caser un concert avec sa co-titulaire, Sarah Kim, pour fêter sa récente nomination au Temple de l’Oratoire du Louvre, en sus de son poste à Notre-Dame des Victoires. Nous y étions.
Claviers de l’orgue de l’Oratoire après la bataille. Photo : Bertrand Ferrier.
Appuyé sur un accueil cordial et souriant des autochtones (c’est pas toujours le cas dans les récitals d’orgue, profitons-en), attendu par un temple bondé où organistes anonymes et pairs prestigieux se côtoient, le programme dévoile un véritable souci de construction. Il s’agit de mettre en valeur trois éléments : l’orgue, les titulaires et leur complicité. Le concert s’ouvre donc sur une pièce à quatre mains – un arrangement, cosigné par les deux artistes, de l’ouverture de Die Zauberflöte. Idéal pour mettre en appétit l’auditoire avant les pièces solistes, classées par ordre chronologique.
Sarah Kim et David Cassan à l’ombre de « leur » monstre. Photo : Bertrand Ferrier.
C’est David Cassan qui lance pour de bon les hostilités avec l’indispensable Johann Sebastian Bach, et pas n’importe quelle pièce du maître : les Fantaisie et fugue en sol mineur (BWV 542), qui permettent aux vrais virtuoses de briller en faisant preuve à la fois de liberté dans le premier mouvement et de rigueur dans le second. Rigueur n’étant pas rigor mortis, la concentration du jeu dévoile aussitôt la patte David Cassan : les notes, le style mais pas d’esbroufe. Ceux qui préfèrent les interprétations démonstratives et fofolles changeront de crèmerie. Ici, l’artiste feint de s’effacer derrière l’œuvre, dont il rend en réalité l’esprit et la lettre sans insister par de vains effets sur la virtuosité tant digitale que mentale exigée par l’exercice. Une longue fréquentation de la double pièce permet au musicien de registrer l’œuvre avec élégance, et d’en proposer une version de beau standing. L’Andante sostenuto de la Neuvième symphonie de Charles-Marie Widor bénéficie d’un traitement aussi soigné. Certes, l’orgue n’est pas conçu pour créer une atmosphère post-romantique ; pourtant, le mélange des jeux, le choix du tempo, le sens de la respiration et l’aisance du musicien envoûtent sans réserve. La transcription de Finlandia de Jean Sibelius, qui clôt les soli du titulaire, donne à entendre l’instrument-orchestre dans sa plénitude, sa profondeur et ses capacités de crescendo-decrescendo-contrastes. « Et tout ça sans partition ! », comme s’en amusait David Cassan en incipit du mémoire lyonnais soutenu pour l’obtention du Certificat d’Aptitude, sur « le jeu de mémoire [ha, ha – si, un mémoire sur la mémoire, c’est drôle, non ? bref] à l’orgue : état des lieux d’une pratique en devenir ».
David Cassan. Photo : Bertrand Ferrier.
En réponse à Sibelius, Sarah Kim dégaine son propre défi : un arrangement de la Valse pour orchestre de Maurice Ravel. On apprécie le projet, l’audace, l’usage répété du glissendo, la proposition de couleurs délicates malgré la profusion de notes. Cependant, cette transcription peinerait à convaincre de sa nécessité n’eût été, et ce n’est pas négligeable, le plaisir qu’a l’organiste de s’approprier une pièce pas-pour-orgue, et la joie de l’auditeur d’entendre nouvellement un tube. D’Olivier Messiaen, Sarah Kim choisit les « Alléluias sereins d’une âme qui désire le ciel », dont elle sculpte une version intimiste, plus « sereine » que triomphaliste. De la sorte, elle rappelle que cette musique est une musique d’attente, de désir, d’aspiration, insérée dans une logique de cycle, et non une (pas simple) démonstration de rigueur rythmique et digitale. Autrement dit, comme David Cassan avec l’« Andante sostenuto », l’interprète offre un « deuxième mouvement » apaisé avant la furie de sa dernière pièce solistes : la Toccata extraite de la Suite ouzbèke de Georgi Muschel, mort en 1989. Magie de la mondialisation joyeuse : une Australienne « d’origine coréenne », stipule la notice, joue à Paris une pièce « ouzbèke » d’un compositeur russe. Cette toccata n’est sans doute pas le chef-d’œuvre qui donnera envie de se précipiter pour découvrir le reste de la « Suite », mais, avec l’originalité d’une pièce rarement donnée, elle fait le métier : structure ABA très caractérisée, brio, rythme et traits virtuoses rendent hommage à ce « genre » si cher aux organistes. Sarah Kim s’en sort haut la main, arrachant des « oh » d’admiration de certaines dames sur l’air du : « Quand tu penses qu’elle a accouché il y a à peine deux mois ! »
Sarah Kim (détail). D’après une vidéo de Damien Simard.
Originalité du programme, la set-list se conclut par un arrangement de David Cassan du Concerto pour orgue et orchestre HWV 309 de Georg Friedrich Händel. Au grand orgue, l’orchestre ; à l’orgue de chœur, légué à sa mort par la titulaire tutélaire Marie-Louise Girod, les soli et donc les cadences improvisées, grande spécialité de David Cassan qui, peut-être plus qu’improviser librement, apprécie d’improviser « à la manière de ». Le dialogue, davantage que le duo, montre un souci patent de cohérence et de cohésion, valorisant tour à tour l’énergie attentive de Sarah Kim et le brio superlatif – j’avais essayé de ne pas utiliser cette épithète bien pourrie mais bon – de David Cassan. Le triomphe fait aux zozos les oblige à se remettre à la planche du grand orgue pour une Marche militaire de Franz Schubert qui achève ce concert comme le récital commença : par le souci de créer du lien entre les titulaires, le lieu, les auditeurs, tout en faisant vraiment de la musique là où d’autres se seraient contentés du brillant zim boum pan pan constitutifs de certains hits classiques.
La table de mixage pour le concert du soir. Photo : Bertrand Ferrier.
En conclusion, un concert vif et intelligent que Damien Simard a fort bien mis en images. Prometteur avant la série de douze concerts qui s’ouvrira, en 2018, par un récital de David Cassan, le samedi 6 janvier à 17 h 30.
Jean-Luc Thellin juste avant son récital à Saint-Louis de Vincennes. Photo : BF.
D’emblée, j’avoue, j’avoue tout. De ce concert de Jean-Luc Thellin, je ne peux rien dire. Ou presque. Juste que, quoi qu’il fût joué par un monsieur aux airs de gendre idéal (grand bonhomme, lunettes sérieuses, rasage parfait, très léger accent, gnagnagna), le programme était celui d’un malade mental tant il était hérissé de difficultés (digitales, musicales, stylistiques pour adapter des esthétiques complémentaires mais différentes à un nouvel instrument encore en rodage, etc.). Les connaisseurs me comprendront : la set-list incluait, dans l’ordre, la Sinfonia de la cantate BWV 29 dans la très fine et très efficace transcription perso de l’organiste ; les « Naïades » de Louis Vierne, épouvantablement complexes ; la monumentale Suiteop. 5 de Maurice Duruflé ; et le monstrueux Ad nos ad salutarem undam de Franz Liszt, avec sa petite demi-heure de variations pyrotechniques autour d’un pauvre thème grégorien.
Le nouvel orgue de Saint-Louis de Vincennes. Photo : BF.
Malheureusement, je ne peux rien dire car, sur quelques pièces, je tournais les pages, tout fier de cette marque de confiance alors que je commence d’avoir une bonne réputation de pire assistant du monde. Et les habitués de ce site connaissent, sinon l’éthique, du moins, restons parfois modeste, l’étiquette de la maison : entre rganiss, ce qui se passe à la tribune reste à la tribune. Seuls les nombreux auditeurs de ce récital exceptionnel pourraient en chanter les louanges. D’autant que ce M. Thellin est aussi un de mes gros donneurs d’ordre. J’aimerais pas passer pour un fayot, quoi que, même si « ça joue méchamment » (pas « ça joue méchamment » au sens « je veux passer pour un fayot », sot, juste « ça joue méchamment » au sens où le mec a quatre bras, six pieds et deux ou trois cerveaux pour les gérer, sans compter le cloud – du spectacle, certainement). Oui, ça joue méchamment, y compris quand le tourneur de pages tente d’accélérer la cadence en tournant deux pages d’un coup – mais, Jean-Luc, on avait dit : ce qui se passe à la tribune… Bref. Si ce p’tit Belge de France passe par chez vous, préparez-vous à être ébloui ou déménagé. Au choix. This guy is good. Il a même été invité à jouer à Notre-Dame et, pire, au Festival Komm, Bach!. Alors ça va, quoi. C’est pas si grave si je peux rien dire. Ouf.
Claire Lizon en concert à Saint-André de l’Europe par Bertrand Ferrier.
Reconnaissons-le : ce ne fut pas le concert le plus couru du festival Komm, Bach!. Pourtant, quel plaisir que cet assortiment de pièces connues, virtuoses, émouvantes, proposé par le couple Angelloz/Lizon, de Loeillet à Grieg en passant par Bach, Caix d’Hervelois, Schubert et Albinoni ! Un snob dirait : mais à quoi bon ? Un auditeur, roué ou néophyte, répondra : parce que ça sonne, sonne, sonne. Un beau concert, un beau duo. L’enthousiasme d’un public métissé de connaisseurs, d’habitués et de gourmands, témoigna de cette réussite. Na pour les absents.
Guy Angelloz en concert à Saint-André de l’Europe par Bertrand Ferrier
Nouvel épisode Komm, Bach!. Juste pour vous, vous et vous. Et tous ceux qui le veulent, accessoirement. Rendez-vous ce samedi 14 octobre à 20 h en l’église Saint-André de l’Europe (Paris 8) pour un grrrand concert orgue et flûte. Youpi et à bientôt.
Invitation au premier des récitals d’inauguration, belle carte et DVD sur le projet et sa réalisation : Levallois a, certes, marqué le coup pour remercier ceux qui ont contribué à la construction du nouvel orgue de Saint-Justin ! Face à ces grands moyens, les efforts de Komm, Bach! restent des moyens moyens, mais ils persistent dans le temps : rendez-vous samedi pour le trente-et-unième concert d’inauguration, côté orgue et flûte, cette fois – et toc.
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