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Mel Bonis

Anne Queffélec et Gaspard Dehaene jouent à l’Orangerie d’Auteuil, 4 septembre 2026 – 2/2

Gaspard Dehaene à l’Orangerie d’Auteuil (Paris 16), le 4 septembre 2026. Photo : Rozenn Douerin.

Face à l’avant-dernière sonate de Ludwig van Beethoven interprétée par Anne Queffélec, Gaspard Dehaene dégaine une compil’ de pièces plus ou moins connues. La complémentarité entre un bloc tripartite et un patchwork dix-neuvièmiste mais pas que est patente. L’absence de blabla pour commencer contribue à notre joie.
De Florent Schmitt, l’interprète choisit le premier numéro de l’opus 5, « En rêvant ». Toujours inspirés à l’idée de parasiter la musique, nos voisins de derrière à l’audition aussi limitée que la politesse, lâchent de bruyants : « Ah oui, ça, c’est joli ! » Nonobstant le fait que, leur avis, je m’en balaye la rate d’une aile de mouche (comme il est sain que d’autres se moquent de l’avis ici présenté, à ceci près que je ne l’impose point aux autres durant le concert), ces gredins n’ont pas tort.

  • Harmonies gracieuses,
  • élan rythmique gommant tout risque de kitsch nunuche,
  • liberté très juste dans l’énoncé du texte

sonnent à merveille sous les doigts du musicien, en dépit d’une acoustique résolument inadaptée à l’exercice du récital de piano, surtout quand on est au fond de cette salle des fêtes DeLuxe, plutôt réaménagée pour des réceptions d’huiles de grosses boîtes, avec

  • champagne sans alcool,
  • verrines au tofu bio et
  • toasts de zimbala séché à la main.

En quelques notes, on est saisi ; en trois minutes, on est conquis. Dans le catalogue d’une Mel Bonis trop souvent réduite à son statut de femme alors que nombre de ses nombreuses (si) compositions sont excellentes et pas que parce que « jouer des femmes (sic), c’est bien », Gaspard Dehaene pioche le troublant « Au crépuscule ». On y entend

  • des éléments (liquidité des notes),
  • des formes (rondeur du son),
  • des vibrations (intensité
    • des guirlandes,
    • des crescendi,
    • des accents) et
  • de l’art diégétique – presque poétique – transformant le legato en un fil rouge narratif déroulant cinquante nuances d’un grisé chatoyant.

L’aisance technique et la finesse musicale de l’interprète éclaboussent dans les « Jeux d’eau » de Maurice Ravel, déjà ouïs il y a un an sous ses petites saucisses, lors d’un concert à deux pianos raconté ici pour la partie ravélienne, là pour le début du récital.

  • Aigus ruisselants,
  • tension palpitante entre l’unité de l’œuvre et la différenciation des registres,
  • association séduisante entre la virtuosité imitatrice liée au titre programmatique et la musicalité transcendant l’évocation attendue

éclaboussent les portugaises. Il y a

  • de la vigueur dans la vitesse,
  • du miroitement dans les cascades harmoniques,
  • du mystère dans les passages plus retenus voire plus intimes bref, carrément
  • de la magie dans cette exécution lumineuse, limpide et comme coulant de source d’une pièce périlleuse devenue iconique du répertoire de Gaspard Dehaene.

Sans que l’on ne comprenne pourquoi (cela viendra plus tard), le magicien interrompt le cours annoncé de sa set-list pour y insérer « Signets » de Betsy Jolas. Ce tribute est censé prolonger la pièce précédente car il rend hommage, nous explique l’interprète, à Maurice Ravel. Il casse surtout le bel élan créé depuis que l’artiste a pris possession du clavier car il est accompagné d’une notice technique parlée, genre musical envahissant dont nous avons eu l’occasion de dire tantôt ce que nous pensions. Néanmoins, le musicien tient à expliquer qu’il aime jouer « Signets » car la partition convoque un autre Gaspard, celui de la nuit ; et il s’amuse de l’année de composition (1987), qui se trouve aussi être celle de sa naissance, l’insolent jeunot. Passant l’habit de prof ou de guide, il joue divers mini-extraits de Ravel

  • (« Ondine » pour les trilles,
  • « Le gibet » pour son si bémol,
  • « Scarbo » pour ses notes répétées,
  • la « Pavane pour une infante défunte » et la « Sonatine » pour une citation ambivalente)

que Betsy Jolas va sampler. Même s’il n’est pas toujours inutile d’être bousculé, cette parenthèse pédagogique fracture le plaisir et l’intérêt que nous éprouvions pour les soli de l’interprète.

  • L’habile agencement des pièces,
  • l’onirisme protéiforme qui en émanait,
  • la capacité du pianiste à en faire résonner
    • l’évidence,
    • la profondeur et
    • les charmes jusqu’à nous faire complètement oublier la virtuosité exigée

sont dissipés. Est-ce la peur d’insérer de la musique récente qui a suscité cette microconférence ? Au lieu d’éclairer l’auditeur, celle-ci gâche beaucoup de ce qui suit : désormais, il s’agit d’être un bon élève et de bien repérer ce que le maître a dit qu’il fallait repérer. Ce n’est pas ma vision du concert.
Sans cours magistral, je n’aurais évidemment pas rattaché tel passage à tel original ravélien (le causeur reconnaît que, même avec le sous-titre, certains samples ne sont pas reconnaissables à l’écoute), mais j’aurais peut-être eu la surprise voire la fierté d’en capter un – et, surtout, j’aurais profité de la musique sans la confondre avec un exercice scolaire. Au lieu de quoi, le didactisme et même le simple usage de la parole en lieu et place de la musique, même très bien tenus par l’intervenant comme ce fut le cas cette fois-ci,

  • verticalisent le concert (le musicien n’est plus l’artiste, il devient le sachant ; le spectateur est renvoyé à son statut d’ignare),
  • décentrent l’intérêt de l’auditeur, et
  • fragmentent l’écoute en rompant la continuité du show.

Surtout que, au fond de la salle, grâce à une sono toute pourrie, on n’entend que des bribes de ce que raconte l’artiste sur son estrade… Néanmoins, nous tentons de nous reconcentrer et entrons avec lui dans « Signets » sur la pointe des petons. Une série d’événements se percutent alors sous une forme quasi rhapsodique.

  • Notes répétées,
  • accords,
  • brisures,
  • jaillissements,
  • pianissimi cherchant leur chemin,
  • piano
    • martelant,
    • réverbérant,
    • ouvrant large le son des ultragraves aux suraigus,
  • confrontation tumultueuse des
    • durées,
    • rythmes et
    • suspensions

nous paraissent néanmoins trop ésotériques – peut-être parce que, depuis le laïus de Gaspard, nous essayons de comprendre au lieu de ressentir. Dans le public, une personne n’y résiste pas et fait un malaise. Pendant l’interruption qui s’ensuit,

  • on boit,
  • on mange en couple des Haribo et, surtout,
  • on s’en va, notamment les familles mais pas que.

Comme pour recoller les morceaux, Gaspard Dehaene dégaine sa spéciale : la première « Valse-caprice » de Gabriel Fauré. Parfait pour saisir l’auditeur grâce, en particulier,

  • à la vigueur des temps et contretemps,
  • à l’efficacité titillante des aigus qui courent,
  • à l’allure décidée des accords qui rebondissent, et
  • au vertige des doigts qui s’affolent puis s’apaisent.

Gaspard Dehaene est chez lui dans

  • ces tournoiements tourmentés,
  • ces tourbillons prompts à s’inachever, et
  • ces contradictions électrisantes.

Le triomphe qui salue cette sucrerie délicieusement acidulée par son talent témoigne de l’enthousiasme que l’artiste

  • sait,
  • peut et
  • ne manque pas de

déchaîner chez ses auditeurs… sans mode d’emploi, notez bien !

 

Dans l’Orangerie d’Auteuil, le 4 septembre 2026, détail. Photo : Rozenn Douerin.

 

La partie en duo est tronquée : exit le « Bien sonore, décidé » de Jean-Pierre Leguay que l’on attendait avec impatience. On imagine alors que c’est la raison pour laquelle Gaspard Dehaene a inséré du Jolas dans ses soli : on conserve la durée annoncée et une petite dose de musique récente. Au programme, ne restent donc plus que le « Lebensstürme » op. 144 de Franz Schubert et sa petite douzaine de minutes – adieu, le bel équilibre de trois parties de vingt minutes que nous évoquions en début de compte-rendu !
Anne Queffélec essaye à nouveau de donner une conférence sur ce qui suit, mais les « On n’entend rien » des gâteux qui nous entourent (on entendait mal, pas rien) la convainquent de s’asseoir à la gauche de son jeune confrère sans insister. D’emblée, on est séduit par l’évidence du duo. On goûte

  • l’équilibre des registres,
  • la synchronicité des notes et des silences, ainsi que
  • l’adéquation (similarité ou complémentarité) des intentions.

Enfin, soyons honnête : quand j’écris « on goûte », je dois préciser que ce « on » n’est pas général. D’autres que nous trouvent des occupations pour assassiner Chronos sinon tuer le temps. La vieille devant nous passera son temps à converser sur WhatsApp (« je sais pas si je pourais passé demain »), et l’antiquité derrière nous semblera répéter son concours pour devenir renne du père Noël en faisant tinter ses bracelets comme clochettes sous la neige (croix rouge, comme dirait la jurée Georgina Dufoix).
Heureusement protégés de cette conne et de cette connasse, les artistes déploient un Schubert comme on l’aime dans ses grandes fresques : résolument têtu et cyclothymique. Ils

  • nuancent,
  • caractérisent et
  • éclairent

un scénario prompt à se cabrer. On croit percevoir l’envie des musiciens de jouer ensemble à travers

  • une impressionnante variété de dynamiques et de couleurs,
  • une écoute entre les deux artistes qui rend la houle de la partition d’autant plus implacable et impactante, et
  • un concentré d’émotions marqué par
    • des ressassements,
    • des explosions et
    • des rétractations

figurant, suppute-t-on, les systoles et diastoles plus ou moins cohérents de l’homme éprouvant les « tourments de la vie », titre de l’œuvre. Une variation mélancolique et ternaire paraît, un temps, apaiser le propos, mais la braise est ardente et le feu couve. De premières escarbilles laissent deviner que calme n’est pas sérénité. Dans cette veine schubertienne, le sang est toujours trouble. Point d’univocité.

  • La multiplicité des formes d’attaque,
  • la capacité à tourner casaque à tout moment pour passer de la tendresse à la vénéritude et vice versa, et
  • la formidable énergie que dégagent Anne Queffélec et Gaspard Dehaene dans les flammèches de la délicatesse comme dans l’incendie du cœur qui
    • se tord,
    • se serre ou
    • menace d’éclater

séduisent et émeuvent tour à tour. En bis, les complices envoient, « en hommage aux serres d’Auteuil », le « Jardin féérique » de Ma mère l’oye de Maurice Ravel. Cette fois, Anne Queffélec se place à la droite de Gaspard Dehaene.
Avant de reprendre la vraie vie, on s’y repaît

  • d’harmonies envoûtantes,
  • d’une lenteur hypnotique,
  • de l’élégance
    • du toucher,
    • des arpèges,
    • des glissendi et
    • des accords solennels,
  • du scintillement des aigus ainsi que
  • de la profondeur des graves.

Ainsi que le chantait Alain Souchon, musicologue-philosophe résolument hostile aux supérettes qui pourraient attirer des gueux près de son donjon d’ultrariche jouant les artistes de gauche,

Si tout est moyen,
Si la vie est un film de rien,
Ce passag’-là était vraiment bien,
Ce passage’-là était bien.

Bientôt, au loin, on entend monter l’exultation en forme d’éructation des admirateurs du Paris-Saint-Germain qatari. Le club mène 1-0. Nous serons trop loin pour entendre le silence qui suivra la défaite face à Monaco 1-2. Mais

  • musique,
  • bruit et
  • silence,

sera-ce pas un résumé de la vie, bien que le troisième ingrédient, le plus long à la fin, soit aussi le plus rare sur le chemin ?

Festival Érard, Musique de chambre, Salle Érard, 15 octobre 2022 (2/2)

Plafond de la salle Érard (Paris 2), le 15 octobre 2022. Photo : Bertrand Ferrier.

 

Après que nous avons applaudi

  • un trio pour violon, alto et violoncelle,
  • un impromptu pour harpe et
  • cinq mélodies pour soprano,

une « Pièce pour harpe et trio à cordes » de Mel Bonis nous était soumise, interprétée par Françoise de Maubus sur un instrument Érard de 1912. En ouverture, la soliste égrène une lente marche descendante qui va devenir la colonne vertébrale de l’œuvre. La compositrice utilise on quatuor avec une variété plaisante – tantôt comme un ensemble compact, tantôt en éclats offrant des petits soli à chaque musicien muni d’un archet, à charge pour la harpe de donner l’impulsion (parfois prolongée par les pizzicati des collègues) ou de suspendre le discours. Dans une belle unité, les interprètes cisèlent

  • les récurrences de motifs,
  • les subtilités harmoniques et
  • la coordination des nuances.

Ils rendent ainsi justice à une pièce pimpante à souhait qui précède un entracte précieux pour se refaire la cerise et se préparer au gros morceau de la soirée. En effet, après un kaléidoscope chambriste, un sommet s’annonce : le quintette pour piano et cordes en fa mineur de César Franck et ses trois mouvements d’une durée totale d’environ 38′, dont près d’une moitié pour le premier volet.
Le Molto moderato quasi lento liminaire se décapsule sur une pulsation décidée du quatuor. Y répond un piano plus méditatif qu’émotif. Le quintette fait alors joliment monter les tensions que le piano apaise çà avant, là, de se laisser contaminer par elles. Le mouvement est parcouru de

  • crescendi,
  • decrescendi et
  • explosions

que les chambristes exécutent avec le cœur, la finesse ou l’emportement qui sied. On salue dans l’Allegro le goût et le tempérament avec lequel sont interprétés

  • les équilibres multiples,
  • les unissons,
  • les échos et
  • les changements de rythme ou de dynamique

jusqu’au finale tour à tour incandescent et subtilement piano.

 

Saskia Lethiec, le 15 octobre 2022 à la salle Érard (Paris 2). Photo : Bertrand Ferrier.

 

L’incipit apaisé du Lento con molto sentimento est rythmé par le piano. Pour Jérôme Granjon, la fête du contraste est finie ; a sonné l’heure où il faut habiter le temps du développement qui pourrait sembler tenté par le statisme si n’y pulsait pas une certaine inclination pour les sentiments à la fois corsés et nuancés. Saskia Lethiec et Pierre-Olivier Queyras aux violons s’associent à l’altiste Vinciane Béranger et à David Louwerse pour articuler avec le pianiste

  • l’entrelacs des lignes,
  • la passation de relais pour le lead,
  • les nœuds d’unissons partiels qui se font et se défont,
  • les parallélismes,
  • les duos et ensembles variés qui exhalent une impression d’intensité

sans pour autant que les interprètes éprouvent la piètre nécessité de surjouer les couleurs fortes. Inspiration et écoute clarifiante, mais point de pédagogisme bien que la plupart des musiciens à l’ouvrage soient aussi profs. Apparemment indifférent à la difficulté technique, Jérôme Granjon déploie sur l’ensemble des registres la poésie de son piano Érard, entre grondements sourds et teintes délicates, et ce, jusqu’au terme du deuxième mouvement.

 

Jérôme Granjon et Saskia Lethiec, directeurs artistiques du festival Érard, le 15 octobre 2022 à la salle Érard (Paris 2). Photo : Bertrand Ferrier.

 

L’Allegro non troppo, ma con fuoco laisse d’abord infuser le mystère. Ça gonfle en bloblotant, ça menace d’exploser au grand jour, ça reflue, ça déborde d’accents vigoureux, ça couve derechef, etc. Ces systoles et diastoles plus ou moins longues font battre la musique en lui insufflant plus qu’une vie joyeusement inégale : une incarnation. (Non, je ne suis pas sûr de ce que ça veut dire, « insuffler une incarnation » mais, avant, j’avais écrit « dont ils galbent l’arythmie fascinante », je crois que c’était encore pire alors que, en direct, l’expression me paraissait claire – que le temps du sens est bref, mes frères !) Concrètement, on applaudit

  • les excellents contrastes de dynamique,
  • la maîtrise du volume sonore et des effets dramatiques,
  • le sens de la narration partagée et collective, et
  • l’art de la fougue, si si, par-delà la dextérité.

Le finale étincelle comme une jante sans pneu à 200 sur l’autoroute. À part la nana qui s’est endormie sur l’épaule de sa voisine, les spectateurs font le plein d’art et d’énergie lors de ce moment beau, joyeux, singulier et suivi par un public respectueux des artistes voire des autres spectateurs, n’eussent été les portables qui filment puis tombent au fil des quarante minutes. Programme et soir 3R – riche, rare et réussi.

 

Kyra Steckeweh, « Compositrices », Institut Goethe, 12 juin 2018

Photo : Rozenn Douerin

Musique et féminisme font-ils bon ménage ? Dans une tenue curieuse aux francs accents SM, Kyra Steckeweh posait la question depuis son piano, pour ce dernier épisode de la saison de « Classique en suites », ensemble de concerts mensuels fomentés certains mardis soirs par François Segré et l’institut Goethe. La problématique est simple : jusqu’à présent, dit en substance l’artiste, je n’ai joué que des mâles ; place aux compositrices – sujet d’un film qu’elle vient de réaliser.
Les musiciennes convoquées ce soir sont représentatives de différents courants d’écriture allant du début du dix-neuvième siècle (Fanny Hensel et Emilie Mayer, nées en 1805 et 1812) au premier tiers du vingtième siècle (Lili Boulanger et Mel Bonis, mortes en 1918 et 1937). Il s’agit de belle et bonne musique, de facture agréable – ce qui n’est pas une insulte. Kyra Steckeweh, pianiste aux doigts solides, choisit de jouer ces œuvres assez uniformément, avec un mélange égal de maintien et de sérieux qui exclut tout sentimentalisme ou toute prise de risque « spectaculaire » susceptible de causer des frissons en exacerbant la virtuosité exigée. Dans cette interprétation paisible, quasi didactique, l’on voit folâtrer les fantômes de quelques références masculines (çà et là, Debussy, Brahms et Schumann pointent ainsi le bout de leur barbichette), parfois dévergondés par une plume inventive, parfois sédimentés par une langueur contemplative, parfois assombris par une sourde colère (« Thème et variations » de Lili Boulanger, la grande pièce du soir à notre pas humble goût).

Photo : Rozenn Douerin.

Tout nous passionne-t-il également ? Avouons que non : en dépit du plaisant savoir-faire, le mois de « Juli » 1841 de Fanny Hensel et certains moments de la Sonate d’Emilie Mayer nous semblent quelque peu longuets et, disons-le, trop mignons pour être touchants. Seulement voilà : nous n’avions jamais ouï, non, ces compositrices auparavant.  Si, donc, la relative uniformité de certaines pièces et le hiératisme de l’interprétation font parfois regretter que musiques et musicienne n’osent pas puiser davantage dans la liberté du sentiment ou la folie de l’émotion, l’on goûte néanmoins la découverte de compositions qui, pléonasme mais bon, nous étaient inconnues.
Cette mise en lumière, fût-ce sous un prétexte féministe qui peine à nous intéresser en soi, conclut une saison riche sur de jolies notes festonnant à souhait. Encore une réussite pour cette initiative qui renaîtra le 25 septembre sous les doigts de Christian Chamorel. À bon entendeur, bon été !