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Le blog de Bertrand Ferrier, page 106

Moi quand ça va bien

Photo : Rozenn Douerin

 

… and still the hardest thing I found
is keeping, keeping those demons down
I said keeping, keeping those demons down
down, down, down

 

 

 

 

Un moment rose

Photo : Bertrand Ferrier

 

– Certes non. Fi ! Tsss, tsss ! Voyons ! Je suis fier comme un waker d’avoir Ă©crit quelques signes pour le livret de votre prochain disque, je ne souhaite nulle rĂ©tribution. Sous aucune forme. Hors de question. No way. Passez votre chemin. Grrr.
– J’insiste.
– Ha, dans ce cas…

 

Une chanson fraĂ®cheur s’il en est

Photo : Bertrand Ferrier

 

L’arme ultime contre la canicule serait-elle la chanson du gĂ©nie du froid, griffonnĂ©e jadis par Henry Purcell ? Avis aux testeurs audacieux…

 

 

 

Fruits de la vigne – Domaine de Gournier 2021

Photo : Bertrand Ferrier

 

Dans notre enquĂªte sur « oĂ¹ trouver Ă  Paris des vins dĂ©cents pour moins de mille centimes ou environ », ne racontons pas la messe, on l’entend assez souvent : Thierry Welschinger est notre caviste prĂ©fĂ©rĂ© aux Batignolles. Pas parce qu’il nous fait des prix (c’est pas le genre, et ça nous va bien). En revanche, parce que

  • son respect du budget du client,
  • sa capacitĂ© commerçante Ă  retenir les goĂ»ts des habituĂ©s,
  • sa sĂ©lection de flacons optimisĂ©e avec son formidable partenaire le truculent Pierre-BenoĂ®t (j’avais hĂ©sitĂ© entre « truculent » et « sĂ©millant », je pense que « truculent » le blessera davantage, grĂ¢ce aux trois lettres centrales, et blesser un bon gars est toujours un plaisir, tu penses),
  • son souci d’associer le vin qu’on veut lui soustraire Ă  un projet culinaire,
  • sa science discrète et des quilles et du microcosme qui les entoure

le distinguent parmi ses nombreux pairs et concurrents avoisinants. Or,

  • bien qu’il capitalise sur une clientèle aisĂ©e,
  • bien qu’il subisse le contre-coup de l’après-Covid,
  • bien qu’il ait su optimiser son rĂ©seau en proposant Ă  ses clients des primeurs de qualitĂ© Ă  des prix sĂ©rieux mais raisonnables pour ceux qui en ont les moyens,

le zozo a gardĂ© souci de prĂ©server sa clientèle impĂ©cunieuse – du moins Ă  l’Ă©chelle des traders, avocats, journalistes de haut vol et responsables de CE qui le frĂ©quentent.
MĂªme s’il a pris cher depuis son arrivĂ©e Ă  la cave, « le Gournier rouge » (un blanc tout Ă  fait qualitatif est disponible Ă  tarif Ă©quivalent) est l’entrĂ©e de gamme, facturĂ©e pour le moment 7,5 € – on trouve la quille hors frais de port Ă  4,9 € sur l’outil Internet. Le vignoble est rĂ©cent puisque Maurice Barnouin a repris l’exploitation fruitière de son père il y a 40 ans, mais il est solide. Sis dans les CĂ©vennes, ce projet associant merlot souple et syrah tonique voire tanique, ta mère n’a rien Ă  voir dans cette histoire, on se calme, a produit en 2021 un jus tout Ă  fait digne Ă  l’aune parisienne.
La robe est relativement claire, mais non sans Ă©lĂ©gance : on y entend des yeux, si si, clapoter reflets et miroitements. Comme dirait Herman Broch, « la primautĂ© de l’Ă©lĂ©ment se trouve Ă©galement Ă©tablie par le langage lui-mĂªme » (Logique d’un monde en ruine. Six essais philosophiques [1975], trad. Christian Bouchindhomme et Pierre Rusch, L’Éclat [2005], « Poche » [2023], p. 136)  : le mystère commence par la couleur et ouvre au nectar, y a pas Ă  faseyer du fessier.
Le nez s’acoquine avec un sous-bois profus. Il ne refuse pas la franchise mais esquive la tonitruance : le merlot a fait son job pour contenir la syrah. On salue l’habiletĂ© de l’olibrius qui a gĂ©rĂ© le multicĂ©page.
La bouche est agrĂ©ablement fondue. Rien d’explosif ou d’envahissant, certes, mais les gourmands laisseront rĂ©sonner l’amertume finale qui prolonge le voyage après la goulĂ©e. Face Ă  un poulet grillĂ©, des carottes saisies et des haricots beurre, la substance assure le dialogue avec une insolence friponne proposant d’aller frapper plus fort. Les curieux s’y risqueront.

 

Utopie, 30 juillet 2023

Photo : Bertrand Ferrier / Rozenn Douerin

 

Le problème, c’est que, Ă  cause du rĂ©chauffement climatique, il pleut sur Paris depuis 15 jours environ. Alors, ben, on sort les appareils Ă  raclette et on se blottit, tu penses, par respect pour le nouveau bĂ©nĂ©ficiaire – pardon : patron – du GIEC. Sinon, en vrai, on raconte des histoires mais voilĂ , quoi.

 

Photo : Bertrand Ferrier

 

Fruits de la vigne – Beaumes de Venise 2021

Photo : Bertrand Ferrier

 

Afin de poursuivre notre enquĂªte sur les vins autour de dix euros Ă  Paris, et de prĂ©fĂ©rence en dessous du millier de centimes, impossible d’esquiver (et pourquoi l’esquiverait-on ?) un vin agrĂ©geant moult rĂ©coltants. Le produit vient de la vallĂ©e du RhĂ´ne et fait, entre autres,  les beaux jours de distributeurs comme Monoprix qui, en quelques annĂ©es, en ont considĂ©rablement augmentĂ© le prix – sans doute l’effet de la guerre en Ukraine et des incendies en AmĂ©rique du Nord, admettons-le ou presque. Actuellement, on le trouve au cÅ“ur des Batignolles parisiennes pour le prix de 9,9 €.
L’entreprise productrice a pour nom RhonĂ©a et reprĂ©sente l’espace considĂ©rable de 3000 hectares d’exploitation. Certes, le nom du machin ressemble Ă  celui d’une appellation de labo pharmaceutique et ses engagements paraissent quelque peu confus, faute d’une nomenclature nationale ferme, contrĂ´lĂ©e et crĂ©dible. Reste que le combo s’intĂ©resse au Vacqueyras, au Rasteau, au Visan et, donc, au Beaumes de Venise, syntagme ronflant quoique pas forcĂ©ment dĂ©sagrĂ©able.
Le Beaumes est un assemblage de grenache noir (au moins 50 %), de syrah et de mourvèdre, avec l’autorisation, « comme la prestigieuse appellation septentrionale Cotes RĂ´tie » d’utiliser « jusqu’Ă  10 % de cĂ©pages blancs » pour apporter « de la lĂ©gèreté ». Le rĂ©sultat ne donne pas un vin de garde, ce qui n’est pas une insulte.
2023 est plutĂ´t considĂ©rĂ©e comme une date limite pour consommer une quille de 2021, annoncĂ©e au paroxysme de ses charmes. Les passionnĂ©s de notation cotent le millĂ©sime moins haut que ses frangins. Les connaisseurs promettent mĂªme un millĂ©sime 2022 plus sĂ©duisant. N’en doutons pas, ce sera l’occasion d’une Ă©nième et derechef sĂ©rieuse augmentation de prix qui nous permettra de tester d’autres petits nouveaux.
La robe nous apparaĂ®t Ă©tonnamment claire avec des accents sombres laissant froufouter l’Ă©ventualitĂ© d’une certaine soliditĂ© derrière la politesse douce, nĂ©cessaire au public de la grande distribution.
Le nez est clair, lui aussi. Il Ă©vite les lourdeurs et les promesses inconsidĂ©rĂ©es que murmurent parfois les breuvages abritant de la syrah en espĂ©rant que l’approche flatteuse suffira Ă  susciter une dĂ©gustation dithyrambique. Au passage, remarquons que « dithyrambique » est sans doute l’un des mots les plus tordus orthographiquement de la langue française. Ben, non, je dis pas que c’est un dĂ©faut. En revanche, j’aimerais bien l’interviouver sur le sujet, d’autant que, ce post en atteste, je le crains, je maĂ®trise un peu mieux la sĂ©miostylistique que l’Å“nologie. Bon, si la parenthèse est fermĂ©e, elle l’est, youpi, signalons que, dans la discrĂ©tion de la fragrance gagnant nos narines, on croit surprendre un rien d’Ă©pice qui surnage. Ce n’est pas pour nous dĂ©plaire, oh non.

La bouche est Ă©quilibrĂ©e. Sa rectitude dĂ©cevra les amateurs d’inattendu, mais elle est solide et s’accompagne d’une finale relativement longue qui ne la dessert pas. On saisit ici le mĂ©lange de modestie et d’ambition du jus. Admettons que le souille, hĂ©las, un verbiage de communicants promettant que ce nectar est de ces « vins qui se conjuguent Ă  toutes les tables ». Des vins de merde, donc.
Le Beaumes de Venise de Rhonea est loin d’Ăªtre un vin de merde mais, mĂªme si RhonĂ©a est une grosse machine,  il est Ă  espĂ©rer que son business souffre de troquer le verbiage niaiseux des conneries prĂ©fabriquĂ©es que la grosse machine Ă©tale sur ses Ă©tiquettes pour une sobriĂ©tĂ© moins concon qui habillerait mieux ce type de production.

 

Un lecteur nous a rĂ©clamĂ© une capsule CRD pour une prĂ©cĂ©dente chronique. On le fera pas Ă  chaque fois, parce que c’est moche et hyper technique, mais, aujourd’hui, c’est cadeau, Charles. Photo du plancher : Bertrand Ferrier.

 

Il s’appelait Randolph…

Avec Pierre-Marie Bonafos en l’Ă©glise de Saint-AndrĂ© de l’Europe (Paris 8) le 21 juin 2023. Photo : Rozenn Douerin.

 

… either Ornette. Pas Ă©tonnant que le saxophoniste Pierre-Marie Bonafos soit allĂ© chercher, dans le rĂ©pertoire du claviĂ©riste Lyle Mays, cet hommage au saxophoniste Ornette Coleman, ici sublimĂ© pour le souffle par la capacitĂ© du zozo Ă  crĂ©er de façon tonique, inventive et sachant associer l’impulsivitĂ© de l’inspiration Ă  la science de l’architecture musicale.
Promis, on reparle bientĂ´t d’un hĂ©naurme chef-d’Å“uvre de PMB : les Tableaux d’une exposition transcrits pour un big band dont il est quasi le seul interprète. Ă€ suivre, donc ! En attendant…

 

 

 

Fruits de la vigne – Marquis de Bordeaux 2019

Photo : Bertrand Ferrier

 

… et toujours cette question : quel vin rouge dĂ©cent descendre, mĂªme pas en dĂ©cembre, Ă  Paris pour moins de 10 € ? Le troisième candidat Ă  cette interrogation est un Marquis de Bordeaux 2019. Il nous vient des Galeries Lafayette oĂ¹ il aguiche la clientèle Ă  8,9 € (on le trouve hors frais de port pour un euro de plus sur Lilovino, qui le vend en 2023 en prĂ©cisant que le temps de garde ne doit pas excĂ©der deux ans). Pour la visite qu’il nous rend, le marquis – dont l’origine reste imprĂ©cise – est accompagnĂ© de nems croustillants au poulet et d’un riz cantonais frĂ©missant.
La robe aspire au ténébreux mais ne renonce pas pour autant aux frémissements des cerises. Il y a

  • du miroitement sous l’obscuritĂ©,
  • du possible derrière l’unicitĂ©,
  • du mystĂ©rieux fragmentant l’univoque.

Le nez est lĂ©ger, presque Ă©vanescent. Joueur, il frise l’insaisissable et prĂ©fère la politesse d’un cuir tannĂ© Ă  la frontalitĂ© d’une masse plus brutale ou Ă©rosive. Les amateurs de fragrances vives, toniques ou efficaces passeront leur chemin.
La bouche préfère

  • la finesse au dĂ©coffrage,
  • l’Ă©lĂ©gant au tonitruant,
  • le suggestif au show-off.

La composition partagĂ©e – Ă  parts Ă©nigmatiques – entre merlot et cabernet sauvignon, donne un vin Ă©quilibrĂ© qui reste sciemment dans l’effleurement. Les gourmands d’amertume apprĂ©cieront la note finale qui, elle, se risque Ă  persister. En somme un vin un rien Ă©nigmatique, qui ne dĂ©voile ses atouts que pour les mieux celer l’instant d’après. Il conviendra Ă  ceux qui, en dĂ©pit des 14° affichĂ©s, espèrent une liqueur ne cherchant pas Ă  dialoguer avec les mets qu’elle accompagne mais prĂ©fĂ©rant les caresser de sa prĂ©sence discrète.

 

Une prière

Ogier Jenevein au thĂ©Ă¢tre du Gouvernail (Paris 19) le 1er juin 2023. Photo : Rozenn Douerin.

 

Si Ăªtre ambitieux, c’est, par exemple et malgrĂ© tout ou plus, incluant vents, marĂ©es et paltoquets aux mille visages, vouloir faire de la musique pour partager de bonnes vibrations avec le public et de joyeux moments de camaraderie avec les collègues musiciens, alors, oui, je suis ambitieux. Sinon, eh bien, souvent je crains de l’Ăªtre beaucoup moins voire pas du tout, hĂ©las. Mais tant pis, tu verras bien qu’un beau matin, fatiguĂ©, peut-Ăªtre il n’y aura pas que moi, assis par terre comme ça…

[LĂ , normalement, y avait une vidĂ©o avec un vrai piano, un vrai cor d’harmonie, de vrais spectateurs, de vraies lumières et une vraie ambiance de concert.]

[L’un des artistes intervenant sur la vidĂ©o ayant demandĂ© poliment qu’elle soit supprimĂ©e, ce post perd un tantinet son intĂ©rĂªt et complètement son sens, point n’en disconviens. Disons que cela incitera les fanatiques de mystère inĂ©dit Ă  frĂ©quenter ce site vers minuit, heure Ă  laquelle est souvent publiĂ© le post du lendemain, quand tutti va bene.]

[Mais, sinon, la chanson dont il s’agissait Ă©tait celle qui avait Ă©tĂ© enregistrĂ©e, en audio pourri, sans cor d’harmonie, sans lumière, sans vrai piano, avec des moyens très moyens (c’est nous), c’est ça, un piano en plastique et un dictaphone, pendant le confinement. Ça ne valait pas republication, peut-Ăªtre, mais on devrait survivre aux imprĂ©cations des ayatollahs du parfait. En plus, sur ce site, on fait ce qu’on veut, ventre-saint-gris. Puis, ici, l’on prie pour ne pas Ăªtre roi, alors ça va, dis, ça nous laisse une petite marge de libre-service, ce me semble.]

 

 

 

Fruits de la vigne – ChĂ¢teau Moulin de Cassy 2015

Photo : Bertrand Ferrier

 

Quels vins dĂ©cents boire Ă  moins de 10 € Ă  Paris, selon un amateur inexpert mais curieux ? C’est l’interrogation qui a lancĂ© cette rubrique, sous la pression des lecteurs.
Le fait : pour 8,5 €, l’entrĂ©e de gamme aux Galeries Lafayette, vous pouvez vous emparer d’un MĂ©doc vieux de huit ans – sur Internet, on le peut trouver pour un euro de moins, hors frais de port.
La robe : l’assemblage Ă©quilibrĂ© de merlot et de cabernet-sauvignon affiche sans complexe une robe grenat d’une belle Ă©paisseur, avec une intensitĂ© qui rappelle l’intention du martinet (l’oiseau, pas l’arme des pères de merde), capable de dormir en vol afin d’

 

abriter dans un rĂªve
notre raison exilée

 

ainsi que le suggérait Inger Christensen dans La Vallée des papillons (trad. Janine et Karl Poulsen, Gallimard, « Poésie », 2022, p. 151).
Le nez : c’est le point fort du breuvage. Il bombe le torse pour affirmer une amphitryonnique ambition. Ça va chercher dans l’obscuritĂ© des Ă©pices fondues voire caramĂ©lisĂ©es, et c’est tout Ă  fait coquet, excitant et appĂ©tissant – n’est-ce point le but d’une bouteille ?
La bouche : l’attaque est belle, franche, sans falbala. Reconnaissons que le fondu postĂ©rieur est moins exubĂ©rant. HabillĂ© d’une quiche au jambon et d’endives Ă  l’Ă©chalote, le vin semble dĂ©voiler son propos : l’attaque flatteuse se dissout promptement, mais son ambition coquette persiste Ă  travers une amertume audacieuse. Une proposition Ă  risquer, plus que dans la solennitĂ© d’un repas en bonne et due forme, dans la convivialitĂ© Ă©voquĂ©e par Inger Christensen, p. 211 de l’op cit.,  celle de la

 

neige en juin
avec germes et fleurs
quand jamais on ne meurt.

 

Putain de projet.