Blog

Le blog de Bertrand Ferrier, page 47

Soleil de nuit, « Barbara du bout des lèvres… » (Anima Records) – 1/2

Première du disque

 

Après un disque PrĂ©vert-Kosma que nous Ă©couterons tantĂ´t, Julie Horreaux a rĂ©uni autour d’elle

  • Kareen Durand et Muriel Montel aux voix,
  • Émilie Moutin au piano, et
  • FrĂ©dĂ©ric Dupuis au violoncelle

pour chanter Barbara dans des arrangements qu’elle co-signe avec la pianiste pour la compagnie Soleil de nuit. Le projet, qui a profitĂ© du confinement pour prendre forme, est d’associer des voix lyriques sur une rĂ©harmonisation des hymnes barbariques. « Reprendre » Barbara est hĂ©las un hobby très rĂ©pandu chez les fredonneurs. Hormis l’Ă©vidence Marie-Paule Belle, Ă  la fois proche dans sa posture piano-voix et si subtilement diffĂ©rente de Barbara, les rĂ©ussites sont rares car les propositions sont souvent peu habitĂ©es par une rĂ©flexion sur les deux risques de la rĂ©interprĂ©tation (coller platement Ă  l’original ou n’en faire qu’un prĂ©texte attrape-gogo en Ă©crasant la VO sous le style ou l’absence de style du repreneur). VoilĂ  un reproche que l’on ne pourra faire au prĂ©sent quintette qui, dans sa « note d’intention », souillĂ©e par une Ă©criture dite inclusive dont, IRL, le caractère grotesque et niaiseux fait plus crisser des mandibules que sourire, Ă©voque la lente maturation du projet.
Pour autant, Barbara au pays du lyrique ne se laisse pas apprivoiser facilement par l’auditeur accoutumĂ© Ă  la dame en noir. Au point que « Ce matin-là » qui ouvre le disque est un peu froissĂ©e par l’ajustement nĂ©cessaire entre l’interprĂ©tation connue et la rĂ©interprĂ©tation proposĂ©e. Il faut repousser l’habitude et goĂ»ter la nouveautĂ© dans le dĂ©jĂ -ouĂ¯, et cela ne se peut faire instantanĂ©ment. Or, l’on pressent que ce tiraillement sera l’intĂ©rĂªt du projet. Nous allons nouer notre serviette et profiter de ce que les artistes nous ont prĂ©parĂ© en cuisinant des morceaux dans une sauce savamment retravaillĂ©e, avec, dès le titre d’ouverture,

  • harmonies piquantes,
  • balancement rythmique du piano,
  • vocalisation recherchĂ©e (notamment dans la rĂ©partition du texte entre
    • unissons,
    • changements de lead et
    • trio) et
  • forme en arche (violoncelle pizzicato Ă  dĂ©couvert au dĂ©but et Ă  la fin).

Le soin apporté

  • Ă  la prononciation,
  • aux tenues,
  • Ă  la variation des options d’arrangement

se retrouve dans « Sans bagages », agrĂ©mentĂ© d’une coda amusante. « La solitude », elle, s’ouvre sur une intro pianistique bienvenue, utilisĂ©e comme riff et interlude. L’interprĂ©tation choisit de houspiller l’allĂ©gorie de la solitude avec des intentions appuyĂ©es et des rythmes de diction engagĂ©s. Aux chastes esgourdes, prĂ©cisons que l’ensemble n’est pas Ă©coutable si elles comptent s’offusquer de la raideur consubstantielle au lyrique et au travail Ă  plusieurs

  • (mise en place rigide du texte,
  • emphase de caractère,
  • exagĂ©ration contraire Ă  la spĂ©cificitĂ© artistique de la chanson).

VoilĂ  prĂ©cisĂ©ment ce qui rend le disque Ă©coutable aux esgourdes moins rigides : il prend au sĂ©rieux le catalogue de Barbara et le traite avec une claire volontĂ© de ne pas le mĂ©nager donc de changer le prisme d’Ă©coute en le rhabillant des pieds Ă  la tĂªte,

  • changeant ici l’Ă©toffe,
  • ajoutant çà un froissĂ©,
  • ajustant lĂ  des accessoires qui, soudain, paraissent essentiels.

Ainsi, « Dis, quand reviendras-tu ? » s’ouvre sur les dissonances pianistiques  dont Émilie Moutin aime Ă©mailler sa partie. Avec elles,

  • l’alternance des voix,
  • la suavitĂ© des commentaires du violoncelle,
  • l’allant qui n’exclut pas l’attention aux tenues, et
  • l’arrivĂ©e de la nuance forte pour un dernier refrain enflammĂ©

contribuent Ă  capter l’attention.

 

 

Le modulant « Au bois de Saint-Amand » vaut pour son arrangement vocal rendant les contributions instrumentales dispensables (contrairement aux apparences, c’est un compliment). « Nantes » confirme la volontĂ© des artistes de ne traiter que les mĂ©gatubes de la chanteuse – dĂ©cision intelligible mais que l’auditeur peut aussi regretter tant elle contribue Ă  dresser une fois de plus un portrait canonique d’une chanteuse univoque, alors que la femme piano avait aussi su se laisser Ă  des embardĂ©es tant stylistiques que morales pimentant son personnage par-delĂ  les postures et poses du personnage qu’elle affectait pour le public. Une longue intro partagĂ©e entre instruments et vent buccal, si si, ouvre la voie Ă  une vision contemplative du premier refrain, dont la pulsation pertinente de FrĂ©dĂ©ric Dupuis façon contrebassiste tamise la langueur.
(Oui, je sais, « tamiser une langueur », c’est bizarre, mais il se trouve que le violoncelliste tamise la langueur du refrain. Je n’y peux strictement rien. Pour toute rĂ©clamation, adressez-vous Ă  lui.)

  • L’expressivitĂ© vocale,
  • les mutations des arrangements,
  • la prĂ©cision des ensembles et
  • les options harmoniques

tentent de porter plusieurs Ă©clairages sur le texte. Ce palimpseste nous parle aussi de l’immensitĂ© des possibles offerts Ă  un arrangeur, mĂªme dans un cadre clairement dĂ©fini – ce qu’illustre l’Ă©criture de la coda. Dans cette veine crĂ©ative, Soleil de nuit enrichit « C’est trop tard » d’une intro qui construit habilement l’atmosphère de la chanson.

  • L’Ă©trangetĂ© de l’harmonisation liminaire,
  • l’alternance des Ă©critures pianistiques, et
  • la gravitĂ© sans emphase de la coda en crescendo

traduisent un travail minutieux. Oh, certes (c’est ce qui l’aide Ă  vivre), le chipoteur se plaĂ®t Ă  sursauter devant certaines options de diction donc d’accentuation (« que feront-ils de tant de fleurs ? », avec l’accent sur le « ils »), la strictitude – eh oui – classique ne permettant pas de rendre la fluiditĂ© d’un chant non lyrique. De mĂªme, « Bref » surprend par l’inintelligibilitĂ© inhabituelle du dĂ©but (celui qui entend « La fille pour son plaisir » et non « La fĂ©e » ou, amusant, « LattĂ© pour son plaisir », a bien du talent). Cette syllabe mise Ă  part, on a tout loisir de goĂ»ter

  • la simplicitĂ© apparente de l’accompagnement,
  • le plaisir coquin de la goualante au refrain, et
  • la gourmandise de la variĂ©tĂ© du traitement vocal.

Particulièrement apprĂªtĂ©e, « Parce que je t’aime » se pourlèche les babines

  • du parlando habitĂ©,
  • des toutoutou ouabidouba vocaux et instrumentaux enveloppant la sĂ©paration amoureuse dans un sourire, et
  • des sifflotements snappĂ©s Ă  la coda.

Une façon très convaincante de conclure la première moitié de ce disque intrigant, dont nous évoquerons la seconde partie très bientôt.

 

Ă€ suivre !


Pour acheter le disque, c’est par exemple ici.
Pour voir les artistes en concert ce 12 avril et ce 13 avril Ă  Paris, c’est lĂ .

 

Reinhold Friedrich et Eriko Takezawa, « Sonatae e variĂ¡cie » (Solo musica) – 3/6

Première du disque

 

Rarement donnĂ©e en concert, parfois relĂ©guĂ©e au rang de morceau de concours (elle est par exemple au programme du second tour de la soixante-quatorzième Ă©dition du concours de l’ARD qui aura lieu Ă  Munich, cet Ă©tĂ© 2025), la sonate de Harold Shapero est nĂ©anmoins aurĂ©olĂ©e de sa proximitĂ© chronologique avec la sonate pour trompette et piano de Paul Hindemith. Nous la mettons sur notre gramophone avec une sourde inquiĂ©tude : après l’Å“uvre palpitante de George Antheil qui nous avait saucĂ©, sera-t-elle en capacitĂ© de nous Ă©baubir, elle aussi ?
Deux mouvements sont au programme. Le premier, « slow », est, sans surprise, méditatif. Porté par

  • une trompette aux longues tenues,
  • un piano aux harmonies Ă©nigmatiques et
  • une apparente absence d’interaction entre les deux acteurs (le clavier commentant le cuivre sans chercher Ă  le dĂ©fier),

il déploie une atmosphère ensuquée dans une brume de film noir.

  • Respirations prĂ©cises,
  • virtuositĂ© discrète mais rĂ©elle du trompettiste
    • (souffle,
    • phrasĂ©,
    • aigus jouĂ©s piano) et
  • accompagnement Ă©lĂ©gant

semblent nous narrer une histoire oĂ¹ le rĂ©cit compte moins que la voix envoĂ»tante du rĂ©citant. Le second mouvement tranche : il est « fast » mais pas furious.

  • Tonique (accents rythmiques),
  • lĂ©ger (toucher net et sans bavure),
  • motorique
    • (motif dynamique,
    • rĂ©currence de la formule matricielle,
    • ruptures swing),

le piano d’Eriko Takezawa lance cette phase avec un allant entraĂ®nant avant l’entrĂ©e triomphale de la trompette.

  • Contrastes,
  • ondulations,
  • parallĂ©lismes et
  • Ă©chos

constituent une entrĂ©e en matière Ă©nergisante qu’un changement de rythme prolonge. Certes, l’on regrette la prise de son très interventionniste de Norbert Vossen. En effet, elle semble Ă©loigner par intermittences la trompette pour renforcer les changements d’atmosphère. Toutefois, le caractère rhapsodique du mouvement sĂ©duit, tant les interprètes, camĂ©lĂ©ons habiles et malicieux, parviennent Ă  restituer la spĂ©cificitĂ© de chaque caractère stylistique. L’alternance entre cavalcade et fausse habanera est aussi l’occasion pour Reinhold Friedrich de jouer avec les sonoritĂ©s variĂ©es que la partition suggère. Au fil des mesures,

  • Ă -coups,
  • soubresauts,
  • secousses et
  • imprĂ©visibilitĂ© des Ă©changes

sont portĂ©s par une walking bass d’une saisissante efficacitĂ©. Contrairement Ă  ce qui se passait dans le premier mouvement, ici, les compères

  • devisent,
  • s’escagassent,
  • se relancent.

L’Å“uvre ne cesse d’associer renouvellement du discours et Ă©chos du motif liminaire, s’assurant ainsi une cohĂ©rence aisĂ©ment perceptible par-delĂ  la concatĂ©nation d’ambiances. La virtuositĂ© digitale de la pianiste se fond dans la musicalitĂ© permise par la technique impressionnante du trompettiste. La composition accole

  • les langages,
  • les affinitĂ©s et
  • les couleurs

sans chercher Ă  les mĂ©langer, gardant toujours vive l’attention jusqu’Ă  la coda Ă©clatante. Comme on dit – je crois – en musicologie appliquĂ©e Ă  la vraie vie : super… d’autant qu’il nous reste encore trois Å“uvres Ă  dĂ©couvrir dans ce disque !

 

À suivre…


Pour acquérir le disque, c’est par exemple ici.

 

Voiles Ă  l’horizon

Photo : Bertrand Ferrier

 

Le cinquième dimanche de CarĂªme, les statues des Ă©glises sont voilĂ©es. Dans la sĂ©rie des « improvisations du samedi soir », ça m’a donnĂ© l’idĂ©e d’improviser une sortie de messe sur les premières notes d’« Alexandrie, Alexandra » oĂ¹ Claude François chantait les voiles sur les filles, avec une registration de circonstance : bourdon et flĂ»te d’harmonie, jeux doux appropriĂ©s pour une ultime cĂ©lĂ©bration avant l’entrĂ©e dans la semaine sainte. RĂ©sultat ci-dessous.

 

 

Reinhold Friedrich et Eriko Takezawa, « Sonatae e variĂ¡cie » (Solo musica) – 2/6

Première du disque

 

Le parcours proposé par Reinhold Friedrich le long des sonates pour trompette et piano de la première moitié du vingtième siècle passe par le catalogue de George Antheil, autoproclamé « bad boy » de la musique. Le premier des quatre mouvements est un allegretto en Ut et à douze croches par mesure. Les interprètes en distillent avec art

  • le balancement Ă©nergique,
  • l’harmonisation inquiète et
  • la simplicitĂ© prometteuse,

accompagnĂ©s Ă  l’occasion par une cloche tombant pile en mesure (0’05) !

  • La sonoritĂ© concentrĂ©e de la trompette,
  • l’intensitĂ© polymorphe du piano,
  • les ruptures fulgurantes et rĂ©currentes de la partition

saisissent.

  • La tonicitĂ© des staccati,
  • la synchronisation entre les partenaires,
  • les cahots du mouvement et
  • l’aisance technique des musiciens

ne manquent pas de rĂ©jouir autant que d’Ă©baubir. Alors qu’ont disparu les soucis techniques rencontrĂ©s lors de l’Ă©coute de la première Å“uvre du programme, le « dolce espressivo » qui enchaĂ®ne affiche lui aussi une mesure ternaire et exige du trompettiste de mettre une sourdine Ă  son zinzin.

  • L’harmonisation qui transforme la mĂ©lodie en motif aux miroitements multiples,
  • les multiples modulations aiguisant la curiositĂ© de l’auditeur,
  • les nombreuses variations d’intensitĂ© et
  • la place laissĂ©e au piano

flattent l’esgourde qui, sĂ©duite, se laisse volontiers caresser par

  • le sursaut binaire impulsĂ© par un piano plein d’autoritĂ©,
  • les fluctuations de l’inspiration aux foucades sĂ©duisantes,
  • l’aisance du trompettiste notamment dans
    • les tenues impeccables,
    • les phrasĂ©s nettement dessinĂ©s,
    • le registre aigu et
    • la libertĂ© rythmique de la quasi cadence ad libitum.

Le scherzo vivace permet

  • Ă  Eriko Takezawa de se dĂ©gourdir les saucisses avec une Ă©vidente gourmandise,
  • Ă  Reinhold Friedrich de poser des notes rĂ©pĂ©tĂ©es d’une lĂ©gèretĂ© confondante, et
  • aux deux musiciens de dĂ©montrer l’intimitĂ© de leur connexion musicale
    • (synchro,
    • respiration,
    • Ă©changes).

Tout cela est concoctĂ© avec un brio qui sait aussi Ăªtre

  • Ă©lĂ©gance,
  • expressivitĂ© et
  • virtuositĂ© d’une admirable musicalitĂ©.

Le second allegretto et dernier mouvement persiste dans la veine ternaire avec, cette fois, trois fois trois croches à la mesure. Ça

  • danse,
  • swingue et
  • avance

joyeusement avec des Ă -coups de la mesure très entraĂ®nants (les blocs pouvant rassembler en alternance 9, 5 et 6 temps). Profitant de l’envie de headbanguer qui nous prend, nous en profitons pour nous incliner devant la large palette de touchers que dĂ©ploie Eriko Takezawa

  • (staccati ultralĂ©gers,
  • accents ne souffrant pas contestation,
  • mutation de caractère en dialogue avec son partenaire…).

La partition, dont la grande efficacitĂ© le dispute Ă  l’inventivitĂ© toujours renouvelĂ©e, permet d’apprĂ©cier la qualitĂ© du duo Ă  travers, notamment,

  • le soin apportĂ© aux contrastes,
  • l’art de mĂ©nager des surprises sans perdre le fil narratif gĂ©nĂ©ral, et
  • la capacitĂ© Ă  bondir d’une logique rythmique Ă  l’autre.

Ces qualitĂ©s Ă©blouissantes font presque oublier l’extraordinaire virtuositĂ© nĂ©cessaire Ă  une exĂ©cution aussi tonique, oĂ¹ la rigueur des interprètes n’empĂªche pas le trompettiste de se lĂ¢cher en octaviant deux notes, cinq mesures avant le passage marquĂ© allegro molto.

  • Partition passionnante,
  • Ă©criture captivante,
  • exĂ©cution transcendante :

de quoi mettre en appĂ©tit avant l’Ă©coute de la sonate de Harold Shapero !

 

À suivre…


Pour acquérir le disque, c’est par exemple ici.

 

Fruits de la vigne – Domaine Striffling, « Le chardo de Guigui » 2023

Photo : Bertrand Ferrier

 

Entre Beaujolais-Village et « vin de France à cépage », la carte des blancs du domaine Striffling ne nous est pas tout à fait inconnue : nous avions testé tantôt un chardonnay alors appelé « Les voleurs », du nom de la parcelle. Cette fois, notre dealer préféré nous oriente sur

  • un chardonnay, toujours,
  • by Guillaume Striffling, toujours aussi, mais
  • markettĂ© avec
    • soin,
    • astuce et
    • une certaine Ă©lĂ©gance

comme « le chardo de Guigui », cuvĂ©e 2023 – le vin n’est pas rĂ©fĂ©rencĂ© sur le site au jour de notre consultation. Guigui dĂ©signe bien le vigneron et non l’hĂ©roĂ¯ne du tube triste Ă©crit par Michel Jonasz en 1978 et portĂ© par le piano de Gabriel Yared, la preuve : c’est Georges Brassens qui est invoquĂ© sur l’Ă©tiquette… puisque

 

c’est l’un’ des pires perversions qui soit
que de garder du vin béni par-devers soi.

 

L’enthousiasme avec lequel la quille nous est vendue nous laisse peu de doute sur la qualitĂ© du jus mais nous met un coup de pression? Notre apprĂ©ciation sera-t-elle Ă  la hauteur des louanges tressĂ©es par le receleur ?
Dans le verre, la robe apparaît

  • claire,
  • presque cristalline (pas comme le jaja de Guy Roux cependant) et
  • très lĂ©gèrement dorĂ©e.

Ă€ l’Å“il, quoique cette remarque n’ait rien de gratuit (je sais, mais ça passait en rĂ©pĂ©tition, alors, je l’ai gardĂ©e), il y a

  • de la finesse dans la couleur,
  • de la discrĂ©tion dans le liquide, et
  • de la modestie confinant presque Ă  la coquetterie.

Le nez est

  • dĂ©licat,
  • comme saupoudrĂ© d’une pincĂ©e d’herbes aromatiques, et
  • dĂ©gageant une nette prĂ©dominance de fraise.

Oui, de fraise. MĂªme moi, j’ai trouvĂ© ça curieux, mais j’assume, je signe et je le remets : de fraise, une prĂ©dominance de fraise. Vous pouvez appeler l’HP, faites-vous plaise, en plus, ça rime, moi, je m’en fiche, je maintiens avoir dĂ©tectĂ© une prĂ©dominance de fraise. Partant, n’insistez pas, vous ne me ferez pas changer une virgule dans cette conviction de prĂ©dominance de fraise que je ponctue d’un point bar(re).
Non mais, c’est dingue, ça ! Bien, et maintenant, si les contradicteurs et les moqueurs se sont tus, je poursuis.
La bouche est Ă  la fois

  • compacte et fraĂ®che (pas fraise, cette fois-ci : fraĂ®che),
  • claire et insouciante,
  • prĂ©cise et – on y revient, rassurez-vous – marquĂ©e par cette idĂ©e de fraise qui, plutĂ´t que de se prolonger en bouche, vient grattouiller l’intĂ©rieur de nos naseaux avec originalitĂ©.

(Je prĂ©cise que les notes de dĂ©gustation sont prises lors des premiers contacts avec les produits. L’alcool – 12° prĂ©sentement – ne joue donc aucun rĂ´le sur les phrases ici rassemblĂ©es. C’est peut-Ăªtre encore plus inquiĂ©tant, mais c’est ainsi.)
Le mariage avec un poulet

  • Ă  la crème,
  • au thym et
  • au laurier,

servi avec, bien sĂ»r, des patates sachant Ăªtre autant fermes que fondantes, rĂ©ussit au vin, dont l’absence de rugositĂ© accompagne le plat sans chercher Ă  le chicoter. Point de fight entre les saveurs et les odeurs de l’un et de l’autre. Entre mets et vin règne plutĂ´t une sorte d’entente

  • cordiale,
  • aguicheuse et mĂªme
  • rĂ©confortante

telle « une neige recouverte de neige », selon l’expression d’HĂ©lène Dorion dĂ©crivant

 

une ville entre ciel et terre (…) comme un drap soulevĂ©, une neige recouverte de neige (Un visage appuyĂ© contre le monde et autres poèmes, Gallimard, « PoĂ©sie », 2025, p. 167).

 

J’en conviens, parler de neige après avoir utilisĂ© le mot dealer risque de dĂ©clencher une descente de kĂ©pis dans l’Ă©choppe de Thierry Welschinger, mais j’aurai fait ce que j’ai pu pour ne pas rouler le susnommĂ© caviste dans la farine. Bref, on peut laisser courir le bruit comme une traĂ®nĂ©e de poudre blanche, « le chardo de Guigui », « ça ravigote, ça ragaillardit », selon la formule de Jean Dubois, parce que, comme nous disons, nous autres Å“nologues spĂ©cialistes et experts, voire spĂ©cialistes de notre expertise et rĂ©ciproquement, c’est bon.

 

Reinhold Friedrich et Eriko Takezawa, « Sonatae e variĂ¡cie » (Solo musica) – 1/6

Première du disque

 

Albrecht, Antheil, Shapero, Asafiev, Hubeau et Hansen : il en dit long, le menu du nouveau disque du trompettiste Reinhold Friedrich, accompagnĂ© d’Eriko Takezawa au piano (comme dans L’Amour français et Blumine, deux de ses disques prĂ©cĂ©dents) quant Ă  la volontĂ© du musicien de sortir la trompette des sentiers battus et rebattus ! Dans un monde musical souvent frileux devant les raretĂ©s, on ne peut que se rĂ©jouir de l’audace du trompettiste, qui produit lui-mĂªme cet enregistrement, captĂ© Ă  la fin de l’Ă©tĂ© 2023 et presque sur le point d’Ăªtre rĂ©vĂ©lĂ© aux curieux. Le festin de curiositĂ©s commence avec les VariĂ¡cie pre trĂºbke a klavĂ­r composĂ©es en 1946 par Alexander Albrecht sur un thème qu’il avait lui-mĂªme Ă©crit pour une messe (il Ă©tait cantor Ă  Bratislava).
Introduit par une virgule pianistique, ledit thème est enrubannĂ© d’harmonies oscillant entre post-romantisme et langage plus contemporain. Ă€ la rondeur du cuivre qu’Ă©toffe – peut-Ăªtre trop – la prise de son de Norbert Vossen  rĂ©pond la nettetĂ© d’un piano sans emphase. Suit un « pochissimo piĂº vivo » oĂ¹ le piano reste moteur, la trompette semblant rĂ©pondre aux

  • questions,
  • relances et
  • provocations

du clavier. Le « poĂº vivo, marcato » permet Ă  la trompette de prendre l’initiative lors de

  • grandes montĂ©es,
  • sauts d’octaves et
  • tenues solides.

La variété

  • des nuances,
  • des atmosphères et
  • des styles employĂ©s par le compositeur

contribue Ă  l’intĂ©rĂªt de l’Ă©coute. Le « tranquillo » offre une belle exposition au piano d’Eriko Takezawa dont la trompette de Reinhold Friedrich semble commenter les circonvolutions avec fluiditĂ©.

  • Souffle,
  • phrasĂ© et
  • diffĂ©renciation d’intensitĂ©s

traduisent le soin apportĂ© Ă  l’exĂ©cution. Les duettistes savent jouer Ă  la fois ensemble et de leur cĂ´tĂ©. Leur virtuositĂ© disparaĂ®t presque derrière le sentiment d’Ă©vidence complice qu’ils dĂ©gagent dans

  • les Ă©changes,
  • les suspensions et
  • la circulation des motifs du cuivre aux marteaux et retour.

Le « vivo » qui enquille intensifie les dialogues tout en laissant l’initiative Ă  la pianiste.

  • Brusques Ă -coups rythmiques,
  • envolĂ©es et
  • rebonds

animent le mouvement, marquĂ© par des suraigus très sĂ»rs (des sĂ»raigus, donc) de Reinhold Friedrich. L’allegro moderato final part sur un fugato oĂ¹ la prĂ©cision de la polyphonie est honorĂ©e par les interprètes

  • (nuances Ă©clairantes,
  • caractĂ©risation des registres,
  • synchronisations rigoureuses et
  • respirations ciselĂ©es).

Les multiples changements de genre musical font miroiter ce dernier volet, plus dĂ©veloppĂ©, oĂ¹

  • le staccato de la trompette,
  • les couleurs du piano, et
  • les Ă©trangetĂ©s d’une partition insaisissable

captivent, longue coda comprise, augurant du meilleur pour les sonates Ă  venir – mĂªme si, sur notre copie ou notre lecteur, les pistes sont curieusement coupĂ©es, le dĂ©but du mouvement suivant Ă©tant intĂ©grĂ© Ă  la fin du prĂ©cĂ©dent. Ă” bizarreries de la technique, comme le monde serait fade sans vous !

 

Ă€ suivre…


Pour acquĂ©rir le disque, c’est par exemple ici.

 

Nicolas Horvath + Alcest, salle Gaveau, 2 avril 2025 (2/2)

Stéphane Paut, alias Neige, du groupe Alcest, le 2 avril 2025 à la salle Gaveau (Paris 8). Photo : Bertrand Ferrier.

 

À 21 h pétaradantes, ils sont désormais trois men et une woman in black sur la scène de la salle Gaveau.

  • Ă€ jardin, le binĂ´me formĂ© par Nicolas Horvath et son piano ;
  • Ă  cour, derrière leur micro sur pied,
    • Élise Aranguren,
    • Pierre Corson (aka Zero) et
    • StĂ©phane Paul (aka Neige).

C’est une version inĂ©dite du groupe Alcest, un poids lourd du metal français qui, avec son presque nouveau label Nuclear Records, enchaĂ®ne les tournĂ©es :

  • AmĂ©rique du Nord en mars,
  • festivals europĂ©ens et Asie en juin,
  • France Ă  la rentrĂ©e,
  • AmĂ©rique du Sud fraĂ®chement reportĂ©e Ă  l’an prochain…

Ce groupe, plus spĂ©cialisĂ© dans la propulsion de dĂ©cibels que dans le ciselage d’un pianissimo, dĂ©veloppe un nouveau projet : reprendre son rĂ©pertoire avec des arrangements pour piano minimaliste signĂ©s par Nicolas Horvath en personne.

  • Étrange,
  • audacieuse et
  • intrigante,

cette idĂ©e revitalise le concept de concert acoustique, en gĂ©nĂ©ral rĂ©servĂ© aux vieux groupes tĂ¢chant de ressembler de vieux fans. Rien de cela, ici : la moyenne d’Ă¢ge du public doit naviguer autour de la vingtaine, et le groupe mène sa barque triomphalement en attendant son nouveau passage par Clisson et le Hellfest, programmĂ© dans quelques mois. Quand les trois vocalistes accompagnent le pianiste pour son retour sur scène, c’est la folie dans la salle comble. Les cellulaires chauffent.
L’ambiance recueillie qui avait suivi la partie horvathienne – dans un premier temps, il semble que les musiciens avaient envisagĂ© d’alterner en faisant deux chansons, un morceau de classique, deux chansons, etc., ce qui aurait sans doute Ă©tĂ© plus inintĂ©ressant – bascule avec « Autre temps », un titre de 2012 dans la veine nostalgico-mĂ©lancolique qui a fait l’Ă©tonnant succès du groupe de StĂ©phane Paul (« Une prière lointaine que porte le vent du soir / anime les feuilles dans leur danse alanguie / (…) Demain, toi et moi serons partis »). Enfin, en thĂ©orie : d’oĂ¹ nous sommes, nous ne captons pas un traĂ®tre mot. La voix fatiguĂ©e du leader n’est pas assez soutenue par la sono locale pour nous permettre d’apprĂ©cier le texte.

 

 

Si l’original frise longtemps le folk Ă©picĂ© de grunge, la version du soir cherche avec subtilitĂ© le point de bascule entre

  • Ă©vocation intime et brio de l’accompagnement,
  • instrumental recueilli et octaves Ă©nonçant le thème,
  • retenue atmosphĂ©rique et pulsion pianistique quasi lisztienne.

« Souvenirs d’un autre monde » ramène Alcest en 2007, au moment oĂ¹ le son du groupe se prĂ©cise. Le chanteur, impavide, interpelle l’auditeur en chantant : « Laisse couler tes larmes une dernière fois / Pour Ăªtre Ă  jamais libĂ©rĂ© / Et rejoins le monde d’oĂ¹ tu viens. » Dans le dialogue avec le pianiste-transcripteur, Ă  peine troublĂ© par l’Ă©change rapide entre la voix d’Instagram et les voisins de la spectatrice maladroite (il est vrai que, Ă  Clisson, mettre ton bigophone sur silencieux pendant le set sera d’une très faible utilitĂ©), on apprĂ©cie la volontĂ© de travailler les contrastes

  • d’intensitĂ©s,
  • de caractères et
  • de couleurs.

La musique prend son temps, nourrissant un plaisir spécifique

  • Ă  la suspension,
  • Ă  l’attente, et
  • Ă  l’imaginaire des possibles ainsi ouvert.

Au fil des minutes appert une volonté de tisser

  • minimalisme,
  • metal et
  • construction d’ambiances

en crĂ©ant une matière sonore spĂ©cifique. L’Ă©criture vocale se refuse Ă  tout effet de minichorale proprette qui rĂ©pète du Michel Fugain dans l’Ă©glise du village en vue du grand moment, le concert du 21 juin, en prĂ©sence de monsieur le maire (sous rĂ©serves). Au contraire,

  • unissons,
  • tacet et
  • harmonisation

sont astucieusement convoquĂ©s tour Ă  tour, Ă©vitant ainsi le risque d’Ăªtre rĂ©pĂ©titif ou lĂ©nifiant. Bien que les trois chanteurs paraissent plus que concentrĂ©s : pĂ©nĂ©trĂ©s par leur tĂ¢che, au point de ne pas dĂ©coincer un sourire, Neige adresse un salut Ă  un pote dont il a dĂ» croiser le regard Ă  la première corbeille. On est presque rassurĂ© !

 

 

« Sur l’ocĂ©an couleur de fer » (2010) Ă©voque les « longs cris » d’un « chÅ“ur immense (…) dont la dĂ©mence semble percer l’enfer ». InstallĂ©e sur un mode mineur ad hoc, la musique d’Alcest prend le temps de se dĂ©ployer (l’original pèse plus de huit minutes…). Le piano de Nicolas Horvath Ă©toffe sa volontĂ© de se dĂ©rober Ă  l’Ă©vidence d’une ritournelle catchy pour s’insĂ©rer plus profondĂ©ment dans l’esgourde du spectateur.

  • Grilles cycliques plutĂ´t que circonvolutions mĂ©lodiques,
  • vocalitĂ© Ă©vocatrice plutĂ´t qu’expressivitĂ© vocale,
  • glissements progressifs plutĂ´t que breaks tranchants

alimentent l’esthĂ©tique automnale d’Alcest, la simplicitĂ© d’Ă©criture dĂ©jouant le risque de saturation par la noirceur. Pour les instrumentaux, Nicolas Horvath va chercher un arrangement fondĂ© sur

  • des basses profondes,
  • un large spectre de registres et
  • le temps long.

Côté voix,

  • les unissons,
  • les tenues et
  • la polymorphie du dispositif

valident le choix de StĂ©phane Paut de ne pas Ăªtre l’unique chanteur du concert.

  • Le texte s’efface derrière le son,
  • les paroles deviennent manière de charabia improvisĂ© Ă  tour de rĂ´le,
  • la grammaire se dissout dans la musique,

laissant s’Ă©chapper l’imagination de chacun, selon son « spiritual instinct ». AssociĂ©e Ă  l’inclination d’Alcest pour

  • le dĂ©veloppement,
  • la nuance et
  • l’exploration,

cette libertĂ© fait mouche et transporte Gaveau jusqu’Ă  l’absence de rappels. Peu rancuniers, les fans – dont certaines ont pleurĂ© tout le long du rĂ©cital – achètent les disques Chopin de Nicolas Horvath et, par dizaines, des affiches dĂ©dicacĂ©es. MĂªme après un moment hors-sol, la machine Ă  cash de la vie retombe toujours sur ses coussinets !

 

Le coup du miroir

L’affiche du double concert (best of)

 

Parmi les grandes sources d’inspiration des chanteurs et des poètes, les fesses n’ont eu de cesse d’affronter leur plus grand concurrent : le cul. Remettons une pièce dans ce dĂ©bat passionnant en proposant un chef-d’Å“uvre du genre, extrait d’un concert donnĂ© en bonne compagnie autour des chansons de BĂ©atrice Tekielski et Catherine Ribeiro.

 

 

Et ce samedi 5 avril 2025, Ă  20 h, Ă  l’Auguste thĂ©Ă¢tre (Paris 11), je serai au piano, entourĂ© des toujours pertinents SĂ©bastyĂ©n Defiolle et Claudio Zaretti aux guitares, pour accompagner le singulier rĂ©cital de Jann Halexander autour du rĂ©pertoire de madame Ribeiro, entre

  • interprĂ©tation de titres iconiques,
  • Ă©vocation de moments peu connus et
  • mĂ©lange entre rĂ©pertoire de l’interprète et catalogue de l’artiste.

On peut rĂ©server ici. HĂ¢te, Ă©videmment !

 

Nicolas Horvath + Alcest, salle Gaveau, 2 avril 2025 (1/2)

Nicolas Horvath, le 2 avril 2025 Ă  la salle Gaveau (Paris 8). Photo : Bertrand Ferrier.

 

Ă€ deux grands pas des Champs-ÉlysĂ©es, ce jeudi soir, il y avait quelque chose dans l’air, quelque chose de bizarre.

  • Les filles de tout Ă¢ge Ă©taient
    • minijupĂ©es sur bas rĂ©sille,
    • piercĂ©es,
    • tatouĂ©es,
    • autant courtes que de noir vĂªtues ;
  • les garçons avaient des airs de Hagrid, arborant fièrement
    • cheveux longs,
    • barbouze Ă  la Gary Cantrell pour les plus vĂ©nĂ©rables et
    • T-shirts cĂ©lĂ©brant le Hellfest ou citant Agalloch ;
  • les patients Ă©vadĂ©s d’un mouroir Orpea Ă©taient quasi inexistants (ce n’Ă©tait clairement pas le lieu oĂ¹ se planquer, ils eussent Ă©tĂ© repĂ©rĂ©s direct) ; et,
  • raretĂ© suprĂªme, la salle Gaveau est quasi blindĂ©e de l’orchestre aux balcons.

De retour d’une tournĂ©e aux États-Unis, Alcest a investi ce qui fut longtemps un temple de la musique classique avant de diversifier ses activitĂ©s, incluant des interviouves de donneurs de leçons bien notĂ©s par la doxa en place – faut bien vivre, ma brave dame… Pour son nouveau projet, le groupe, spĂ©cialiste du blackgaze (un genre de metal plutĂ´t orientĂ© sur la tristesse que sur la pĂ©tillance, je synthĂ©tise) et fort de ses nombreux albums ou passages au Hellfest, s’est associĂ© Ă  son opposĂ©, j’ai nommĂ© le sieur Nicolas Horvath. Bien qu’il ait lui aussi produit et propulsĂ© dans des salles obscures un maximum de dĂ©cibels bien noirs, l’hurluberlu, familier de nos lecteurs depuis sa participation pailletĂ©e Ă  l’intĂ©grale des Études de Philip Glass en alternance avec le compositeur, est surtout connu en tant que pianiste tout ce qu’il y a de sĂ©rieux. Oh, certes, le monsieur au brushing toujours impeccable est farfelu.

  • Il adore donner des concerts-fleuves, en plein air ou dans des salles de prestige ;
  • sans pour autant renoncer au rĂ©pertoire canonique, il raffole de partager ses dĂ©couvertes musicales, contemporaines ou passĂ©es ; et
  • il se passionne pour la musique de l’Ă©cran, notamment celle des jeux vidĂ©o, dont il est un transcripteur et un interprète recherchĂ©s (le zozo qui jouera le 23 juin 2026, sur un piano Gaveau de la fin des annĂ©es 1920, la musique d’Assassin’s Creed Ă  la Philharmonie, est quasi le pianiste officiel d’Ubisoft).

NĂ©anmoins, c’est aussi

  • une rĂ©fĂ©rence vĂ©nĂ©rĂ©e pour ses intĂ©grales Glass et Satie,
  • un artiste toujours en studio pour diffĂ©rentes maisons de disque dont Naxos, et
  • un interprète capable de se fader en concert tous les KlavierstĂ¼cke de Karlheinz Stockhausen.

La jointure avec Alcest s’articule autour de cette polymorphie de la musique selon le sain Nicolas… mais ne se prĂ©sente pas d’emblĂ©e telle quelle. En effet, le concert commence par vingt minutes de musique classique oĂ¹

  • Glass,
  • Satie,
  • Hisaishi et
  • Chopin

semblent dialoguer. Intimement convaincu de la justesse du geste artistique qu’il pose (il a bien raison), l’interprète fait litière de toute virtuositĂ©

  • Ă©chevelĂ©e,
  • extravagante ou
  • pyrotechnique.

Ă€ travers des Å“uvres qu’il a dĂ» jouer au moins un milliard de fois, il construit une relation au public qui ne s’embarrasse pas de m’as-tu-vuisme. Il n’Ă©prouve nul besoin

  • de se mettre en avant (il est dĂ©jĂ  sur scène),
  • de montrer les muscles digitaux (on les voit) ou
  • de s’autogoberger de cascades techniques Ă  tire-larigot (c’est un musicien, pas un acrobate circassien).

Nulle sensation de devoir

  • prouver,
  • convaincre,
  • sĂ©duire.

L’artiste semble s’abandonner Ă  la musique Ă  qui il a accordĂ© sa confiance – confiance dans

  • l’hypnotisme de la rĂ©pĂ©tition,
  • l’exploitation des diffĂ©rents registres de l’instrument, et
  • l’efficience de la mystĂ©rieuse Ă©mergence mĂ©lodique Ă  travers le bariolage.

VoilĂ  ce qui, peut-Ăªtre, en sus de son originalitĂ©, constitue sa patte : cette capacitĂ© Ă  donner l’impression qu’il n’y a que la musique qui compte, comme si

  • la technique,
  • le travail et
  • l’exigence du vertige virtuose

avaient disparu. Pourtant, Ă  bien y Ă©couter, l’on comprend que

  • cette apparente matitĂ©,
  • cette Ă©vidence tranquille,
  • cette balayette jetant Ă  terre la nĂ©cessitĂ© de se pavaner, souvent consubstantielle Ă  la performance classique,

sont musique et non posture. En témoigne la maîtrise

  • du toucher,
  • de l’Ă©quilibre et
  • de la construction du son pour la salle de concert (par exemple par le travail sur la pĂ©dalisation).

Le public, qui n’est pas venu pour cela, ne s’y trompe pas et applaudit chaleureusement le rĂ©sultat. Ce nonobstant, et hop, nul n’en peut mais : les cÅ“urs se mettent Ă  battre vraiment la chamade quand il devient Ă©vident que, d’un instant Ă  l’autre, le trio constituĂ© par StĂ©phane Paut (Neige) avec Pierre Corson (Zero) et Élise Aranguren va surgir sur la scène. Comme c’est un bon cliffhanger, on n’a qu’Ă  couper ici et se retrouver bientĂ´t pour la suite de cette recension !


Retrouvez les prĂ©cĂ©dentes chroniques autour du travail de Nicolas Horvath…

  • Disques
    • Carl Czerny : ici ;
    • Karl August Hermann : ici ;
    • The Tapes years : Ă©pisodes 1 et 2 ;
    • Claude Debussy : ici ;
    • Brillon de Jouy : ici ;
    • Alvin Lucier : ici ;
    • HĂ©lène de Montgeroult : Ă©pisodes 1, 2 et 3 ;
    • Morteza Shirkoohi : ici ;
    • Dennis Johnson : ici ;
    • Hans Otte : ici ;
    • John Cage : ici ;
    • Germaine Taillerre, volume 1 : Ă©pisodes 1 et 2 ;
    • Melaine Dalibert : ici ;
    • Tom Johnson : ici ;
    • Les nocturnes secrets de Chopin, volume 1 : Ă©pisodes 1, 2, 3 et 4.
  • Concerts
  • Entretien : ici.

 

La part des ombres

L’affiche (best of)

 

Ce vendredi 4 avril 2025, j’ai le plaisir d’accueillir Ă  la tribune de Saint-AndrĂ© de l’Europe (Paris 8, dĂ©tails Ă  la fin de cette notule) un quatuor de trois personnes, un peu comme les mousquetaires mais autour d’une musique moins influencĂ©e par le mĂ©tal que celle du groupe produit par Alex Dumas. En l’espèce, les spadassins du soir croiseront le fer de leurs talents pour nous offrir un concert de CarĂªme baroque et contrastĂ© qui associera

  • lamentations mariales,
  • confiance filiale et
  • espoirs de consolation.

Les voix aiguĂ«s (soprano et haute-contre) dialogueront avec la flĂ»te et l’orgue ; des  Å“uvres de Georg Friedrich Haendel, hĂ©ros du concert, rĂ©sonneront en alternance avec

  • des pièces
    • d’Antonio Vivaldi,
    • de Domenico Scarlatti,
    • de Johann Sebastian Bach, mais aussi avec
  • une incartade mozartienne et
  • une improvisation organistique.

Sauf souci technique (on n’est jamais trop prudent…), le concert sera retransmis sur Ă©cran gĂ©ant. Ainsi, ceux qui le souhaitent pourront vivre ce moment comme s’ils Ă©taient dans les hauteurs, au cĂ´tĂ© des musiciens. Ceux qui prĂ©fèrent laisser libre cours Ă  leur imagination auront des places rĂ©servĂ©es pour ne pas voir le film tout en jouissant de la bande-son.

 

 

Évidemment, cette soirĂ©e est un Ă©vĂ©nement, euphĂ©misme ! En effet, jadis, pendant cinq ans, j’organisais vingt concerts par saison dans le cadre du festival Komm, Bach!. Depuis, la politique culturelle de la paroisse a changĂ©, et chaque concert impliquant l’orgue est devenu une raretĂ©. C’est dire si je suis heureux de vous convier Ă  ce moment

  • festif,
  • gratuit (on pourra certes faire dĂ©border une sĂ©bile avec des billets de deux cents euros, mais on peut aussi venir sans bourse dĂ©lier si l’on est un peu court en rouquin, c’est tout Ă  fait autorisĂ©) et
  • prestigieux,

avec la participation de

  • Denis Chevallier, flĂ»tiste et compositeur passĂ© notamment sous les fourches caudines du CNSM de Paris avant de s’embarquer dans une nouvelle aventure : le chant ;
  • Jennifer Young, soprano et chef de chÅ“ur californienne diplĂ´mĂ©e de Harvard et soliste du chÅ“ur de l’Ă©glise amĂ©ricaine de Paris ; ainsi que
  • VĂ©ra Nikitine, organiste des Ă©tonnantes grandes orgues de l’Ă©glise Saint-Marcel et compositrice passĂ©e elle aussi par le CNSMDP tout en multipliant les distinctions et les collaborations avec des maĂ®tres comme
    • Jean Guillou,
    • Jean-Louis Florentz et
    • MichaĂ«l LĂ©vinas, rien que ça.

Bref, le miroitement de ce rĂ©cital d’environ une heure devrait

  • saisir nos oreilles,
  • Ă©lever nos cÅ“urs et
  • combler notre esprit

grĂ¢ce Ă  une musique

  • luxuriante,
  • polymorphe et, ça joue, c’est le cas de le dire,
  • ravissante !

Quand ? Ce 4 avril 2025 aux vingt heures sonnantes.
OĂ¹ ? En l’Ă©glise Saint-AndrĂ© de l’Europe (24 bis, rue de Saint-PĂ©tersbourg | Paris 8).
EntrĂ©e libre, sortie aussi, mais concert bien quand mĂªme.