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Le blog de Bertrand Ferrier, page 50

Utopie, 10 mars 2025

Utopie du Paradis des edelweiss sur la plage de Deauville, le 10 mars 2025. Photo : Rozenn Douerin.

 

VoilĂ  bien environ quelques semaines que nous n’avions donnĂ© des nouvelles photographiques du monstre chez qui nous habitons. Plusieurs millions d’internautes ou quasi ont tĂ©moignĂ© de leur inquiĂ©tude. Afin de rassurer la planète, voici quelques souvenirs d’une escapade grĂ¢ce Ă  laquelle la Tueuse a dĂ©couvert la plage et dĂ©gainĂ© sa fameuse excuse – assez peu crĂ©dible, reconnaissons-le, au vu du clichĂ© – qui consiste Ă  jurer, les yeux dans les yeux :

 

C’est pas moi qui ai fait le trou, m’sieur l’commissaire, j’Ă©tais mĂªme pas dans la voiture avec Bernard. Je crois que le coupable est plus ou moins un Chinois qui cherchait des terres rares et qui est parti en criant : « J’suis Chinois ! J’suis Chinois ! »

 

Utopie du Paradis des edelweiss sur la plage de Deauville, le 10 mars 2025. Photo : Rozenn Douerin.

 

En tant que berger belge, une fois, la demoiselle a tentĂ© de garder ses blancs moutons, d’autant qu’il pleuvait plus ou moins ou qu’il allait pleuvoir comme dans la chanson – salut Ă  toi, Ă´ Normandie ! Il semblerait que la mer eĂ»t compris le message et se mĂ©fiĂ¢t, dĂ©sormais, de la rugositĂ© tellurique de certains canidĂ©s.

 

Utopie du Paradis des edelweiss sur la plage de Deauville, le 10 mars 2025. Photo : Rozenn Douerin.

 

Bref, grise, grisĂ©e, grisante, l’aventure continue.

 

Utopie du Paradis des edelweiss sur la plage de Deauville, le 10 mars 2025. Photo : Rozenn Douerin.

 

PellĂ©as et MĂ©lisande, Bastille, 28 fĂ©vrier 2025 – 1/4

DĂ©cor unique de l’opĂ©ra (dĂ©tail) par Emmanuel Clolus

 

L’Ă©trangetĂ© de PellĂ©as et MĂ©lisande, « drame lyrique en cinq actes et douze tableaux », qui tient au texte de Maurice Maeterlinck et

  • aux harmonies,
  • aux textures et
  • au traitement des voix fomentĂ© par Claude Debussy en 1902,

participe du succès persistant de l’opĂ©ra. La nouvelle production prĂ©sentĂ©e Ă  Bastille semble Ă  la fois comprendre cet enjeu et la tension qui en dĂ©coule, sans pour autant oser vraiment l’affronter.
L’histoire, elle, est presque simple. Golaud (Gordon Bintner), roitelet chasseur, dĂ©couvre MĂ©lisande (Sabine Devieilhe) dans une forĂªt oĂ¹ il s’est perdu. Il l’Ă©pouse au lieu de se marier avec une princesse, ce qui chafouine sans plus son grand-père Arkel (Jean Teitgen). PellĂ©as (Huw Montague Rendall), fils de Geneviève (Sophie Koch) comme Golaud, tombe rĂ©ciproquement amoureux de MĂ©lisande. Golaud tue PellĂ©as. MĂ©lisande meurt de chagrin après avoir accouchĂ©, et c’est la fin.
La mise en scène de Wajdi Mouawad, le patron du thĂ©Ă¢tre de la Colline oĂ¹ il a tout loisir de produire ses propres pièces (jusqu’Ă  fin 2025, puisqu’il vient de dĂ©missionner), hĂ©site – et assume son hĂ©sitation – entre littĂ©ralitĂ© parfois surlignĂ©e (vidĂ©o initiale de forĂªt signĂ©e StĂ©phanie Jasmin, ajout de bruitages d’oiseaux totalement inutiles avant que la vraie musique ne prenne place…) et utilisation symbolique de l’espace (structure unique du dĂ©cor – une espèce de praticable en arc de cercle avec un rideau au fond oĂ¹ sont projetĂ©es les vidĂ©os – signĂ©e Emmanuel Clolus) ou des accessoires de conte (un sanglier traverse la scène Ă  deux pattes avant que Golaud ne l’Ă©voque dans une tirade). Tout se passe comme si
le technicien voulait Ă  la fois

  • dire et taire,
  • se conformer et divaguer,
  • expliciter et suspendre.

L’idĂ©e est sĂ©duisante ; Ă  notre aune, la rĂ©alisation manque

  • de chair,
  • d’Ă©motions et
  • de fulgurances

pour transformer la thĂ©orie en enjeu thĂ©Ă¢tral. L’orchestre, lui, placĂ© sous la direction d’Antonello Manacorda, tĂ¢che de tirer l’Å“uvre vers le symbolique. Sa pĂ¢te musicale le rĂ©vèle moins avide

  • de sursauts,
  • de dynamiques et
  • de contrastes

que de frémissements. Dans le prologue, on le découvre

  • poĂ©tique,
  • attentif Ă  la souplesse du chef, et
  • colorĂ©.

Dès sa première scène, le Golaud de Gordon Bintner paraĂ®t manquer de puissance, comme s’il privilĂ©giait la prononciation – correcte – Ă  la posture d’autoritĂ© de son personnage, confrontĂ© Ă  la sensibilitĂ© diaphane de MĂ©lisande. Celle-ci, incarnĂ©e par Sabine Devieilhe, a

  • le souffle,
  • le timbre,
  • la fragilitĂ© et
  • le souci du texte

qui lui donnent une Ă©paisseur plus sĂ©duisante que si elle avait Ă©tĂ© rĂ©duite Ă  une poupĂ©e de cire, une poupĂ©e de sons. Il faut bien cela pour que le spectateur puisse s’accrocher Ă  une reprĂ©sentation souillĂ©e par les costumes d’Emmanuelle Thomas, effarants de pauvretĂ©, et les coiffures ridicules dont CĂ©cile Kretschmar affuble les chanteurs, au premier rang desquels Sophie Koch. La Geneviève de cette dernière fuit toute tentative de dĂ©monstration vocale pour se concentrer sur l’ajustement entre

  • texte,
  • personnage,
  • situation et
  • musicalitĂ© si particulière voletant autour d’un faux parlando.

 

 

L’Arkel de Jean Teitgen a, lui, la voix entre deux chaises. Il n’est pas assez basse profonde pour faire vibrer le rĂ´le dans sa dimension la plus intime ; et il n’est pas assez baryton pour colorer autrement sa puissante partie. Aussi, en dĂ©pit d’un vibrato confinant sur certains registres au tremblement, cherche-t-il Ă  souligner la complexitĂ© de son personnage : Arkel, c’est l’autoritĂ©, mais une autoritĂ© attaquĂ©e de toute part. Le roi est

  • vieux,
  • presque aveugle, et
  • mĂªme Golaud, qui lui Ă©tait jusqu’alors soumis en tout, passe outre le mariage que son grand-père a dĂ©cidĂ©.

Comme Jean Teitgen, ce que semblent vouloir reprĂ©senter Wajdi Mouawad et l’ensemble des interprètes, c’est ce battement entre

  • le langage,
  • l’intelligibilitĂ©,
  • l’onirique et
  • la diĂ©gèse.

Maurice Maeterlinck prĂªte le flanc Ă  ce possible, en interpolant

  • formules convenues et punchlines dĂ©coiffantes,
  • espace indistinct et topoi ultra reconnaissables,
  • dimension poĂ©tique et direction narrative on ne peut plus classique.

Admettons-le, le rĂ©sultat dramatique n’est pas Ă  la hauteur de ces hiatus stimulants.

  • Le praticable sur lequel crapahutent les artistes assèche l’imaginaire plus qu’il ne le dĂ©veloppe, dans la mesure oĂ¹ il Ă©crase chaque situation sur un dispositif peu ou prou identique.
  • Les vidĂ©os semblent paradoxalement vouloir compenser la pauvretĂ© du dĂ©cor qui a pourtant Ă©tĂ© choisie par le metteur en scène, avec des effets Stabylo hĂ©las presque cocasses (« je venais du cĂ´tĂ© de la mer » et, pof ! la vidĂ©o montre la mer…).
  • L’utilisation abondante du rideau Ă  lamelles en fond de scène ne tarde pas Ă  lasser, bien qu’elle symbolise – lourdement, donc – ce travail sur la lisière entre
    • dicible et indicible,
    • visible et invisible,
    • dĂ©cryptable et inaccessible.

Dès lors, la poĂ©sie du trio concluant l’acte premier, featuring

  • Sophie Koch, partagĂ©e entre nostalgie et fatalisme,
  • Sabine Devieilhe, dont la MĂ©lisande commence Ă  comprendre dans quel pĂ©trin elle s’est Ă  nouveau fourrĂ©e, et
  • Huw Montague Rendall, dont le PellĂ©as feint de lutter encore contre son inclination pour l’Interdite (en un mot ou avec trait d’union),

lutte pour Ă©lever une proposition scĂ©nique dont la force est la faiblesse : ne pas dĂ©cider entre explicite et implicite, donc ne pas exploiter toute la puissance de l’un (assumer la lisibilitĂ© du rĂ©cit malgrĂ© ses zones de brume) ou de l’autre (assumer la libertĂ© poĂ©tique d’une fiction rĂ©tive Ă  la factualitĂ©), en dĂ©pit d’un orchestre somptueux de mĂ©lancolie quand il rĂ©pond Ă  la question de MĂ©lisande, Ă  la fin du premier acte : « Oh, pourquoi partez-vous ? »


Ă€ suivre !

 

Causerie en approche !

D’après une photographie de Rozenn Douerin et une affiche de Marie-Aude Waymel. CrĂ©ation : Jann Halexander.

 

Avant la « causerie sur 24 faits extraordinaires (environ) sur la mort », Jann Halexander m’a invitĂ© Ă  causer de la causerie. VoilĂ  le rĂ©sultat (cliquer sur l’hyperlien si l’insertion ne fonctionne pas).

 

 

Pour rĂ©server une place Ă  la causerie du samedi 15 mai, Ă  16 h, c’est ici.

 

On the road again (to Easter)

En attendant PĂ¢ques, le lapin ! (Photo : Bertrand Ferrier)

 

Dans le cadre de la sĂ©rie « Improvisations du samedi soir », le premier week-end de CarĂªme Ă©tait l’occasion de mĂ©diter en musique sur les tentations du Christ et notamment sur la symbolique des quarante jours dans le dĂ©sert sans apĂ©ro, sandwich ni cassoulet. Soit, si un embryon informel d’exultet se faufile sur le seuil de la sortie, c’est certes un excès d’optimisme pour le moment. Baste, exultera bien qui exultera le dernier !

 

 

Irakly Avaliani joue Robert Schumann (2009) – 8/8

Quatrième du disque

 

Disque total ? En tout cas, disque ambitieux que ce Schumann par Irakly Avaliani que pendant deux semaines, nous avons

  • Ă©coutĂ©,
  • lu grĂ¢ce aux mots de Nancy Huston,
  • regardĂ© grĂ¢ce aux peintures de Masha Schmidt et, pour cette ultime chronique,
  • visionnĂ©, une vidĂ©o proposĂ©e sur DVD Ă  tiers-chemin entre
    • le vlog,
    • le publireportage pour le sponsor et
    • l’interviouve.

Une fois le piano installĂ© dans le studio, le sponsor et la femme du sponsor laissent un petit mot, puis l’artiste prend la parole par la voix et les doigts pour revendiquer sa libertĂ© dans le choix

  • dudit piano,
  • du rĂ©pertoire,
  • de la prise de son et
  • de l’Ă©quipe technique.

 

 

Évoquant la femme du patron, Irakly Avaliani a ce mot : « Elle est tout le temps prĂ©sente mais elle n’intervient pas. C’est un don ! » Le musicien insiste aussi sur la nĂ©cessitĂ© de prendre le temps de construire le son avec l’ingĂ©nieur, en l’espèce SĂ©bastien Noly.Il faut avoir une haute vue du projet pour enregistrer

  • dans le dĂ©sordre,
  • par petits bouts et
  • malgrĂ© les facĂ©ties mĂ©caniques comme cette rĂ©volte de l’Ă©touffoir que Pierre Malbos est lĂ  pour tamiser ou dissoudre.

D’autant que, Ă  la chronologie technique s’ajoute une chronologie humaine, marquĂ©e par exemple par une première journĂ©e toujours très difficile car « il faut s’habituer au piano ». Irakly Avaliani Ă©voque d’autres grandes difficultĂ©s du studio.

  • La première est la relativitĂ© du temps, autrement dit le cĂ´tĂ© imprĂ©visible et non proportionnel des prises nĂ©cessaires (parfois trois pour une pièce de dix minutes, parfois un million pour une miniature de trente secondes, mais toujours un planning Ă  tenir).
  • La deuxième est la nĂ©cessitĂ© du courage qui implique, parfois, de ne pas choisir la plus belle prise pour privilĂ©gier, sans doute, la plus vibrante, osĂ©e, parlante.
  • La troisième est la fluiditĂ© de la musicalitĂ©, liĂ©e Ă  l’idĂ©e que, pour un musicien, la musique est toujours une « voie de perfectionnement », si bien qu’un disque peut fixer un instant, fĂ»t-il Ă©tendu sur quelques jours, mais non un climax toujours Ă  venir.

L’espoir qui anime l’artiste reste, au terme de ce making of dont le rapport entre titre et contenu nous Ă©chappe, confessons-le, de

  • partager avec les curieux,
  • vivifier des Å“uvres puissantes et
  • jouer en posant, dès 2009, que peu importe l’avis des Experts Sachants Auto-autorisĂ©s car « il n’y a plus de critiques ».

Ces huit Ă©pisodes passĂ©s Ă  raconter notre Irakly Schumann par Robert Avaliani n’ont donc jamais existĂ© que dans nos esprits. Ma foi, c’est dĂ©jĂ  pas si pire !


Pour retrouver les précédents épisodes, cliquer sur 1, 2, 3, 4, 5, 6 et 7.
Pour écouter gracieusement l’intégralité du disque, c’est ici.

 

Mama Béa et LA Ribeiro vibrent (pour) toujours

L’affiche (best of)

 

VoilĂ  des annĂ©es que j’ai enfin osĂ© chanter Mama BĂ©a Tekielski avec un rĂ©pertoire sans cesse changeant tant le catalogue est vaste. VoilĂ  des annĂ©es que l’ami Jann Halexander chante Catherine Ribeiro avec cette libertĂ© qui le caractĂ©rise.

  • Pas d’imitation,
  • pas de fake,
  • pas de chougne fĂ©ministe,

juste, et c’est pas rien,

  • l’urgence du partage,
  • l’envie de la dĂ©couverte,
  • le plaisir du rĂ©pertoire.

 

 

De la chanson (qui plus est pour BĂ©atrice Tekielski, dont j’ai choisi des chansons qui ressemblent presque Ă  des chansons),

  • incarnĂ©e,
  • multiple,
  • virevoltante.

Une envie qui emmerde

  • les modes,
  • les biensĂ©ances,
  • les coteries.

 

 

Une proposition qui trouve preneur dans l’arrière-salle de la librairie anar de Paris, pour un concert

  • pĂ©tillant,
  • rugueux et
  • dialoguĂ©

avec la participation des puissants guitaristes fouyouyous, chacun à sa manière, Sébastyén Defiolle et Claudio Zaretti. Entrée carrément libre, sortie tout autant. Avec vous serait un plus. Rendez-vous 145, rue Amelot, Paris 11.

 

Irakly Avaliani joue Robert Schumann (2009) – 7/8

Première du disque

 

Nombre de la vingtaine d’Ă©pisodes composant le Carnaval op. 9 de Robert Schumann, dont l’Ă©coute a commencĂ© ici avant de se poursuivre lĂ , fonctionnent deux par deux. Ils peuvent Ăªtre

  • enchaĂ®nĂ©s (« Arlequin » succède Ă  « Pierrot », « Florestan » Ă  « Eusebius »)
  • fusionnĂ©s (« ASCH – SCHA ») ou
  • dissociĂ©s : l’intermède paganinien ne suit pas l’hommage Ă  Chopin, et Estrella, portrait de femme qui nous intĂ©resse Ă  prĂ©sent, ne succède pas directement Ă  « Chiarina », Ă©vocation de Clara Wieck.

Cette non-systĂ©macitĂ© Ă©vite d’enfermer l’Ă©criture dans un système guindĂ© pour lui accorder une forme de libertĂ© carnavalesque de circonstance. « Estrella », Ă©vocation d’Ernestine von Fricken est une valse en fa mineur.

  • VivacitĂ© des deux tempi,
  • tonicitĂ© des octaves,
  • contraste des nuances dans les parties A et B,
  • enjambements haletants des mesures, et
  • brièvetĂ© de la miniature

saisissent l’auditeur, faisant Ă©cho au texte de Nancy Huston qui dialogue, dans le livret, avec les peintures de Masha Schmidt, et assume ses embardĂ©es quand elle dĂ©crit la brutalitĂ© comme une « caresse trop rapide », devenant une gifle grĂ¢ce Ă  laquelle « nous nous sommes embrasĂ©s » au feu de la « gracieuse beautĂ© de l’alĂ©atoire ». « Reconnaissance », hit du recueil, garde les quatre bĂ©mols mais bascule en deux temps et en mode majeur. Sous ses airs primesautiers, l’animato n’en relève pas moins d’un dĂ©fi musical autant que technique, la main droite Ă©tant partagĂ©e entre une mĂ©lodie Ă  jouer legato et des notes rĂ©pĂ©tĂ©es Ă  l’octave infĂ©rieure qui elles, doivent Ăªtre « sempre staccato ». Comme si, en rĂ©alitĂ©, tout cela n’Ă©tait que fastocheries pour première annĂ©e de premier cycle,

  • les charmantes modulations,
  • les effets d’Ă©cho de la partie centrale entre soprano et basse,
  • la volte d’humeur et
  • la non-fin en suspension

sont restituĂ©s par l’interprète avec

  • une habiletĂ©,
  • un entrain et
  • une poĂ©sie

aussi entraînants que remarquables. « Pantalon et Colombine », qui conserve le rythme binaire mais revient en fa mineur, est un autre exemple de duo fusionné.

  • VivacitĂ© sachant Ăªtre inclure d’habiles respirations,
  • nettetĂ© des staccati,
  • soin apportĂ© aux transitions et aux finitions (ironie parfaite des deux derniers accords)

ravissent le tympan. Se prĂ©sente alors un duo embrassĂ©, cette fois : la « Valse allemande » est jouĂ©e avant et après l’intermède hommageant – et hop – Paganini. Le thème principal, en fa mineur, associe

  • virulence des octaves et notes rĂ©pĂ©tĂ©es,
  • lĂ©gèretĂ© des doubles faisant osciller la mĂ©lodie et
  • plaisir roboratif des doubles reprises que l’on retrouvera pour partie après l’intermède.

« Paganini » est un presto furieux en mode majeur et à deux temps, dont les mouvements contraires des deux mains exigent

  • de redoutables rĂ©flexes Ă  la senestre,
  • une excellente articulation pour garder sa lisibilitĂ© Ă  ce torrent d’octaves et de doubles, et
  • une hauteur de vue qui, par
    • les nuances,
    • les touchers et les accents, ainsi que par
    • l’usage très prĂ©cis de la pĂ©dalisation

offrent à ce mitan contrasté le lustre qui permet à la virtuosité de rutiler sans abandonner le projet de musique au profit de la seule esbrouffe. Un « Aveu »

  • « passionato » mais intĂ©riorisĂ©,
  • en fa mineur mais tentĂ© par le La bĂ©mol,
  • Ă  deux temps mais prĂªt Ă  Ă©largir la mesure par l’agogique de l’interprĂ©tation ou le ritardando exigĂ© par le compositeur,

suggère avec délicatesse, à travers ses contradictions, les ravissantes affres amoureuses.

  • Chromatisme disant sans dire,
  • deux-en-deux avançant sans avancer, et
  • reprise dĂ©veloppant sans dĂ©velopper

semblent dessiner, piano, les contours ineffables – eh oui – du sentiment.

 

 

Ternaire et en RĂ© bĂ©mol, la « Promenade » qui lui succède et peut-Ăªtre le prolonge est ici source de contrastes tranchĂ©s dans

  • les attaques,
  • les nuances et
  • les phrasĂ©s.

Irakly Avaliani ne croit pas Ă  la sensiblerie mais n’est pas insensible aux sentiments schumanniens, plus souvent montagnes sismiques que lignes lisses tant qu’ils sont vivants. La micro « Pause » en La bĂ©mol est souvent lue comme une farce de Robert Schumann, pas forcĂ©ment rĂ©putĂ© pour son boute-en-trainisme, car elle est tout sauf reposante. Au contraire, elle exprime

  • une puissance agitĂ©e,
  • une envie d’en dĂ©coudre et
  • la nĂ©cessitĂ© d’Ă©vacuer l’Ă©nergie accumulĂ©e pendant les deux derniers Ă©pisodes, plus calmes.

Ainsi le piano dĂ©baroule-t-il tout feu tout flammes dans la « Marche des DavidsbĂ¼ndler contre les Philistins », dĂ©signant le fight entre un club imaginaire de gens parfois rĂ©els mais pas toujours, liguĂ©s contre les bourgeois, c’est-Ă -dire ceux qui n’aiment pas la musique de Robert Schumann (je synthĂ©tise). Le pianiste en fait sentir la colère sans feinte subtilitĂ©. C’est Ă©videmment malin car la transition vers la partie centrale est d’autant plus efficace.

  • Ă€ la brutalitĂ© succède la lĂ©gèretĂ© ;
  • Ă  la linĂ©aritĂ© de la baston et de la fanfaronnade se substituent les Ă -coups de la rage et de l’urgence
    • (« accelerando »,
    • « animato »,
    • « vivo ») ;
  • Ă  l’uniformitĂ© du fortissimo rĂ©pond une large palette d’intensitĂ©s ainsi que de prĂ©cieux crescendi.

Irakly Avaliani y associe

  • virtuositĂ© digitale,
  • inventivitĂ© esthĂ©tique,
  • souci des dĂ©tails et
  • variĂ©tĂ© des couleurs.

Une conclusion

  • bariolĂ©e,
  • frĂ©missante ici,
  • brillante lĂ , et
  • investie Ă  souhait

pour parachever un Carnaval dont la présente exécution associe

  • une grande finesse,
  • une indispensable capacitĂ© Ă  restituer les innombrables versatilitĂ©s thymiques entre les Ă©pisodes mais aussi au sein mĂªme de nombreux mouvements, et
  • une comprĂ©hension profonde d’un compositeur

dont la bipolaritĂ© consubstantielle au narratif qui l’Ă©crase parfois de nos jours n’est point, ici, pathologie ou caricature, mais fructueuse source d’Ă©tincelles et, par force, d’incendies qu’il n’est pas indĂ©cent, pour une fois, de contempler avec

  • joie,
  • gourmandise et
  • ravissement.

Et dire que, en guise de bis, un bonus nous attend : chic !


Pour retrouver les précédents épisodes, cliquer sur 1, 2, 3, 4, 5 et 6.
Pour écouter gracieusement l’intégralité du disque, c’est ici.

 

Penser la mort, deuxième

L’affiche (best of)

 

Alors que l’Europe, poussĂ©e par les lobbies de l’armement, envisage de dĂ©verser des centaines de milliards de sesterces pour financer les industries de mort et dĂ©truire la vie des clampins que nous sommes pour complaire les salopards qui nous gouvernent, ma causerie sur (environ) vingt-quatre faits extraordinaires autour de la mort revient sur scène après une apparition au ThĂ©Ă¢tre-atelier du Verbe.
C’est vrai, on n’aime pas y penser, mais c’est un fait : quelque 600 000 Français meurent chaque annĂ©e. Un beau jour ou peut-Ăªtre une nuit, 100 % des Ăªtres vivants feront de mĂªme. Le sketch de la mort dure depuis des milliards d’annĂ©es environ. Pourtant, personne ne sait ce que c’est, la mort, bien que beaucoup – religieux, scientifiques, illuminĂ©s, artistes, philosophes, etc. – prĂ©tendent le contraire. Après avoir longuement plongĂ© dans ces eaux noires Ă  l’occasion d’une enquĂªte au long cours, je suis remontĂ© Ă  la surface avec quelques Ă©lĂ©ments de rĂ©ponse donc pas mal de questions que je trouve plutĂ´t malin de partager.

 

 

Entre confĂ©rence très sĂ©rieuse et forme non identifiĂ©e, cette performance teintĂ©e d’un humour nĂ©cessaire et protĂ©iforme s’adresse Ă  tous. Doit-on le prĂ©ciser ? apparemment, oui, elle ne vise ni Ă  prosĂ©lyter – et hop – ni Ă  lĂ©nifier mais Ă  nourrir une rĂ©flexion sur ce qui nous attend tĂ´t ou tard.
Sa durĂ©e d’1 h 15 devrait rendre la chose supportable, d’autant que quelques interventions fredonnĂ©es (featuring l’ami Jann Halexander, qui vient de publier Ornithorynque, son nouveau disque), laisseront, Ă  intervalles joyeusement irrĂ©guliers, la parole s’enduire de musique et d’autres vibrations.

 

 

Le spectacle s’inspire d’un ambitieux projet Ă©ditorial cancellĂ© au dernier moment mais updaté frĂ©quemment et disponible en pdf ici. Les places pour la causerie peuvent Ăªtre rĂ©servĂ©es lĂ . Sur place, s’il en reste Ă  vendre, elles coĂ»teront 15 € Ă  tarif normal ou 10 € en tarif rĂ©duit (sans justificatif, on n’a pas Ă  se justifier si on est chiche en fifrelins).
Rendez-vous mortel mais pas macabre le samedi 15 mars à 16 h à la galerie Grand merci, 14 bis, rue Coëtlogon, Paris 6 !

 

Irakly Avaliani joue Robert Schumann (2009) – 6/8

Première de couverture

 

Le Carnaval op. 9, commencé ici, poursuit ses secousses sismiques avec « Réplique », dialogue ternaire en sol mineur dont Irakly Avaliani met en lumière

  • les effets d’Ă©cho,
  • la lĂ©gèretĂ© et
  • la tension entre l’Ă©vanescence des doubles croches aux allures d’appogiatures et l’espèce de fatalisme qui, malgrĂ© des efforts d’Ă©lĂ©vation, entraĂ®ne la mĂ©lodie dans une marche descendante.

L’Ă©nigmatique et inattendu « Sphynx » donne Ă  entendre les notes matricielles (celles

  • de SCHumAnn,
  • d’AsCH et
  • d’ASCH)

selon trois modes complémentaires :

  • dans l’ultragrave,
  • avec des cordes aiguĂ«s Ă©touffĂ©es faisant sonner le piano comme un clavecin, et
  • aurĂ©olĂ©es d’une rĂ©sonance magnĂ©tique.

« Papillons » garde deux bĂ©mols Ă  l’armature mais passe en binaire et enclenche la surmultipliĂ©e « prestissimo ». La musique Ă©merge des profondeurs avec

  • tonicitĂ©,
  • fluiditĂ© et mĂªme
  • explosivitĂ©.

Les « Lettres dansantes », enchaînées, poursuivent la cavalcade

  • en Mi bĂ©mol,
  • Ă  trois temps et
  • encore presto.

 

 

Les notes

  • sautillent,
  • se bousculent et
  • se rĂ©pètent

dans manière de ronde qui propulse « Chiarina », l’hommage Ă  Clara

  • en mineur,
  • Ă  trois temps et
  • « passionato ».

La valse se pare

  • de l’emphase des octaves,
  • de l’Ă©motion des notes rĂ©pĂ©tĂ©es et
  • du ressassement de la reprise qui envenime le propos.

Sans concession, l’interprète capture la vigueur de l’Ă©pisode en Ă©vitant la gnagnantise – le romantisme, ce n’est pas l’eau de rose, c’est la virulence pimentĂ©e des sentiments. Le portrait de « Chopin », un allegro en La bĂ©mol Ă  six temps, Ă©grène une mĂ©lodie simple sur des arpèges bavards de la main gauche.

  • La richesse de l’harmonisation,
  • la finesse des nuances piano obtenues par l’interprète, et
  • cette grĂ¢ce schumanienne pour Ă©voquer sans surligner

sĂ©duisent l’esprit plus encore qu’elles ne charment l’oreille. Ă€ suivre !


Pour retrouver les précédents épisodes, cliquer sur 1, 2, 3, 4 et 5.
Pour écouter gracieusement l’intégralité du disque, c’est ici.

 

Le retour de la nuit

Première de couverture (détail)

 

Plusieurs centaines de traductions ont suivi, mais celle-ci, c’Ă©tait la première – et c’Ă©tait donc une joie, un quart de siècle plus tard environ, d’en discuter en live YouTube avec Adrien, fan et fin connaisseur de « Chair de poule ».

  • Des extraterrestres,
  • des citrouilles,
  • de l’obscuritĂ©,
  • des enfants perdus :

autant d’ingrĂ©dients pour Ă©prouver le plaisir du p’tit frisson et dĂ©voiler des bribes du making of.  Certes, la vidĂ©o s’adresse Ă  ceux qui disposent d’un cellulaire plutĂ´t que d’un ordinateur ; mais il paraĂ®t que c’est dĂ©sormais chose bien Ă©tablie dans ce monde, alors bonne Ă©coute aux curieux !

 

 

PS : sans rapport, un petit message personnel pour « Armand » dit Dino le corbeau qui, tout en renseignant semble-t-il un faux courriel (ma rĂ©ponse n’est pas parvenue Ă  destination), a eu la douceur de m’envoyer un message. Objectif : me demander d’effacer toute mention de Fabrice Dupray sur ce site car cela « ferait tache », le zozo ayant jadis Ă©tĂ© condamnĂ© par Dame Justice.
Fabrice est un excellent trompettiste et non moins savoureux chanteur avec lequel j’ai travaillĂ© joyeusement de longues annĂ©es. Or, je ne pratique pas la cancel culture et suis plutĂ´t indiffĂ©rent non pas Ă  d’Ă©ventuelles souffrances d’autrui mais, fussent-ils habillĂ©s d’un aimable compliment, aux

  • piapiapias,
  • dĂ©lations, et
  • « conseils » aka pressions

qui me peuvent parvenir. Par consĂ©quent, je n’effacerai pas mon ami Fabrice de ces pages web, ni ne cèlerai

  • le plaisir que j’ai eu de musiquer avec le gaillard,
  • l’amitiĂ© qui s’en est suivie et
  • le respect rĂ©ciproque, je crois, que nous avons construit.

Peut-Ăªtre une requĂªte en réécriture trouvera-t-elle un Ă©cho plus favorable dans des institutions ayant davantage pignon sur rue, comme Sciences Po ou l’IMA ?