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Chronique d’un succès pas annoncĂ©

Bertrand Ferrier et Jann Halexander au théâtre de l’Ă®le Saint-Louis (Paris 4), le 7 aoĂ»t 2026. Photo : MoĂŻse ManoĂ«l-Florisse.

Ce n’Ă©tait pas gagnĂ©, Ă  supposer que quelque prise de risque artistique non subventionnĂ©e le fĂ»t.

  • Lui dit que ça le stressait, euphĂ©misme ;
  • moi, je pense que ça l’excitait, litote ;
  • les deux versions sont Ă©videmment complĂ©mentaires.

Alors que Jann Halexander jouait au festival d’Avignon, une proposition dĂ©baroule sur son tĂ©lĂ©phone. L’Ă©quipe du théâtre de l’Ă®le Saint-Louis, prĂ©cieuse bizarrerie au cĹ“ur du Paris instagrammable, lui propose de relever un dĂ©fi : donner un rĂ©cital estival, alors que la vie culturelle locale revendique – avec une once de fiertĂ© snobistique qui sent le bronzage excessif et le rail de dĂ©but de soirĂ©e au bord du port – un Ă©lectrocardiogramme plat, et que chacun sait que TOUS les Parisiens baguenaudent par monts, vaux, vaches, cochons, etc.
L’initiative un peu fofolle a Ă©tĂ© assez investie par le zozo pour que la partie de ses fans dispersĂ©e par les mois chauds (enfin, encore plus chauds que les autres) soit remplacĂ©e par des primo-spectateurs. Avec plus de quarante spectateurs, le théâtre a donc affichĂ© complet pour ce one-shot piano-voix presque impromptu, tĂ©moignant du rayonnement « à bas bruit » d’un chanteur qui cultive

  • sa singularitĂ©,
  • son insaisissabilitĂ© et
  • son lien particulier avec un public qu’il rĂ©invente donc qui se rĂ©invente depuis plus de vingt ans.

L’ambiance Ă©tait caliente et, je l’avoue sans barguigner, sur scène, en version intimiste piano-voix, on s’est bien amusĂ©s. Ă€ la fois

  • pied-de-nez aux habitudes parigotes,
  • joie de pouvoir travailler mĂŞme Ă  Paris en Ă©tĂ©,
  • plaisir de trouvailles et retrouvailles inattendues,

ce tour de chant, partagé entre

  • classiques de l’artiste (« À table », « C’Ă©tait Ă  Port-Gentil », « Un dimanche au Vieil-Baugé »),
  • raretĂ©s percutantes (« Fata Morgana ») ou dissonantes (« L’ombre mauve », qui a marquĂ© moult oreilles),
  • reprises (VĂ©ronique Pestel, Anne Sylvestre, LĂ©o FerrĂ© parlĂ©, lieu oblige, Paulette Jeanne RenĂ©e Michey dite Mick Micheyl) et
  • inĂ©dit (« Les prisonnières de la tour de Constance », tout fraĂ®chement enregistrĂ© par les micros de SĂ©bastyĂ©n Defiolle),

a percutĂ© les foufous venus l’applaudir. Le petit Nicolas (pas l’ordure Ă  talonnettes, hein) n’aurait pas dit mieux : c’Ă©tait rien chouette.

 

Rendez-vous Ă  Avignon !

L’affiche officielle

Au plaisir de ! Rens. ici.

Le choc animal

Au théâtre du Gouvernail (Paris 19), le 18 mars 2026, lors du double concert « D’une pierre deux coups ». Photo : Marcelle Martin.


Pour le mariage d’un ami, un moment cabaret est prĂ©vu lors de la soirĂ©e de noces. Chacun est invitĂ© Ă  propulser quelque chose. J’ai proposĂ© un hommage animal Ă  l’amour entre deux ĂŞtres. RetoquĂ© : cela risquerait de choquer le public. « Mais tu peux proposer autre chose, si tu veux. / – Je sais pas. Un striptize ? AĂŻe, je sens que je suis re-allĂ© trop loin. Au moins, cette fois, je comprends pourquoi. »

 

L’hydratation, combat du siècle

Jean Dubois d’après Marcelle Martin, le 18 mars 2026 au théâtre du Gouvernail (Paris 19), Ă  l’occasion du double concert « D’une pierre deux coups ».

Je suis fort persuadĂ© que la chanson avec de la musique et du texte dedans doit parler des choses qu’elles sont extrĂŞmement très sĂ©rieuses. Par exemple, sur une planète en surchauffe, Ă©voquer l’exigence de l’hydratation est un devoir citoyen. Jean Dubois a acceptĂ© de se joindre Ă  moi pour rappeler cette urgence structurelle qui ne souffre aucun compromis politicien. Il est temps de le rappeler : peu ou prou importe le reste, on veut Ă  boire !

 

Une histoire de chemin de faire

Le 19 mai 2025 au théâtre du Gouvernail (Paris 19), pendant le tour de chant « Tout est un possible ». Photo : Rozenn Douerin.

Il est une catĂ©gorie très importante et pourtant souvent ignorĂ©e de la chanson que l’on pourrait intituler les « fredonneries ferroviaires ». J’ai moi-mĂŞme abondĂ© ce catalogue avec nombre de titres, chantant ici l’arrivĂ©e du RER B Ă  Venise, çà les enjeux syndicaux du trajet Nanterre-Paris, lĂ  le changement d’univers qui s’opère entre Domont et Gare du Nord. En conclusion avant bis du premier concert inclus dans le projet D’une pierre deux coups, j’entonnais un hymne aux gares du Nord, Ă  ras de silence, et ça donnait ça.

 

Le jour oĂą je n’ai pas Ă©pousĂ© une princesse

Au théâtre du Gouvernail (Paris 19), le 18 mars 2026, lors du double concert « D’une pierre deux coups ». Photo : Rozenn Douerin.

Le capitalisme, c’est « l’expropriation de la masse du peuple par quelques usurpateurs » ; la rĂ©volution, c’est « l’expropriation de quelques usurpateurs par la masse du peuple », cinglait Karl Marx Ă  la fin du premier livre du Capital. Force est toutefois de constater que, dans la masse du peuple, certains, Ă  l’instar de tel comique chouchou marocain ou de tel blanc-bec arriviste Ă©lu dĂ©putĂ© europĂ©en, envisagent de s’exproprier eux-mĂŞmes de leur condition en s’acoquinant avec quelque usurpatrice de l’autoproclamĂ©e haute sociĂ©tĂ©.
Spoiler : c’est rare que ça finisse bien. Faut Ă©viter trop de regrets au pas autoproclamĂ© petit peuple… d’autant que c’est, Ă  quelques chèvres près, le sujet d’cette chanson.

 

Enfin oser les grands sujets, les grands machins

Au théâtre du Gouvernail (Paris 19), le 18 mars 2026, lors du double concert « D’une pierre deux coups ». Photo : Marcelle Martin.

Anne Sylvestre cinglait :

Y en a qui voudraient que je chante
Des grands sujets, des grands machins
Mais, pour la chanson méritante,
J’ai pas le souffle et pas l’entrain.

MĂŞme de son vivant, je n’avais de cesse de prĂ©venir : « Anne, tiens-toĂ© ben, j’arrive ! » Car, quand je fredonne, les grands sujets, les grands machins, ça m’fait pas peur. La preuve. Enfin, je crois.

 

Jann Halexander, « Libreville confidentiel » (Bandcamp) – 2/2

Première de pochette

La chanson autobiographique est le masque prĂ©fĂ©rĂ© de Jann Halexander, comme artiste et personnage public. Lui qui n’a pourtant pas manifestĂ© un grand enthousiasme devant la mascarade organisĂ©e par le gouvernement lors de la pandĂ©mie covidique s’empare Ă  nouveau de cet outil dans son nouveau projet difficile Ă  dĂ©finir : c’est un disque mais il est digital ; c’est un nouvel album mais il inclut d’anciennes chansons rĂ©arrangĂ©es, au cĂ´tĂ© d’une nouveautĂ© et de textes lus. Cette forme atypique, disons : hybridĂ©e, sied probablement Ă  celui qui revendique ses tiraillements et en fait matière Ă  chanson :

  • chanteur avec du texte dans la fredonnerie (voire carrĂ©ment pas de musique) et « mouton noir et frisé » de la catĂ©gorie ;
  • noir mais blanc ;
  • papa et bisexuel en couple avec un homme.

Le cĹ“ur de son projet crĂ©atif semble prĂ©cisĂ©ment dans ce « et » qui met hors jeu la conjonction de coordination d’opposition « mais ». Nul oxymoron, pour l’artiste, peut-ĂŞtre pas mĂŞme de contradiction ; en revanche, un dĂ©fi stimulant quoique sans doute parfois Ă©puisant pour tenir les deux bouts de ces fils de vie et transformer une telle problĂ©matique en chansons Ă  partager. La question de l’identitĂ©, ontologique ou artistique, semble ainsi s’imposer comme la source d’oĂą jaillit l’Ă©nergie actuelle du saltimbanque – il n’est pas sĂ»r qu’il se soit toujours abreuvĂ© avec une telle soif Ă  ce cours d’eau. « Itonda » l’illustre : on y entend la voix de son père rĂ©citer un texte en myĂ©nĂ© sur une guirlande pianistique assumant son ambiguĂŻtĂ© entre

  • musique d’ascenseur (celle qu’on n’Ă©coute pas mais qui nous habite),
  • bande-son pour un court-mĂ©trage Ă  imaginer, et
  • magma sonore dont Ă©merge une parole intelligible Ă  seulement quelques milliers d’humains.

Jann Halexander joue sur l’ambiguĂŻtĂ© (chanson, slam, rĂ©cit ?) et l’indĂ©cryptable (langue locale sans sous-titre) pour se dĂ©finir de manière spĂ©culaire et utiliser le texte comme une musique dont les inflexions ne se substituent pas Ă  la mĂ©lodie : elles la deviennent. Si. « Rester par habitude », une des chansons qu’il entonne le plus souvent en rĂ©cital, revient alors dĂ©filer dans nos esgourdes sous de nouveaux habits sobrement cousus par SĂ©bastyĂ©n Defiolle. Après un dĂ©but acoustique, un frisson plus rythmique secoue sans univocitĂ© cet Ă©loge de la durĂ©e.

  • Le temps sait se suspendre,
  • les mots se taire,
  • le tempo devenir libre et
  • les notes onduler.

Nouvelle version aussi pour « Les poèmes de l’amour sont ceux que l’on Ă©crit » avec une introduction qui frisotte doucement des sons alla gĂ©nĂ©rique d’X-Files – logique pour un artiste se revendiquant aussi comme abductĂ© et cherchant, en passionnĂ© de transcendance, des vĂ©ritĂ©s extraterrestres au milieu des rĂ©alitĂ©s terrestres. LĂ  aussi, la mĂ©lopĂ©e se dĂ©robe Ă  l’Ă©vidence :

  • diction mutante,
  • prosodie syncopĂ©e et
  • souplesse de la mesure

distendent les certitudes harmoniques et syntaxiques, ouvrant un espace insoupçonnĂ© dans le flot du verbe et des sons. La mĂ©lancolie des paroles qui se rĂ©pètent et transforment l’affirmation que « ce n’est pas grave » en mantra dont on ne sait s’il est

  • constat,
  • acte de foi dont l’itĂ©ration finira par convaincre, ou
  • postulat ironique.

Le parcours halexandĂ©rien se poursuit avec le texte intitulĂ© « L’homme gabonais ne parle pas ». Son incipit in medias res, aux allures de reportage ornithologique pour le moins inattendu (c’est un compliment, ça m’arrive), laisse penser qu’il s’agit d’une introduction Ă  la seule chanson nouvelle du disque. La mĂ©ditation, envoyĂ©e sur un dĂ©bit fort prompt puisque mĂ©diter n’est pas forcĂ©ment chougnasser, part du « petit cĹ“ur du canari » pour se muer en confession sur

  • l’hypersensibilitĂ© de l’artiste – laquelle peut passer pour de l’insensibilitĂ© ou de l’indiffĂ©rence, dont Jean-Jacques G. dit le Grand a dit ce qu’il y avait Ă  dire,
  • la folie sociale qui, si souvent, saisit l’homme,
  • l’envie de coller une main dans la gueule des idĂ©es dĂ©lĂ©tères, et
  • le rĂŞve d’une safe place oĂą « [s]e laisser aller » sous un regard bienveillant.

« CĹ“ur canari » apparaĂ®t alors comme le prolongement de cette promenade confidentielle dans un Libreville intĂ©rieur oĂą il n’y a pas de place pour

  • l’exotisme,
  • la nostalgie ou
  • les babillages touristiques.

Piano, basse et clarinette grave dessinent un paysage tourmentĂ© derrière une ritournelle posĂ©e et un texte qui s’Ă©chappe de la rĂ©fĂ©rence voulzyenne. L’idiolecte ose des embardĂ©es façon Anne Sylvestre employant « des mots Ă©tonnants » comme « rĂ©mige » en Ă©voquant

  • ici un timbrado (un canari espagnol, comme chacun sait),
  • çà un abstème,
  • lĂ  un monde « nidoreux » (id est « qui pue le pourri », le doit-on prĂ©ciser ?).

Un pont tente de relier les deux rives de l’artiste – celle de l’hypersensibilitĂ© et celle de la carapace souvent protectrice, parfois limitatrice voire castratrice – en laissant la voix s’envoler pour « ouvrir la cage »… sans, Ă©videmment, permettre Ă  l’homme-canari de se libĂ©rer. Une coda instrumentale remâche ce qui vient d’ĂŞtre jouĂ© et ce qui se rejoue chaque jour dans l’âme et le corps – si la distinction a un sens – de Jann Halexander. La tierce picarde qui Ă©claire la fin de la chanson laisse entendre que la musique a peut-ĂŞtre cette vertu, fĂ»t-elle encore plus fugace qu’Ă©phĂ©mère,

  • d’apaiser certaines dĂ©tresses,
  • d’expliciter l’indicible et
  • de vivre avec d’autres ce qu’il serait insupportable de garder pour et en soi.

Au reste, le climax du disque est suivi d’une pĂ©roraison d’une minute intitulĂ©e « Je reviendrai ». On pense Ă  Anne Sylvestre glissant :

Quand mon âme en partanc’ depuis toujours saura
Qu’on y va sans bagage Ă  ce rendez-vous-lĂ ,
Croyez-moi, ell’ reviendra !

Mais Jann n’est pas mort – contrairement aux bons chanteurs, stipulerait-il – et, quoique ayant vĂ©cu au Canada, il ne promet pas de revenir Ă  MontrĂ©al dans un grand Boeing bleu de mer. C’est Ă  Libreville qu’il reviendra. Il y a ouvert un compte en banque. RĂŞve d’aller s’asseoir au bistro d’Audrey pour y boire un soda. Laisse Josephine Baker chanter pour lui. Avec elle, il veut ne pas choisir et compte avancer vers une libre ville intĂ©rieure. La route escarpĂ©e qui y mène pourrait bien nous valoir quelques autres aventures artistiques…


Pour retrouver Libreville confidentiel, c’est ici.

Le temps ne fait rien Ă  l’affaire

Au théâtre du Gouvernail (Paris 19), le 18 mars 2026, lors du double concert « D’une pierre deux coups ». Photo : Rozenn Douerin.

Chanter

  • l’AntiquitĂ© que gagnent peu Ă  peu ceux qui ne pĂ©rissent point minots,
  • la libertĂ© et la franchise,
  • la conscience de la mort qui guette et le plaisir de planter des fleurs dans les trous de son nez :

projet. En duo avec Jann Halexander est un plus positif, comme on ne dirait jamais en musicologie appliquĂ©e – et pourtant…

 

[embedyt at= »2026-04-26 00:00″]https://youtu.be/3OZ8jKLKUZE[/embedyt]

Jann Halexander, « Libreville confidentiel » (Bandcamp) – 1/2

Première de pochette

En 2025, Alain Chamfort expliquait ne plus vouloir « faire d’album », dĂ©sormais, mais continuer Ă  chanter. Jann Halexander, lui, qui, selon son idiolecte, considère Alain comme un collègue, veut continuer Ă  chanter mais aussi Ă  proposer des disques, que ceux-ci soient physiques ou digitaux, pour laisser battre en mots et en musique ce qu’il a sur le cĹ“ur. En tĂ©moigne ce Libreville confidentiel qu’il propose sur Bandcamp. Cette sortie digitale lui permet d’expĂ©rimenter une idĂ©e de la chanson en-deçà et au-delĂ  de la chanson. On y trouve

  • des textes lus et vibrĂ©s,
  • de nouvelles versions de chansons bien connues,
  • un surgissement myĂ©nĂ© et
  • une nouvelle chanson,

le tout chapeautĂ© par le rĂ©alisateur sonore et nĂ©anmoins musicien SĂ©bastyĂ©n Defiolle. Au cĹ“ur du projet : le retour Ă  Libreville d’un Franco-Gabonais, nĂ© sur place mais qui martèle qu’il a dĂ©testĂ© ses annĂ©es in situ, non point Ă  cause du pays mais Ă  cause du dĂ©calage entre sa personnalitĂ© de jeune « aimant les hommes, aimant les femmes, ayant des caprices de vieille dame » et la rigiditĂ© de la morale locale rĂ©solument homophobe. MalgrĂ© tout, il revient et assume ce « je t’aime moi non plus » dans « Je suis revenu », titre parlĂ© qui ouvre le projet. Son dernier contact physique avec le pays datait de 2003. Pour verbaliser les retrouvailles, nulle note de musique.

  • Des mots,
  • des silences,
  • des respirations,
  • des hĂ©sitations, aussi.

RevendiquĂ©es. Dans son dĂ©bit, le rĂ©citant Jann Halexander s’empare de son dĂ©sarçonnement. Le mot n’existe pas, c’est dire s’il est important de l’employer pour expliquer que le phĂ©nomène, si. Face Ă  la nuit

  • Ă©quatoriale,
  • animale,
  • Ă©trangère et
  • familière,

un homme est revenu et se souvient que « C’Ă©tait Ă  Port-Gentil » que sa vie tourbillonnante s’est nouĂ©e.

  • Enfant du coin et touriste,
  • il arrivait la nuit pour mieux contempler les lueurs, et
  • savourait cet ĂŞtre-lĂ  en rĂŞvant d’ailleurs – l’ailleurs est une notion polymorphe et essentielle dans l’imaginaire halexanderien.

Aujourd’hui, l’ici et l’ailleurs se mĂŞlent. Cette actualitĂ© autobiographique l’incite Ă  revisiter son titre-phare. Cela a d’autant plus de sens que l’auteur-compositeur revisite son pays – et son rĂ©pertoire, qui s’est toujours ancrĂ© dans un terreau très personnel, est peut-ĂŞtre son pays le plus intime. La chanson vient de loin et arrive dans une proximitĂ© dĂ©nue d’effets de pathos.

  • Clavier,
  • boĂ®te Ă  rythme,
  • intro dance sans phare :

nul lamento, ici, mais une boucle Ă  la fois festive et mĂ©lancolique. Dans ce contexte habitĂ© par les guitares mĂ©tallique puis rythmique que SĂ©bastyĂ©n Defiolle glisse en commentaire ou en complĂ©ment de beat, les mots rĂ©sonnent avec une intensitĂ© sachant percuter l’intime pour le proposer comme chambre d’Ă©cho Ă  l’auditeur. « Les choses du pays », texte rĂ©citĂ©, Ă©voque un autre thème structurellement halexandĂ©rien : la famille, car « la famille [dĂ©jĂ ] Ă©largie Ă©voque l’organisation d’un mariage coutumier. » Le voici dans le tambour de ses fructueuses contradictions.

  • Le zozo reconnaĂ®t avoir dĂ©testĂ© le Gabon mais jouit d’y revenir.
  • L’hurluberlu constate que ses repères de Français sont loin, mais estime que c’est pas plus mal.
  • Le fifrelin aimerait revenir avant que vingt-trois ans ne s’Ă©coulent Ă  nouveau, mais il ignore si.
  • L’olibrius adorerait dĂ©guster un beignet mais constate sa ringardise : c’est avant que l’on trouvait facilement des vendeuses de beignet. Maintenant, si j’puis dire, il faut ĂŞtre introduit.

Comme le nouveau Gabon, il n’est pas univoque, monochrome, ni mĂŞme biĂ©rovore ce qui, en Afrique francophone, doit ĂŞtre une particularitĂ© très particulière. « Papa mum », qui a dĂ©jĂ  bĂ©nĂ©ficiĂ© de remixes dont certains excellentissimes pour qui aime mouver son body, fĂ»t-ce aux dĂ©pens de la biensĂ©ance ou de la mouvation dancefloor, se retrouve Ă  nouveau relouquĂ©.

  • Stridences,
  • rĂ©sonances guitaristiques vibrantes,
  • Ă©nergie,
  • explosions et
  • voix expressive

projettent dans un creuset musical stimulant les contradictions du chanteur avec force. À suivre !


Pour retrouver Libreville confidentiel, c’est ici.