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Sleepy & Partners

Bien accompagné 36 : église Sainte-Marguerite (Paris 11)

Il Professore en l’église Sainte-Marguerite (Paris 11), le 19 septembre 2025. Photo : Bertrand Ferrier.

Il est arrivé en croquant un radis, sa vieille sacoche au cuir usé au bout de la patte nous proposant un légume croquant de la famille des Brassicacées, renouant avec une tradition désormais bien établie : depuis le 9 juin 2019 à la collégiale de Montmorency, Sleepy & Partners sont peu ou prou considérés comme les spécialistes de la granularité sonore notamment en matière organistique (« parfois même organique », tient à stipuler un membre de la confrérie avec ce sens du mystère qui rend la guilde si troublante). Pour leur trente-sixième mission presque au grand jour, la smala a envoyé Il Professore – l’un des plus récents experts à avoir rejoint la bande – expertiser l’orgue Stolz de Sainte-Marguerite.

L’essspertise organistoloyique – parfois même organique – esssiche oune sens dé l’observatsionné, oune coultoure dé la historia dé notre amico l’organo, i oune sennessibilita artistique qu’elle donne, per la mousiqua, dé la profondeur métaphysique à cé qui, sans céla, né sérait qu’artisanat

nous a-t-il soufflé avec son accent très spécifique. Nous avons obtenu partiellement le droit de l’observer observer. En observant l’observateur, nous avons subodoré que, pour lui, l’orgue était avant tout

  • un reconstructeur d’intemporalité,
  • une plateforme pluridimensionnelle désymptomisant le réel en le nouménisant, en quelque sorte (la simplification est un peu hasardeuse, mais, n’en déplaise aux plus grands kantologues, elle s’impose dans le cadre restreint de ce compte-rendu), donc
  • un outil vibratoire associant, si nous avons bien feint de comprendre,
    • la pragmaticité de la matière,
    • l’acousticité dans la profération, et
    • la transcendance visée par l’ensemble des process mis en œuvre dans la substance du projet organistologique, parfois même organique.

C’est un peu l’inconvénient, avec les experts spécialistes sachants : on a beau comprendre, on se rend compte que l’on ne peut pas comprendre, en tout cas pas autant qu’il le faudrait pour être compris dans la compréhension, bien sûr.

 

Il Professore en l’église Sainte-Marguerite (Paris 11), le 19 septembre 2025. Photo : Bertrand Ferrier.

 

Les conclusions qu’Il Professore a tirées de son examen minutieux sont hélas couvertes par le secret professionnel le plus strict, ainsi que l’expert l’a martelé lorsque nous avons tâché avec quelque insistance de connaître le verdict. Ce nonobstant, Il Professore a accepté de nous confier quelques éléments de réponse préalablement cryptés :

Pour oune orgue, cé n’est point tant l’étendoue – yé dirais la massivité – dé l’obyet mais l’obyet de la massivité, si yé pouis mé permettre cé chiasme. C’est-à-dire qu’il convienne d’étalonner lé dimensionnément de l’émission, d’un point dé voue à la fois qualitatif, historique et fonctionnel, en le comparant à la pratique dé l’instroumenneto dé oune point de voue coultouel, coultourel i patrimonial.

Quand nous avons essayé d’en savoir plus afin de distinguer le sens derrière le galimatias, notre interlocuteur a levé une patte pour rappeler qu’il était tenu au plus strict secret professionnel. Puis il a ajouté, patelin :

L’orgue est oune domaine qu’il né faut pas croire dominer, sous peine dé repousser la questionne au lieu d’y répondre. Comme l’écrivait Yoryes Vigarellllllllo, « oune terre youyée touyours plous dominée fait naître dé nouveaux lointains »(c’est dans « Oune histoire de lointains. Entrée réel et imaginaire », qué Lé Seuil il vienne dé rééditer en poche – dé mémoire, vous trouverez la citatsionné à la paye 203, yé crois). Pour oune essspert, innevenneter des lointains est oune prétesssto pour né pas esssaminer lé proche, lé donné, l’obyet même de son essspertise. Chez Sleepy & Partners, cé type dé faux-fuyant est frappé d’oune nonne négativissimo. Nous né nous dérobons yamais, au grand YAMAIS, au momènneto dé cerner la granoularité sonore.

Nous avons voulu en profiter pour obtenir enfin une définition de ladite granularité sonore, pierre angulaire du prisme organistologique – et parfois même organique – de la confrérie. Peine perdue : Il Professore nous a proposé un radis, en a croqué un autre et, saisissant sa vieille sacoche au cuir usé, est reparti en fredonnant : « Pom, pom, pom. » Une prochaine fois, peut-être ?


Retrouvez les aventures de Sleepy & Partners…

  1. … aux grandes orgues de la collégiale de Montmorency.
  2. … à l’église Saint-Marcel (Paris 13).
  3. … à l’église Sainte-Marie-Madeleine de Domont.
  4. … à l’église Saint-Martin de Groslay.
  5. … à l’église Saint-Louis de Vincennes.
  6. … à l’église Saint-Joseph d’Enghien-les-Bains.
  7. … sur l’orgue provisoire loué par Notre-Dame de Vincennes.
  8. … aux grandes orgues de la cathédrale de Gap.
  9. … aux grandes orgues de Sainte-Julienne de Namur puis de la cathédrale de Namur.
  10. … à l’église Notre-Dame de Beauchamp.
  11. … sur l’harmonium du temple protestant du Saint-Esprit (Paris 8).
  12. … à l’église de Taverny et à l’église de Bessancourt.
  13. … à l’église du Raincy.
  14. … à l’église de Notre-Dame du Rosaire.
  15. … aux grandes orgues de l’église Sainte-Marie des Batignolles (Paris 17).
  16. … aux grandes orgues de la chapelle du Val-de-Grâce (Paris 5).
  17. … aux grandes orgues de la basilique d’Argenteuil.
  18. … sur l’orgue Cattin de Notre-Dame de Vincennes.
  19. … sur l’orgue Mutin-Cavaillé-Coll de Saint-Georges de la Villette (Paris 19).
  20. … sur l’orgue Merklin de Saint-Dominique (Paris 14), une fois ou deux.
  21. … sur l’orgue Delmotte de Saint-André de l’Europe (Paris 8).
  22. … aux grandes orgues de la collégiale Saint-Jean de Pézenas.
  23. … aux orgues de l’Immaculée Conception (Paris 12).
  24. … sur l’orgue de l’église Sainte-Claire (Paris 19).
  25. … sur l’orgue de l’église Saint-Denis de Gerstheim.
  26. … sur l’orgue de l’église Saint-Saturnin de Nogent-sur-Marne.
  27. … sur l’orgue de Bécon-les-Bruyères.
  28. … sur l’orgue de Saint-Serge d’Angers.
  29. … sur l’orgue de la chapelle Ozanam (Paris 17).
  30. … sur l’orgue de la collégiale Notre-Dame de Vernon.
  31. … sur l’orgue du temple du Saint-Esprit (Paris 8).
  32. … aux deux orgues de la Madeleine (Paris 8).
  33. … sur l’orgue de la basilique Notre-Dame du Perpétuel Secours (Paris 11).
  34. … sur l’orgue de Saint-Eugène-Sainte-Cécile (Paris 9).
  35. … sur l’orgue de Saint-Albert le Grand (Paris 13).

Bien accompagné 35 : église Saint-Albert le grand (Paris 13)

Eleven à Saint-Albert-le-Grand (Paris 13), le 8 janvier 2025. Photo : Bertrand Ferrier.

 

Pour sa première expertise au nom des experts ès granularité sonore Sleepy & Partners, Eleven, ainsi nommé car il est le onzième d’une compagnie de dix-neuf super spécialistes, n’avait pas la tâche facile. D’une part parce qu’il intervenait sur un instrument désormais confié aux pattounettes d’Esther Assuied, jeune espoir de l’orgue depuis bientôt plusieurs dizaines d’années, donc ça rigole pas ; et d’autre part parce qu’il lui revenait d’évaluer un biniou électronique, ce qui ne ressortit pas exactement du même savoir que les orgues à tuyaux.
Pas de quoi effrayer l’expert pour autant, revendiquant une démarche inclusive, tournée vers l’émission du son « dans son rapport au spectre sonore » plus que vers l’élaboration physique du son. Un Hautpwerk n’a donc pour lui pas moins d’intérêt qu’un Cavaillé-Coll (que ledit Hauptwerk peut plus ou moins reproduire) dans la mesure où ce sont le son en tant que tel et la palette sonore dans sa globalité qui l’intéressent. Et le sachant de tonner, définitif :

 

le prestige est une chose, le résultat est ce qui nous intéresse.

 

Reste que la dimension électronique ne peut être négligée, en pareille circonstance, et elle semble avoir retenu toute l’attention d’Eleven. Certaines mauvaises langues ont suggéré qu’il avait cherché sur l’écran le lien vers Pacman, mais nous ne disposons pas des preuves suffisantes pour valider ou non cette hypothèse, même après avoir assisté à l’une des techniques préférées de testing de ces connaisseurs : l’épreuve du tape-cul.

 

Eleven à Saint-Albert-le-Grand (Paris 13), le 8 janvier 2025. Photo : Bertrand Ferrier.

 

Le résultat de cet exercice très prisé des experts ? Mo, mo, motus absolu. En tout état de cause, le mandataire de Sleepy & Partners n’a pas hésité à

  • bidouiller,
  • trifouiller et
  • un autre verbe en -ouiller

afin de « voir ce que le cerveau digital a dans le bidou », selon son expression.

 

Il y a quand même marqué Content, ça ne veut pas dire que l’auditeur est forcément satisfait,

 

a-t-il observé en gloussant très longtemps – humour de professionnel, sans doute. Hélas, quand il s’est agi de lui soutirer quelques informations sur son analyse, il s’est drapé dans sa dignité vu qu’il n’avait pas de drap à sa disposition et que, en revanche, il lui restait un peu de dignité. Tout juste a-t-il consenti à expliquer qu’il ne pourrait jamais exposer sa pensée dans la spontanéité d’un « échange à chaud », forcément sommaire et limité.
Il lui faudra l’espace permis par un rapport rigoureux et complet, lequel sera évidemment confidentiel. À croire que la granularité sonore sera toujours ce sublime mystère que nul non-initié ne pourra verbaliser, au moins jusqu’à la prochaine expertise, probablement…


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  1. … aux grandes orgues de la collégiale de Montmorency.
  2. … à l’église Saint-Marcel (Paris 13).
  3. … à l’église Sainte-Marie-Madeleine de Domont.
  4. … à l’église Saint-Martin de Groslay.
  5. … à l’église Saint-Louis de Vincennes.
  6. … à l’église Saint-Joseph d’Enghien-les-Bains.
  7. … sur l’orgue provisoire loué par Notre-Dame de Vincennes.
  8. … aux grandes orgues de la cathédrale de Gap.
  9. … aux grandes orgues de Sainte-Julienne de Namur puis de la cathédrale de Namur.
  10. … à l’église Notre-Dame de Beauchamp.
  11. … sur l’harmonium du temple protestant du Saint-Esprit (Paris 8).
  12. … à l’église de Taverny et à l’église de Bessancourt.
  13. … à l’église du Raincy.
  14. … à l’église de Notre-Dame du Rosaire.
  15. … aux grandes orgues de l’église Sainte-Marie des Batignolles (Paris 17).
  16. … aux grandes orgues de la chapelle du Val-de-Grâce (Paris 5).
  17. … aux grandes orgues de la basilique d’Argenteuil.
  18. … sur l’orgue Cattin de Notre-Dame de Vincennes.
  19. … sur l’orgue Mutin-Cavaillé-Coll de Saint-Georges de la Villette (Paris 19).
  20. … sur l’orgue Merklin de Saint-Dominique (Paris 14), une fois ou deux.
  21. … sur l’orgue Delmotte de Saint-André de l’Europe (Paris 8).
  22. … aux grandes orgues de la collégiale Saint-Jean de Pézenas.
  23. … aux orgues de l’Immaculée Conception (Paris 12).
  24. … sur l’orgue de l’église Sainte-Claire (Paris 19).
  25. … sur l’orgue de l’église Saint-Denis de Gerstheim.
  26. … sur l’orgue de l’église Saint-Saturnin de Nogent-sur-Marne.
  27. … sur l’orgue de Bécon-les-Bruyères.
  28. … sur l’orgue de Saint-Serge d’Angers.
  29. … sur l’orgue de la chapelle Ozanam (Paris 17).
  30. … sur l’orgue de la collégiale Notre-Dame de Vernon.
  31. … sur l’orgue du temple du Saint-Esprit (Paris 8).
  32. … aux deux orgues de la Madeleine (Paris 8).
  33. … sur l’orgue de la basilique Notre-Dame du Perpétuel Secours (Paris 11).
  34. … sur l’orgue de Saint-Eugène-Sainte-Cécile (Paris 9).

 

Bien accompagné 34 : église Saint-Eugène-Sainte-Cécile (Paris 9)

Mulk à Saint-Eugène (Paris 9), le 30 décembre 2024. Photo : Bertrand Ferrier.

 

Expertiser l’organologie dans sa réalité factuelle comme dans sa potentialité virtuelle : telle semble être la problématique – un rien tarabiscotée, soit – de la compagnie de sachants répondant au nom de Sleepy & Partners, spécialisée dans la « granularité sonore », domaine confidentiel où seules quelques personnalités ont accès, mais domaine essentiel puisque, s’il est confidentiel, c’est sans doute qu’il est essentiel. Pour son trente-quatrième mandat, l’entreprise a mandaté Mulk, dont l’expertise de l’orgue de la collégiale de Vernon semble avoir été fructueuse puisque, depuis, il a tâché moyen de revêtir un coquet costume de travail. Jusque-là, ne circulaient que des photos de lui dans le plus simple appareil – ici, on ne parle donc pas de l’orgue, machine complexe s’il en est.
Mais soyons précis : qu’est-ce donc à dire de quoi ça parle à propos de, l’expertise selon Sleepy & Partners ?

 

Le projet d’une expertise granulaire est d’abord de jauger la sonorité du son en tant qu’il est son et non dans sa finalisation englobante,

 

nous a-t-il confié, pour expliciter (pensait-il) sa démarche, avec cet air mystérieux propre aux experts en général et aux organologues en particulier. Le Merklin désormais confié au sieur Vincent Rigot, ouï tantôt en récital, est un majestueux instrument au buffet conçu sur mesure pour l’église et aux claviers augmentés pour sa transformation d’orgue d’exposition en orgue d’église. Son Excellence l’Expert Mulk a écouté et testé presque religieusement et sans exclusivité

  • les jeux de fonds,
  • les jeux solistes,
  • le crescendo,
  • la joie du laïc apportant une missive à monsieur le titulaire (« ha, vous n’êtes pas lui ? / – Non, c’est moi »)
  • les différences d’accord des anches consubstantielles au genre de l’orgue,
  • les facéties secrètes que seuls les initiés du grade de titulaire peuvent connaître,
  • la voix des mystiques tentant une prière commune alors que le chapelet est encore loin,
  • la raison d’être du très curieux manque de cuillère I/II,
  • le suspense créé par le crantage des registres, et
  • le ressenti acoustique depuis la tribune.

 

Mulk à Saint-Eugène (Paris 9), le 30 décembre 2024. Photo : Bertrand Ferrier.

 

L’absolue exigence d’indépendance du gredin n’est pas allée jusqu’à l’obliger à refuser un first drink en compagnie du titulaire après l’effort, « mais seulement à des fins de complémentation d’enquête », a-t-il stipulé en sirotant la minable arnaque du « Bistro de la banque », cet éloge – assumé – du shrinking réduisant la pinte à 45 cl (y a pas de petits profits chez les gredins vu que, au bout de dix arnaques, t’as gagné une pinte, ça vaut la peine de l’assumer). L’atmosphère locale semblait aussi l’inspirer quand, peu après qu’il a goûté sa blonde, en TBTH, un couple à l’accent plus snob que prout-prout est venu rapporter deux chaises au bistrotier

 

sans doute prélevées en toute innocence par des jeunes souhaitant passer un moment paisible dans notre cité.

 

Sa Majesté l’Expert a soupiré et détourné la tête. Par la vitrine, il a constaté, rassuré, que, malgré les personnages grotesques qui peuplent notre quotidien (nous, ça va, on est normalses, mais les gens, pardon), le monde continuait à préparer son passage vers 2025, année alors en gestation ; et il en a déduit, pragmatique, que, comme l’orgue, le réel n’est pas ailleurs : il est simplement multiple. Resterait à savoir multiple de combien, mais cela n’entre pas dans le champ de son expertise, hélas. Allez, patron, apportez la petite sœur. Non, pas pour moi, pour Mulk, évidemment ! Quoique…


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  1. … aux grandes orgues de la collégiale de Montmorency.
  2. … à l’église Saint-Marcel (Paris 13).
  3. … à l’église Sainte-Marie-Madeleine de Domont.
  4. … à l’église Saint-Martin de Groslay.
  5. … à l’église Saint-Louis de Vincennes.
  6. … à l’église Saint-Joseph d’Enghien-les-Bains.
  7. … sur l’orgue provisoire loué par Notre-Dame de Vincennes.
  8. … aux grandes orgues de la cathédrale de Gap.
  9. … aux grandes orgues de Sainte-Julienne de Namur puis de la cathédrale de Namur.
  10. … à l’église Notre-Dame de Beauchamp.
  11. … sur l’harmonium du temple protestant du Saint-Esprit (Paris 8).
  12. … à l’église de Taverny et à l’église de Bessancourt.
  13. … à l’église du Raincy.
  14. … à l’église de Notre-Dame du Rosaire.
  15. … aux grandes orgues de l’église Sainte-Marie des Batignolles (Paris 17).
  16. … aux grandes orgues de la chapelle du Val-de-Grâce (Paris 5).
  17. … aux grandes orgues de la basilique d’Argenteuil.
  18. … sur l’orgue Cattin de Notre-Dame de Vincennes.
  19. … sur l’orgue Mutin-Cavaillé-Coll de Saint-Georges de la Villette (Paris 19).
  20. … sur l’orgue Merklin de Saint-Dominique (Paris 14), une fois ou deux.
  21. … sur l’orgue Delmotte de Saint-André de l’Europe (Paris 8).
  22. … aux grandes orgues de la collégiale Saint-Jean de Pézenas.
  23. … aux orgues de l’Immaculée Conception (Paris 12).
  24. … sur l’orgue de l’église Sainte-Claire (Paris 19).
  25. … sur l’orgue de l’église Saint-Denis de Gerstheim.
  26. … sur l’orgue de l’église Saint-Saturnin de Nogent-sur-Marne.
  27. … sur l’orgue de Bécon-les-Bruyères.
  28. … sur l’orgue de Saint-Serge d’Angers.
  29. … sur l’orgue de la chapelle Ozanam (Paris 17).
  30. … sur l’orgue de la collégiale Notre-Dame de Vernon.
  31. … sur l’orgue du temple du Saint-Esprit (Paris 8).
  32. … aux deux orgues de la Madeleine (Paris 8).
  33. … sur l’orgue de la basilique Notre-Dame du Perpétuel Secours (Paris 11).

 

Bien accompagné 32 : église de la Madeleine (Paris 8)

Sleepy à l’orgue de chœur de la Madeleine (Paris 8), le 27 août 2023. Photo : Bertrand Ferrier.

 

Ce dimanche, à l’occasion du concert du Duo éolien d’Aurélien Fillion et Mélanie Filipiak, Sleepy n’avait pas du boulot en perspective mais des boulots. En tant que fondateur, coordinateur, responsable pragmatique et prospective de la compagnie Sleepy & Partners, il lui incombait – voire il lui décombait – l’expertise des instruments de la Madeleine, « le grantogre et le rikiki ». Quand d’autres essayent de décrocher la Lune, le plus iconique des organologues a d’abord décidé de se pencher puis de marcher sur l’orgue de chœur.

 

Sleepy à l’orgue de chœur de la Madeleine (Paris 8), le 27 août 2023. Photo : Bertrand Ferrier.

 

En théorie, son rôle est simple en dépit de sa complexité. Le connaisseur doit expertiser l’instrument d’un point de vue de la granularité sonore, ce puissant et mystérieux concept théorisé, développé et monétisé par sa start-up. Il s’agirait, si nous avons bien feint de comprendre, d’évaluer la spécificité de la couleur instrumentale en tant que ledit résultat de la proposition n’est pas seulement un espace mais aussi un temps, une texture, un devenir, un grain d’éphémère dans une bruiterie en extension, une symbiose vibratoire perçue en tant que tel par des singularités subjectives qu’il convient, évidemment, d’objectiver dans la limite où l’objectivation n’est pas la trahison de ce que la subjectivité a d’ontologiquement subjective (« et non subjectiviste ! », glisse-t-il en s’autorisant un petit rire). Dans cette perspective, le spécialiste expertologue a su une fois de plus, et c’est tout à son honneur, faire un pas de côté. Un élément en particulier a retenu son attention : le banc.

 

Sleepy à l’orgue de chœur de la Madeleine (Paris 8), le 27 août 2023. Photo : Bertrand Ferrier.

 

« L’orgue est l’un des rares instruments que l’on est obligé de jouer assis, nous a-t-il expliqué. C’est sa principale différence avec le piano, dont l’utilisateur est parfaitement habilité à jouer debout. S’il en joue assis, pardon de fracasser ce vieux mythe propre au petit monde de la musique savante, c’est essentiellement par flemme. Ce n’est pas du tout le cas pour l’organiste. D’où l’importance du banc. » L’expert spécialiste a donc fort apprécié la structure destinée au postérieur du musicien et, au premier chef, le petit trou qui permet de vérifier au centimètre près si la hauteur du siège est celle que souhaite l’artiste. Tout en prenant des notes, il a posé que « la musique, c’est comme la vie : on ne peut l’apprécier et donner le maximum de soi que lorsque l’on est bien installé. » Puis il a exigé de monter sur-le-champ au grand orgue. Il en avait vu et ouï assez.

 

Sleepy au grand orgue de la Madeleine (Paris 8), le 27 août 2023. Photo : Bertrand Ferrier.

 

Arrivé au sommet de la vertigineuse tribune, l’expert spécialiste triomphe, exulte, éructe presque : « Voilà ce que je disais ! Voilà ce que je disais ! » En effet, il appert que, au grantogre si prestigieux, le banc exprime une fragilité qui n’est pas corrélée à la solennité de l’instrument. Toutefois, le petit ours refuse de s’en offusquer. Il n’est pas là pour juger, souligne-t-il, mais pour « jauger tout un certain nombre de caractéristiques permettant de cerner la proposition fomentée et/ou fermentée par les ondulations acoustiques de l’instrument, tant dans sa fermeté directement perceptible que dans ce que l’on pourrait synthétiser, d’un point de vue structurel, voire physiostructurel, comme une facture de l’aléatoire. »

 

Sleepy au grand orgue de la Madeleine (Paris 8), le 27 août 2023. Photo : Bertrand Ferrier.

 

Aussi a-t-il particulièrement apprécié le troisième clavier, actuellement muet puisque ses tuyaux ont été ôtés le temps de travaux sur la façade. « Il s’agit d’une stratégie culottée – comme une pipe, ce qui est cohérent avec un pipe organ, hihihi – d’ouvrir l’espace de l’imaginaire, de confronter le possible au perçu, de rééchelonner les deux cosmos que sont l’inouï et l’accessible », s’est-il enthousiasmé. Avant de lâcher, épuisé par sa tâche colossale : « C’est bon, j’ai fini, vous pouvez commencer le concert. » Bien que nous redoutions son silence, nous avons posé la question qui aimante tous les esprits : « Alors, cette granularité sonore, que pouvez-vous nous en dire ? » Il a souri, hoché la tête et murmuré : « Oui, oui. » Hélas, nous n’en saurons pas plus pour le moment, confidentialité oblige. La compagnie Sleepy & Partners n’est pas prête à révéler tous ces petits rien qui font des petitd tout et s’appellent, délicatement, des secrets.


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  19. … sur l’orgue Mutin-Cavaillé-Coll de Saint-Georges de la Villette (Paris 19).
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  23. … aux orgues de l’Immaculée Conception (Paris 12).
  24. … sur l’orgue de l’église Sainte-Claire (Paris 19).
  25. … sur l’orgue de l’église Saint-Denis de Gerstheim.
  26. … sur l’orgue de l’église Saint-Saturnin de Nogent-sur-Marne.
  27. … sur l’orgue de Bécon-les-Bruyères.
  28. … sur l’orgue de Saint-Serge d’Angers.
  29. … sur l’orgue de la chapelle Ozanam (Paris 17).
  30. … sur l’orgue de la collégiale Notre-Dame de Vernon.
  31. … sur l’orgue du temple du Saint-Esprit (Paris 8).

 

Bien accompagné 30 : collégiale Notre-Dame de Vernon

Mulk. Photo : Bertrand Ferrier.

 

Une nouvelle mission a été échue à Sleepy & Partners, experts en granularité sonore. Elle a été confiée à Mulk, le quatorzième partenaire à avoir signé avec la célèbre firme qui fait référence en matière d’examen organistologique. En une répétition, un raccord et un concert, le spécialiste doit parvenir à

  • cerner la spécificité de l’orgue Kern soumis à sa sagacité,
  • l’évaluer
    • « en tant que tel,
    • en relation avec son environnement et
    • en rapport avec les autres instruments équivalents ou similaires », avant de
  • « déterminer une posture proactive permettant d’être force de proposition tout en respectant le logiciel diachronique qui préside à l’alchimie sonore représentée en l’espèce par cette actualisation d’un projet organistique multiséculaire ».

En clair, il doit bosser.

 

Mulk à l’orgue Kern de la collégiale de Vernon (27). Photo : Bertrand Ferrier.

 

L’examen de l’instrument est chose complexe… et en partie secrète. L’expert assume le parfum de mystère que sa discrétion suscite. La part scientifique, technique et régulée de son travail n’empêche nullement le développement d’une indispensable part plus subjective, où le ressenti expérimental le dispute à une perspective observationnelle où, selon les dires du spécialiste, « l’objectivité dépasse l’objet ». Il s’agit de caractériser le son non pas en tant que son, mais en tant qu’il n’est pas seulement – par un tour de passe-passe, un torero dirait grâce à une véronique – son son. Là pointerait la fameuse, l’indiscutable et la néanmoins nébuleuse granularité.
Aussi la quête d’un partenaire dépasse-t-elle la seule intelligence d’une onde ou la simple couleur d’un registre. Il lui incombe et lui décombe même d’être « agent de la perspective avant tout », c’est-à-dire de définir à la fois le texte, le contexte et le métatexte qui s’articule dans la vibration que chacun entend. Cette déconstruction constructive semble au cœur de l’expertise granulaire.

 

 

Mulk à l’orgue Kern de la collégiale de Vernon (27). Photo : Bertrand Ferrier.

 

Ces perspectives transcendantes n’exonèrent pas le travailleur d’une exploration classique du potentiel de l’orgue. L’expert a insisté pour dénoncer toute « impression d’impressionnisme ». Selon lui, on ne peut envisager une dissection granulaire sans exiger la plus grande exigence. « Il n’y a pas de fastueux qui ne soit, initialement, fastidieux », nous a glissé celui qui se présente comme un humble examinateur de réalités ondulatoires.
En dépit du prestige de sa fonction, le partenaire s’oppose à toute idéalisation de sa mission. Investigateur tapi dans l’ombre et dérobé aux vivats depuis la haute tribune où il officie, il déboulonne volontiers les statues du Commandeur que son statut l’amène à voir dressées sur son chemin. « Nous sommes au service du son, martèle-t-il, parce que nous sommes au service du grain – celui qui est, celui qui pourrait être et celui que nous avons tous. » Comme en écho, Wisława Szymborska écrivait dans le poème « Découverte » (De la mort sans exagérer. Poèmes, 1957-2009, trad. Piotr Kaminski, « Gallimard », « Poésie », 2018, p. 122) :

Ces mots planent très haut au-dessus des formules,
Ne cherchent nul appui sur un quelconque exemple.
Ma foi est forte, aveugle, sans aucun fondement.

 

Mulk à l’orgue Kern de la collégiale de Vernon (27). Photo : Bertrand Ferrier.

 

En témoigne le fameux exercice obligé et ô combien redouté du tape-cul… que d’autres exécutent aussi à leur façon.

 

 

 

 


Retrouver les aventures de Sleepy & Partners…

  1. … aux grandes orgues de la collégiale de Montmorency.
  2. … à l’église Saint-Marcel (Paris 13).
  3. … à l’église Sainte-Marie-Madeleine de Domont.
  4. … à l’église Saint-Martin de Groslay.
  5. … à l’église Saint-Louis de Vincennes.
  6. … à l’église Saint-Joseph d’Enghien-les-Bains.
  7. … sur l’orgue provisoire loué par Notre-Dame de Vincennes.
  8. … aux grandes orgues de la cathédrale de Gap.
  9. … aux grandes orgues de Sainte-Julienne de Namur puis de la cathédrale de Namur.
  10. … à l’église Notre-Dame de Beauchamp.
  11. … sur l’harmonium du temple protestant du Saint-Esprit (Paris 8).
  12. … à l’église de Taverny et à l’église de Bessancourt.
  13. … à l’église du Raincy.
  14. … à l’église de Notre-Dame du Rosaire.
  15. … aux grandes orgues de l’église Sainte-Marie des Batignolles (Paris 17).
  16. … aux grandes orgues de la chapelle du Val-de-Grâce (Paris 5).
  17. … aux grandes orgues de la basilique d’Argenteuil.
  18. … sur l’orgue Cattin de Notre-Dame de Vincennes.
  19. … sur l’orgue Mutin-Cavaillé-Coll de Saint-Georges de la Villette (Paris 19).
  20. … sur l’orgue Merklin de Saint-Dominique (Paris 14), une fois ou deux.
  21. … sur l’orgue Delmotte de Saint-André de l’Europe (Paris 8).
  22. … aux grandes orgues de la collégiale Saint-Jean de Pézenas.
  23. … aux orgues de l’Immaculée Conception (Paris 12).
  24. … sur l’orgue de l’église Sainte-Claire (Paris 19).
  25. … sur l’orgue de l’église Saint-Denis de Gerstheim.
  26. … sur l’orgue de l’église Saint-Saturnin de Nogent-sur-Marne.
  27. … sur l’orgue de Bécon-les-Bruyères.
  28. … sur l’orgue de Saint-Serge d’Angers.
  29. … sur l’orgue de la chapelle Ozanam (Paris 17).

 

Bien accompagné 28 : Saint-Serge d’Angers

Maître Yuda aux grandes orgues de Saint-Serge d’Angers, le 21 mai 2022. Photo : Bertrand Ferrier.

 

Le rayonnement de la confraternité Sleepy & Partners, experts ès granularité sonore organistique, ne cesse de s’amplifier. Pour sa vingt-huitième intervention, la compagnie a envoyé son treizième associé, maître Yuda. Arrivé une heure et demie avant le récital de Daria Davidova (Bach, Caccini-Valivov, Borodine, Kastalsky, Rachmaninov…), suite au remplacement in extremis d’Alexandra Bartfeld, il lui a fallu faire preuve de diligence et de célérité, ce qui n’est pas rien, afin de saisir les spécificités de cet étrange instrument au tiers vide (le positif n’attend même plus les tuyaux qu’il était censé recevoir). En sus d’être amputée, la Bête n’est pas au mieux de sa forme. En témoignent, entre autres,

  • notes muettes,
  • cornements sporadiques,
  • menace d’extinction aléatoire,
  • déclenchement intempestif de jeux ou d’appels (il faut scotcher les tirasses au-dessus du récit…),
  • harmonisation défaillante,
  • pupitre juste refait mais mal pensé (pas assez incliné, il menace de verser les partitions trop lourdes sur les claviers, il faut mettre un petit livre de cantiques dessous et, éventuellement, prier pour ne pas plier) et, bien sûr,
  • accord des anches impossible l’essentiel du temps (l’architecte a eu la bonne idée d’installer la sortie du chauffage pile sur l’orgue, un classique de la connerie des humains supérieurs).

Pas de quoi décourager le treizième partner car

ce que nous recherchons, explique-t-il, c’est un pragmatisme de la vibration. Il n’y a pas de bon ou de mauvais orgue, il y a des possibles particuliers à chaque instrument, chaque acoustique, chaque ressenti. Cela n’exonère en rien les responsables qui laissent un instrument à l’abandon ; et cela n’obère pas la réalité de son état. Toutefois, notre approche est focus sur une appréhension loyale du son en tant qu’il est présent, et non pas en tant qu’il pourrait être.

Sera-ce donc ça, la fameuse, inénarrable et coruscante granularité sonore ? Maître Yuda nous offre un petit sourire grave et murmure, compatissant donc énigmatique :

La granularité sonore n’est rien d’autre que la granularité sonore. Si elle était autre chose que la granularité sonore, elle ne serait déjà plus la granularité sonore.

 

Maître Yuda aux grandes orgues de Saint-Serge d’Angers (49), le 21 mai 2022. Photo : Bertrand Ferrier.

 

Faute de temps, maître Yuda y a dû (haha) attendre la fin du concert pour tester la granularité sonore – en tant que granularité sonore, donc – de l’orgue de chœur, sur lequel fut ploum-ploumé le bis bachogounodique qui hérisse les mélomanes distingués dans le fondement desquels végète, ferme et triste, un long parapluie, mais qui fait zizir aux autres mélomanes et aux curieux. Le triomphe réservé à Daria Davidova se poursuivant par un échange entre l’artiste et son public, l’expert a pu examiner avec une attention particulière cette manière de positif en état quasi impeccable. Cependant, goûter un petit instrument juste après avoir testé un grand, n’est-ce pas fausser la perception de sa granularité sonore ?

Au contraire ! explose l’expert. En effet, ce que vous appelez un biais est, ontologiquement, un fait. Nous ne pouvons pas nier un fait. La question qui se pose est donc, en fait : que fait-on du fait ? Il faut, me semble-t-il, que le fait soit fête, voire prophète, au sens où il nourrit joyeusement et annonce a priori, parfois sans que vous le subodoriez ou acceptiez de le supputer, votre écoute, votre perception, votre analyse. C’est tout le travail d’un expert que de juguler le fait en tant que fait, afin de le transformer en événement intégré à une chaîne entrelacée d’événements. L’unicité d’une granularité ne naît pas d’un son unique : elle ne peut être définie que par la multiplicité des autres granularités. Essentielle est la distinction entre unicité (disons, spécificité) et unité (si l’événement n’a pas de pareil). En résumé, l’enchaînement de deux expertises ne fausse pas la perception de la granularité sonore, elle la nourrit.

Puis maître Yuda décoche son fameux sourire mystérieux mi-compatissant.

Reste que la question du biais est excellente. Notre travail d’experts ès granularité sonore reste quand même d’identifier l’imperceptible, de définir le sous-entendu au sens précis du terme et d’objectiver ce qui paraît relever d’une forme de subjectivité. En somme, comme l’écrivait Armand Gatti, « notre guerre civile recommence chaque jour / le combat de l’échelle / contre / le ciel » (extrait de « La Première lettre » [1978], in : Comme battements d’ailes, Gallimard, « Poésie », 2019, p. 73) !

 

Daria Davidova et maître Yuda à l’orgue de chœur de Saint-Serge d’Angers (49). Photo : Bertrand Ferrier.

 

… et puis a surgi un projet. Un projet fou. Un projet qui ouvre des perspectives incroyables aux Sleepy & Partners : développer leur expertise ès granularité sonore en s’intéressant au marché de la vocalité afin de « proposer aux artistes lyriques de tout premier plan une analyse pensée comme

  • un examen,
  • un diagnostic et
  • une analyse

susceptibles d’optimiser leur émission

  • vibratoire,
  • musicale et
  • émotionnelle ».

Gageons qu’un symposium colloquial voire de longs et nombreux pow-wow aideront la treizaine de spécialistes à envisager, à long terme, le développement de leur petite entreprise voire, sans perdre leur cœur d’expertise, le recrutement de nouveaux partners plus spécialisés afin de satisfaire une demande jugée hénaurme par un cabinet d’études indépendant, consulté au retour parisien du concert, vers deux heures du matin…


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  1. … aux grandes orgues de la collégiale de Montmorency.
  2. … à l’église Saint-Marcel (Paris 13).
  3. … à l’église Sainte-Marie-Madeleine de Domont.
  4. … à l’église Saint-Martin de Groslay.
  5. … à l’église Saint-Louis de Vincennes.
  6. … à l’église Saint-Joseph d’Enghien-les-Bains.
  7. … sur l’orgue provisoire loué par Notre-Dame de Vincennes.
  8. … aux grandes orgues de la cathédrale de Gap.
  9. … aux grandes orgues de Sainte-Julienne de Namur puis de la cathédrale de Namur.
  10. … à l’église Notre-Dame de Beauchamp.
  11. … sur l’harmonium du temple protestant du Saint-Esprit (Paris 8).
  12. … à l’église de Taverny et à l’église de Bessancourt.
  13. … à l’église du Raincy.
  14. … à l’église de Notre-Dame du Rosaire.
  15. … aux grandes orgues de l’église Sainte-Marie des Batignolles (Paris 17).
  16. … aux grandes orgues de la chapelle du Val-de-Grâce (Paris 5).
  17. … aux grandes orgues de la basilique d’Argenteuil.
  18. … sur l’orgue Cattin de Notre-Dame de Vincennes.
  19. … sur l’orgue Mutin-Cavaillé-Coll de Saint-Georges de la Villette (Paris 19).
  20. … sur l’orgue Merklin de Saint-Dominique (Paris 14), une fois ou deux.
  21. … sur l’orgue Delmotte de Saint-André de l’Europe (Paris 8).
  22. … aux grandes orgues de la collégiale Saint-Jean de Pézenas.
  23. … aux orgues de l’Immaculée Conception (Paris 12).
  24. … sur l’orgue de l’église Sainte-Claire (Paris 19).
  25. … sur l’orgue de l’église Saint-Denis de Gerstheim.
  26. … sur l’orgue de l’église Saint-Saturnin de Nogent-sur-Marne.
  27. … sur l’orgue de Bécon-les-Bruyères.

 

Bien accompagné 26

Le Roy en l’église Saint-Saturnin de Nogent-sur-Marne. Photo : Bertrand Ferrier.

 

À l’enterrement d’une feuille morte voulurent se rendre deux escargots. À l’enterrement d’un grand musicien de la chanson française, je me rendis en compagnie du Roy, expert organier en granularité sonore, membre de la confrérie Sleepy & Partners. Sa mission : examiner l’orgue local afin de rendre un rapport précis et circonstancié sur, eh bien, comme il se doit, sa granularité sonore.

 

Photo : Bertrand Ferrier

 

Selon le savant, à l’œuvre pour la première fois, le projet est avant tout « d’esquisser de façon systématique une morphologie analytique des jugements – tâche spéciale qui a une portée universelle » précise cet husserlien en allusionnant, eh oui, la p. 416 des Idées directrices pour une phénoménologie citées tantôt par son confrère. À l’en croire, la perception d’une morphogénèse logique ambitionnant la perspective préanalytique de l’étant – en postulant, de façon schématique, une dichotomie systémique entre signe sonore et signification évaluante – permettrait de penser le grain du son non plus en tant que grain ou en tant que son, mais en tant que tel, c’est-à-dire en tant que la substance sonore n’est rien d’autre que le réel conçu comme le son dégagé de la perception relativiste. (Enfin, c’est ce que j’ai cru comprendre.)

 

Photo : Bertrand Ferrier

 

Analyse faisante, le Roy se risque à sourire : « Il me souvient, glisse-t-il, d’une anecdote quelque peu cocasse. En lisant les aventures de Martinzoust narrées par Italo Calvino dans Le Chevalier inexistant – les non-italianistes la peuvent lire [p. 43] dans la traduction de Maurice Javion et Mario Fusco [2001], publiée chez Gallimard dans la collection Folio en 2012 –, je compris pleinement comment donner à saisir la granularité sonore aux manants. Depuis, j’explique que, comme ce brave hurluberlu qui, à force de rouler, disparut, la granularité sonore est seulement quelque chose qui existe sans s’en douter. Et notre rôle, par ma foi, est de rendre justice à cette existence pure au sens où elle n’a pas conscience d’elle-même. »

 

Le Roy sur les bords de Marne, le 16 novembre 2021. Photo : Bertrand Ferrier.

 

Cette extrême générosité de la pensée se traduit, chez l’expert granurologue, par un besoin de se ressourcer à soi-même et à la nature. Il s’agit évidemment d’un hasard si la promenade revigorante qu’il fit le conduisit, par la suite, à des libations en joyeuse, musicale et œnologique compagnie. Le stipuler relève de l’évidence, mais il est sain, parfois, de relever de l’évidence plutôt que d’une méchante maladie. (En gros, hein.)

 

Le Roy au Val de Beauté, à Nogent-sur-Marne, le 16 novembre 2021. Photo : Bertrand Ferrier.


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  1. … aux grandes orgues de la collégiale de Montmorency.
  2. … à l’église Saint-Marcel (Paris 13).
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  4. … à l’église Saint-Martin de Groslay.
  5. … à l’église Saint-Louis de Vincennes.
  6. … à l’église Saint-Joseph d’Enghien-les-Bains.
  7. … sur l’orgue provisoire loué par Notre-Dame de Vincennes.
  8. … aux grandes orgues de la cathédrale de Gap.
  9. … aux grandes orgues de Sainte-Julienne de Namur puis de la cathédrale de Namur.
  10. … à l’église Notre-Dame de Beauchamp.
  11. … sur l’harmonium du temple protestant du Saint-Esprit (Paris 8).
  12. … à l’église de Taverny et à l’église de Bessancourt.
  13. … à l’église du Raincy.
  14. … à l’église de Notre-Dame du Rosaire.
  15. … aux grandes orgues de l’église Sainte-Marie des Batignolles (Paris 17).
  16. … aux grandes orgues de la chapelle du Val-de-Grâce (Paris 5).
  17. … aux grandes orgues de la basilique d’Argenteuil.
  18. … sur l’orgue Cattin de Notre-Dame de Vincennes.
  19. … sur l’orgue Mutin-Cavaillé-Coll de Saint-Georges de la Villette (Paris 19).
  20. … sur l’orgue Merklin de Saint-Dominique (Paris 14), une fois ou deux.
  21. … sur l’orgue Delmotte de Saint-André de l’Europe (Paris 8).
  22. … aux grandes orgues de la collégiale Saint-Jean de Pézenas.
  23. … aux orgues de l’Immaculée Conception (Paris 12).
  24. … sur l’orgue de l’église Sainte-Claire (Paris 19).
  25. … sur l’orgue de l’église Saint-Denis de Gerstheim.

 

Bien accompagné 25

Figus à l’orgue Kern de Gerstheim. Photo : Bertrand Ferrier.

 

Depuis sa célèbre inspection des deux grandes orgues de la ville de Namur, Figus, expert organier en granularité sonore, lutte contre sa réputation de spécialiste des orgues du Norrrrd. Après avoir prouvé que les orgues du Sud (de Paris) étaient un terrain pour le moins adapté à son savoir-faire, voici que le partner historique de la firme Sleepy & Partners (onze membres de la confrérie sont recensés à cette heure) a décidé de faire le voyage de l’Est. C’est lui qui a été désigné par ses pairs pour scruter le dernier orgue siglé Kern.
À l’occasion du concert orgue et saxophone programmé en l’église Saint-Denis de Gerstheim par l’association qui s’échine ambitieusement pour valoriser sa Bête, l’expert parisien est descendu en Alsace pour examiner cette fameuse granularité sonore dont sa confrérie s’est fait une spécialité. Comme de coutume, le résultat de ses investigations sur cette console mobile agrémentée de tuyaux en nid d’hirondelle est extrêmement confidentiel. Même quand il sera achevé, le rapport ne pourra être divulgué sur ce site. Tout juste avons-nous pu arracher quelques bribes d’appréciation au spécialiste, selon lequel « la structure de l’appréciation phonique doit être pensée comme une globalité perçue et non comme une réalité directement provoquée par une action du musicien ». En effet,

l’orgue, peut-être plus qu’aucun autre instrument, est un ensemble intégrant l’instrument, l’architecture, le projet musical, l’effet et la gestion du rapport entre suscitation du son et perception.

D’où l’importance vitale de la granularité sonore – et de la question qui lui est consubstantielle : qu’est-ce que la granularité sonore ?

 

Photo : Bertrand Ferrier

 

En dépit de sa concentration, le sachant accepte de prendre au sérieux notre question sempiternelle. Après un soupir, il nous propose une analogie : « Prenez le biopouvoir… »

Michel Foucault pose que le pouvoir sur la vie s’est développé au long des siècles : d’une part, le biopouvoir du corps-machine, qu’il s’agit de dresser et d’optimiser ; d’autre part, le biopouvoir du corps-espèce, qui s’intéresse à la prolifération des corps (et, soit dit en passant, les problématiques sanitaires actuellement si politisées semblent tenter une inquiétante synthèse de ces deux pôles). Pardon de rappeler ces évidences que nous connaissons tous – les plus jeunes d’entre nous qui, sous prétexte qu’ils ne sont qu’en CE1 n’auraient pas encore lu cette minisomme, lui préférant un maxisomme, gagneront à se reporter à la douzième page de l’édition « Folio plus » initialement parue en 2006, trente ans après l’édition originale, comme nous le savons tous. Or, il appert que la logique du son – en tant que son, évidemment – n’est pas si différente. Cela n’étonnera que les benêts oublieux de l’ontologie vivante du son. Le son peut être conçu comme une machine qu’il s’agit de dresser et d’optimiser. Il s’agit alors d’obtenir un beau ou un grand son. Mais le son peut aussi être conçu comme une espèce dont il s’agit de gérer la prolifération et, si je puis m’exprimer de la sorte, la cohabitation. Penser la granularité sonore, c’est donc essentiellement creuser la jointure entre la machine et l’espèce, et réfléchir sur l’art de cocréer l’être dans, avec, contre, malgré et pour l’être-autre du son – que ce son soit, puisse être ou ne puisse être, cela va de soi.

Aussi l’expert semble-t-il moins chercher à cerner le son qu’à le mentaliser dans l’espace du possible, en tant que cet espace est une résonance de ce qui adviendrait si ce qui pouvait advenir était une entité susceptible d’être, ce qui, comme chacun sait, est loin d’être le cas.

 

Photo : Bertrand Ferrier

En dépit de sa discrétion qu’il stipule contractuelle, l’expert admet être lui-même sujet à certaines inclinations. Pour autant, il affirme pouvoir tenir à distance ses goûts afin de ciseler l’objectivation contenue dans ses observations, nous assène-t-il peu ou prou. Aussitôt, la référence qu’affectionnent les partners fuse : Husserl, encore et toujours.

Nous n’avons qu’une façon de nous tourner vers les choses : c’est en les saisissant. Il en est de même de toutes les objectivités justiciables d’une représentation simple : se tourner vers elles (serait-ce même en imagination), c’est ipso facto les saisir, les observer. Mais, dans l’acte d’évaluer, nous sommes tournés vers la valeur. (…) L’objet (…), ce qui est évalué, devient un objet-que-l’on-saisit à la faveur d’une conversion originale qui l’objective.
(Edmund Husserl, Idées directrices pour une phénoménologie, trad. Paul Ricœur, Gallimard [1950], « Tel » [1985], 1993, p. 119)

Or, nous précise le savant en finissant ses relevés, la question de la granularité sonore est celle de l’objectivation de la perception d’une ondulation spatiale. Tout, évidemment, sauf évident.

 

Figus en pause à Gerstheim. Photo : Bertrand Ferrier.

 

D’où la nécessité de la pause – au chaud, surtout quand la température intérieure de l’église est inférieure à 10°, panne de chauffage oblige. Mais quitte-t-on jamais ses réflexes d’expert, fût-ce devant un kouglehopf ou une bretzel ?
Sans se départir de son sérieux, l’expert proteste devant le simplisme de notre question : « Il n’y a pas de réflexes d’expert, il y a un être-là, qui implique un étant à la fois dans la présence et dans l’absence. L’instant de l’expertise, dans sa concentration et sa dilatation, est une présence apparente. L’après-expertise est une absence apparente. Le terme de réflexe se réfère à une synchronicité utopique. Il faut du temps pour penser. Comme écrivait Bernard Noël dans Extraits du corps ([2002], Gallimard, « Poésie », 2006, p. 130), au cœur d’un poème qui ne siérait peut-être pas aux plus pudibonds d’entre nous,

comprendre, c’est décréer
– le regard est acide

Et d’ajouter : « La granularité sonore décante le réel. Elle ne s’arrête pas sur le seuil de la maison-sacristie… ni en sirotant une flûte de champagne devant un hérisson ! »
Nous croyions à une facétie. Loin s’en faut : quelques temps après la prophétie de Figus, nous avons bien siroté une flûte de champagne avec un expert en granularité sonore et un bébé nérisson. Comme si, à notre rythme, nous aussi avions décanté le réel grâce à l’acidité de la granularité sonore. Non, je suis pas sûr ce que ça veut dire, mais ça valait la peine.

 

Avec Pierre-Marie Bonafos, Figus et un bébé zérisson autochtone. Photo : Hélène Fritsch.

 


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  8. … aux grandes orgues de la cathédrale de Gap.
  9. … aux grandes orgues de Sainte-Julienne de Namur puis de la cathédrale de Namur.
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  23. … aux orgues de l’Immaculée Conception (Paris 12).
  24. … sur l’orgue de l’église Sainte-Claire (Paris 19).

 

Bien accompagné 24

Jamel à l’orgue de Sainte-Claire. Photo : Bertrand Ferrier.

 

Apparemment très sollicité cet été, Jamel le baroudeur a de nouveau été mandaté par la firme Sleepy & Partners pour jauger la granularité sonore de l’orgue de l’église Sainte-Claire (Paris 19). Quand nous lui avons demandé si le fait qu’il s’agisse d’un instrument électronique impliquait un repositionnement du process d’évaluation, il nous a répondu : « Il ne s’agit pas de préjuger de la granularité en tant que telle en stigmatisant a priori la spécificité ontologique d’un orgue. La fonctionnalité est tout aussi granulaire que l’historicité, si du moins l’on accepte de changer de logiciel et d’abandonner ce vieux programme où des classifications racisantes tendent à situer des instruments en oubliant le projet et le contexte socioéconomique qui les portent. »
Ainsi qu’on le devine sur la photo, l’expert ne semblait pas insensible au fait de tripatouiller l’instrument dont la titulaire n’est autre qu’Esther Assuied. Toutefois, il a tenu à spécifier : « Sans impacter structurellement l’échantillonnage appréciatif qu’il convient de filtrer objectivement et expérimentalement, il est certain que la contextualisation est amenée, et c’est fort sain, à colorer la spécificité d’un ressenti. » Puis il est parti d’un petit rire avant d’ajouter : « Je conçois que cela puisse surprendre, dans un monde souvent réduit à une présentation de l’évident comme contingent. Contrairement à ce que prétendait Socrate, nous ne prenons pas des ombres pour le réel. Nous faisons pire, car nous croyons a priori que le réel existe. Appliqué à notre objet d’étude, nous supputons que l’orgue existe en soi. C’est rassurant. Or, ce n’est pas parce que nous sommes en capacité d’évaluer sa granularité sonore que l’orgue existe. Permettez-moi de citer mon maître qui l’exprime ô combien mieux que moi. »

« Toute cette analyse n’implique nullement qu’il doive du tout y avoir un monde, une chose quelconque. (…) Si l’on consulte purement l’essence de la perception en général et celle des autres espèces d’intuition empiriques qui coopèrent à la perception, rien de tel ne peut en être conclu. »
(Edmund Husserl, « La conscience absolue comme résidu de l’anéantissement du monde » in : Idées directrices pour une phénoménologie, trad. Paul Ricœur, Gallimard [1950], « Tel » [1985], 1993, p. 160)

 

Jamel à l’orgue de Sainte-Claire. Photo : Bertrand Ferrier.

 

Après nous avoir partagé sa propension holistique à penser la granularité sonore, l’expert a refusé de nous en dire plus quant au contenu de son futur rapport. Selon lui, « chaque instant est un moment. Je dirais même que chaque instant est moment, plus qu’un moment. Comme disait Edmund, il est impossible, sur la base des expériences faites à un moment donné, et en se fondant sur cette règle (ou sur le système complexe de règles que celle-ci inclut), de déduire de façon unique comment doit se dérouler le cours ultérieur de l’expérience – je crois que c’est p. 482 dans l’édition que vous citâtes. Verbaliser la granularité sonore est une globalité qui impose de s’ouvrir aux infinies possibilités ouvertes qui constituent la richesse du contenu, si j’puis dire. »
L’aventure de la granularité sonore suit donc son cours. Mystérieuse. Nébuleuse. Mais – ou donc – vivante.


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  8. … aux grandes orgues de la cathédrale de Gap.
  9. … aux grandes orgues de Sainte-Julienne de Namur puis de la cathédrale de Namur.
  10. … à l’église Notre-Dame de Beauchamp.
  11. … sur l’harmonium du temple protestant du Saint-Esprit.
  12. … à l’église de Taverny et à l’église de Bessancourt.
  13. … à l’église du Raincy.
  14. … à l’église de Notre-Dame du Rosaire.
  15. … aux grandes orgues de l’église Sainte-Marie des Batignolles.
  16. … aux grandes orgues de la chapelle du Val-de-Grâce.
  17. … aux grandes orgues de la basilique d’Argenteuil.
  18. … sur l’orgue Cattin de Notre-Dame de Vincennes.
  19. … sur l’orgue Mutin-Cavaillé-Coll de Saint-Georges de la Villette.
  20. … sur l’orgue Merklin de Saint-Dominique, une fois ou deux.
  21. … sur l’orgue Delmotte de Saint-André de l’Europe.
  22. … aux grandes orgues de la collégiale Saint-Jean de Pézenas.
  23. … aux orgues de l’Immaculée Conception.

 

Bien accompagné 23

Boulgour à l’orgue de l’Immaculée Conception. Photo : Bertrand Ferrier.

 

Pas de vacances pour les experts : la firme Sleepy & Partners a été sollicitée une fois de plus pour faire démonstration de sa capacité à établir des diagnostics aussi pointus que des turlututus quant à la granularité sonore des orgues du monde entier. Cette fois, c’est l’ultra expérimenté Boulgour qui a été mandaté auprès des grandes orgues de l’Immaculée Conception (Paris 12). L’objectif ? Toujours le même : saisir la rencontre entre le son et l’instant…

 

Photo : Bertrand Ferrier

 

… puis, grâce à la méditation, la concentration et l’exigence analytique, devenir et le son et l’instant.

 

Photo : Bertrand Ferrier

 

Pour l’expert, le travail consiste alors à « objectiver le granulaire ». Et ça n’est pas chose aisée, à l’en croire.

Pour déterminer l’essence – en l’espèce, l’essence du son en tant qu’il se présente à travers son grain, et vice et versa –, il nous faut revenir à ce que Husserl définit, dans Idées directrices pour une phénoménologie, comme « l’empire de l’être absolu ». Vous trouverez son propos à la page 242, dans l’édition Tel qui a popularisé la traduction de Paul Ricœur. Or, et Husserl le pointe bien, pour catégoriser l’objet de l’étude, il faut établir la plus radicale de ce qu’il appelle la « distinction au sein de l’être », c’est-à-dire le départ entre l’être comme conscience et l’être s’annonçant. Si l’on se place dans cette perspective phénoménologique – à la fois un peu schématisante, bien sûr, et éclairante, du moins pour une première approche –, la quête de la granularité sonore s’inscrit dans un process éidétique qui postule l’essence de ce grain et tâche de le dégager de ses apparats existentiels. Donc, pour cela, l’exigence majeure est sans doute de ne pas confondre l’être transcendantal du son et l’être transcendant du grain – pardon de revenir sur ce qui doit être une évidence pour tout le monde (rires) !

Soudain, le sachant tire la bombarde et, juste avant de la tester, précise, comme ses confrères qui en ont l’occasion : « Dans notre compagnie, nous sommes partenaires en expertise, mais ne croyez pas pour autant que nous nous la pétions ! »

 

Photo : Bertrand Ferrier

 

Son job accompli, l’expert peut s’accorder un instant fraîcheur…

 

Photo : Bertrand Ferrier

 

… puis gagner la richissime pièce annexe où, après une terrible déception…

 

Photo : Bertrand Ferrier

 

… son instinct granulaire ne manque pas de ressurgir.

 

Photo : Bertrand Ferrier

 

« Et voilà, soupire enfin Boulgour, les yeux dans le vague. Il ne me reste plus qu’à rédiger mon rapport afin d’avancer dans nos recherches sur la granularité sonore. » Toujours cette mystérieuse granularité sonore dont, à l’instar du Graal, un non-initié peine à définir avec précision s’il s’agit d’un récipient, d’une pierre incandescente ou d’un objet trop mou pour ouvrir une serrure, un peu comme une chemise. Gageons que c’est ce qui fait une grande partie de son charme !

 

Photo : Bertrand Ferrier