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Le blog de Bertrand Ferrier, page 111

Jouets de la musique

Avec l’ensemble StaccaToy (Paris 20), le 12 juin 2023. Photo : Bertrand Ferrier.

 

Aujourd’hui, j’avais jouet de la musique. D’abord avec l’ensemble StaccaToy pour une première rĂ©pĂ©tition associant Bach, Scarlatti et… Markeas – pour l’occasion, on m’a confiĂ© un piano Ă  queue et quelques accessoires. Après quoi, j’ai pris la direction d’un jouet un peu plus grand qu’il convenait d’accorder. La musique est dans les dĂ©tails et dans toutes les tailles !

 

Accord de l’orgue Delmotte de Saint-AndrĂ© de l’Europe (Paris 8), le 12 juin 2023. Photo : Bertrand Ferrier.

 

Yves Henry dĂ©crypte les valses de Chopin – 1

 

Depuis quelque cent cinquante ans, c’est l’un des rĂ©pertoires les plus courus par les pianistes et leurs auditeurs. Comment analyser, comprendre et expliquer le succès jamais dĂ©menti des valses de FrĂ©dĂ©ric Chopin ? Ă€ l’heure de la crise du disque et de la remise en cause des projets les plus ambitieux, Yves Henry renverse la table et propose une double intĂ©grale du corpus que l’on peut acquĂ©rir par ex. ici. Il Ă©tait donc l’interlocuteur idĂ©al pour

  • nous exposer la spĂ©cificitĂ© de ces pièces,
  • nous aider Ă  en dĂ©crypter la pĂ©rennitĂ©,
  • nous guider dans l’art d’exĂ©cuter ces valses aujourd’hui et
  • stimuler notre rĂ©flexion sur ce que ces miniatures et l’Ă©cho qu’elles rencontrent disent de nous autres, humains.

Tel est l’objet de l’entretien-fleuve qu’il nous a accordĂ© le 10 mai 2023, et dont vous retrouverez les propos sur ce site, Ă©grenĂ©s au fil du temps.

 

Premier épisode
Pour le plaisir

Yves Henry, vous n’avez pas peur du paradoxe. Vous publiez une double intégrale des valses de Chopin en commençant par reconnaître que les valses, ça n’était pas la passion du compositeur. Vous les opposez aux mazurkas, symbole d’un nationalisme intérieur, aux polonaises, représentantes d’un nationalisme extérieur, aux études, sorte d’exploration des possibles offerts par la virtuosité, etc. En revanche, les valses…
Pour les valses, mon sentiment est que leur nature est différente. Par exemple, j’ai enregistré les mazurkas, donc j’ai étudié les écrits de Chopin et j’ai vu combien, à ses yeux, ces pièces-là étaient importantes, dans le contexte de l’époque, afin d’améliorer la connaissance que pouvaient avoir les gens de la musique polonaise.

 

 

Selon Chopin, elle avait été travestie par ses prédécesseurs.
Oui, d’autres compositeurs polonais s’étaient installés à Paris avant lui mais, à l’en croire, ils n’avaient pas suffisamment de compétences musicales pour rendre raison de cette tradition. Aussi avaient-ils donné une image réduite et réductrice de ce répertoire ; lui a voulu corriger le tir. Il le dit avec une immodestie assumée mais, vu le résultat, on peut conclure que son immodestie était aussi du réalisme !

Va donc pour des mazurkas. Avec les valses, on change de projet : si les unes étaient un hommage à la Pologne, les autres témoignent davantage du goût du jour parisien.
En effet, les valses n’ont pas du tout la mĂªme destination que les mazurkas. Elles naissent des circonstances culturelles dans lesquelles Chopin Ă©volue, en l’espèce : le salon. Dans sa vie parisienne nocturne, il y a le salon oĂ¹ il se produit et rencontre des gens, le concert oĂ¹ il se produit très rarement, et le concert (ou l’opĂ©ra) oĂ¹ il va en tant que spectateur. Le salon exige de jouer en gĂ©nĂ©ral des pièces assez courtes visant Ă  faire plaisir aux auditeurs. S’il y joue quelques prĂ©ludes et une mazurka ou deux, Chopin veut d’abord jouer des Å“uvres que les gens puissent comprendre, donc des Å“uvres sans complication ou sophistication extrĂªme. Des pièces que chacun puisse aimer spontanĂ©ment.

 

« Un chef-d’œuvre peut Ăªtre simple »

 

Vous vous rĂ©fĂ©rez Ă  une dichotomie qui oppose, dans une certaine mythologie de la musique savante, la musique de qualitĂ© Ă  la musique qui « fait plaisir », celle que l’on peut comprendre sans se prendre la tĂªte et que l’on peut apprĂ©cier comme on goĂ»terait aujourd’hui de la popinette ou de l’easy listening.
En tout cas, il y a cette idĂ©e que, s’il s’agit de jouer une musique divertissante, la valse est idĂ©ale dans le cadre du salon. Puisque c’est ce qu’attendent les gens qui frĂ©quentent les cĂ©nacles oĂ¹ se produit l’artiste, pourquoi leur refuser ce plaisir ?

 

 

Est-ce Ă  dire que l’intĂ©rĂªt des valses de Chopin sourd de cette tension entre, d’une part, l’obligation de jouer une miniature qui corresponde en tout point aux goĂ»ts d’une Ă©poque et, d’autre part, l’aspiration du compositeur Ă  Ă©crire sa musique – aspiration dont on trouve trace mĂªme dans ces sĂ©quences  ?
Cette tension existe, mais pas seulement dans les valses ! L’exemple le plus connu est sans doute le nocturne posthume en ut dièse mineur. C’est l’un des plus simples qui soit. Tous les amateurs peuvent le jouer. Il est constituĂ© d’une mĂ©lodie Ă  la main droite, toute simple, avec un accompagnement tout aussi simple constituĂ© d’accords eux-mĂªmes hyper simples. La pièce Ă©tait destinĂ©e par le compositeur Ă  sa sÅ“ur, mĂªme si on la joue encore aujourd’hui, y compris en concert. Ce nocturne est très diffĂ©rent des nocturnes ultra polyphoniques et recherchĂ©s qui ont contribuĂ© Ă  la renommĂ© du corpus. Pourtant, il touche ses auditeurs au plus profond d’eux-mĂªmes. Il ne s’agit donc pas d’une sous-Å“uvre. Ce n’est pas parce qu’une partition est accessible techniquement qu’elle n’est pas un chef-d’œuvre.

À présent, voilà que vous démontez un autre topos de la musique savante : en sus du « si c’est pas au moins un peu ennuyeux et bizarre, c’est pas de la grande musique », il y a le « si c’est pas compliqué à jouer, c’est pas terrible »…
Le nocturne posthume en Ut dièse mineur en est la preuve irrĂ©futable : il est simple, et c’est un chef-d’œuvre.

 

« La pérennité du plaisir est un signe de génie »

 

Ă€ l’instar de ce nocturne, vous sous-entendez – et c’est logique pour qui publie une double intĂ©grale des valses ! – que ce n’est pas parce que toutes les valses ne sont pas tarabiscotĂ©es, difficiles Ă  jouer et rĂ©servĂ©es aux experts musicologues qu’elles ne sont pas des Å“uvres dignes d’intĂ©rĂªt.
Je ne le sous-entends pas, je l’affirme ! Les valses remettent en cause un critère d’évaluation de la musique très rĂ©pandu : la sophistication. Plus une Å“uvre serait sophistiquĂ©e, plus elle serait digne d’intĂ©rĂªt. Alors, posons la question : toutes les valses sont-elles d’une grrrande sophistication ? Non. Mais une partie du miracle se niche dans cette non-sophistication ! MalgrĂ© elle, ou derrière elle, ou grĂ¢ce Ă  elle, il reste toujours, dans chaque valse, la patte de Chopin, son inspiration gĂ©niale, cette spĂ©cificitĂ© qui fait que, mĂªme quand une valse est très simple et, je veux insister sur ce point, très facile Ă  comprendre par le public, elle peut toucher l’audience, donc accrocher l’intĂ©rĂªt de chacun.

 

 

Vous décrivez le processus de composition chez Chopin comme un équilibre modulable entre une geste personnelle, fondamentale, et une conscience du public, plus ou moins ancrée dans les pièces, qui nécessite de lui offrir quelque chose (une mélodie, une harmonisation, un rythme familier…) afin de faire passer, en quelque sorte, le projet plus intime présidant à l’écriture.
Nul ne contestera que Chopin avait conscience de son public. Il offrait des valses Ă  telle ou telle de ses connaissances, au point que de nombreuses pièces sont restĂ©es Ă  l’état de feuillets d’album sans jamais Ăªtre Ă©ditĂ©es et ne sont apparues qu’au fil du temps.

Au reste, elles sont peu nombreuses à avoir été éditées du vivant du compositeur.
Cela constitue une partie de leur spĂ©cificitĂ©. Les valses Ă©mergent de la nĂ©cessitĂ© de produire au salon quelque chose qui soit facile Ă  apprĂ©hender du public lequel, lors de ces moments mondains, n’est pas une assistance sophistiquĂ©e venue spĂ©cifiquement Ă©couter un concert. Pour autant, elles ne sont pas Ă©crites avec nĂ©gligence. D’ailleurs, on le voit bien : ces Å“uvres qui sont Ă©crites pour plaire, on a beau les connaĂ®tre sous toutes les coutures, elles nous plaisent toujours quand nous les entendons. Nous ne nous en lassons pas. La pĂ©rennitĂ© du plaisir dĂ©montre que chaque valse cèle quelque chose de profond et de gĂ©nial.

MĂªme si Claude Debussy Ă©crivait que « la musique est lĂ , d’abord, pour faire plaisir », vous rappelez que cette idĂ©e de « plaisir » est Ă  la fois relative et Ă©phĂ©mère. Le plaisir musical change selon les Ă©poques. Cela justifie mĂªme, pour certains compositeurs, de se moquer totalement de plaire Ă  leurs auditeurs… voire de faire  du dĂ©plaisir un critère de qualitĂ© ou de gĂ©nie ! Est-ce ainsi qu’il faut penser aux valses de Chopin : des pièces « pour faire plaisir mais pas que » ?
Il faut assumer l’évidence, Chopin a Ă©crit ces valses pour satisfaire son public. Toutefois, beaucoup d’autres Å“uvres que les valses, de beaucoup d’autres compositeurs que Chopin, ont beaucoup plu Ă  leur auditoire Ă  une certaine Ă©poque mais, si on les joue aujourd’hui, le temps a passĂ©, le goĂ»t a changĂ©, de sorte qu’elles nous paraissent, disons-le poliment, dĂ©nuĂ©es d’intĂ©rĂªt.

 

« La simplicité, c’est réjouissant ! »

 

Pourquoi, d’après vous, les valses de Chopin ont résisté à l’épreuve du temps ?
Pour une raison à la fois insondable et très simple : Chopin combine un trait de génie (qui, souvent, peut sembler lié à une idée musicale) et une structure quasi immuable, très claire, immédiatement perceptible. En effet, les valses, comme les mazurkas, respectent une carrure très précise, très régulière, avec des éléments récurrents qui facilitent aussi l’accueil du public.

 

 

Ă€ vous Ă©couter, on a presque l’impression que, tel que l’investit Chopin, le genre de la valse, grĂ¢ce au refrain, au leitmotiv et Ă  la clartĂ© de la structure, offre paradoxalement la quintessence de l’art du compositeur ou, formulĂ© de manière moins provocante, met Ă  nu la spĂ©cificitĂ© de sa musique, dĂ©barrassĂ©e de ce que vous appelez avec admiration sa « sophistication » ?
Une chose est sûre, dans ses valses, Chopin ne laisse pas sa musique étouffer sous les conventions. Néanmoins, on aurait pu imaginer que, pour parvenir à cet exploit, il écrive des pièces ultrasophistiquées pour contrebalancer l’aspect convenu du genre. Or, pas du tout : Chopin écrit bien des valses pour plaire, il ne triche pas, ne déroge pas au projet de plaisir consubstantiel à ce type de musique et, pour autant, il ne sophistique pas à outrance.

Pouvez-vous donner un exemple de cette (relative) simplicité ?
Songez qu’il n’y a pas d’indication très prĂ©cise de pĂ©dalisation. Les rares qui sont prĂ©sentes sont beaucoup moins complexes que celles que l’on trouve dans les mazurkas, pour nous en tenir Ă  ce parallèle. De mĂªme, la polyphonie est beaucoup moins dĂ©ployĂ©e dans les valses que dans les mazurkas. Si bien que les valses sont plus simples, plus basiques, pour l’interprète comme pour ses auditeurs… et c’est rĂ©jouissant !

Un compositeur au service de son public, c’était fréquent, à l’époque de Chopin ; un compositeur au service de son public qui reste immensément connu 174 ans après sa mort, c’est presque une curiosité…
Peut-Ăªtre parce que Chopin avait les deux : le gĂ©nie intĂ©rieur et la conscience de son auditoire. GrĂ¢ce au salon et Ă  ses Ă©lèves, Chopin a pu constater de manière très fine l’état de son public. N’oublions pas que c’est le seul musicien de son Ă©poque qui soit Ă  la fois compositeur, pianiste (quoique donnant peu de concerts) et surtout professeur. Autrement dit, il est confrontĂ© toute la journĂ©e, car il donne des cours toute la journĂ©e, Ă  des gens issus de milieux Ă©levĂ©s, ces mĂªmes milieux qu’il frĂ©quente au salon, et il voit bien chez ses Ă©lèves les connaissances donc les ignorances musicales dudit milieu.

 

« Une partition peut Ăªtre une photographie sociologique d’une Ă©poque »

 

En somme, alors mĂªme que la musique avait une place importante dans la sociabilitĂ© des riches, le niveau de culture musicale des Ă©lèves de Chopin n’était, Ă  ses yeux, pas très Ă©levé…
On pourrait le dire de façon encore moins amène sans dĂ©former la vĂ©rité ! Cet effarement du professeur a contribuĂ©, me semble-t-il, Ă  conduire le compositeur Ă  Ăªtre quasi maniaque, obsessionnel, ultra pointilleux dans les indications dont il a inondĂ© nombre de ses partitions : pĂ©dales, nuances de chaque main, annotations… Il paraĂ®t vouloir tout expliquer, comme si, finalement, ceux qui devaient jouer sa musique Ă©taient incapables de deviner le sens de ce qu’il a Ă©crit.

 

 

Les valses, elles, ne sont pas souvent fournies avec leur mode d’emploi. Pourquoi ? Parce que Chopin était le seul à les jouer ? ou parce que, ce type de musique étant (parfois) plus simple et bien référencé dans l’oreille des auditeurs-interprètes, les précisions étaient moins utiles ?
Pour une raison pratique que nous avons Ă©voquĂ©e rapidement. Songez que Chopin n’a Ă©ditĂ© que sept valses. Or, c’est quand il Ă©dite quelque chose qu’il pousse le manuscrit au maximum de ses possibilitĂ©s, afin que le futur lecteur de la partition puisse ou doive tout comprendre. La plupart de ses valses, Chopin les joue lui-mĂªme et ne les destine pas Ă  la publication. Donc il ne consent pas cet effort, important, de minutie et d’explicitation. J’y ai beaucoup rĂ©flĂ©chi, depuis que je pratique Chopin donc depuis un p’tit moment ! Selon moi, ce rĂ´le des indications est une photographie sociologique de ses Ă©lèves dont très peu Ă©taient rĂ©ellement formĂ©s ; et leur nombre limitĂ© sur l’ensemble des valses traduit aussi leur usage dans la pratique de compositeur et d’interprète de Chopin.

À suivre…


Pour acheter le disque, c’est par exemple ici.
Pour Ă©couter l’intĂ©grale des valses par Yves Henry, c’est par exemple lĂ .

 

Coup de chœur du jour

L’ancĂªtre de VIBES Ă  Saint-AndrĂ© de l’Europe, lors du festival Komm, Bach!. TĂ©nors : Davide Cusumano, John Bernard et Gilles Safaru. Basses : Bernard Arrieta, Pier Paolo Palloni, Marc Chapron. Sopranos : Jennifer Elaine Young, Barbara Montinaro, Vania Boneva. Altos : Eun Young Jung, Marianne Chandelier, Olga Oussova. Dir. : Luca Sannai. Photo : Bertrand Ferrier.

 

Après leur tournĂ©e francilienne, ils s’apprĂªtent Ă  filer vers la Botte.
L’ensemble VIBES rassemble des artistes des chÅ“urs de l’OpĂ©ra national de Paris et quelques supplĂ©mentaires pas piquĂ©s des hannetons pour un projet puissant et Ă©tonnant. Alors que maints artistes de chÅ“ur ne rĂªvent que d’Ăªtre solistes (et c’est le cas plus que le rĂªve de moult membres de VIBES), eux pratiquent aussi l’art choral en version intime, Ă  quatorze en gĂ©nĂ©ral, sous la direction de Luca Sannai, un tĂ©nor pour qui les planches de Bastille n’ont aucun secret. Avant leur migration italienne, ils offrent ce samedi soir un dernier concert hexagonal Ă  leurs fans et aux curieux entre, notamment,

  • Bruckner et gospel classicisĂ© juste comme il faut,
  • tubes et trouvailles,
  • KodĂ ly et BĂ©caud.

 

 

  • Splendeur des voix,
  • prĂ©cision du travail d’ensemble,
  • richesse d’un rĂ©pertoire protĂ©iforme :

VIBES va Ă©tinceler donc nous Ă©blouir ce tout tantĂ´t. Avec vous dans l’assistance serait un plus.


Ce samedi 10 juin 2023, 20 h 30, Ă©glise Saint-AndrĂ© de l’Europe | 24 bis, rue de Saint-PĂ©tersbourg |Paris 8
EntrĂ©e libre, sortie aussi mais concert bien quand mĂªme.
Programme disponible en cliquant sur VIBES – Programme de salle.

 

Couleurs cosmiques

Ogier Jenevein au thĂ©Ă¢tre du Gouvernail (Paris 19) le 1er juin 2023. Photo : Rozenn Douerin.

 

Avec mon orchestre symphonique à lui tout seul (Ogier Jenevein) et mon premier violon à la guitare (Sébastyén Defiolle), on a lancé mon nouveau tour de chant ainsi. New York était prévenu.

 

 

 

Jann et moi, nouvel épisode

Jann Halexander au thĂ©Ă¢tre du Gouvernail (Paris 19) le 1er juin 2023, lors du rĂ©cital « Le ciel est rouge (ou il devrait) ». Photo : Rozenn Douerin.

 

Après quelques milliers (environ) de concerts partagĂ©s avec Jann Halexander, j’aurai le plaisir de rrrrrretrouver le zozo pour un rĂ©cital spĂ©cial. En effet, l’hurluberlu, propulseur de chansons protĂ©iformes touchant Ă  la Rive gauche comme au cabaret sciemment dĂ©cadent, et hop, a tantĂ´t fĂªtĂ© au Lincoln, sur les Champs, carrĂ©ment, ses vingt ans de chansonnade, ce qui impliquait de fredonner notamment des golden hits de son rĂ©pertoire. En complĂ©ment, dans une salle plus intime, il propose aux curieux et aux aficionados un concert qui pioche dans ses titres peut-Ăªtre moins connus mais certes pas moins intĂ©ressants et capables de rapter l’enthousiasme de la salle. Je l’accompagnerai au ploum-ploum et Ă  la clarinette, mais ça devrait Ăªtre drĂ´lement bien quand mĂªme.
La preuve, mes bien chers frères : pour participer Ă  cette expĂ©rience dominicale, dans le quatorzième arrondissement Ă  15 h, l’on peut rĂ©server ici.

 

Utopie, J+22

Utopie du Paradis des edelweiss le 6 juin 2023. Photo : Bertrand Ferrier.

 

Herbe Ă  la bouche, la boule de poils continue et d’Ăªtre un bĂ©bĂ©, et de se transformer.

 

Utopie du Paradis des edelweiss le 6 juin 2023. Photo : Bertrand Ferrier.

 

En quoi se transforme-t-elle ? Vaste question, cher lecteur. Selon les oreilles, elle peut muter en danseuse…

 

Utopie du Paradis des edelweiss le 6 juin 2023. Photo : Bertrand Ferrier.

 

… en bolide profilĂ©…

 

Utopie du Paradis des edelweiss le 6 juin 2023. Photo : Bertrand Ferrier.

 

… en crapaud aĂ©rodynamique aux pouvoirs suintant le mystère…

 

Utopie du Paradis des edelweiss le 6 juin 2023. Photo : Bertrand Ferrier.

 

… ou en boa constrictor quasi indĂ©tectable par les radars.

 

Utopie du Paradis des edelweiss le 6 juin 2023. Photo : Bertrand Ferrier.

 

Le berger belge est encore loin, mais on n’a pas fini de chercher.

 

Utopie du Paradis des edelweiss le 6 juin 2023. Photo : Bertrand Ferrier.

 

Dans la forĂªt noire et ensoleillĂ©e

ForĂªt d’Écouen, le 4 juin 2023. Photo : Bertrand Ferrier.

 

Quand vous concertez, il arrive que l’on vous vienne quĂ©rir en carrosse, dĂ©capotable, traĂ®neau Ă  chiens, dirigeable et autres vistemboires Ă  rĂ©action. Il arrive aussi que vous soyez amenĂ©s Ă  mouvoir vos propres pattounettes comme un grand afin de gagner le lieu oĂ¹ vous devez donner la première de Soleil noir, rĂ©cital pour orgue et contretĂ©nor fomentĂ© et fermentĂ© avec MichaĂ«l KonĂ©. Par chance, en dĂ©pit de l’absence de canidĂ© sauvage, le chemin ni la tribune n’Ă©taient dĂ©sagrĂ©ables.
Comme quoi, mĂªme sans esclave, il est parfois loisible de se gouleyer d’Ăªtre vivant.

 

Tribune de Saint-Acceul d’Écouen, juste avant le rĂ©cital du 4 juin 2023. Photo : Bertrand Ferrier.

 

Dans l’enfer des donjons

 

Si, après une mise en bouche tonifiante, vous

  • n’avez toujours pas peur de dĂ©gommer des squelettes avec un bouclier,
  • aimez transporter dans un sac Ă  dos un exemplaire un brin secouĂ© de chiens esquiveurs, ces spĂ©cialistes de la tĂ©lĂ©portation,
  • croyez, ainsi que tout Ăªtre sain d’esprit donc d’imagination, Ă  la polymorphie et Ă  la magie noire,
  • ne vous souvenez plus si un dragon rouge est sympa ou sournois ou les deux ou ça dĂ©pend,
  • avez admis une fois pour toutes qu’un hibou vĂ©gĂ©talien est plus courageux qu’un ours carnivore,
  • savez que les minotaures femelles vivent en couple, ce qui leur permet d’Ă©lever les humaines abandonner,
  • avez conscience
    • qu’une Ă©cole de monstres peut en cacher une autre et
    • que le but de l’existence est essentiellement de lutter contre les entitĂ©s malĂ©fiques,

bravo ! ma nouvelle traduction est faite pour vous. Ă€ l’assaut, spadassins impitoyables !

 

 


Pour acheter Un tournoi d’enfer de Madeleine Roux, illustrĂ© par Tim Probert, c’est par exemple ici.

 

Top 7, le classement

Bertrand Ferrier au thĂ©Ă¢tre du Gouvernail, le 1er juin 2023. Photo : Rozenn Douerin.

 

Dans l’album 44 ou presque, sept chansons dĂ©passent les 10 000 Ă©coutes en streaming sur Spotify. Let’s celebrate!

 

7.
KB

Une chanson géographique, métropolitaine et doublement initiale. Version Spotify ici.

 

 

 

6.
Le cœur gros

Une chanson cardiologique, ronde et amoureuse. Version Spotify ici.

 

 

5.
Baiser avec toi

Une chanson projective, dualiste et amoureuse. Version Spotify ici.

 

4.
Après nous

Une chanson futuriste, accouplée et néanmoins amoureuse. Version Spotify ici.

 

 

 

3.
Entre chien et loup

Une chanson sauvage, spatiale et temporelle. Version Spotify ici.

 

 

 

2.
Le lapin et la tartine

Une chanson forestière, gourmande et gorgĂ©e d’une saine tendresse. Version Spotify ici.

 

 

 

1.
Les moches et moi

Une chanson esthétique, égocentrée et évaluatrice. Version Spotify ici.

 

 


Pour acheter le double disque, c’est ici.
Pour l’Ă©couter en streaming, c’est lĂ .

 

Ténèbres éblouissantes

 

  • Tubes et florilèges,
  • Renaissance et classicisme,
  • semi-opĂ©ra et extraits d’un lied iconique du grunge amĂ©ricain,
  • prĂ©cision baroque et libertĂ© de l’improvisation :

c’est, avec fougue, la fugue Ă  laquelle vous Ăªtes invitĂ©s ce dimanche sur l’orgue fraĂ®chement ravivĂ© de l’Ă©glise Saint-Acceul d’Écouen. Oh, ce ne sera pas de tout repos ! Pour se rĂ©veiller de la sieste ou de la digestion du repas familial, il y aura, entre autres,

  • de la dĂ©tresse et de la jouissance,
  • des pleurs et des furies,
  • des Enfers et de la banquise,
  • des tourments insondables et l’ombre bienfaisante d’un platane d’Orient.

Au cÅ“ur de ces secousses vitales, le soleil noir d’un contretĂ©nor tour Ă  tour

  • vĂ©nĂ©neux et enchanteur,
  • fulgurant et paisible,
  • divertissant et complice d’assassinat,
  • très, très humain et fĂ©rocement mystique.

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