Photo : Rozenn Douerin
Quand on est organiste liturgique, il arrive souvent que, avant une cĂ©rĂ©monie d’obsèques, l’on vous envoie le dĂ©roulĂ© de la cĂ©rĂ©monie. Cela vous permet de vous y prĂ©parer et, surtout, de proposer des ajustements en fonction de la liturgie, de la sensibilitĂ© religieuse – ou pas – de la famille, de la fluiditĂ© de la cĂ©rĂ©monie, Ă©ventuellement des habitudes du lieu et du cĂ©lĂ©brant, etc.
Mais ça, c’Ă©tait avant .
DĂ©sormais, c’est dĂ©cidĂ© : quand je lirai – toujours avec intĂ©rĂªt – un dĂ©roulĂ© de cĂ©lĂ©bration, je ne donnerai plus de conseils du type : ce psaume n’est pas un psaume, c’est un chant que l’on pourrait mettre Ă un autre moment ; l’Ave Maria suivi du « Je vous salue, Marie », c’est un peu redondant Ă la file, glissons l’Ave Maria pendant la bĂ©nĂ©diction du corps ; l’horripilante « prière de saint Augustin » après la le chant de communion et le chant d’action de grĂ¢ces et avant le chant du dernier adieu et avant le chant pour la bĂ©nĂ©diction de l’assemblĂ©e et avant le chant de sortie, peut-Ăªtre, c’est peut-Ăªtre beaucoup, surtout pour un moment chargĂ© d’émotion comme les obsèques, etc.
Je jouerai le programme tel quel, dans la mesure de ce que j’estime Ăªtre raisonnable.
En échange, on n’aura plus à me dire, après avoir reçu mes suggestions : c’est très intéressant mais on garde comme ça parce qu’on préfère, c’est pas grave parce qu’on nous connaît bien au niveau de la paroisse, maman voulait que ce soit comme ça, bien sûr que c’est un psaume vu que y a marqué psaume sur la partition de musique, ben pour l’enterrement de Papy on a fait ça et ça a posé de problème à personne alors je vois pas pourquoi ici on ferait pas pareil, etc.
Je perdrai moins de temps et, comme je dois Ăªtre profondĂ©ment amoral , je continuerai d’estimer que ma paye de quelque soixante euros brut, quelle que soit la durĂ©e de la cĂ©lĂ©bration, est dĂ©jĂ bien mĂ©ritĂ©e par les Ă©ventuels coups de fil de la famille et des autres musiciens, les Ă©changes de courriels autour du programme, les dĂ©placements, l’éventuel travail spĂ©cifique, accessoirement l’expĂ©rience et la disponibilitĂ©, etc.
Si nous devons parler, ce n’est pas obligĂ©, Jean-Jacques Goldman – expert notamment ès matin, murailles et musique bonne, soit prĂ©cisĂ© en passant – l’avait compris avant tout l’monde, nous ne parlerons que de musique.
C’est bien, ça, la musique.
J’aurais dû y penser avant.