
Serre-moi fort.
Serre-moi encore, petite, sans tes caresses, la vie mord.
Heureusement, Romain Watson et MĂ©lanie F. la font vibrer. Et, pour le festival Komm, Bach!, c’est pas rien.

Serre-moi fort.
Serre-moi encore, petite, sans tes caresses, la vie mord.
Heureusement, Romain Watson et MĂ©lanie F. la font vibrer. Et, pour le festival Komm, Bach!, c’est pas rien.

L’escargot rĂªve de laisser une trace.
Nous, moins.
C’est pour ça, on fait des chansons.

C’est un hasard, mais c’est encore un ploum-ploum de moi, extrait du concert « Y a d’la joie ! » claquĂ© en collectif le 21 juin.
En mĂªme temps, c’est mon site, ça peut jouer aussi.
Si, à la marge, mais ça peut jouer. Éventuellement.

Les salles de spectacle restent fermées.
Celle-ci reste fermement ouverte.
Comme les plus belles robes blanches, peut-Ăªtre.

Les menaces et interdictions n’en pourront mais.
Encore et encore, par la magie de la musique, nous danserons avec grĂ¢ce.
Obstinément.
Car, comme chante Marie-Paule Mallet-Joris ou Françoise Belle, sur un volcan, il faut rester chic, c’est important.

Marcher sur le gazon, est-ce tenir le haut du pavĂ© ? Ă€ dĂ©faut d’en pouvoir dĂ©battre en live, fredonnons-le entre nous.

… mais, apparemment, faut se voiler la face capillaire.
C’est ça, le problème, dans la vie telle qu’elle est.
Quand on a des cheveux, bien sûr.

Avec un joli sourire, c’est tous les jours dimanche.
Avec deux, imagine.
Et avec un nounours, bon, tu penses.

La joie est indécence.
C’est pour ça.
Sinon, elle ne serait sĂ»rement qu’ennui.

Depuis qu’Oldelaf (et pas que lui) a popularisĂ© cette idĂ©e sombre Ă souhait, chacun sait que, mĂªme quand on s’entasse sur la place Stanislas, Nancy, ce « petit mouroir gris / entre l’Allemagne et la vie », « c’est du Vesoul / en un peu moins sexy ». Pourtant, c’est aussi le lieu oĂ¹ s’est Ă©panouie la carrière de Jean de Spengler, intronisĂ© violoncelle solo de l’orchestre de Lorraine dès 1983.
Pendant un quart de siècle, avec une chronologie sciemment zigzagante, le quatuor forcĂ©ment Stanislas, dont Jean de Spengler est la colonne vertĂ©brale (laquelle passe aussi par Laurent Causse au premier violon, les deux autres complices variant avec modĂ©ration), va jouer en concert Ă la salle Poirel (de Nancy) les 16+1 quatuors de Beethoven et les faire capter par Nicolas Lenoir et Philippe AndrĂ©. DĂ©sormais rassemblĂ©e en huit disques, cette aventure est disponible chez Forgotten Records grĂ¢ce Ă une campagne de crowdfunding largement rĂ©ussie – l’Ă©diteur ne se foulant pas des masses pour valoriser le produit sur sa page officielle, comme souvent quand ces prestataires de service ont touchĂ© leur pas-si-p’tit billet. La rĂ©alisation se distingue de nombreuses autres intĂ©grales par le temps Ă©coulĂ© entre les premières prises et les dernières – Ă titre d’exemple, on est loin de l’urgence tokyoĂ¯te du quatuor Kuss pour Rubicon, gravĂ©e en la seule annĂ©e 2019, et qui ajoutait au menu copieux le Sixième quatuor Ă cordes de Bruno Mantovani. Chez les Stanislas Boys and Girl, il y a lĂ moins un projet Ă©ditorial markettĂ© qu’une quĂªte quasi autobiographique, structurante et volontaire, rĂ©alisĂ©e au plus haut niveau sans les petites douceurs qu’offre le flonflon mĂ©diatique.
On aborde donc le monstre avec gourmandise et sympathie. Pourtant, patatras, c’est par un clichĂ© qu’il faut ouvrir le prĂ©sent compte-rendu : on retrouve dans ce coffret une haute ambition artistique fagotĂ©e dans un projet artisanal mĂ©ritant. Aux inconvĂ©nients sonores du live rĂ©pond l’audace de l’instant, prĂ©fĂ©rable dans la circonstance Ă l’élĂ©gance d’une interprĂ©tation lourdement patchĂ©e (mĂªme si une gĂ©nĂ©rale alternative a permis de lisser les « alĂ©as du concert », reconnaĂ®t Jean de Spengler dans le livret) ou clinquante d’une puretĂ© exacerbĂ©e. Ici, le public tousse, les artistes respirent voire reniflent (enregistrement du 30 janvier 2012 ou du 13 octobre 2008 : c’est hĂ©las notable, par ex., dans l’adagio de la Malincolia : il peut faire froid, entre Vesoul et l’Allemagne !), les pages tournent et claquent, la justesse se dĂ©robe quelquefois (un ex., forcĂ©ment minuscule quoique objectif, CD 2, piste 7, 6’37-6,40 – dĂ©tacher quelques secondes sur une dizaine d’heures d’enregistrement est saugrenu, mais ne point exemplifier un propos serait un peu facile, et quelque mauvais esprit, fi, pourrait Ă l’inverse souligner que l’on n’a point pris la peine d’ouĂ¯r les disques, fĂ»t-ce alĂ©atoirement ; de mĂªme, le dialogue entre les violons, dans le deuxième mouvement du Douzième quatuor semble, par quelques interstices, privilĂ©gier volontiers l’échange Ă une justesse proprette).
Ces signes de vie et la fatuitĂ© du pseudocritique n’en peuvent mais, la musique s’impose, et c’est le silence que l’on entend quand, après un fortissimo, la partition suspend son vol. Certes, la spatialisation du son ne met pas toujours en valeur, selon ce qui nous est restituĂ© par notre lecteur, le violons 2 et l’alto ; mais est souvent fort bien rendue la capacitĂ© des musiciens Ă
De mĂªme, aux quelques dĂ©calages patents faisant le propre du concert tout hyperpro fĂ»t-il, rĂ©pondent, Ă©patants,
Ainsi des remarquables respirations et synchronicitĂ©s vers 5’10, dans l’opus 18 n°1, que ne souillent point les dĂ©parts un peu grillĂ©s comme celui de l’alto Ă 6’08, ou les hĂ©sitations du violon Ă 7’03 : le concert est un instant de vibrations, pas de perfection froide, et l’émulation des quatre artistes rĂ©jouit – comme vers la fin du premier Allegro du premier numĂ©ro de l’opus 58 (CD 3, piste 1, vers 8’05), ou au dĂ©but de la Grande fugue, le vrai dernier mouvement du Treizième quatuor oĂ¹, dans le tourbillon des rebonds croche – double, la tonicitĂ© des coups d’archet l’emporte sur la clartĂ© sèche parfois ouĂ¯e en studio.
En Ă©coutant, en dĂ©couvrant, l’on goĂ»te itou avec dĂ©lectation l’ivresse des accents qui seraient sans doute excessifs en studio et qui, ici, associĂ©s aux contrastes qui vont bien, transcrivent l’énergie du direct – ainsi de l’ouverture de l’Allegro ma non tanto de l’opus 18 n°4. Ce qui, dans une version studio, pourrait sonner comme une bousculade, devient, en concert,
Par-delĂ ces clichĂ©s sur l’opposition entre concert et studio, l’écoute des quelque huit heures de musique est une photographie de la qualitĂ© paradoxale qui anime cette Ă©nième lecture des quatuors de Beethoven : la capacitĂ© qu’a la bande Ă de Spengler Ă penser le corpus comme un tout sans jamais s’abstenir de faire entendre la diversitĂ© des parties, tant dans l’ensemble du rĂ©pertoire qu’à l’intĂ©rieur des quatuors les plus saisissants – ainsi des variations d’atmosphère mĂ©nagĂ©es dans le Seizième quatuor, dont le dernier mouvement se refuse – et c’est heureux – Ă l’univocitĂ©.
On se gouleye notamment, tant pis si ça ne veut rien dire,
À une échelle encore plus petite, on appréciera moult microattentions, parmi lesquelles

Bref, on ne sait si l’on doit louer
ce compliment pourrait paraĂ®tre rĂ©duire le projet musical Ă une forme de longĂ©vitĂ© tĂªtue, selon le refrain bien connu des musiciens, celui de tu-t’es-fait-plaisir, comme si se faire malheur Ă©tait prĂ©fĂ©rable. En effet, cette obstination du quatuor Stanislas dĂ©montre la pertinence du projet. En tĂ©moigne la volontĂ© constante et rĂ©jouissante
Ainsi, l’on se pourlèchera les esgourdes du mystère envoĂ»tant qui nimbe le premier mouvement (sur sept !) du Quatorzième quatuor, comme l’on s’amusera du motif qui Ă©voquera aux pianistes l’ouverture des Scènes d’enfant de Schumann – composĂ©es onze ans après la publication du quatuor, donc rien Ă voir – qui Ă©merge de tel Adagio (CD 7, piste 1, 2’46). Peut-Ăªtre certains mĂ©lomanes curieux dĂ©couvriront-ils, Ă notre instar deux « CD 6 » dans leur coffret : ce n’est pas une raison dĂ©cisive pour acquĂ©rir cet ensemble – nous avons glissĂ© d’un peu plus sĂ©rieuses motivations ou presque infra – mais, en ces temps de calendrier de l’Avent, ce suce-pince peut Ăªtre le p’tit plus qui suscite la curiositĂ© des amateurs d’intĂ©grales indĂ©pendantes, tĂªtues et joyeuses, dont celle-ci concentre maintes qualitĂ©s Ă mĂªme de sĂ©duire l’Ă©couteur en Ă©veil.
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