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Le blog de Bertrand Ferrier, page 172

Serre-moi fort

Photo : Jacques Bon (http://www.cafcom.net/)

 

Serre-moi fort.
Serre-moi encore, petite, sans tes caresses, la vie mord.
Heureusement, Romain Watson et MĂ©lanie F. la font vibrer. Et, pour le festival Komm, Bach!, c’est pas rien.

 

 

Ciao, les frères !

Photo : Rozenn Douerin

 

L’escargot rĂªve de laisser une trace.
Nous, moins.
C’est pour ça, on fait des chansons.

 

 

Dans les moindres recoins de l’espace

Photo : Jacques Bon (http://www.cafcom.net/)

 

C’est un hasard, mais c’est encore un ploum-ploum de moi, extrait du concert « Y a d’la joie ! » claquĂ© en collectif le 21 juin.
En mĂªme temps, c’est mon site, ça peut jouer aussi.
Si, à la marge, mais ça peut jouer. Éventuellement.

 

 

Le parfum et la robe

L’Artistocratie par et avec Esmeralda Belladone. Photo : https://www.emmaarian.fr/.

 

Les salles de spectacle restent fermées.
Celle-ci reste fermement ouverte.
Comme les plus belles robes blanches, peut-Ăªtre.

 

 

Dansons sur le volcan

Photo : Jacques Bon (http://www.cafcom.net/)

 

Les menaces et interdictions n’en pourront mais.
Encore et encore, par la magie de la musique, nous danserons avec grĂ¢ce.
Obstinément.

Car, comme chante Marie-Paule Mallet-Joris ou Françoise Belle, sur un volcan, il faut rester chic, c’est important.

 

 

Au-dessus des zozos

Photo : Rozenn Douerin

 

Marcher sur le gazon, est-ce tenir le haut du pavĂ© ? Ă€ dĂ©faut d’en pouvoir dĂ©battre en live, fredonnons-le entre nous.

 

 

Le paradis est possible…

Photo : Jacques Bon (http://www.cafcom.net/)

 

… mais, apparemment, faut se voiler la face capillaire.
C’est ça, le problème, dans la vie telle qu’elle est.
Quand on a des cheveux, bien sûr.

 

 

La nouvelle semaine selon Romain Watson

Photo : Jacques Bon (http://www.cafcom.net/)

 

Avec un joli sourire, c’est tous les jours dimanche.
Avec deux, imagine.
Et avec un nounours, bon, tu penses.

 

 

Que ma joie demeure

Photo : Jacques Bon (http://www.cafcom.net/)

 

La joie est indécence.
C’est pour ça.
Sinon, elle ne serait sĂ»rement qu’ennui.

 

 

Quatuor Stanislas, Intégrale des quatuors à cordes de Ludwig van Beethoven, Forgotten Records

 

Depuis qu’Oldelaf (et pas que lui) a popularisĂ© cette idĂ©e sombre Ă  souhait, chacun sait que, mĂªme quand on s’entasse sur la place Stanislas, Nancy, ce « petit mouroir gris / entre l’Allemagne et la vie », « c’est du Vesoul / en un peu moins sexy ». Pourtant, c’est aussi le lieu oĂ¹ s’est Ă©panouie la carrière de Jean de Spengler, intronisĂ© violoncelle solo de l’orchestre de Lorraine dès 1983.
Pendant un quart de siècle, avec une chronologie sciemment zigzagante, le quatuor forcĂ©ment Stanislas, dont Jean de Spengler est la colonne vertĂ©brale (laquelle passe aussi par Laurent Causse au premier violon, les deux autres complices variant avec modĂ©ration), va jouer en concert Ă  la salle Poirel (de Nancy) les 16+1 quatuors de Beethoven et les faire capter par Nicolas Lenoir et Philippe AndrĂ©. DĂ©sormais rassemblĂ©e en huit disques, cette aventure est disponible chez Forgotten Records grĂ¢ce Ă  une campagne de crowdfunding largement rĂ©ussie – l’Ă©diteur ne se foulant pas des masses pour valoriser le produit sur sa page officielle, comme souvent quand ces prestataires de service ont touchĂ© leur pas-si-p’tit billet. La rĂ©alisation se distingue de nombreuses autres intĂ©grales par le temps Ă©coulĂ© entre les premières prises et les dernières – Ă  titre d’exemple, on est loin de l’urgence tokyoĂ¯te du quatuor Kuss pour Rubicon, gravĂ©e en la seule annĂ©e 2019, et qui ajoutait au menu copieux le Sixième quatuor Ă  cordes de Bruno Mantovani. Chez les Stanislas Boys and Girl, il y a lĂ  moins un projet Ă©ditorial markettĂ© qu’une quĂªte quasi autobiographique, structurante et volontaire, rĂ©alisĂ©e au plus haut niveau sans les petites douceurs qu’offre le flonflon mĂ©diatique.
On aborde donc le monstre avec gourmandise et sympathie. Pourtant, patatras, c
’est par un clichĂ© qu’il faut ouvrir le prĂ©sent compte-rendu : on retrouve dans ce coffret une haute ambition artistique fagotĂ©e dans un projet artisanal mĂ©ritant. Aux inconvĂ©nients sonores du live rĂ©pond l’audace de l’instant, prĂ©fĂ©rable dans la circonstance Ă  l’élĂ©gance d’une interprĂ©tation lourdement patchĂ©e (mĂªme si une gĂ©nĂ©rale alternative a permis de lisser les « alĂ©as du concert », reconnaĂ®t Jean de Spengler dans le livret) ou clinquante d’une puretĂ© exacerbĂ©e. Ici, le public tousse, les artistes respirent voire reniflent (enregistrement du 30 janvier 2012 ou du 13 octobre 2008 : c’est hĂ©las notable, par ex., dans l’adagio de la Malincolia : il peut faire froid, entre Vesoul et l’Allemagne !), les pages tournent et claquent, la justesse se dĂ©robe quelquefois (un ex., forcĂ©ment minuscule quoique objectif, CD 2, piste 7, 6’37-6,40 – dĂ©tacher quelques secondes sur une dizaine d’heures d’enregistrement est saugrenu, mais ne point exemplifier un propos serait un peu facile, et quelque mauvais esprit, fi, pourrait Ă  l’inverse souligner que l’on n’a point pris la peine d’ouĂ¯r les disques, fĂ»t-ce alĂ©atoirement ; de mĂªme, le dialogue entre les violons, dans le deuxième mouvement du Douzième quatuor semble, par quelques interstices, privilĂ©gier volontiers l’échange Ă  une justesse proprette).

 

 

Ces signes de vie et la fatuitĂ© du pseudocritique n’en peuvent mais, la musique s’impose, et c’est le silence que l’on entend quand, après un fortissimo, la partition suspend son vol. Certes, la spatialisation du son ne met pas toujours en valeur, selon ce qui nous est restituĂ© par notre lecteur, le violons 2 et l’alto ; mais est souvent fort bien rendue la capacitĂ© des musiciens Ă 

  • permuter les rĂ´les de lead ou de ploum-ploum,
  • s’associer Ă  deux ou trois et
  • travailler sur la polymorphie de leur ensemble.

De mĂªme, aux quelques dĂ©calages patents faisant le propre du concert tout hyperpro fĂ»t-il, rĂ©pondent, Ă©patants,

  • les audaces,
  • les inspirations et
  • la cohĂ©sion d’un ensemble mutant mais soudĂ©.

Ainsi des remarquables respirations et synchronicitĂ©s vers 5’10, dans l’opus 18 n°1, que ne souillent point les dĂ©parts un peu grillĂ©s comme celui de l’alto Ă  6’08, ou les hĂ©sitations du violon Ă  7’03 : le concert est un instant de vibrations, pas de perfection froide, et l’émulation des quatre artistes rĂ©jouit – comme vers la fin du premier Allegro du premier numĂ©ro de l’opus 58 (CD 3, piste 1, vers 8’05), ou au dĂ©but de la Grande fugue, le vrai dernier mouvement du Treizième quatuor oĂ¹, dans le tourbillon des rebonds croche – double, la tonicitĂ© des coups d’archet l’emporte sur la clartĂ© sèche parfois ouĂ¯e en studio.
En Ă©coutant, en dĂ©couvrant, l’on goĂ»te itou avec dĂ©lectation l’ivresse des accents qui seraient sans doute excessifs en studio et qui, ici, associĂ©s aux contrastes qui vont bien, transcrivent l’énergie du direct – ainsi de l’ouverture de l’Allegro ma non tanto de l’opus 18 n°4. Ce qui, dans une version studio, pourrait sonner comme une bousculade, devient, en concert,

  • manifeste esthĂ©tique,
  • engagement musical,
  • pulsion de vie dĂ©chirant d’un trait de lumière sonore

    • le sucrĂ©,
    • le compassĂ©,
    • le poudrĂ© et
    • la convention.

 

 

Par-delĂ  ces clichĂ©s sur l’opposition entre concert et studio, l’écoute des quelque huit heures de musique est une photographie de la qualitĂ© paradoxale qui anime cette Ă©nième lecture des quatuors de Beethoven : la capacitĂ© qu’a la bande Ă  de Spengler Ă  penser le corpus comme un tout sans jamais s’abstenir de faire entendre la diversitĂ© des parties, tant dans l’ensemble du rĂ©pertoire qu’à l’intĂ©rieur des quatuors les plus saisissants – ainsi des variations d’atmosphère mĂ©nagĂ©es dans le Seizième quatuor, dont le dernier mouvement se refuse – et c’est heureux – Ă  l’univocitĂ©.
On se gouleye notamment, tant pis si ça ne veut rien dire,

  • d’un mĂ©lange de solennitĂ© et de sautillements (Allegro liminaire de l’op. 18 n°5),
  • d’un allant sachant Ă©viter la prĂ©cipitation (Allegro con brio tubesque de l’op. 18, n°6, voir vidĂ©o supra),
  • de groove portĂ©e par manière de walking bass au mitan de l’Adagio molto e mesto du Septième quatuor ou par les pizz du violoncelle opposĂ© Ă  ses trois compères dans l’Andante con moto du Neuvième,
  • de sursauts dramatiques et de pĂ©tillance (si, si) de l’Allegro ouvrant le deuxième numĂ©ro de l’opus 18, qui contraste avec les variations d’ambiance particulièrement soignĂ©es de l’Adagio cantabile ;
  • et, pour poursuivre le focus sur le deuxième numĂ©ro de l’opus 18, l’on se gouleye de la lĂ©gèretĂ© du Scherzo et de son ornementation quand le tempo et les accents rendent Ă  merveille l’indication d’esprit qui surplombe l’Allegro molto quasi presto, parcouru de dialogues toniques exĂ©cutĂ©s avec une efficacitĂ© jamais en repos.

À une échelle encore plus petite, on appréciera moult microattentions, parmi lesquelles

  • le soin portĂ© aux diffĂ©rences d’attaque dans l’Allegro du troisième numĂ©ro de l’opus 18,
  • la capacitĂ© de scander les retours du fugato dans le scherzo du Quatrième quatuor, ou
  • l’art de diffĂ©rencier les sĂ©quences constituant des formes longues (telle la Canzona de l’opus 132, qui dure plus d’un quart d’heure dans une Å“uvre qui en pèse le triple), sans craindre de
    • poser le tempo,
    • jouer avec le silence,
    • varier les nuances et
    • mener avec fermetĂ© les breaks.

 

 

Bref, on ne sait si l’on doit louer

  • l’ambition,
  • l’opiniĂ¢tretĂ©,
  • l’audace et
  • l’irrĂ©vĂ©rence face aux diktats de l’éphĂ©mère et du « pfff, la discographie est pleine, n’encombrez pas les bacs avec une nouvelle version ! » :

ce compliment pourrait paraĂ®tre rĂ©duire le projet musical Ă  une forme de longĂ©vitĂ© tĂªtue, selon le refrain bien connu des musiciens, celui de tu-t’es-fait-plaisir, comme si se faire malheur Ă©tait prĂ©fĂ©rable. En effet, cette obstination du quatuor Stanislas dĂ©montre la pertinence du projet. En tĂ©moigne la volontĂ© constante et rĂ©jouissante

  • de contraster,
  • de tonifier sans expulser le lyrisme (Huitième quatuor),
  • de dialoguer coll’arco ou en pizzicati tuilĂ©s (premier mouvement des « Harpes », autour de 6’20),
  • de rendre le sautillement variĂ© dans le Scherzando vivace de l’opus 127 (impossible de l’écouter sans savoir le smile !).

Ainsi, l’on se pourlèchera les esgourdes du mystère envoĂ»tant qui nimbe le premier mouvement (sur sept !) du Quatorzième quatuor, comme l’on s’amusera du motif qui Ă©voquera aux pianistes l’ouverture des Scènes d’enfant de Schumann – composĂ©es onze ans après la publication du quatuor, donc rien Ă  voir – qui Ă©merge de tel Adagio (CD 7, piste 1, 2’46). Peut-Ăªtre certains mĂ©lomanes curieux dĂ©couvriront-ils, Ă  notre instar deux « CD 6 » dans leur coffret : ce n’est pas une raison dĂ©cisive pour acquĂ©rir cet ensemble – nous avons glissĂ© d’un peu plus sĂ©rieuses motivations ou presque infra – mais, en ces temps de calendrier de l’Avent, ce suce-pince peut Ăªtre le p’tit plus qui suscite la curiositĂ© des amateurs d’intĂ©grales indĂ©pendantes, tĂªtues et joyeuses, dont celle-ci concentre maintes qualitĂ©s Ă  mĂªme de sĂ©duire l’Ă©couteur en Ă©veil.