
Dans son premier disque, Born in Monaco (liens Ă retrouver ci-dessous), la technique de Slava Guerchovitch nous avait davantage impressionnĂ© que son expressivitĂ©. Son deuxième opus promet un Ravel imaginaire donc déçoit, puisque le propos n’est pas d’imaginer Ravel mais de rendre hommage Ă son imaginaire, Ă la fois « quĂªte de beautĂ© et dĂ©fi technique » : le contenu ne correspond pas au titre. NĂ©anmoins, l’on apprĂ©cie que les frères Guerchovitch s’investissent dans l’objet-disque en rĂ©digeant la note d’intention et le livret, disponible en anglais et, c’est de plus en plus rare, en français.
Premier imaginaire sur le pupitre, celui qui anime cĂ©lèbre Sonate pour violon et piano en Sol, oĂ¹ le compositeur vise, selon les interprètes, à « transporter l’auditeur dans des univers sonores contrastĂ©s ».
L’allegretto, lancĂ© entre 6/8 et 9/8, file bon train. Les qualitĂ©s requises sont au rendez-vous :
- légèreté,
- capacité à dialoguer,
- souplesse du geste donnant Ă l’auditeur une confortable impression d’Ă©vidence et de naturel.
Au piano cristallin de Slava répond le violon de David, qui déjoue le risque de la surinterprétation : le vibrato est maîtrisé, le phrasé est net, le son est chaleureux.
Les frères se jouent des difficultĂ©s techniques avec maestria. Mieux, au fil des modulations tonales et rythmiques, ils maintiennent une vision presque univoque de l’esquisse, de la caresse, de la suggestion. Essentiellement joué piano, ce premier mouvement gagne en limpiditĂ© rĂªveuse ce qu’il perd en
- tensions,
- contrastes et
- rugosités.
Une lecture très Ă©loignĂ©e de versions plus Ă©nergiques telles que celle que l’on a pu chroniquer jadis ici ; donc une lecture intĂ©ressante puisque singulière.
Le deuxième mouvement est un blues motorisĂ© sur une bitonalitĂ© : le violon reste en Sol quand le piano s’installe en La bĂ©mol. Sur des pizzicati secouĂ©s par des accents, le piano prend sa posture d’accompagnateur ouvrant la voie Ă un comparse « nostalgique » et glissant.
- Contretemps,
- contrastes d’attaques et
- trouvailles harmoniques nullement contenues Ă un exercice de style encore moins Ă une parodie
sont ici mis en valeur par une interprĂ©tation prĂ©cise voire sage. Les musiciens se risquent nĂ©anmoins Ă mĂ©tamorphoser leurs instruments lorsque le besoin s’en fait sentir. Le piano Ă queue sait alors sonner en mode bastringue ou saloon ; et le Sanctus Seraphino de 1739 jouĂ© par David Guerchovitch se mue brièvement en banjo. Sans se laisser tenter par le plaisir d’une musique canaille, les complices proposent une version
- propre,
- sérieuse et
- élégante
de l’audacieuse effronterie de Maurice Ravel.
En La bĂ©mol, un perpetuum mobile à trois temps conclut la sonate. L’allegro rĂ©solu lance peu Ă peu un violon impressionnant. Derrière la logorrhĂ©e des quatre cordes, le piano assure
- la pulsation de la mesure,
- le groove des contretemps et des accents, ainsi que
- les mutations harmoniques.
Les amateurs de versions
- radicales,
- incarnées et
- exubérantes
passeront leur chemin. Les mélomanes moins fouyouyous se laisseront
- sĂ©duire par l’art du toucher de Slava,
- ébaubir par la ténacité de David, et
- convaincre par la connexion entre les deux musiciens…
mĂªme si le prochain morceau de la set-list est la version pour piano seul de « Ma mère l’Oye », que nous commencerons Ă dĂ©couvrir dans une prochaine notice. Ă€ suivre, donc !
Pour Ă©couter gracieusement le disque en intĂ©gralitĂ©, c’est ici.
Pour l’acquĂ©rir, c’est par exemple lĂ .
Pour retrouver les chroniques autour du premier disque de Slava Guerchovitch, cliquer sur les hyperliens infra.
Johann Sebastian Bach
Maurice Ravel 1 et 2
Franz Liszt








