Première de couverture (détail)
Le wokisme est une forme de lamento perpĂ©tuel, enfermant ses adeptes dans des postures victimaires souvent intĂ©ressĂ©es. Ainsi, rĂ©cemment, l’annulation d’un projet d’exposition au centre Pompidou-Metz a ajoutĂ© un Ă©nième couplet Ă cette chanson. Claire Tancons, commissaire dudit projet, y a vu une prĂ©fĂ©rence accordĂ©e Ă la « monographie d’un artiste europĂ©en [entendre :Blanc, en l’espèce il s’agit de Maurizio Cattelan] face Ă une exposition collective d’artistes racisĂ©s [caribĂ©ens] souvent relĂ©guĂ©s au second plan de l’histoire de l’art et des musĂ©es ». Le commanditaire lui oppose trois arguments :
le succès de l’exposition Cattelan est une bĂ©nĂ©diction pour l’institution ;
l’exigence de la commissaire en matière d’emplacement disponible n’a cessĂ© d’augmenter ;
devant ces prĂ©tentions, l’Ă©quation budgĂ©taire est devenue intenable.
Cet argument aurait pu Ăªtre entendu par Claire Tancons, qui ne semble pas indiffĂ©rente Ă la monnaie. Il est mĂªme probable que l’aspect pĂ©cuniaire joue fortement dans l’accusation de racisme qu’elle porte car, en sus
des 100 000 € touchĂ©s grĂ¢ce Ă la Ford Foundation par son « association » et officiellement « allouĂ©s aux recherches et aux voyages » de la commissaire,
des 50 000 € « versés [par la fondation] pour abonder sa rémunération », et
des 26 000 € « alloués par le Centre Pompidou-Metz pour ses honoraires »,
elle escomptait fort toucher un p’tit quelque chose Ă l’achèvement du boulot (in : Le Monde , 21 juin 2025, p. 25). Dame, le magot est souvent un bon carburant pour les indignĂ©s intĂ©ressĂ©s… Dans cette perspective des procès en racisme et mĂ©pris divers, le succès des thĂ©matiques woke intrigue par
l’importance des stĂ©rĂ©otypes qu’il charrie tout en dĂ©nonçant le rĂ´le des stĂ©rĂ©otypes dans les haines individuelles et collectives,
la bĂªtise crasse et assumĂ©e qui anime ou qu’adoptent nombre de ses reprĂ©sentants, signe que l’intelligence est un luxe inutile pour convaincre des dĂ©jĂ -convaincus,
sa tentation d’imposer des Ă©lĂ©ments de langage Ă l’ensemble des citoyens et Ă dĂ©duire de leur relatif rejet le bienfondĂ© de leur croisade, et par
sa difficultĂ© Ă prendre en compte ce que l’on pourrait appeler la rĂ©alitĂ© du rĂ©el.
Ce tout tantĂ´t, le rapport annuel 2025 de la Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH) le rappelait Ă deux titres complĂ©mentaires. Le premier titre concerne les phrases interdites, celles qui caractĂ©risent les « discours de haine ». Parmi les tabous rappelĂ©s par Le Monde du 19 juin 2025, p. 15,
« l’islam menace l’identitĂ© de la France » (mĂªme si le terme « menace » pourrait Ăªtre remplacĂ© par « modifie » : de très nombreux quartiers tĂ©moignent physiquement de cette mutation, le nier relève de l’absurde et cela n’a rien d’islamophobe, certains pourraient se rĂ©jouir de cette mutation au nom d’Allah ou de l’inclusivitĂ©),
« les Roms exploitent les enfants » (« les Roms » est sans doute maladroit, mais le scandale devrait Ăªtre l’exploitation des mineurs par de nombreuses filières roms et l’incapacitĂ© de l’État Ă lutter efficacement contre ce trafic, non le fait de le constater), et
« la plupart des immigrĂ©s viennent en France pour profiter de la protection sociale » (on Ă©crirait mieux « en venant en France, la plupart des immigrĂ©s bĂ©nĂ©ficient d’une protection sociale », ce que l’on peut juger joyeux ou choquant, selon son orientation sociopolitique).
Ă€ force de nier des Ă©vidences, le discours woke ne rejoint l’incantation du vivre ensemble que pour se dĂ©crĂ©dibiliser en tentant de substituer un voile idĂ©ologique au constat socio-anthropologique documentĂ© par
les faits,
les statistiques et
les études
et par ce que peut constater tout un chacun – la coĂ¯ncidence entre le savoir des savants et le bon sens est suffisamment rare pour qu’elle soit apprĂ©ciĂ©e ! Le second titre dĂ©fiant la capacitĂ© du wokisme Ă prendre en compte la rĂ©alitĂ© du rĂ©el est que, loin d’Ăªtre ces racistes dĂ©lĂ©tères qu’il est de bon ton voire indispensable de vouer aux gĂ©monies pour exalter les « communautĂ©s » souffrantes, les Français sont tolĂ©rants. C’est la CNCDH qui le pose noir sur blanc :
La tolĂ©rance des Français rĂ©siste aux discours de haine. (…) Contrairement Ă ce que prĂªchent les prophètes de malheur, dĂ©crivant la France comme un pays de camps retranchĂ©s, le socle rĂ©publicain est solide.
Cela n’exclut certes point des haines dont, du reste, la supposĂ©e majoritĂ© peut Ăªtre l’auteur et la victime, surtout quand la doxa insiste pour la dĂ©signer comme le bouc Ă©missaire Ă Ă©liminer ou, selon le jargon en vigueur, à « dĂ©construire » ; mais cela invalide la croyance en un pays dangereux pour « les minoritĂ©s », croyance de base du wokiste soucieux de dĂ©fendre les opprimĂ©s puisque la veuve et l’orphelin ne font plus recette.
C’est en s’appuyant sur sa perception du rĂ©el que RenĂ©e Fregosi, socialiste septuagĂ©naire passĂ©e de la philosophie Ă la science politique, se lance dans une dĂ©nonciation de la « dhimmitude volontaire » en deux parties. La première partie dĂ©nonce la soumission de l’Occident aux musulmans et Ă l’islam, soumission qui est le prix d’une apparente tranquillitĂ©, selon le principe du dhimmi , statut rĂ©servĂ© au mĂ©crĂ©ant payant jadis pour ne pas Ăªtre massacrĂ© lĂ oĂ¹ rĂ©gnaient les fans de Mohammed. Selon elle, « l’islamo-complaisance occidentale tend Ă l’adoption d’une dhimmitude volontaire ». Elle prĂ©sente la sociĂ©tĂ© française comme tĂ©tanisĂ©e par le « totalitarisme islamique ».
Deux consĂ©quences : l’islamo-gauchisme et l’islamo-clientĂ©lisme, d’une part; d’autre part, l’islamo-nĂ©gligence, qui consiste Ă trouver l’islamisme acceptable comme compensation des risques liĂ©es Ă l’Ă©ternelle montĂ©e de l’extrĂªme-droite, sans doute la plus grande rĂ©ussite du pĂ©tainiste mitterrandien. Le but est « la dĂ©construction de la laĂ¯cité » au profit de la notion d’inclusion.
Pour alimenter ces logiques, le wokisme (enfin !), dont le « point aveugle » est la « soumission des femmes en islam ». Le bras armĂ© du wokisme serait donc le nĂ©o-fĂ©minisme qui argue que voiler les filles, c’est les libĂ©rer de la domination des hommes (pour soutenir cette thèse, RenĂ©e Fregosi cite RenĂ©e Fregosi, ce qui est moyen convainquant), propos qu’Ă©voquait DieudonnĂ© M’Bala M’Bala dans son sketch du « Conseil de classe » oĂ¹ le voile Ă©tait quasi prĂ©sentĂ© – avec l’humour qui seyait alors – comme le string du Maghreb.
En fait, peu importe ce qui prĂ©cède, j’espère d’ailleurs que vous ne l’avez pas lu. Ce qui intĂ©resse l’auteur est d’arriver au cÅ“ur de son propos : « Les woke rejoignent l’antisĂ©mtisme musulman », sans Ă©videmment prĂ©ciser qui sont lesdits woke ni pourquoi beaucoup de musulmans Ă©prouvent dans la rancÅ“ur, euphĂ©misme, Ă l’endroit d’IsraĂ«l. Les pages qui suivent semblent avoir Ă©tĂ© sponsorisĂ©es par quelque agence d’influence israĂ©lienne. Elles s’enfoncent dans la vase d’une longue et piètre diatribe. Sans Ă©voquer les juifs israĂ©liens vent debout contre celui qui, selon l’expression de Jean-Michel Barrot, ministre des Affaires Ă©trangères, est « coupable d’atteintes au droit international (colonisation, dĂ©placements forcĂ©s de population, blocage de l’aide humanitaire, frappes sur des civils…) » (in : Le Monde, 3 juillet 2025, p. 3) (en oubliant les procĂ©dures judiciaires extrĂªmement graves Ă son encontre), sans Ă©voquer la prĂ©sence chougnasseuse et soumise – dhummique, en somme – de François Bayrou ou – la prĂ©sence du bègue de Pau Ă©tant fort postĂ©rieure Ă la publication de l’article – de ses prĂ©dĂ©cesseurs au dĂ®ner du CRIF, ce qui devrait choquer la laĂ¯ciste ulcĂ©rĂ©e qu’elle est, mais apparemment de façon choisie, la scienço-politologique pose que, si l’on n’est pas solidaire
d’IsraĂ«l,
de son lĂder mĂ¡ximo et
des crimes contre l’humanitĂ© qu’il ordonne pour masquer ses turpitudes,
c’est que – magnifique chantage Ă l’antisĂ©mitisme s’il en est – l’on est
antisémite (ben voyons),
sous « l’influence du bolchevisme » (sic ) et, allez donc, c’est pas mon père !
solidaire de l’attentat du 7 octobre 2023.
En d’autres termes, ce recueil d’articles confirme qu’il part en sucette. EspĂ©rons que le dernier texte en lice, qui s’intĂ©resse Ă l’Ă©galitĂ© entre les sexes, puis l’Ă©pilogue relèveront le niveau – mais pas forcĂ©ment : s’ils le baissaient, quelle performance ce serait !