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Le blog de Bertrand Ferrier, page 38

La tactique du tic tac

Le programme

 

Dans quatre semaines exactement, le blog reprend du service. C’est l’occasion d’annoncer le programme prĂ©visionnel du mois de septembre afin d’aiguiser, s’il se peut, curiositĂ©s et impatiences. Cliquez sur le tableau pour l’agrandir. Bonnes dĂ©couvertes estivales d’ici lĂ  !

La pause s’impose

Clape (11), juillet 2021. Photo : Bertrand Ferrier.

 

Voici venu le temps des rires, des chants et de la pause du blog. Rendez-vous prochainement avec la fin des chroniques obscurantistes et woke (ou le contraire), des nouvelles de Tristan Pfaff, de Gaspard Dehaene, d’Irakly Avaliani, de Pierre RĂ©ach, de Michele Campanella, de Monica Leone, des frères Guerchovitch, de Jonathan Benichou-Rabinovitch, d’Alexandre Rabinovitch-Barakovski, de Martha Argerich, de tel flacon, tel instant, telle dĂ©couverte, tel inattendu, tel trop attendu, telle envie de partage… Merci de votre curiositĂ©, bonnes cigales Ă  tous et Ă  bientĂ´t !

 

Aujourd’hui, c’est Ferrier (mais pas que)

Photo : Rozenn Douerin

 

Pour la visite du jour, votre serviteur (jusqu’Ă  un certain point) Bertrand Ferrier propose une chanson tekielskiste. Une chanson extraite d’un disque que, selon l’artiste, les gens lui balançaient Ă  la gueule Ă  l’issue de ses rares concerts de l’Ă©poque en lui disant que c’Ă©tait de la merde. Une chanson forte, tonifiante, rĂ©sonante. Allons enfants de lĂ , pas tristes, allons-y sur nos fols espoirs

  • de sourires,
  • de bouquets et
  • de pèrenoĂ«ls en tout genre.

 

Diane Dufresne, ThĂ©Ă¢tre de l’Atelier (Paris 18), 24 juin 2025 – 3/3

Diane Dufresne cherchant de l’oxygène, le 24 juin 2025, au thĂ©Ă¢tre de l’Atelier (Paris 18). Photo : Bertrand Ferrier.

Le concert-causerie de dame Dufresne est articulé en trois parties :

  • les annĂ©es de formation,
  • la crĂ©ativitĂ© et
  • notre Ă©poque.

Nous arrivons au troisième acte, celui des constats qui poussent Ă  admettre que, « parfois, notre rĂ©alitĂ© ressemble Ă  la fiction » ce qui n’est pas forcĂ©ment pour dĂ©plaire Ă  quelqu’un qui

  • a fabriquĂ© sa vie, au sens original de fingere,
  • l’a modelĂ©e, bref :
  • l’a inventĂ©e.

Au reste, Ă  l’aune d’une vie mise en scène, qu’est-ce qu’une fiction ? Plus gĂ©nĂ©ralement, qu’est-ce qu’une vie humaine, si brillante soit-elle, sinon une fiction devant l’immensitĂ© cĂ©leste ? Le cosmos est un objet de fascination pour une diva prompte Ă  divaguer. « Peut-Ăªtre avons-nous un peu de mĂ©moire cĂ©leste en nous », avance-t-elle en narrant ses souvenirs d’une confĂ©rence d’Hubert Reeves. Cette cosmoanthropologie habite l’artiste Ă  travers ses discours et spectacles Ă©colo, comme le show qu’elle a fomentĂ© pour conclure les Francofolies de MontrĂ©al Ă  l’Ă©tĂ© 2008 en rĂ©unissant un rĂ©pertoire tantĂ´t exceptionnel (« Oxygène »), tantĂ´t tire-larmes (« Hymne Ă  la beautĂ© du monde ») mais tellement bien incarnĂ© que l’on est presque prĂªt Ă  oublier le consensualisme trop gentiment niaiseux du propos. Convaincue que nous faisons face Ă  un « dĂ©règlement majeur », titre d’un disque enregistrĂ© Ă  New York, elle constate que, face

  • au changement climatique,
  • Ă  la dĂ©forestation et
  • Ă  la disparition rapide de la biodiversitĂ©,

« il n’y a pas de machine Ă  remonter le temps ». Bien faible paraĂ®t sa prière pour ne pas tuer la beautĂ© du monde, mais elle invite le public avec ce projet pieux. La dame n’est pas dupe.

  • Ni de la vanitĂ© de son combat.
  • Ni de la course Ă  l’abyme que prĂ©cipitent les dirigeants politiques.
  • Ni de l’issue de notre existence, plus ou moins activĂ©e par les catastrophes cosmiques annoncĂ©es par les sachants.

Elle prĂ©fère s’Ă©lever, donc tirer sa rĂ©vĂ©rence sur « Parce que tu rĂªves » de Nelson Minville, chanson oĂ¹ elle aspire Ă  aimer l’autre « plus qu’un drapeau », autrement dit Ă  remplacer la cause nationale par ce qu’elle a chantĂ© de plus fort, selon les mots de Cyril Mokaiesh : « L’amour fou ».

 

 

Une nouvelle fois, son incarnation étincelle et bouleverse. Elle est faite

  • de tenues soufflantes,
  • de diphtongues quĂ©bĂ©coises musicalisant les phonèmes, et
  • de nuances d’une prĂ©cision et d’une suavitĂ© saisissantes.

D’un cĂ´tĂ©, on est triste que l’artiste n’ait pas souhaitĂ© donner un concert uniquement chansonnĂ©, ce dont elle semble parfaitement capable tant

  • la voix,
  • la prĂ©sence et
  • l’interprĂ©tation sont majuscules ;

de l’autre, une fois de plus, l’on est Ă©bloui que la dame ait inventĂ©

  • une forme,
  • un renouvellement,
  • un autre espace musico-artistique

pour refaire l’inventaire. Au bis, elle dĂ©gaine une « nouvelle chanson », qu’elle explique (croit-on) avoir Ă©crite pour Claude Nougaro, mĂªme si les crĂ©dits officiels l’attribuent souvent Ă  Richard Galliano et au zozo partagĂ© entre la bagarre mĂ©mĂ©tique de Toulouse et le luxe de Saint-Germain-des-PrĂ©s. Maurane avait elle aussi repris cette complainte des moments oĂ¹ « les hommes deviennent sages » et oĂ¹ « c’est fini, y a plus personne / pour les caresses dĂ©placĂ©es ». Le dĂ©chirement la dĂ©livrant du public parisien se fait avec l’inusable « Oxygène » de Luc Plamondon, magnifiĂ© par la musique gĂ©nialement basique de Germain Gauthier et par l’interprĂ©tation kalĂ©idoscopique que n’a cessĂ© d’en proposer la chanteuse. Olivier Godin, pianiste valeureux et attentif, disparaĂ®t. La diva serre les mains des fans agglutinĂ©s au premier rang. C’est joyeux. C’est triste. C’est chouette.

Jonathan Benichou-Rabinovitch, Mairie de Paris 8, 19 juin 2025 – 5/4

Jonathan Benichou-Rabinovitch à la mairie du huitième arrondissement de Paris, le 19 juin 2025. Photo : Rozenn Douerin.

 

Le rĂ©cital donnĂ© le 19 juin par Jonathan Benichou-Rabinovitch Ă  la mairie du huitième arrondissement aurait pu s’arrĂªter avant le Deuxième concerto pour piano de Camille Saint-SaĂ«ns. Il aurait pu Ă©galement s’arrĂªter après. C’Ă©tait prĂ©vu ainsi. Mais croire cela, c’est mal connaĂ®tre Jonathan Benichou-Rabinovitch. L’artiste revient donc avec La Princesse disparue, une partition qu’il a composĂ©e autour d’un conte

  • allĂ©gorique,
  • symbolique et
  • mĂ©taphorique

du rabbi Nahman oĂ¹ la princesse « cache une force crĂ©atrice ».

  • L’Ă©criture entre mĂ©ditation et tensions,
  • le balancement entre consonance et trouvailles harmoniques, ainsi que
  • l’interprĂ©tation entre narrativitĂ© et expressivitĂ©

diffractent l’Ă©vidence du son en suggĂ©rant une multitude de possibles.

  • Accords arpĂ©gĂ©s,
  • pĂ©dalisation habile,
  • sens de l’agogique,
  • variĂ©tĂ© de l’accompagnement que surplombe une ligne mĂ©lodique fracturĂ©e,
  • large spectre de nuances et
  • fin suspendue

participent d’une Ă©criture

  • de l’hypnose façon rĂ©cit dont on veut connaĂ®tre le fin mot,
  • de l’apocalypse – au sens Ă©tymologique – espĂ©rĂ©e et
  • du secret qui fascine car, dès qu’on a cru le dissiper, il se dĂ©robe et rĂ©apparaĂ®t sous une autre forme.

 

 

Le rĂ©cital aurait encore pu s’arrĂªter lĂ . Mais croire cela, c’est mal connaĂ®tre Jonathan Benichou-Rabinovitch. Le voici qui semble vouloir synthĂ©tiser son concert avec les « Oiseaux tristes » extraits des Miroirs de Maurice Ravel, Ă©cho au « Rappel des oiseaux » de Jean-Philippe Rameau qui ouvrait le rĂ©cital, mais aussi au presto du concerto de Camille Saint-SaĂ«ns qui hĂ©sitait, comme les « Oiseaux tristes », entre battue binaire et 12/8. La concentration lunaire de l’artiste lui permet de se dĂ©tacher de la tempĂ©rature Ă©levĂ©e ensuquant la salle pour proposer, plus qu’une synthèse, un Ă©loge de la synesthĂ©sie. Mettant Ă  profit avec une virtuositĂ© très intĂ©riorisĂ©e une partition toute en miroitements et rĂ©sonances, il semble vouloir

  • peindre avec le son,
  • raconter avec l’harmonie,
  • Ă©voquer avec les couleurs des diffĂ©rents registres

pour aller au-delĂ  de la dimension programmatique du titre et envoler ses auditeurs. Bien sĂ»r, le rĂ©cital aurait encore pu s’arrĂªter lĂ . Mais croire cela, c’est mal connaĂ®tre Jonathan Benichou-Rabinovitch. Cette fois, il ne veut ni ajouter (comme avec le premier encore) ni synthĂ©tiser comme avec le deuxième bis : il veut prolonger. Soit, donc, une pièce dans la mĂªme tonalitĂ© (mi bĂ©mol mineur) commençant, une octave plus grave; sur la mĂªme note qui concluait les « Oiseaux tristes ». Dans cette dĂ©finition Ă  peine cryptique, chacun aura reconnu, qui en douterait ? l’Étude-tableau op. 39 n°5 de SergueĂ¯ Rachmaninoff.
Un gardien tente d’interrompre l’exĂ©cution en faisant cliqueter son trousseau. Il est plus de 22 h 30, il doit fermer. Tandis que le piano rĂ©sonne, des nĂ©gociations s’engagent avec le vigile pour obtenir un dĂ©lai de grĂ¢ce de cinq minutes avant l’expulsion. Le pianiste semble n’en avoir cure, prĂ©fĂ©rant mettre le feu Ă  son piano. Il y a

  • des escarbilles,
  • des crĂ©pitements, et
  • de hautes flammes

jusqu’Ă  l’apaisement des braises puis des cendres. Cette fois, le rĂ©cital ne peut que s’arrĂªter lĂ . MĂªme Jonathan Beinchou-Rabinovitch doit s’y rĂ©soudre, laissant aux spectateurs fondus sur leurs chaises le sentiment d’avoir assistĂ© Ă  un moment

  • impressionnant,
  • audacieux et
  • mĂ©morable.

Retrouver les chroniques précédentes
1/4 : Jean-Philippe Rameau
2/4 : Franz Liszt
3/4 : Gabriel Fauré et Olivier Greif
4/4 : Camille Saint-Saëns

« Face à l’obscurantisme woke », Emmanuelle Hénin et alii (PUF) – 17

Première de couverture (détail)

Le wokisme est une forme de lamento perpĂ©tuel, enfermant ses adeptes dans des postures victimaires souvent intĂ©ressĂ©es. Ainsi, rĂ©cemment, l’annulation d’un projet d’exposition au centre Pompidou-Metz a ajoutĂ© un Ă©nième couplet Ă  cette chanson. Claire Tancons, commissaire dudit projet, y a vu une prĂ©fĂ©rence accordĂ©e Ă  la « monographie d’un artiste europĂ©en [entendre :Blanc, en l’espèce il s’agit de Maurizio Cattelan] face Ă  une exposition collective d’artistes racisĂ©s [caribĂ©ens] souvent relĂ©guĂ©s au second plan de l’histoire de l’art et des musĂ©es ». Le commanditaire lui oppose trois arguments :

  • le succès de l’exposition Cattelan est une bĂ©nĂ©diction pour l’institution ;
  • l’exigence de la commissaire en matière d’emplacement disponible n’a cessĂ© d’augmenter ;
  • devant ces prĂ©tentions, l’Ă©quation budgĂ©taire est devenue intenable.

Cet argument aurait pu Ăªtre entendu par Claire Tancons, qui ne semble pas indiffĂ©rente Ă  la monnaie. Il est mĂªme probable que l’aspect pĂ©cuniaire joue fortement dans l’accusation de racisme qu’elle porte car, en sus

  • des 100 000 € touchĂ©s grĂ¢ce Ă  la Ford Foundation par son « association » et officiellement « allouĂ©s aux recherches et aux voyages » de la commissaire,
  • des 50 000 € « versĂ©s [par la fondation] pour abonder sa rĂ©munĂ©ration », et
  • des 26 000 € « allouĂ©s par le Centre Pompidou-Metz pour ses honoraires »,

elle escomptait fort toucher un p’tit quelque chose Ă  l’achèvement du boulot (in : Le Monde, 21 juin 2025, p. 25). Dame, le magot est souvent un bon carburant pour les indignĂ©s intĂ©ressĂ©s… Dans cette perspective des procès en racisme et mĂ©pris divers, le succès des thĂ©matiques woke intrigue par

  • l’importance des stĂ©rĂ©otypes qu’il charrie tout en dĂ©nonçant le rĂ´le des stĂ©rĂ©otypes dans les haines individuelles et collectives,
  • la bĂªtise crasse et assumĂ©e qui anime ou qu’adoptent nombre de ses reprĂ©sentants, signe que l’intelligence est un luxe inutile pour convaincre des dĂ©jĂ -convaincus,
  • sa tentation d’imposer des Ă©lĂ©ments de langage Ă  l’ensemble des citoyens et Ă  dĂ©duire de leur relatif rejet le bienfondĂ© de leur croisade, et par
  • sa difficultĂ© Ă  prendre en compte ce que l’on pourrait appeler la rĂ©alitĂ© du rĂ©el.

Ce tout tantĂ´t, le rapport annuel 2025 de la Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH) le rappelait Ă  deux titres complĂ©mentaires. Le premier titre concerne les phrases interdites, celles qui caractĂ©risent les « discours de haine ». Parmi les tabous rappelĂ©s par Le Monde du 19 juin 2025, p. 15,

  • « l’islam menace l’identitĂ© de la France » (mĂªme si le terme « menace » pourrait Ăªtre remplacĂ© par « modifie » : de très nombreux quartiers tĂ©moignent physiquement de cette mutation, le nier relève de l’absurde et cela n’a rien d’islamophobe, certains pourraient se rĂ©jouir de cette mutation au nom d’Allah ou de l’inclusivitĂ©),
  • « les Roms exploitent les enfants » (« les Roms » est sans doute maladroit, mais le scandale devrait Ăªtre l’exploitation des mineurs par de nombreuses filières roms et l’incapacitĂ© de l’État Ă  lutter efficacement contre ce trafic, non le fait de le constater), et
  • « la plupart des immigrĂ©s viennent en France pour profiter de la protection sociale » (on Ă©crirait mieux « en venant en France, la plupart des immigrĂ©s bĂ©nĂ©ficient d’une protection sociale », ce que l’on peut juger joyeux ou choquant, selon son orientation sociopolitique).

Ă€ force de nier des Ă©vidences, le discours woke ne rejoint l’incantation du vivre ensemble que pour se dĂ©crĂ©dibiliser en tentant de substituer un voile idĂ©ologique au constat socio-anthropologique documentĂ© par

  • les faits,
  • les statistiques et
  • les Ă©tudes

et par ce que peut constater tout un chacun – la coĂ¯ncidence entre le savoir des savants et le bon sens est suffisamment rare pour qu’elle soit apprĂ©ciĂ©e ! Le second titre dĂ©fiant la capacitĂ© du wokisme Ă  prendre en compte la rĂ©alitĂ© du rĂ©el est que, loin d’Ăªtre ces racistes dĂ©lĂ©tères qu’il est de bon ton voire indispensable de vouer aux gĂ©monies pour exalter les « communautĂ©s » souffrantes, les Français sont tolĂ©rants. C’est la CNCDH qui le pose noir sur blanc :

 

La tolĂ©rance des Français rĂ©siste aux discours de haine. (…) Contrairement Ă  ce que prĂªchent les prophètes de malheur, dĂ©crivant la France comme un pays de camps retranchĂ©s, le socle rĂ©publicain est solide.

 

Cela n’exclut certes point des haines dont, du reste, la supposĂ©e majoritĂ© peut Ăªtre l’auteur et la victime, surtout quand la doxa insiste pour la dĂ©signer comme le bouc Ă©missaire Ă  Ă©liminer ou, selon le jargon en vigueur, Ă  « dĂ©construire » ; mais cela invalide la croyance en un pays dangereux pour « les minoritĂ©s », croyance de base du wokiste soucieux de dĂ©fendre les opprimĂ©s puisque la veuve et l’orphelin ne font plus recette.
C’est en s’appuyant sur sa perception du rĂ©el que RenĂ©e Fregosi, socialiste septuagĂ©naire passĂ©e de la philosophie Ă  la science politique, se lance dans une dĂ©nonciation de la « dhimmitude volontaire » en deux parties. La première partie dĂ©nonce la soumission de l’Occident aux musulmans et Ă  l’islam, soumission qui est le prix d’une apparente tranquillitĂ©, selon le principe du dhimmi, statut rĂ©servĂ© au mĂ©crĂ©ant payant jadis pour ne pas Ăªtre massacrĂ© lĂ  oĂ¹ rĂ©gnaient les fans de Mohammed. Selon elle, « l’islamo-complaisance occidentale tend Ă  l’adoption d’une dhimmitude volontaire ». Elle prĂ©sente la sociĂ©tĂ© française comme tĂ©tanisĂ©e par le « totalitarisme islamique ».
Deux consĂ©quences : l’islamo-gauchisme et l’islamo-clientĂ©lisme, d’une part; d’autre part, l’islamo-nĂ©gligence, qui consiste Ă  trouver l’islamisme acceptable comme compensation des risques liĂ©es Ă  l’Ă©ternelle montĂ©e de l’extrĂªme-droite, sans doute la plus grande rĂ©ussite du pĂ©tainiste mitterrandien. Le but est « la dĂ©construction de la laĂ¯cité » au profit de la notion d’inclusion.
Pour alimenter ces logiques, le wokisme (enfin !), dont le « point aveugle » est la « soumission des femmes en islam ». Le bras armĂ© du wokisme serait donc le nĂ©o-fĂ©minisme qui argue que voiler les filles, c’est les libĂ©rer de la domination des hommes (pour soutenir cette thèse, RenĂ©e Fregosi cite RenĂ©e Fregosi, ce qui est moyen convainquant), propos qu’Ă©voquait DieudonnĂ© M’Bala M’Bala dans son sketch du « Conseil de classe » oĂ¹ le voile Ă©tait quasi prĂ©sentĂ© – avec l’humour qui seyait alors – comme le string du Maghreb.
En fait, peu importe ce qui prĂ©cède, j’espère d’ailleurs que vous ne l’avez pas lu. Ce qui intĂ©resse l’auteur est d’arriver au cÅ“ur de son propos : « Les woke rejoignent l’antisĂ©mtisme musulman », sans Ă©videmment prĂ©ciser qui sont lesdits woke ni pourquoi beaucoup de musulmans Ă©prouvent dans la rancÅ“ur, euphĂ©misme, Ă  l’endroit d’IsraĂ«l. Les pages qui suivent semblent avoir Ă©tĂ© sponsorisĂ©es par quelque agence d’influence israĂ©lienne. Elles s’enfoncent dans la vase d’une longue et piètre diatribe. Sans Ă©voquer les juifs israĂ©liens vent debout contre celui qui, selon l’expression de Jean-Michel Barrot, ministre des Affaires Ă©trangères, est « coupable d’atteintes au droit international (colonisation, dĂ©placements forcĂ©s de population, blocage de l’aide humanitaire, frappes sur des civils…) » (in : Le Monde, 3 juillet 2025, p. 3) (en oubliant les procĂ©dures judiciaires extrĂªmement graves Ă  son encontre), sans Ă©voquer la prĂ©sence chougnasseuse et soumise – dhummique, en somme – de François Bayrou ou – la prĂ©sence du bègue de Pau Ă©tant fort postĂ©rieure Ă  la publication de l’article – de ses prĂ©dĂ©cesseurs au dĂ®ner du CRIF, ce qui devrait choquer la laĂ¯ciste ulcĂ©rĂ©e qu’elle est, mais apparemment de façon choisie, la scienço-politologique pose que, si l’on n’est pas solidaire

  • d’IsraĂ«l,
  • de son lĂ­der mĂ¡ximo et
  • des crimes contre l’humanitĂ© qu’il ordonne pour masquer ses turpitudes,

c’est que – magnifique chantage Ă  l’antisĂ©mitisme s’il en est – l’on est

  • antisĂ©mite (ben voyons),
  • sous « l’influence du bolchevisme » (sic) et, allez donc, c’est pas mon père !
  • solidaire de l’attentat du 7 octobre 2023.

En d’autres termes, ce recueil d’articles confirme qu’il part en sucette. EspĂ©rons que le dernier texte en lice, qui s’intĂ©resse Ă  l’Ă©galitĂ© entre les sexes, puis l’Ă©pilogue relèveront le niveau – mais pas forcĂ©ment : s’ils le baissaient, quelle performance ce serait !

L’allĂ©gresse de nos cÅ“urs

Le 21 juin 2025, en l’Ă©glise Saint-AndrĂ© de l’Europe (Paris 8). Photo : Bertrand Ferrier.

 

« Que soit joyeuse et rayonnante l’allĂ©gresse de nos cÅ“urs ! » clame la sĂ©quence de la FĂªte Dieu, rebaptisĂ©e « FĂªte du Saint-Sacrement du Corps et du Sang du Christ ». Pour ce nouvel Ă©pisode des « improvisations pour la sortie de la messe du  samedi soir », j’ai essayĂ© de tournicoter autour de cette lapalissade en la dĂ©fiant avec un triple oxymoron, si si. J’ai imaginĂ© une musique

  • triomphante mais joyeuse,
  • statique comme un dogme mais fondĂ©e sur un mouvement perpĂ©tuel pour rappeler que mĂªme les fĂªtes instituĂ©es Ă©voluent (la fĂªte Dieu insistait sur la prĂ©sence rĂ©elle du Christ, la fĂªte du Saint-Sacrement stabylote le don d’un Dieu amour manifestĂ© Ă  travers les espèces),
  • très simple dans son Ă©noncĂ© mais avec çà des foucades et lĂ  des bizarreries pour Ă©voquer le cĂ´tĂ© inintelligible par la raison de la transsubstantiation.

RĂ©sultat ci-d’sous.

Diane Dufresne, ThĂ©Ă¢tre de l’Atelier (Paris 18), 24 juin 2025 – 2/3

Diane Dufresne et Olivier Godin en action le 24 juin 2025, au thĂ©Ă¢tre de l’Atelier (Paris 18). Photo : Bertrand Ferrier.

 

C’est Ă  un coquetèle rare que Diane Dufresne invitait son public. Le « concert causerie » qu’elle a concoctĂ© mĂªle

  • chansons,
  • rĂ©cit lu et
  • Ă©change avec les spectateurs.

Ce dernier exercice n’est Ă©vident ni pour elle, ni pour les spectateurs. L’artiste s’en rend compte en constatant : « C’est la première fois qu’j’mets ma main dans la poche sur scène depuis cinquante ans que j’fais c’mĂ©tier ! » Faute de questions (rĂ©servĂ©es Ă  l’orchestre, les micros ne s’aventurant pas dans les balcons), elle se retrouve Ă  interroger son public : « Pourquoi vous v’nez m’vouère ? » Face Ă  une fan qui lui annonce l’avoir vue pour la première fois en 1972 (« j’avais vingt-cinq ans »), elle reconnaĂ®t que le temps passe et ajoute : « Mais j’ai pas peur de la mort. D’ailleurs, une fois, j’ai exposĂ© mon cercueil. C’Ă©tait un cercueil balançoire, les enfants adoraient monter dedans ! »
L’intervenant suivant, caractĂ©risĂ© par un enthousiasme très maniĂ©rĂ©, lui dĂ©clare qu’il est amoureux d’elle depuis qu’il l’a dĂ©couverte. Elle s’enquiert : « Et alors, ça fait quoi d’Ăªtre amoureux de Diane Dufresne ? / – J’ai dĂ» changer deux fois de sous-vĂªtement, confesse l’aficionado. » Et l’artiste, sans se dĂ©monter, de demander : « Lesquels ? » Un « Canadien de Winnipeg », fou d’elle depuis quarante ans, lui apprend qu’il est venu spĂ©cialement Ă  Paris pour la voir et, en lui tendant un cadeau, ajoute : « Pis j’vous prĂ©viens que j’s’rai lĂ  tous les soirs ! / – D’accord. On va appeler la sĂ©curitĂ©, je crois. »

 

Après des dĂ©buts poussifs, l’Ă©change est donc souriant et fonctionne comme une respiration qui, heureusement, ouvre sur une chanson, « Partager les anges », extrait d’Effusions (2007), une fredonnerie Ă©crite par Roger Tabrha Bouaziss et composĂ©e par Sylvain Michel. Sur un texte volontiers emphatique qui raconte le plaisir d’aimer « l’autre de toi », la première qualitĂ© de l’artiste – sa capacitĂ© d’incarnation – Ă©baubit. Si le vibrato fait partie du jeu, il s’efface presque devant

  • l’attention portĂ©e Ă  la prononciation,
  • la capacitĂ© Ă  mettre en lumière telle consonne signifiante (ha ! les sifflantes !) et, malgrĂ© les annĂ©es,
  • l’utilisation musicale d’un large spectre vocal.

Échange, chanson et lecture : voici venu la deuxième partie de la causerie, Ă©voquant la multiplicitĂ© de la crĂ©ativitĂ©. « Tout le monde peut s’en emparer, insiste la chanteuse. La crĂ©ativitĂ© n’est pas rĂ©servĂ©e aux gĂ©nies. » Diane Dufresne Ă©voque son goĂ»t pour la peinture, dĂ©veloppĂ© par son apprentissage auprès de feu Joseph Ulric-AimĂ© Paradis, dit frère JĂ©rĂ´me, selon lequel « pour peindre, il ne faut pas penser, il faut suivre son pinceau ». La chanteuse insiste : « CrĂ©er, c’est suivre l’inspiration jusqu’Ă  ses dĂ©fauts. Ce n’est pas de la fantaisie, c’est de la survie. »
La voici qui se lève pour demander Ă  la salle sa vision de la crĂ©ativitĂ©. Les spectateurs lui renvoient l’image de sa propre crĂ©ativitĂ© touche-Ă -tout, ses audaces, ses costumes… Elle hoche la tĂªte : « Touche-Ă -tout, je n’sais pas. Par exemple, en amour, faut Ăªtre crĂ©atif, aussi, mais c’est pas toujours Ă©vident de savoir quel pinceau suivre ! » Un spectateur lui annonce : « On va parler de Starmania, si ça ne vous dĂ©range pas. / – Ça m’dĂ©range, mais allez-y. / – Pourquoi Ăªtes-vous partie ? / – J’ai Ă©tĂ© engagĂ©e trois semaines, j’ai fait trois semaines. Je ne suis pas partie, je n’ai pas prolongĂ©, nuance ! »

 

 

Quand revient le moment de chanter, elle hĂ©site et reconnaĂ®t : « Chais pu oĂ¹chu rendue, moĂ© ! » Puis elle dĂ©gaine « Mais vivre », extraite de Meilleur après, paru en 2018. La chanson de Cyril Mokaiesh constate : « On n’est pas sĂ©rieux quand on a dix-sept ans [mais] on n’est pas tellement plus heureux avec nos cheveux blancs. » Reste Ă  vivre pour ce qu’il demeure « de jolies promesses » et « parce qu’il y a demain qui fait son malin avec sa rĂ©serve de printemps ». Une chanson autobiographique Ă©crite par un autre, comme tant de chansons de Diane Dufresne qui sont devenues autobiographiques pour une ribambelle d’humains worldwide… Ă€ suivre !

Jonathan Benichou-Rabinovitch, Mairie de Paris 8, 19 juin 2025 – 4/4

Jonathan Benichou-Rabinovitch dans les ors de la salle des mariages de la mairie du huitième arrondissement de Paris, le 19 juin 2025. Photo : Rozenn Douerin.

 

Après un rĂ©cital plus dense que danse (Rameau, Liszt, FaurĂ©, Greif), Jonathan Benichou-Rabinovitch a choisi de claquer le Deuxième concerto pour piano en sol mineur destinĂ© (et non dĂ©diĂ©, comme le suggĂ©ra l’artiste) par Camille Saint-SaĂ«ns Ă  Arthur Rubinstein. C’est un tour de chauffe pour les prochains concerts prĂ©vus avec orchestre dans sa chère Moldavie. Ce 19 juin 2025, l’orchestre est remplacĂ© par les dix doigts de Nathalia Romanenko, armĂ©s d’un piano droit (il existe aussi une transcription pour piano seul de Georges Bizet…). L’interprète prĂ©sente le concerto comme une Å“uvre

  • « très classique,
  • très hybride,
  • très saint-saĂ«nsique ».

Elle se dĂ©capsule sur un solo virtuose quoique marquĂ© « Andante sostenuto ». Derrière son aisance technique que l’instrumentiste a la dĂ©licatesse de ne jamais surligner par des postures ou des mimiques façon Stabylo mĂ©lodramatique, Jonathan Benichou-Rabinovitch communique son plaisir

  • de la fluiditĂ© digitale,
  • de la percussivitĂ© pianistique et
  • des effets d’attente (dont un dĂ©licat rubato).

Quand l’orchestre de Nathalia Romanenko entre en lice, c’est la douche froide. Non seulement les pianos ne sont pas accordĂ©s, mais ils ne sont pas non plus accordĂ©s entre eux.

  • Notes fausses,
  • mĂ©canique perfectible,
  • dissonances entre les deux boĂ®tes Ă  marteaux :

l’effet cymbalum est hĂ©las assurĂ©, qui dĂ©note un manque de considĂ©ration choquant, sinon scandaleux, Ă  l’endroit des musiciens comme des spectateurs. En dĂ©pit du brio du soliste et de son accompagnatrice, il faut un gros effort pour rester sur place et essayer d’imaginer ce que la chose pourrait donner si elle ne sonnait pas aussi faux. Alors, on tente de se concentrer sur la partition, Ă  travers laquelle Camille Saint-SaĂ«ns semble dessiner un paysage

  • contrastĂ©,
  • palpitant,
  • traversĂ©
    • de foucades,
    • de cavalcades effrĂ©nĂ©es mais aussi
    • de plages de contemplation.

L’effort de synchronisation entre les deux musiciens porte des fruits savoureux. Ă€ la fin du premier mouvement, pas d’inquiĂ©tude : peu importent

  • octaves enchaĂ®nĂ©es,
  • palanquĂ©es de triples croches et
  • breaks en tout genre,

le soliste semble prĂªt pour son dĂ©but d’Ă©tĂ© moldave ! Après les applauses de mĂ©lomanes peu au fait des usages ou dotĂ©s de cerveaux ensuquĂ©s par la touffeur, l’Allegro scherzando Ă  6/8 s’Ă©lance

  • sur un rythme dansant,
  • suivant une ligne virevoltante qui claque
  • au grĂ© du fourmillement digital.

Bien que l’on soit passĂ© de sol mineur Ă  Mi bĂ©mol, la partition n’hĂ©site pas Ă  se voiler par moments, tamisant l’euphorie d’une gĂ©latine plus sombre donnant de la profondeur au propos. MalgrĂ© la faussetĂ© des instruments, l’on parvient presque Ă  se rĂ©jouir

  • des beaux dialogues entre les deux pianos,
  • de la nettetĂ© des contours,
  • de l’art des mutations chromatiques et
  • de la science musicale qui donne un relief habilement contrastĂ© aux moments intenses en
    • sonoritĂ©,
    • vitesse ou
    • demi-teinte.

Les musiciens ne jouent pas les notes, ils racontent

  • une histoire,
  • un espace,
  • un flux.

Entre

  • modulations,
  • changements de registres et
  • sursauts rythmiques groovy,

l’effet de sĂ©duction est assurĂ©… mĂªme si les deux trentenaires Ă©voquĂ©s dans la première partie de cette recension, ayant eu leur contant de selfies, en profitent (enfin !) pour s’enfuir pendant les applauses. Le presto en sol mineur, entre mesure Ă  deux temps et Ă  12/8, prĂ©cipite les pianistes dans une ferveur renouvelĂ©e.

  • Motorisme,
  • hĂ¢te sans prĂ©cipitation,
  • variation des nuances et
  • dynamisme de l’Ă©criture
    • (ornements,
    • rythmes pointĂ©s,
    • contretemps,
    • frottement entre binaire et ternaire…)

font tourbillonner les ors de la salle des mariages oĂ¹ se dĂ©roule le concert. Les interprètes savent aussi suspendre leur vol pour redĂ©coller aussitĂ´t après. Ce mouvement mouvementĂ© (si, si) se transforme en houle, laissant dĂ©ferler une sĂ©rie de grandes vagues contre la digue oĂ¹ elles Ă©clatent en gouttelettes scintillantes. (Je sais, en Ă©crivant ça, moi aussi, j’ai tiquĂ©, mais, sur le moment, cette expression me paraissait claire comme de l’eau de roche, alors je la tente quand mĂªme.) Si l’on croit dĂ©celer subrepticement quelques menus dĂ©calages qui humanisent cette proposition, il n’y a certes pas de quoi Ă©rafler

  • le brio,
  • l’Ă©nergie et
  • la polychromie rutilante

des interprètes. Le rĂ©cital, qui aurait pu s’arrĂªter avant le concerto, pourrait se briser après lui. Croire cela, c’est mal connaĂ®tre Jonathan Benichou-Rabinovitch. Il faudra bien un cinquième Ă©pisode Ă  cette tĂ©tralogie pour en rendre compte. Ă€ suivre, donc !

« Face à l’obscurantisme woke », Emmanuelle Hénin et alii (PUF) – 16

Première de couverture (détail)


Le wokisme n’existe pas
, affirment ses adeptes. Force est de constater que les caractĂ©ristiques qui lui sont attribuĂ©es, Ă©voquĂ©es au fil des quinze premières chroniques, se retrouvent cependant dans la tisane culturelle mĂ©diatisable. Ainsi, la danse subventionnĂ©e aime-t-elle Ă  « brouiller les identitĂ©s ». Dans Le Monde du 7 fĂ©vrier 2025, par exemple, Rosita Boisseau s’extasiait p. 25 devant la chorĂ©graphie de Marcos Morau pour le Ballet national d’Espagne. Dans ce flamenco woke,

toute l’imagerie et les accessoires sont lĂ  (…), mais redistribuĂ©s selon les codes d’un flamenco queer, très prĂ©sent sur les scènes contemporaines. Hommes et femmes Ă©changent leur vestiaire. Les premiers vont torse nu et en jupons ; les secondes arborent des soutien-gorge et des shorts façon corset.

La littĂ©rature n’est pas en reste. Comme exemple de promotion Ă©ditoriale sur « Le marathon marketing des Ă©diteurs » (in : Le Monde, 25 juin 2025, p. 19), Nicole Vulser choisit le speech de Natacha Appanah. Sur « la scène de l’amphithĂ©Ă¢tre Émile-Boutmy du campus de Sciences Po, Ă  Paris »,

l’Ă©crivaine (sic) mauricienne Ă©voque (…) le destin de femmes victimes de la violence des hommes, thème de son prochain roman.

Deux exemples qui reproduisent les hashtags culturels valorisants, exclusivement woke : le terme « queer » et l’interversion des genres d’un cĂ´tĂ©, de l’autre le florilège anti-hommes et vaguement dĂ©colonial chantant

  • la femme (racisĂ©e est un plus),
  • l’essentialisation victimaire des femmes en tant que collectif, et
  • la violence « systĂ©mique » des mĂ¢les cisgenres.

Malheureusement, il est difficile de confronter ce constat avec la fin de Face Ă  l’obscurantisme woke (PUF), ouvrage collectif paru sous la direction d’Emmanuelle HĂ©nin et alii. La troisième partie du livre se concentre dans une dĂ©nonciation de l’islamisme qui n’est pas le sujet, puisque le wokisme a Ă©tĂ© prĂ©sentĂ© comme l’intersectionnalitĂ©, c’est-Ă -dire la convergence des luttes, aussi improbable soit-elle, entre islamistes, femmes, homosexuels, personnes victimes du post-colonialisme quoique venues chez l’ancien colon (ou le voisin d’anciens colons), tous victimes du Blanc cisgenre. Autant dire que le fil rouge est perdu au profit des imprĂ©cations contre

  • le frĂ©risme,
  • le djihadisme et
  • la soumission craintive de la RĂ©publique face Ă  ces dĂ©rives dĂ©gueulasses,

perspectives virtuellement intĂ©ressantes mais pas avec cette problĂ©matique, censĂ©e brasser plus large. Cela n’enlève rien Ă  la pertinence de la dĂ©nonciation anti-hypocrite que plaque Florence Bergeaud-Blackler contre « le voilement » en rappelant que, peu importe le fichu ou le voile en lin de chez Mahmoud, ce « string du Maghreb » facĂ©tieusement pointĂ© par DieudonnĂ© M’Bala M’Bala lors d’un conseil de classe mĂ©morable, « selon l’islam, une femme doit se couvrir le corps dans l’espace public ». En d’autres termes, « le contrĂ´le de la libido des hommes se fait au moyen du retrait de la vie publique et collective de la fĂ©minité », mĂªme si le mĂ©crĂ©ant a du mal Ă  comprendre en quoi le bĂ¢chage des cheveux est censĂ© limitĂ© les Ă©rections.

 

 

L’auteur reconnaĂ®t que le bĂ¢chage est universel : sauf exception, on ne va pas Ă  la piscine tout nu et tout bronzĂ©. Mais l’acceptation d’une norme n’est pas synonyme d’inĂ©quitĂ© : dans les lieux publics, comme l’homme, la femme couvre ses organes gĂ©nitaux, c’est une convention. La purdah, elle, vise Ă  frapper la femme pour parvenir Ă  une « hallalisation de l’espace » (quand on voit la façon dont les rappeurs halal traitent les femmes dans leurs clips, on rigole jaune, mais bref). Pour l’auteur, le bĂ¢chage des personnes du beau sexe est un « élĂ©ment du système-islam ».
En dĂ©pit de la compĂ©tence suffisante de l’auteur pour susciter la polĂ©mique autour de son dernier livre, on a un peu de mal Ă  comprendre l’intĂ©rĂªt de telles vitupĂ©rations dans le cadre du recueil que nous croyions lire, mais peut-Ăªtre comprendrons-nous mieux l’affaire dans un Ă©pisode qui pourrait bien Ăªtre le dernier et qui est donc Ă  suivre.