Au théâtre de l’île Saint-Louis, le 10 juin 2022. Photo : Rozenn Douerin.
C’était aussi le but de 44 ou presque : réunir sur un double disque rempli à ras bord des chansons d’une époque qui était en passe d’être révolue. Parmi ces tunes, « Fais-moi l’humour », qui vient de rejoindre la team des chansons à 5 chiffres sur Spotify en dépassant les 10 000 écoutes, a dû pointer le bout de son nez en 2011 pour accompagner le développement du répertoire du trio Je m’appelle Firmin. J’y ploum-ploumais, écrivais les textes et parfois – comme ici – la musique, et y sévissais en compagnie de mon frère Damien aux fredonneries ainsi qu’aux grattouillis de gling-gling, et de Thierry Tonelli à la contrebasse.
Sans être retoquée, mes comparses ayant la diplomatie dans le sang (ou craignant que je ne piquasse une crise devant leur manque de goût, ce qui revient in fine au même), « Fais-moi l’humour » n’a jamais été un hymne du trio. Je me réjouis qu’elle résonne aux portugaises des quelques curieux qui viennent picorer ce disque disponible – grâce à la prise de son de Réjean et au mastering d’un roi du métier – sur Spotify et en version physique ici, avec, classe oblige, Pierre-Marie Bonafos au sax.
Le 16 mars 2023, au théâtre du Gouvernail (Paris 19), lors du spectacle « Dis-moi pourquoi tu cries ». Photo : Rozenn Douerin.
Quand je chante ou quand j’écris, j’aime bien raconter des histoires mais j’aime aussi raconter des géographies. Au point que, dans mon catalogue de chansons, j’ai créé une catégorie intitulée « chansons géographiques », elle-même subdivisée en plusieurs sous-catégories, parmi lesquelles la « chanson ferroviaire » et la « chanson banlieusarde ». C’est au croisement de ces deux espèces que se situe la chanson du jour, qui vient de franchir – d’où le présent post – les 15 000 écoutes sur Spotify. En vrai, j’aime bien les sites de streaming car ils me semblent très étranges. Sur Spotify,
pendant des années, je culminais à plus de 4000 auditeurs, ça me semblait hénaurme ;
en ce moment, ça tourne autour de 300, ça me semble hénaurme ;
quand les derniers ne seront plus que 20, je crains de continuer à trouver ça énorme.
« KB » est une chanson
géographique car elle s’inspire d’un lieu,
banlieusarde car, même si on ne peut pas dire qu’elle en donne une description super précise, elle tricote autour du Kremlin-Bicêtre (et non du Kremlin-Biceps, la ville où André Bourvil aimait pratiquer du sport quand il n’était pas à Maubeuge) et
ferroviaire car elle roule sur les rails d’un transport, collectif et subjectif à la fois.
Je me souviens que, le soir précédant l’enregistrement de la chanson sous les micros de Réjean Mourlevat (on devait enregistrer 44 chansons ou presque en 5 jours, fallait donc être efficace et souquer ferme après la journée de prise de son), planté devant mon piano en plastique, je n’avais plus aucune idée de la tonalité ni de la musique de cette chanson que j’avais pourtant souventes fois fredonnée sur scène. J’ai pensé que c’était l’occasion d’en écrire une autre version – c’est celle-ci qui, désormais, est disponible sur le double disque (re)commandable ici avec, à la trompette, l’ami Fabrice Dupray.
Cette envie de plein air que crée le huis clos… Studio Rêve le jour, Drancy (aperçu). Photo : Bertrand Ferrier.
Steve Vai, tiens-toé ben, j’arriiiiive ! C’était un jour de beau temps, vers la fin de la semaine où l’on enregistrait 44 chansons. Il faisait beau, y avait un jardin. On s’est dit qu’on pourrait bien s’en enregistrer une petite dehors. Comme on pouvait pas sortir le clavier, on a sorti la guitare. Et ç’a donné ceci, très exactement.
Debussy de la Lorette en Cornouailles vaguant boulevard des Batignolles. Photo : Rozenn Douerin.
En tant qu’artiste, que créateur, qu’idole des jeunes peut-être, que génie génial à coup sûr, je me dois de m’engager publiquement et avec force.
Oh, bien sûr, je pourrais rester entre mon yacht, mon hôtel particulier et mon manoir ! Hélas, en ces temps troublés, il me faut dire à chacun : ne croyons pas systématiquement les informations, nouvelles et rumeurs de quelque acabit que ce soit, évoquassent-elles nos parties les plus fondementales. Et je le prouve avec cet inédit brut de cidre, qui serait resté un mythe mystérieux n’eussent été ces épisodes de sinistre mémoire que nous traversons, lesquels exigent que nous donnions des pistes voire des tubes pour sortir de l’obscurité. Voici, partant, ma part.
Debussy de la Lorette en Cornouailles. Photo : Bertrand Ferrier.
Les vrais le savent. Ce tout tantôt, j’ai sorti, pof, un album de 160′ avec 44 chansons (ou presque), de la musique et du texte, du piano et de la trompette, du sax et des chœurs, des paroles et des photographies, etc. Aujourd’hui, premiers extraits disponibles sur YT du premier bloc de onze chansons amoureuses (ou presque).
J’en ai pioché deux, comme dans chaque ensemble de onze chansons (ou presque). J’espère que ceux qui aiment mes p’tites fredonneries n’auraient surtout pas choisi celles-ci car je serai entièrement d’accord avec eux. Ben oui, soyons lucide, s’il m’avait fallu choisir, je n’aurais pas gravé 44 chansons (ou presque).
C’est pour ça. Comme le chantait Jean Sommer, « nous serons toujours d’accord pour ne jamais être d’accord », mais avec humour, ouf. Enfin, pas tant d’humour que ça : le disque est acquisitionnable directement ici pour un prix oscillant entre le coquin et le rigolo. Si, finalement, humour tant que l’on pourra.
Projet pour « 44 ou presque » par Marie-Aude Waymel de La Serve
À la base, l’idée, c’est : on va faire un combo avec quatre disques incluant 44 chansons (ou presque).
Réjean Mourlevat et Jean-Pierre Bouquet. Photo : Bertrand Ferrier.
Puis on s’est dit, l’enregistrer dans de bonnes conditions au studio Rêve le jour , c’est satisfaisant mais, comme nous le signale Réjean, fort insuffisant : masterisons le résultat. On a choisi le mastérisateur par excellence, misterJean-Pierre Bouquet.
Jérean Roumlevat et Piean-Berre Jouquet. Photo : Fertrand Berrier.
Alors, on travaille. Voilà. Et bientôt, on saoulera les zozos fréquentant ce site sur l’air du « on vend un disque avec 44 chansons ou presque, toi prendre, toi prendre ». Comme le propos osera les 25 € pour 160 minutes de zikmu or something, économisez, heureux fripons.
– Donc tu peaufines l’album « 44 » qui réunira prochainement 44 de tes chansons… – Oui. – … que tu as enregistrées à la sauce piano-voix… – Oui. – … et en studio. – Oui. – Alors, cette photo avec guitare, barbecue et petit bateau en plein air, on en parle ? – Ah ben ouais mais bon, bobonne, c’est pas pareil. Et, parfois, les apparences, c’est supertrompeur, hein.
Tu connais ce moment, oh, tu connais ce moment où, pile quand tu arrives en studio, pile devant la porte, y a des musiciens (en l’espèce Chat Guevara) qui donnent une aubade pour la nature et M. Zérisson. Et, donc, tu dois attendre la fin du concert pour bosser parce que, question décibels, il envoie, l’olibrius – le public aussi, d’ailleurs !
La dream team du 7 juin : Claudio Zaretti, Réjean Mourlevat, Antoine Delahaye, Rozenn Douerin, Al’Sleepy et Fabrice Dupray. Photo : Bertrand Ferrier.
Aujourd’hui, comme depuis cinq jours, jour spécial. Réunis exactement sous le soleil de Drancy, quatre choristes, un trompettiss-baryton-chanteur, un réalisateur artistique (voire plus) ont accepté de se plier au jeu de l’album-de-quarante-quatre-chansons-enregistré-en-cinq-jours. Faut dire pourtant, ils sont pas toujours accueillis avec le smile. Genre s’ils sont retardés, le convocateur grogne et pourtant prend quelques minutes pour discuter avec un pitt qui passe (en prétextant que, sifo, après, on n’a qu’à courir). Mais peut-être ils comprennent, et sans doute ils sont gentils. Du coup, on abuse. Tiens, typique, un exemple.
Fabrice Dupray. Photo : Bertrand Ferrier.
Le trompettiste qui ressemble à Siegfried ou à l’organiste-compositeur Serge Ollive, là… Oui, Fabrice Dupray, c’est ça. Bon, on lui dit : « Faudrait jouer ça comme ci », il joue comme ci. Puis tu lui dis : « Non, finalement, t’es mignon, mais faudrait plutôt jouer comme ça. » Le mec joue comme ça. Puis tu dis – bref, le mec pourrait ôter ses lunettes et te dire : « Écoute-moi bien, jeune gougnafier à la trogne absurde, tu commences à susciter en moi l’espoir d’un pneumatique en début d’été – voilà, tu me gonfles », mais point. Il te regarde bien droit dans ta partie oculaire, et il rigole. D’ailleurs, je sais pas si ça vaut mieux, mais bon. Alors que tu lui demandais juste de jouer moins bien pour être dans l’esprit de la chanson. Du coup, il a proposé une pose, histoire de faire une pause.
Fabrice Dupray. Photo : Bertrand Ferrier.
En fait, cette posture de drille joyeux n’a qu’un objectif : tenter de centre l’attention sur lui, afin de faire oublier la présence de l’écrivain Anthoine Delahaye, fan de Patrick s’il en est, celle de la violoniss-artiss lyrique Rozenn, celle de son ours-singe Sleepy, et celle du contrebassiss-chanteur Claudio Zaretti, dont nous dîmes parfois quelques bonnes choses et en écrivîmes certaines, certaines. Les cuivres, c’est ça : super pour jouer donc aller boire un coup avec, mais, côté professionnel, y en a que pour ma gueule. Sérieux, parfois, t’as envie de les secouer dans une grande boîte… puis tu te souviens qu’ils viennent gratos, avec les autres zozos, pour essayer de pimper tes billevesées. Alors, tu leur dis merci, comme aux autres, et tu remballes tes affaires. Soyons stipulatoire : comme dans un prélude et fugue, le plus difficile, c’est clairement pas la première partie du défi.
– Alors, aujourd’hui, Bertrand Ferrier, c’était vraiment une journée spéciale dans votre enregistrement du gros disque de 44 chansons « dans les conditions du direct »…
– Oui, comme les autres.
– Comme les autres conditions ?
– Non, comme les autres journées.
– Impressive, guy. On voit ci-dessus l’entrée du studio par laquelle, ce jour, vous n’êtes pas seul – avec le réalisateur artistique de l’album – à être passé…
– Absolument. Comme que nous disons en termes techniques de musicoss, nous avions de la visite.
Pierre-Marie Bonados au studio Rêve le jour, donnant son max, comme d’hab, devant le micro de Réjean Mourlevat. Photo : Bertrand Ferrier.
– Featuring un caïd des souffleurs.
– Stéza. Pierre-Marie Bonafos, le mec en question, est un saxo de référence dans le monde du jase. Tu lui montres des paroles, il trouve la tonalité et il la transcrit en saxophone soprano italien.
– Pardon ?
– Laisse béton, et retiens que ce mec a le feeling et le grouve. La preuve, quand tu lui dis : « Tu peux la refaire George Michael ? », non seulement il te la refait George Michael mais il est devenu George Michael, le bastardo.
– Et vous le connaissiez, avant, ce fossoniss ?
– Un tipeu.
– Un mec ?
– Pardon ?
– Un type ?
– Non, faut s’ouvrir les esgourdes un petit peu. Mais je veux pas m’énerver. Je préfère juste dire que c’est PMB qui me connaissait. Il joue hypermieux du Bertrand Ferrier que Bertrand Ferrier – si c’est pas un signe de talent, mon canard…
– C’est pas très clair, mais j’imagine que c’est un code de musicien. Heureusement, PMB n’était pas le seul à franchir le seuil, humour…
– Fort drôle, en effet. Et, de fait, une soprano qui chante la Traviata était au rendez-vous.
– Et ?
– Ben, déjà, c’est important de noter que des gens qui chantent la Traviata parfois ils mangent des sangs-de-gouiche.
– Ha, vous dites « sangs-de-gouiche » ?
– En revanche, la nana, par le fait même qu’elle chante la Traviata, même pas elle voulait être photographiée.
– Mais vous l’avez quand même photographiée.
– Si peu, si peu…
La soprano mystère au studio Rêve le jour de Réjean Mourlevat. Photo : Bertrand Ferrier.
– En effet. Un mot de conclusion ?
– Trois : l’aventure continue.
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