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Violoncelle page 4

Une happy end

Photo : Rozenn Douerin

Si les meilleures choses ont une suite avant d’avoir une fin, la Quatrième suite de Johann Sebastian Bach a une fin avant d’avoir deux suites. C’est en tourbillonnant que Hannah Holman achevait cette saga offerte au festival Komm, Bach! en temps de Grand Confinement. Vous pouvez désormais savourer la gigue et les précédents mouvements de la célèbre BWV 1010 !

  • Prélude : https://youtu.be/9s83CCL8z0s
  • Allemande : https://youtu.be/89FifGXzyGA
  • Courante : https://youtu.be/EdWBzYv1Rms
  • Sarabande : https://youtu.be/hwf5BUBO5gM
  • Bourrées : https://youtu.be/AILzlJXU914

Retrouver le concert en intégralité : https://youtu.be/GUAY5APlCn4.
Site de Hannah : https://www.hannahholmancello.com/.
Site de son orchestre :
https://www.nycballet.com/discover/ou….

 

 

Un peu de dance music

Photo : Rozenn Douerin

De l’énergie, des nuances, du contretemps, des contrastes et le sens de la respiration : il n’en faut pas plus à Hannah Holman pour nous inviter à sautiller autour du tube de la Quatrième suite pour violoncelle de Johann Sebastian Bach, interprétée pour le festival Komm, Bach!, pendant le Grand Confinement.

Retrouver le concert en intégralité : https://youtu.be/GUAY5APlCn4.
Site de Hannah : https://www.hannahholmancello.com/.
Site de son orchestre :
https://www.nycballet.com/discover/ou….

 

 

Sans complexe

Photo : Rozenn Douerin

Le groove peut-il avoir du corps ? Pas sans talent. La capacité de Hannah Holman à poser les notes du vénérable JSB sans les alourdir, à respecter le tempo sans se contraindre, à oser la tenue comme le détaché sans se figer laisse penser que la dame en a un p’tit plus qu’un p’tit chouïa.

Retrouver le concert en intégralité : https://youtu.be/GUAY5APlCn4.
Site de Hannah : https://www.hannahholmancello.com/.
Site de son orchestre :
https://www.nycballet.com/discover/ou….

 

 

Une courante pas habituelle

Photo : Rozenn Douerin

Il est rare que la vision d’un pré qui somnole au soleil ou le fredon d’un chat qui ronronne donne envie de se remettre à la zumba ou d’aller défier un cheval sur 200 m de sprint. Bien que la probabilité de telles pulsions soit plutôt faible dans mon petit for intérieur (mais je ne suis pas là pour me hausser du col), voici une musique qui, par la grâce électrique de Hannah Holman, ne risque pas d’inspirer un soudain désir de sieste.

Retrouver le concert en intégralité : https://youtu.be/GUAY5APlCn4.
Site de Hannah : https://www.hannahholmancello.com/.
Site de son orchestre :
https://www.nycballet.com/discover/ou….

 

 

Let’s dance (with grace)

Photo : Rozenn Douerin

Un peu de légèreté sérieuse avec ce nouvel épisode de la Quatrième suite pour violoncelle claquée par la musicienne américaine Hannah Holman – qui connaît bien la danse pour être membre de l’orchestre du New York City Ballet – pour le festival Komm, Bach!. Ceux qui souhaitent esquisser quelque chorégraphie adaptée peuvent bien sûr s’y coller.

Retrouver le concert en intégralité : https://youtu.be/GUAY5APlCn4.
Site de Hannah : https://www.hannahholmancello.com/.
Site de son orchestre :
https://www.nycballet.com/discover/ou….

 

 

L’ouverture du rideau

Photo : Rozenn Douerin

Parmi les six joyaux de la couronne violoncellique, Hannah Holmann a prélevé le quatrième qu’elle a égrené au long du premier concert intitulé Racontez-moi une autre histoire, enregistré, monté et diffusé pendant le Grand Confinement Universel. En voici le Prélude, solide et sinueux comme une danse hypnotique chargée de nous faire basculer dans le mystère de cette saga…

Retrouver le concert en intégralité : https://youtu.be/GUAY5APlCn4.
Site de Hannah : https://www.hannahholmancello.com/.
Site de son orchestre :
https://www.nycballet.com/discover/ou….

 

 

Splendeurs du confinement

Photo : Rozenn Douerin

La violoncelliste Hannah Holman, de l’Orchestre , claque vec sa « partenaire de quarantaine » un gros mouvement d’une magnifique sonate de LvB. Gratis pro Deo et pour les invités du festival Komm, Bach!, vous compris. C’est chouette, donc on partage pour faire passer le message.
Site de Hannah : https://www.hannahholmancello.com/.
Site de l’orchestre : https://www.nycballet.com/discover/our-orchestra.

 

 

En différé avec Cyrielle, Volker David et Salomon

 

Le festival Komm, Bach! ne programme que ses chouchous. Tous les artistes sont donc 100 % nos chouchous, mais Cyrielle Golin est encore plus 100 % notre chouchoute. Voici, en partie, pourquoi.

 

 

La soukouss, version Cyrielle Golin

Cyrielle Golin
Cyrielle Golin by Cyrielle Golin, une version

 

Si vous aimez les cratères, les grands huit, les sensations fortes – la musique, en somme, cette vidéo est pour vous. Sinon, tant pis, écoutez France Inter ou FIP, à la rigueur.

 

 

Splendeurs de la catastrophe, les artistes : Cyrielle Golin

Photo reproduite avec l’aimable autorisation de l’artiste à la riche palette

Cyrielle Golin a un faux air de Sophie Koch Jr – chouchoute de ce site, parmi d’autres. Mais la gamine se dérobe aux réductions. Fermement enracinée à Metz, elle a aussi fréquenté les lieux de perfectionnement musical qui se profilent en Allemagne, à Aulnay-sous-Bois et, pour le quatuor Ysaÿe, rue de Madrid, à Paris. Soliste sublime, elle a néanmoins ou donc fondé le quatuor Arkos, on y viendra tantôt. Créatrice d’un grand festival messin, elle a ce nonobstant accepté de fricoter avec le prochain concert Komm, Bach!. Passionnée de concerts et de vivant, elle a, il y a peu, claqué en studio un disque de schummans avec messire Antoine Mourlas – enregistrement que nous évoquâmes le 19 février de la présente année.
En attendant le samedi 9 mai, 20 h 30, c’est l’occasion de s’en ressouvenir.


 

Ce disque est une entourloupe et une découverte. Une entourloupe car, en dépit de leur patronyme, les frères Camillo et Georg Schumann n’ont rien à voir avec Robert Schumann. Une découverte, car la musique de Camillo et Georg nous est tout à fait inconnue ; si Robert (joué par l’un des compositeurs, comme le raconte le trailer) peut permettre que s’explore le répertoire de ces musiciens effacés par le rouleau compresseur des monuments sans cesse remis sur les devantures des disquaires, youpi.
Le programme s’ouvre avec la Première sonate pour violoncelle et piano de Camillo Schumann, op. 59. L’Allegro moderato nous plonge d’emblée dans la sonorité chaude du violoncelle de Cyrielle Golin, un Caussin de 1860. Les quatre cordes semblent émoustiller le piano dans une belle énergie commune (le montage a l’astuce de privilégier cette vibration partagée sur la perfection plastique, comme en témoigne le mini-accro à 0’58). Le prélude ouvre le chemin au premier thème énoncé par le piano dans un bel effet de contraste. Trois ingrédients se distinguent :

  • Aux envolées de Cyrielle Golin répondent
  • des passages plus méditatifs, joliment nuancés, comme suspendus,
  • que ne tardent pas de commenter avec virtuosité la partie tonique d’Antoine Mourlas.

Cette alternance est alimentée par un souci de rendre aussi justice au piano fors son rôle d’accompagnateur – le violoncelle pouvant se positionner comme

  • soliste,
  • partenaire d’unisson,
  • teneur de pédale et
  • porteur d’écho.

Aussi le mouvement de presque 8′ n’accuse-t-il aucun temps mort, emportant l’auditeur dans une écriture maîtrisée et variée jusqu’au double boum-boum final.
L’Andante cantabile e espressivo remplit sa fonction plus méditative, sans que les interprètes ne confondent tempo modéré et mollesse. La ligne est tenue, soutenue même grâce aux différents dialogues proposés entre les instruments, dépassant largement la seule répartition violoncelle solo – piano en arpège. Du reste, même cette formule si convenue ne manque pas de beaux moments (à 2’27 et 5’41, semblent résonner des harmonies quasi pucciniennes – compositeur contemporain de Camillo Schumann) et refuse de s’enliser dans une trouvaille qui serait diluée dans 8′ de musique. Méditation, emportement, changements d’atmosphère et savoir-faire compositionnel déclinent les mélodies sans que l’attention ne décline. Le violoncelle, çà lyrique, devient là barioleur ou pizzicatiste. Le piano peut ici faire tapisserie avant de ressurgir motorique quelques mesures plus loin jusqu’à une coda très gracieuse.
C’est lui qui lance avec ardeur l’Allegro molto. Le violoncelle le rejoint dans sa furieuse envie d’avancer. Pour autant, les artistes savent associer

  • cohérence guidant l’oreille,
  • caractérisation des différents segments et
  • souci de faire musique par les nuances, la synchronicité de respiration et la précision, très réglée, dans les échanges.

Une brusque rupture (2’51) semble chercher un nouveau souffle qui, bientôt, emporte avec fougue les restes du silence. Saisi par la conviction des complices, l’auditeur pourra être bluffé par

  • leur art de la narration,
  • la façon dont ils s’approprient le tempo et
  • la polymorphie de leurs outils, tant ils savent tisser leurs instruments de soie, de dentelle, de froufrous et favoris ou de toile résolument rêche.

Hormis pour les passionnés de musique dissonante et déstructurée, cette sonate mouvementée, jouée avec la maîtrise technique indispensable et la passion réfléchie juste comme il faut, confirme la pertinence de sortir Camillo Schumann de la naphtaline où ses partitions clapotent depuis leur création.

 

 

Robert Schumann a rarement écrit pour violoncelle. L’op. 102 de la star du disque permet néanmoins d’entendre Fünf Stücke im Volkston sous les doigts des découvreurs-mais-pas-que que sont Cyrielle Golin et Antoine Mourlas. « Vanitas vanitatum » balance à souhait, non sans proposer des nuances qui pimpent le système de reprises. Le mouvement lent, entre majeur et mineur, laisse comme il sied chanter le violoncelle – pas d’affection, pas de mignardise, juste du charme, y compris quand, brièvement, le piano prend le lead.
Le mouvement ternaire « pas vite », entre mineur et majeur, laisse tout loisir à Antoine Mourlas de jouer les accompagnateurs servants, que le violoncelle batifole en simple ou double corde, jusqu’à l’arpège final. Le mouvement « pas trop vite » s’ouvre sur une entrée solennelle qu’un lyrisme bien rendu tempère, dans la section centrale, sur une large tessiture.
Le retour du premier motif laisse entendre qu’approche le dernier mouvement, « fort et marqué », ce qui n’est certes pas contradictoire chez Robert S. avec une certaine délicatesse – en l’espèce dans les triolets. En prenant au sérieux ces grandes miniatures, les artistes ajoutent au charme qu’une exécution a minima aurait déjà eue. On l’aura compris, cela ne semble pas le genre de leur maison, et c’est heureux.

 

 

Second gros morceau, les plus de trente minutes qu’exige la Sonate op. 19 de Georg Schumann. Le premier mouvement promet du sentiment puisqu’il est autodécrit comme « Allegro moderato con molto espressione ». Pas de temps mort, on commence d’emblée dans le grave du violoncelle en 12/8, tandis que le piano se cale en 4/4 avant de mêler les deux grooves. Une première modulation conduit de mi à la mineur et propose une partie plus chantante et moins instable, bien que le dialogue entre binaire et ternaire ne s’efface pas totalement. Finauds, les interprètes esquivent une reprise superfétatoire pour enchaîner sur la mélopée langoureuse du violoncelle qu’accompagne une cascade de sextolets pianistiques.
Les deux instruments se mettent à dialoguer. La teneur des (d)ébats semble fort escagasser le violoncelle dont les sautes de registre trahissent l’exaspération. Faute de meilleure entente, le débat se résume à des traits solistes de violoncelle sous lesquels grommelle le piano. Quelques modulations nouvelles tâchent de définir un nouveau vivre-ensemble. La reprise en mi bémol puis en mi du motif liminaire met le doigt sur la difficile conciliation entre binaire et ternaire. Un temps, le piano la joue low profile, mais les deux protagonistes conviennent qu’il faut s’expliquer. Voici donc le retour du Mi apparent et de la domination du binaire. Toutefois, l’épuisement du discours prépare le come-back des sextolets, jusqu’à une coda qui, toute sage qu’elle soit avec son ploum-ploum, laisse l’auditeur indécis. C’est précisément cette indécision entre

  • binaire et ternaire,
  • différentes tonalités,
  • dialogue et conflit

qui fait le prix d’un mouvement animé avec élégance.
L’Andante cantabile en do dièse mineur affermit le ternaire dans une mesure à 3/2 (avec quelques extensions en 8/4) qu’assortissent quelques triolets sporadiques. Le thème premier du deuxième mouvement est introduit sans presser dans la splendeur du violoncelle, le piano sachant se mettre sagement en retrait jusqu’à ce qu’il soit invité à répondre. Un passage en suspens rappelle que Georg Schumann n’a, d’évidence, aucune jouissance à exprimer tout le suc d’un thème. Il préfère le mettre en parenthèses, le faire moduler, l’interroger sans craindre le silence – ce qui, en l’espèce, valorise sa dimension élégiaque. La recherche d’un équilibre entre les protagonistes alterne

  • leads du violoncelle et parfois du piano (avec tenue de violoncelle),
  • brefs soli du piano, et
  • unissons furtifs comme l’enlacement momentané d’un couple lors d’une danse lente – peut-être, donc, de la vie.

Un Allegro energico con fuoco en mi mineur conclut la promenade. Rageur, le piano puis le violoncelle énoncent leur feu. L’intensité de cette partition qui joue avec habileté entre ternaire (triolet et 6/4 éphémère) et binaire est remarquablement bien rendue par les interprètes-défrciheurs. Techniquement, le rendu est époustouflant. Aucun artiste ne se soumet face à la virtuosité technique ou musicale que le compositeur exige. Les modulations sont enlevées avec une aisance et une cohérence convaincantes, en dépit des joyeux soubresauts qui conduisent de mi vers ré sus 4 direction Mi bémol… avec toujours un dièse à l’armure, puis officiellement Do. Dans ce mouvement, on apprécie

  • les soubresauts qui animent les onze ultimes minutes,
  • les contrastes ménagées par la partition et par les interprètes, et
  • les surgissements des dialogues ou des « quasi récitatifs », entre ternaire et binaire comme entre mineur et majeur, entre Mi et La bémol (et Mi) (et mi).

Tout cela est magistralement réalisé jusque dans les chromatismes qui pimpent le classicisme romantique de la partition, direction la conclusion en anti-tierce picarde.

 

 

En conclusion, sous un design assez moche et un titre bof, voilà bien un disque extrêmement gouleyant pour tout curieux de musique un peu rare et néanmoins formidablement incarnée. Faisons la fine bouche pour jouer au critique : le livret est sobre et intéressant, mais terrrriblement mal relu (bio de Cyrielle qui, on le saura, on le saura, vient de Metz, vient de Metz) et mis en page à la barbare (interlignage aléatoire, présentation sommaire, orthotypo ratée), ce qui est difficilement compréhensible vu l’investissement que nécessite le son en regard du print. De même, on s’étonne que, dans la bande-annonce, les artistes expliquent avoir « longtemps réfléchi » avant de se résoudre à enregistrer dans l’église Saint-Marcel où tous les classicoss rêvent d’enregistrer : est-ce une décision si surprenante ? À l’arrivée, on regrette enfin que le piano virtuose ne soit pas aussi bien capté que l’extraordinaire violoncelle. Mais, in fine, on s’incline devant

  • l’incroyable aisance technique des artistes,
  • leur musicalité et
  • leur investissement dans un projet
    • passionnant,
    • puissant et certainement pas
    • latéral.

Les deux musiciens prouvent ici moins leur valeur que la force des partitions qu’ils propulsent. C’est

  • techniquement impressionnant,
  • musicologistiquement superpassionnant,
  • humainement joyeux, et
  • musicalement wow.

Ne mentons point : on a ouï pis avant de dire « mazette, c’est du cossu » devant un tel objet sonore. En tant qu’objet, ce disque peut susciter un enthousiasme modéré ; en tant que support sonore, il est transportant. Selon l’ordre de ses préférences discographiques, l’on pourra choisir d’envisager son acquisition ou non !


Pour acheter le disque, c’est ici.
Pour retrouver Cyrielle Golin, c’est çà.
Pour dénicher Antoine Mourlas, c’est là.