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Le blog de Bertrand Ferrier, page 179

La fin est proche

Photo : Rozenn Douerin

Tube de la musique classique, somptueusement interprĂ©tĂ© par Emmanuelle Isenmann assistĂ©e de son fidèle destrier, le PLDV (petit lutin discrètement virtuose) Jorris Sauquet, voici la « Danse macabre » qui concluait l’antĂ©pĂ©nultième concert organisĂ© par Komm, Bach! durant le Grand Confinement sous le titre « Racontez-moi une autre histoire (au moins) ».

  • RĂ©investir les frontières de nos fragilitĂ©s,
  • rĂ©enchanter nos fears of the dark,
  • se rĂ©jouir grĂ¢ce Ă  la mort tant que nous sommes vivants :

autant de défis relevés, ici, par la musique et ses interprètes.
Bonne danse et longue vie aux curieux !

Looking back over my shoulder…

Photo : Bertrand Ferrier

… après la dernière messe dominicale.

Marie-Aude Murail, Sauveur : saison 6, l’Ă©cole des loisirs

C’est l’histoire de Sauveur, un psy antillais qui

  • ne pratique pas la PNL,
  • a deux portables,
  • beaucoup de patients mais un seul compte en banque au rouge fixe,
  • plusieurs cochons-hamsters d’Inde rĂ©gulièrement dĂ©cĂ©dĂ©s,
  • quatre ou cinq enfants et demi qui ne sont pas tous de lui (ni de sa compagne),
  • un SDF Ă  domicile avec flingue et fusil mitrailleur,
  • un livre parfois de chevet intitulĂ© Pour en finir avec la culpabilitĂ©,
  • un coupe-file Ă  l’hĂ´pital du coin pour parler aux comateux et partager du Champomy avec la fille de la Reine des Neiges, et
  • deux oreilles pour Ă©couter, avec professionnalisme ou non, le cÅ“ur des gens qui bat plus ou moins fort dans un monde foufou oĂ¹, comme poĂ©tise Romain Didier, « des milliards dâ€™Ăªtres humains se courtisent et se dĂ©testent ».

Ă€ travers ce cristallisateur, c’est bien le monde-qui-va que Marie-Aude Murail tĂ¢che de fixer, elle dont les quasi mĂ©moires viennent dâ€™Ăªtre rééditĂ©es au Livre de Poche, manière de gloire suprĂªme s’il en est. La dame qui Ă©crit toujours a toujours Ă©crit – eh oui – pour fixer son temps. Le sien et celui du monde. Les deux coĂ¯ncident, parfois. Jamais complètement, par chance : ce dĂ©calage, cette dissonance, ce vantail entre les fenĂªtres, chez cette raconteuse d’histoire hors pair, cela doit s’appeler le regard. Avec cette particularitĂ© que l’on ne sait plus, en lisant ses livres soi-disant « pour jeunes lecteurs » (ils le sont Ă  maints Ă©gards, donc ils ne le sont pas du tout Ă  maints autres), si c’est ce qu’elle regarde qui nous intĂ©resse, ou plutĂ´t la manière dont elle regarde. J’ai bien ma p’tite idĂ©e, mais j’ai claquĂ© quelques travaux universitaires sur le sujet, et j’aime pas trop ressasser.
Restons-en au tentant patent : pĂ©tris dans le chaudron du feuilleton et du plaisir de raconter encore et encore une autre histoire, les sujets d’ultra-actualitĂ© jalonnent, façon strie d’arbre, le travail d’écriture de la romancière. De mĂªme que les top topics de l’annĂ©e guidaient la sĂ©rie des Nils Hazard, de mĂªme les mutations de notre monde, superficielles ou profondes, battent dans sa sĂ©rie « Sauveur & fils », dont la sixième saison vient de pointer le bout de ses moustaches.
Déjà, avant que les vies noires eussent – seules, forcément seules, il convient de décolonialiser la vie, par pitié – de l’importance, le héros – le Sauveur en question – était noir. C’est pas rien. Moderne avec anticipation et persistance, on vous dit.
Ensuite, on trouve tous les signes d’une société mutante

  • dans le roman,
  • dans le cabinet (pas dans les cabinets, assez peu abordĂ©s mĂªme si on parle de prouts de cochons et d’emmerdes du quotidien) et
  • dans la vie du Sauveur.

Parmi les ingrĂ©dients fournissant matière Ă  rĂ©cit, si des secrets de famille Ă  l’ancienne et, chose rare, une messe de NoĂ«l festonnent dans le rĂ©cit, il y a surtout, sonnant up to date,

  • de la famille recomposĂ©e,
  • des ados transgenres (c’est un peu ringard, toutefois : aujourd’hui, on prĂ©fèrera les garçons habillĂ©s en filles et reprĂ©nominalisĂ©s, hop, dans une cour d’Ă©cole non genrĂ©e)
  • de l’homosexualitĂ©,
  • une femme enceinte d’un homosexuel,
  • un iPhone et
  • de l’écriture inclusif.ve, heureusement Ă  dos.e allĂ©gĂ©.e (321).

Il y a aussi

  • le principe dĂ©complexĂ© de la sĂ©rie, Ă  la fois moderne et atemporel eu Ă©gard Ă  l’histoire du feuilleton,
  • des punchlines Ă  tire-larigot,
  • des dialogues qui pètent (« – Vous pouvez m’appeler par mon prĂ©nom. / – Oui, rĂ©pondit le docteur qui n’en voyait pas l’intĂ©rĂªt »),
  • des notations qui font toute la diffĂ©rence (« – J’ai faim, dit GrĂ©goire Ă  titre indicatif », 300),
  • une allusion rĂ©currente Ă  JJG (« la famille, c’est ceux que l’on choisit », 306),
  • des intertextes Ă  foison,
  • un souci pĂ©dago d’apprendre du vocabulaire avec un rĂ©capitulatif Ă  la fin (le texte est quand mĂªme publiĂ© Ă  l’école des loisirs – le didactisme a donc, hĂ©las, le droit de polluer le plaisir de lire),
  • plein d’animaux (ce qui est toujours bon signe) mĂªme s’ils meurent parfois (ce qui n’est jamais bon signe, mĂªme si ça permet de dĂ©couvrir un LĂ©opard),
  • de rares fautes orthotypo (comme ce « Mieux » qui manque de cap, p. 203),
  • des palanquĂ©es de rĂ©pĂ©titions qui contribuent Ă  l’impression de facilitĂ© de lecture (par ex. : bien, tout, dĂ©jĂ , et « faire » – au moins huit occurrences pp. 194-195),
  • un parfum de France surannĂ©e avec, majoritairement, des noms qui deviennent rare dans les Ă©tablissements d’enseignement hexagonaux (GrĂ©goire, Gabin, GĂ©raldine, Iris, Maxime, Paul, Lazare, Alice, Ambre, etc. – heureusement, la famille de Solo assure un peu de diversitĂ©, apprĂ©ciĂ©e par la quatrième qui se concentre sur Sarah – un des nombreux prĂ©noms bibliques prĂ©sents dans le livre –, Ghazil Naciri, Kimi le Vietnamien homosexuel, et Jovo le lĂ©gionnaire armĂ©, comme si l’Ă©diteur avait honte de ce qui sent la vieille et fière France)…

Enfin, le rĂ©sultat trahit la pĂ©rennitĂ© d’un talent qui sait se nourrir de l’immĂ©diat pour s’exprimer dans le temps long du rĂ©cit Ă  suivre. Quels que soient les sujets du moment ou les trĂ©pignements agacĂ©s que l’on s’attend Ă  manifester devant un univers aussi gentiment consensuel que positif, l’écriture muraillique transforme le glucose en saveur, le sirupeux en gouleyance et la convention en rock’n’roll. L’effet addictif est assurĂ© de main de maĂ®tresse Ă  travers ce bonheur de la sequel, saupoudrĂ© de ce qu’il faut de sucre, de guimauve et d’invraisemblances pour nous rendre addict. Ainsi en va-t-il de la jouissance perpĂ©tuĂ©e que nous offre la fiction populaire… quand elle est maĂ®trisĂ©e avec savoir-faire ET talent. De la sorte, et sans le vouloir, car la polĂ©mique n’est pas son fort, Marie-Aude Murail renvoie dans les cordes la double mĂ©prise de Nathalie Azoulai, placĂ©e dans « Le Monde » des 13-14 septembre 2020, p. 32, selon laquelle « lire un roman a un coĂ»t », d’oĂ¹ la victoire des sĂ©ries, dont la « plasticitĂ© virtuose » permet de ne « demander presque aucun autre effort au spectateur que son temps ». La chougne d’Azoulai est grotesque, dĂ©montre malgrĂ© elle la saga « Sauveur & fils ».
Ce n’est pas la fiction mais la médiocrité autosatisfaite qui dégoûte le lecteur.
Ce n’est pas l’écrit mais le ronflement conventionnel qu’exhalent les « grands romans de la rentrée », cooptés par une petite caste putride, incestueuse et inculte.
Ce n’est pas la série qui le séduit mais la puissance d’imagination et d’écriture dont sont coupables leurs auteurs, surtout quand leur succès et leur carrière leur offrent manière de liberté.
Au contraire, rendre quotidien l’inaccessible, prenant le prĂ©sent, probable l’impossible, charnel l’abstrait, onirique l’immĂ©diat, et enthousiasmant le pragmatique par le truchement d’une langue maniĂ©e avec saveur et science, cela demande le contraire d’un effort. Toutes les entourloupes romanesques, manipulĂ©es avec un art du scĂ©nario faussement linĂ©aire malgrĂ© les cahots, et avec une Ă©criture faussement plane en dĂ©pit de ses embardĂ©es, Marie-Aude Murail s’en sert depuis près de cent livres, traduits dans plus de vingt langues, avec une dĂ©lectation qui fait la nĂ´tre. HĂ©las, on nous annonce que pour raisons familiales, la prochaine saison de la saga ne paraĂ®tra sans doute pas l’an prochain. Évidemment, nous en Ă©prouvons une vive colère, mais c’est le plus beau compliment critique que nous avons Ă  notre disposition.

Soyons délicats

Photo : Rozenn Douerin

C’Ă©tait le moto de la chanteuse Arielle (pas Dombasle) lors de sa dernière tournĂ©e connue : soyons dĂ©licats.
Ce qui, investi par des gens de goĂ»t et surtout pas de simple bon goĂ»t, n’a rien de mou ou de conventionnel. En tĂ©moigne cette sonate de Scarlatti dont l’impressionnante Jasmina Kulaglich rend rondeurs et contrastes, pleins et dĂ©liĂ©s, effacements et provocations. Un plaisir fruitĂ© et savoureux – pas toujours plĂ©onastique nowadays.

Retrouver le concert en intégralité : https://youtu.be/GUAY5APlCn4.
Site de Jasmina : http://www.jasminakulaglich.com/.

 

 

C’est l’art en trait

 

Pour cĂ©lĂ©brer la rentrĂ©e, l’hypermarchĂ© qu’abrite ce site propose des promotions sidĂ©rantes sur tous les produits, alors qu’ils Ă©taient dĂ©jĂ  super mais pas chers – allez comprendre.
Jusqu’au 14 septembre exclusivement, vous pouvez acquisitionner Ă  des prix ridiculement bas d’authentiques vistemboires qui ne dĂ©pareront pas dans votre coquet intĂ©rieur.

  • Vivez une expĂ©rience unique,
  • repimpez votre espace de vie et
  • upgradez votre cocon cosy

grĂ¢ce Ă  nos objets-phares, issus d’un commerce encore moins Ă©quitable que local (au sens oĂ¹ les produits sont stockĂ©s dans un local) !

Retrouvez l’intĂ©gralitĂ© de l’offre sur https://www.bertrandferrier.fr/boutique/.

Dans la limite des stocks disponibles (bah, faut un peu de suspense, sinon, c’est hypermoins impactant, qu’il paraĂ®t asskonmdi), vous trouverez…

 

 

La trilogie de Mallemonde

LancĂ©e comme « la petite sÅ“ur d’Arthur et les minimoys », cette somme de 1600 pages a Ă©tĂ© conçue comme le croisement entre des livres d’action, d’imaginaire et de poĂ©sie. Le tout, ouvert Ă  une double lecture ado/adulte grĂ¢ce au scĂ©nario ultra rigoureux et aux Ă©changes fĂ©conds entretenus au long de l’aventure avec Maxime Fontaine – devenu depuis l’auteur vedette des Ă©ditions Gulf Stream. Immemoria reste une de mes grandes joies d’Ă©dition, bien que l’achèvement de cet ensemble ne soit pas pour rien dans la petite danse de joie rĂ©trospective que m’inspire cette trilogie. L’ensemble a Ă©tĂ© Ă©ditĂ© chez Intervista / Europacorp, chez Pocket Jeunesse puis, dans une nouvelle Ă©dition, chez Label Libertad. DĂ©sormais, les derniers exemplaires neufs sont disponibles ici pour ceux que le pitch rendra curieux : « Quand le rĂªve devient rĂ©alitĂ©, le cauchemar n’est pas loin. »

Pour acheter…
Ézoah, c’est ici : https://www.bertrandferrier.fr/produit/ezoah/.
Immemoria, c’est çà : https://www.bertrandferrier.fr/produit/immemoria-roman-580-p/.
TĂ©nĂ©bria, c’est lĂ  : https://www.bertrandferrier.fr/produit/tenebria-roman-500-p/.

 

 

Les one-shots

Quatre livres au programme.
Le Club des millionnaires express est une fable fabuleuse de Dan Gutman sur l’envie d’argent, le bonheur du pognon, la joie du rĂªve, l’existence des extraterrestres et le plaisir des cacahuètes. Pour synthĂ©tiser, Dan Gutman est un romancier amĂ©ricain capable de s’adresser aux passionnĂ©s locaux de baseball comme de claquer des romans gĂ©niaux sur des thèmes essentiels (ici, le pognon ; dans Comment devenir prĂ©sident en 26,5 leçons, la politique). Un texte aussi puissant que lĂ©ger avec son air-de-rien. Ă€ vendre sur https://www.bertrandferrier.fr/produit/le-club-des-millionnaires-express-roman-164-p/.
Happy end est un roman Ă©crit pour creuser lĂ  oĂ¹ les livres pour la jeunesse bien comme il faut ne voulaient pas aller. Un roman sur la violence, la fatalitĂ©, l’hypocrisie, l’inutilitĂ© des livres et la nĂ©cessitĂ© de la littĂ©rature. PubliĂ© en 2003 au Rouergue, adaptĂ© au thĂ©Ă¢tre en 2007, toujours vivant. Un hymne, donc, Ă  la rĂ©silience, Ă  vendre sur https://www.bertrandferrier.fr/produit/happy-end-roman-124-p/.
La Nuit comme en plein jour est un pied-de-nez aux contraintes. Il m’avait Ă©tĂ© commandĂ© un roman sur les apparences. J’ai donc dĂ©cidĂ© de faire partager une journĂ©e dans la vie d’un invisible. Pour en savoir plus et l’acheter en masse : https://www.bertrandferrier.fr/produit/la-nuit-comme-en-plein-jour/.
Revenez-y est mon premier roman (sur deux). L’illustration de couverture est moche, mais l’intĂ©rieur lui a valu d’Ăªtre comparĂ© Ă  du Éric Chevillard. Le pitch et le livre sont disponibles sur https://www.bertrandferrier.fr/produit/revenez-y-roman-158-p/.

 

partition-Pastorius-toccata-Yannick-Daguerre-bertrand-ferrier

 

La partition

Yannick Daguerre était un compositeur et un virtuose surdoués. Sa famille a autorisé le festival que je directeurartistise a édité, avec soin, la partition la plus iconique du zozo. Tout bon organiste pourrait désirer la posséder et la jouer. Elle est dispo sur https://www.bertrandferrier.fr/produit/pastorius-toccata-de-yannick-daguerre-partition-en-pdf-10-p/.

 

 

Le disque

Et puis y a le disque. Quatre disques en un, rĂ©partis sur deux CD. 44 chansons ou presque, enregistrĂ©s dans le studio de RĂ©jean Mourlevat, avec trompette, sax et voix additionnelles. 160′ presque pile poil de musique, hĂ©ritĂ©e de la pĂ©riode oĂ¹ je chantais plusieurs fois par semaine dans les boĂ®tes Ă  chansons de l’Ă©poque. Savoir que cette Ă©nergie de la chanson Ă  textes et Ă  musiques continue de circuler – par le travail des collègues survivants et par ce disque – est, toujours, une joie. On peut acheter ce bouzin, habillĂ© du plus joli packaging que l’on ait trouvĂ©, avec les paroles et des photos d’artiste, sur https://www.bertrandferrier.fr/produit/44-ou-presque-double-cd-160/.
Bonnes courses Ă  tous les sportifs !

Nicolas Horvath, The Tapes Years (2/6)

 

Suite de notre dĂ©couverte du versant harsh noise du « pianiste classique » Nicolas Horvath, entamĂ©e ici. Ainsi que l’indique son nom de « Volume 1 », la deuxième galette du coffret passe aux choses sĂ©rieuses que le volume zĂ©ro prĂ©figurait. Comment l’artiste va-t-il faire narration Ă  prĂ©sent que son outil lui est plus familier ? De quelles couleurs sonores va-t-il jouer afin d’emporter l’auditeur dans une Ă©coute planante mais certes pas plane, immobile mais secouante, suspendue mais – voire donc – mouvante ?
Explorons ces interrogations, musique Ă  l’appui.

 

1.
A.E.P. 1

La première piste de la dĂ©mo 1 d’A.E.P. (2002) reprend la durĂ©e fĂ©tiche de 12’ environ largement expĂ©rimentĂ©e dans le disque prĂ©cĂ©dent. Elle part sur des ondulations grondantes que percent de micro-Ă©vĂ©nements aux consonances aquatiques. Une certaine stabilitĂ© du climat s’installe, consubstantielle au genre tel que le crĂ©ateur l’a investi. Toutefois, avec une truculence minimaliste, l’apparence irrĂ©gulière sinon alĂ©atoire des superpositions (grondements supplĂ©mentaires, ponctuations inattendues, variations d’intensitĂ©) capte l’oreille aussi puissamment que le ferait une image animĂ©e.
Çà et là, à partir de la mi-course, partant vers 6’02, se multiplient

  • des plongĂ©es plus invasives dans l’Ă©lĂ©ment liquide,
  • des tunnels mĂ©talliques,
  • des forte plus prĂ©sents et
  • des aigus quasi mĂ©lodiques – ainsi de l’énigmatique sĂ©quence mib sib do fa #, Ă©grenĂ©e vers 8’03, reprise intacte ou mutante dans les minutes suivantes, avec sa variante sib lab si naturel voire sib lab do Ă  10’09.

Ces Ă©lĂ©ments se mĂªlent aux sons de cloches frottĂ©es et aux motifs qui structurent l’écoute par persistance ou rĂ©currence. L’arrivĂ©e de cris et de pleurs humanoĂ¯des laisse prĂ©sager d’une nouvelle bascule, finalement reportĂ©e sine die au profit d’une accĂ©lĂ©ration des perturbations jusqu’à l’extinction en fade out.
Un gong ouvre la seconde piste de la dĂ©mo 1 d’A.E.P. (2003). Une sorte de battement de cÅ“ur pulse dans une atmosphère steampunk que des soubassements graves, quasiment comme des contrebasses coll’arco alla Chostakovitch, permettent de situer dans des entrepĂ´ts portuaires, un soir d’hiver nordique Ă  souhait. Claquements mĂ©talliques et omniprĂ©sence du dialogue diastoles-systoles dĂ©sĂ©venementialisent, si si, l’atmosphère. La portĂ©e angoissante du propos s’en trouve accentuĂ©e. Aux aguets, l’auditeur observe. Le moindre bruit (des pas de robot ? un mouvement de machine ? une fumĂ©e ? un chuchotement ?) cristallise l’attention.
Sporadiquement, un monstre ouvre sa gueule pour nous empuantir de son haleine bruyante. S’attend-on Ă  une progression ? Ă  une embardĂ©e ? Ă  un twist ? Nous voici plutĂ´t ensuquĂ©s dans un rĂªve, moins acteurs qu’observateurs impuissants, moins enquĂªteurs que voyeurs incapables de se dĂ©tacher d’une scène fascinante, moins analystes que victimes d’une hypnose aussi prenante que dĂ©rangeante. Vain serait d’espĂ©rer que les sons aigus allègent l’atmosphère : Ă  la septième minute, les stridences dĂ©clenchent un crescendo pas vraiment rassurant. Pourtant, tout finit par se rĂ©sorber, ne laissant sur place que le battement et le souffle liminaires – comme si, en somme, Nicolas Horvath n’avait fait que dĂ©ployer le fantasme sonore inscrit tout entier dans le motif Ă©noncĂ© d’emblĂ©e !

 

 

2.
Premier bilan

Cette capacitĂ© Ă  creuser et Ă  dĂ©velopper les possibles d’une matrice a priori anodine conduit l’auditeur Ă  s’approprier, Ă  sa manière, la puissance imaginaire de l’artiste, laquelle s’exprime aussi Ă  travers des recherches picturales (notice Ă  dĂ©couvrir sous la vidĂ©o YT proposĂ©e) dĂ©sormais perdues, ce qui ajoute Ă  la capacitĂ© fantasmatique du projet. Au fond, que dĂ©crit Nicolas Horvath dans ces dĂ©mos ? Qu’Ă©voque-t-il ? Rien d’autre, sans doute que

  • la capacitĂ© du son Ă  Ăªtre support d’imagination, et
  • celle du crĂ©ateur Ă  exponentialiser, toc, ce support, au sens oĂ¹ Nicolas Horvath dĂ©veloppe, Ă©toffe, construit et dĂ©construit un minerai de base particulièrement Ă©vocateur.

De la sorte, l’expĂ©rience harsh noise permet Ă  l’auditeur de rĂ©investir les Ă©volutions du son au long de la crĂ©ation. Ainsi que l’indique l’absence de titre dans la sĂ©rie des dĂ©mos A.E.P., l’Ă©coute n’est pas contrainte par une musique « à programme » mais bien canalisĂ©e dans une exploration qui, sans rien rĂ©vĂ©ler des inconscients au travail, que ce soit celui de l’artiste ou le sien, oblige Ă  s’immerger dans les mĂ©andres de notre système perceptif. En d’autres termes, Nicolas Horvath interroge la capacitĂ© de la musique Ă  Ă©voquer. Il fourbit ses armes musicales sur le terrain du faire penser. Ă€ quoi nous fait penser sa musique ? Pourquoi ? Quels sont les mĂ©canismes que nous mettons en branle pour offrir une signification parcellaire et joyeusement insignifiante au flux sonore ? Quel rĂ©flexe rassurant nous pousse Ă  dĂ©fier ce que Jean Bessière aurait appelĂ© l’Ă©nigmaticitĂ© de la geste artistique jusqu’Ă  espĂ©rer lui faire rendre gorge grĂ¢ce Ă  une narrativitĂ© presque apaisante quoique tronquĂ©e, créée par nos soins ? Notre dĂ©sir de mettre des images et des mots sur des sons et des agencements bruitistes se retrouve questionnĂ© par la capacitĂ© de l’artiste Ă  rendre captivante toute dĂ©stabilisation du certain. Ce n’est pas le moindre des charmes de la dĂ©mo 1.

 

 

3.
A.E.P 2/1

Ce va-et-vient entre les sons et les sens dont nous les affublons – voire que nous leur infligeons – anime Ă©videmment la première piste de la seconde dĂ©mo d’A.E.P. (2003). VoilĂ  des textures mĂ©talliques, aussi instables que sciemment synthĂ©tiques, qui accueillent l’auditeur. Les ondulations, façon sirène sourde, installent une atmosphère qui reprend des Ă©lĂ©ments esquissĂ©s dans le premier disque et, spĂ©cifiquement, les premières expĂ©rimentations d’A.E.P. :

  • trio de sons,
  • ondulations,
  • abstraction,
  • vagues liquides s’Ă©touffant sur la grève.

Nicolas Horvath joue sur les extrĂªmes pour peupler cette dĂ©solation :

  • prĂ©sence ou non de frĂ©quences graves voire de grondements saturĂ©s,
  • arrivĂ©e d’Ă©vĂ©nements sans suite,
  • variĂ©tĂ© des propositions, allant de la chute d’une goutte d’eau au fracas du mĂ©tal, en passant par la friction motorique aussitĂ´t Ă©vanouie comme Ă  4’52,le barrissement bref Ă  6’50 puis autour de 11’11, la redisposition des Ă©lĂ©ments dans l’espace stĂ©rĂ©ophonique, etc.

Ainsi, autour du noyau aux trois sons ondulants, l’artiste construit une mĂ©ta-ondulation selon qu’apparaissent, ensemble ou sĂ©parĂ©ment, des Ă©lĂ©ments extĂ©rieurs.
Le son le plus audible alors est la durĂ©e. Si. L’artiste ne cherche pas Ă  « tenir » plus d’un quart d’heure, il donne Ă©paisseur Ă  son imaginaire en y faisant souffler le vent du temps (Ă©couter et voir Ă  9’13). Ce n’est pas la diversitĂ© de textures ou de tonalitĂ©s qui crĂ©e l’intĂ©rĂªt, ni la prolongation hypertrophique d’un motif aisĂ©ment reconnaissable. C’est bien plutĂ´t que le musicien prĂ©fère fonctionner sur un mode hypnotique – celui du suspense – qu’habillent les lĂ©gères modifications du gimmick et des ondulations structurantes. Cette hypnose vampirise les surprises anecdotiques (feu d’artifice ou mitraillage sporadique, par ex. Ă  10’05, 10’53, 12’18 et sqq) et les minimes mutations (vague bruit d’hĂ©licoptère ou retour des chants de baleine Ă©quivoques). Une saturation Ă©prouvante explose Ă  12’59 et envahit l’espace, dans un long lamento rythmĂ© par des coups de grosse caisse synthĂ©tique et des cris (Ă  partir de 16’10, par ex.). L’explosion infinie ne peut pourtant rien contre son fade out Ă  17′, comme si la sismicitĂ© ainsi rĂ©vĂ©lĂ©e n’Ă©tait qu’une incidence presque nĂ©gligeable en regard de la permanence du postulat Ă©noncĂ© depuis le dĂ©but.
Il n’est pas interdit de subodorer, derrière cette dĂ©mo, l’existence d’une fable anthropo-cosmique postulant en musique que

  • nous ne sommes que poussière et nous y retournons, quelques soient les soubresauts que nous aurons, effrontĂ©s, affrontĂ©s (je sais, j’ai luttĂ©, mais pas pu m’en empĂªcher) ;
  • nos grandes catastrophes ne sont que billevesĂ©es infimes Ă  l’Ă©gard de l’univers ;
  • une estimation (d’importance ou de qualitĂ©) aura toujours moins d’intĂ©rĂªt que l’aune ou, soyons familiers, les critères la sous-tendant.

 

4.
A.E.P. 2/2

La seconde piste de la dĂ©mo 2 d’A.E.P. conclut en 9’30 le cycle de dĂ©mos. Le rideau auditif se lève sur un croisement entre le ronronnement d’un moteur et un roulement de tambour. Il se mĂªle au battement de cÅ“ur reconnaissable. Des halètements traversent l’affaire. Des trains dĂ©gingandĂ©s font teinter leurs boogies. Nous embarquons pour 9’30 dans un voyage oĂ¹ variations d’intensitĂ© et communions bruitistes font office de paysage. RĂ©sonances de cymbales dans le lointain, bruits de pas sur le gravier, mystères nocturnes  indĂ©cidables animent une pièce qui creuse la veine minmale. L’exigence de continuitĂ© est assurĂ©e par des rĂ©currences de motifs et un continuum associant une granularitĂ© sonore perpĂ©tuelle Ă  des adjuvants tels que les sons filĂ©s de contrebasse. Nicolas Horvath semble prendre plaisir Ă  mĂ¢chouiller dans nos oreilles une texture porteuse d’images. Il l’assume franchement en limitant les Ă©vĂ©nements extĂ©rieurs, avec trois effets :

  • valorisation des micro-Ă©vĂ©nements (un petit rien devient un grand tout s’il surgit dans un monde exempt de soubresauts) ;
  • installation d’un climat d’Ă©coute poussant Ă  attendre qu’il se produise quelque chose ;
  • possibilitĂ© de contempler le son plutĂ´t que de se concentrer sur des pics d’explosivitĂ© potentiellement rĂ©ducteurs du travail proposĂ©.

L’intĂ©rĂªt de cette piste est donc double. D’une part, elle explore la veine horvathienne d’une manière plus sobre, plus dĂ©nudĂ©e et certainement pas moins convaincante. D’autre part, sans s’embourber dans le ronron d’une musique gentiment planante, elle dĂ©place la notion de narration. En effet, le rĂ©cit sonore n’est plus centrĂ© sur une succession de trouvailles, d’innovations ou de mutations. Il se focalise sur la continuitĂ©. C’est l’attente qui fait rĂ©cit. Faute de rebondissements et devant la raretĂ© des twists, elle conduit l’auditeur Ă  Ă©couter le mĂªme apparent et Ă  dĂ©couvrir la richesse. Rien de plat, ici, mais bien du plane accidentĂ©. L’effet produit s’apparente Ă  un – osons l’oxymoron – zoom immobile aux effets spĂ©culaires. En effet, l’auditeur est renvoyĂ© Ă  sa propre concentration et Ă  ses attentes prĂ©construites, puisqu’il attend sans cesse que « se passe » quelque chose alors que, ce qui se passe, la chose qui advient, n’est rien d’autre qu’un temps suspendu.

 

 

5.
Dapnom 1

Dernier gros morceau dark ambient proposĂ© sur ce disque, la première dĂ©mo de Dapnom (2004) est aussi la première piste Ă  bĂ©nĂ©ficier d’un titre. Le moins que l’on puisse dire est qu’il ne nous Ă©claire pas : « Regwoisvokwos Gwhenmi Welminti » nous assombrit plutĂ´t, ce qui est cohĂ©rent avec le projet dark. Nous eussions pu solliciter l’artiste pour comprendre l’inintelligible ; nous prĂ©fĂ©rĂ¢mes, pour cette critique, profiter de l’effet nĂ©buleux proposĂ© par un titre qui pourrait Ăªtre indo-magmatique (mĂªme si ça manque de trĂ©ma pour imaginer l’influence fusion de la bande Ă  Christian et Stella).
Grondement, souffles et sifflements lancent le bal. L’artiste semble vouloir travailler en progressivitĂ©. Au sein du maleström de bruits plus ou moins rĂ©guliers, une ligne dĂ©finissable (la doooo si rĂ© do do la, etc.) propose une zĂ©brure sur un son de cloches synthĂ©tiques utilisĂ©es Ă  la proto-IRCAM, comme si l’attaque du son Ă©tait gommĂ©e. Trois pĂ´les s’esquissent donc :

  • le minerai de base, en forme de bruit de fond ;
  • l’Ă©trange zigzag mĂ©lodique ;
  • la surimpression bruitiste.

C’est cette profusion qui capte l’oreille de l’auditeur. Il s’agit de dĂ©crypter, de se frayer un chemin dans les toiles d’araignĂ©e que Nicolas Horvath a tissĂ©es pour nous capturer. Point de salut Ă  espĂ©rer, mĂªme quand l’affaire s’apaise, après la sixième minute, comme pour laisser souffler l’auditeur. Ă€ 8’45, l’inquiĂ©tant son mĂ©lodique Ă  dĂ©faut d’Ăªtre mĂ©lodieux reprend ses sinuations – je tente le mot. Manière de cris rĂ©verbĂ©rĂ©s ou Ă©touffĂ©s compliquent alors l’espace sonore. Moins de trois minutes plus tard, nouvelle mutation. Le grondement succède au son. Des perturbations habillent le paysage – chant du vent, cliquetis, frottement mĂ©tallique (14’14). Le retour de cris dispersĂ©s dans l’espace accompagnent le crescendo final qui s’interrompt Ă  la seizième minute. Une lente rĂ©sorption efface peu Ă  peu l’agitation pour revenir au silence.
Ce travail sur le contraste et l’association de plusieurs atmosphères semble poser la question de l’illusion. De fait, qui est le plus illusoire, le plus Ă©vanescent, le plus irrĂ©el : le silence, le son ou le bruit ?

 

 

6.
Les bonus tracks

Le disque se termine sur trois fichiers d’environ 3′ chacun, documentant les « prĂ©-versions » d’A.E.P. (2007) autour de titres binaires.
Premier rare boot proposĂ©, 1011.1000.111 commence in medias res par des sons enveloppĂ©s et enveloppant dialoguant avec des grondements en crescendo-decrescendo et des cloches. La fragmentation, le saupoudrage de clochettes, des pĂ©piements retravaillĂ©s, des sons multiples (frottement d’archet, cognement de surface mĂ©tallique, vibrations et effets harmoniques) pĂ©trissent, en esquisse, des possibles Ă  exploiter.
10.101.1100 prolonge ce travail en reprenant les mĂªmes hauteurs de son et en leur ajoutant des clapotis. Les va-et-vient des grondements proposent une ambiance plus sombre, toujours aussi fragmentĂ©e, que les rĂ©currences de tritons disjoints (et hop) et de clochettes ensuquent Ă  dessein. Des grincements de porte, des hululements partiels et des chocs de grosse caisse confirment le potentiel mystĂ©rieux du projet.
100.1100.110 explore le mĂªme matĂ©riau. Un gong et des bols se joignent Ă  l’orchestre dĂ©jĂ  constituĂ©. Des Ă©clairs (1’06), des percussions et des grincements tĂ¢chent d’Ă©puiser le sujet comme l’on bat une couverture, le printemps venu ; mais Nicolas Horvath dĂ©montre l’Ă©tendue des dĂ©veloppements envisageables en redonnant vie au motif – ce que les titres combinatoires laissaient envisager. De la sorte, il compose manière de double triptyque car

  • les trois esquisses…
  • …rassemblent elles-mĂªmes trois fragments d’environ une minute.

En consĂ©quence, ce disque se clĂ´t finement non sur des lambeaux sans intĂ©rĂªt mais sur une sorte de clin d’Å“il de l’artiste, qui paraĂ®t nous montrer que ce que nous avons ouĂ¯ n’est qu’une hypothèse parmi d’autres. La fragmentation et le ressassement Ă©noncent Ă  la fois les limites de la performance figĂ©e, qui est telle qu’elle est pour le temps que durera son Ă©ternitĂ©, et le vertige des performances non advenues. En choisissant une note, un son, une intensitĂ©, un effet, une durĂ©e, Nicolas Horvath renonce aux autres Ă©ventualitĂ©s bruitistes. Dès lors, ces bonus tracks rĂ©sonnent comme un hommage aux pistes abandonnĂ©es, aux sons annihilĂ©s et aux associations dĂ©sunies. Chemin faisant, ils ouvrent les oreilles intĂ©rieures de l’auditeur sur toutes les pistes qu’il n’aura pas entendues. On ne peut qu’Ăªtre touchĂ© par le dĂ©chirement que laisse entrevoir l’artiste Ă  travers la tension entre

  • limitation du geste musical figĂ©, et
  • potentiel infini Ă  jamais nĂ©gligĂ© de tout ce que l’on n’aura pas jouĂ©.

Par chance, quant à nous, il nous reste quatre disques pour naviguer avec le capitaine Horvath, pas encore abandonné.

Acheter le coffret : https://www.nicolashorvath.com/boutique/N-Horvath-The-Tape-Years-Coffret-6-Cdrs-p176616106
(Non, aucun pourcentage sur le bouzin, juste c’est wow, alors on partage.)

Ceci n’est pas une sonate

Photo : Rozenn Douerin

Trois mouvements. Vif – lent – vif. Le tout portĂ© par la sonoritĂ© chaude et polymorphe de Brett Douglas Deubner, altiste passionnĂ© de crĂ©ations consonantes ou dĂ©sarçonnant les habitudes auditives des mozartophiles. Ceci est une crĂ©ation offerte au festival Komm, Bach! pendant le Grand Confinement. Pas une sonate. Des miniatures, nuance. Bonne (re)dĂ©couverte.

Retrouver le concert en intégralité : https://youtu.be/GUAY5APlCn4.
Site de Judith : https://www.judithmarkovich.com/.
Site de Brett :
https://www.brettdeubner.com/.

 

 

Splendeurs et surtout misères du mobilier liturgique

Photo : Bertrand Ferrier

Nourritures spirituelles d’Ă©lite

Photo : Bertrand Ferrier

La recette de Nora Lakheal disait : « À glaner chez Franprix,

  • du houmous,
  • du saucisson hallal,
  • un bocal d’olives,
  • du pain de mie et
  • un petit-chĂ¢blis. »

Après avoir lu ce passage, une nuit d’urgence Ă©ditoriale, j’ai dĂ©cidĂ© que, moi aussi, quand le temps serait venu, je tenterai de rĂ©aliser cette recette franco-tunisienne. C’est lĂ  que c’est parti en queue d’cochon alors que, Ă  la base, j’suis quelqu’un pas de gentil, mais de pas mĂ©chant, tous ceux que j’ai pas insultĂ©s – y en a – vous le diront, sĂ©rieux.
Alors, oui, certes, on va pas se mentir, madame l’agent : j’ai

  • un peu variĂ© les provenances,
  • abandonnĂ© le hallal et
  • fait le finaud sur le pain.

Nan mais, oui, OK.
J’peux pas vous dire non, hein, bien sĂ»r, total respect, vous Ăªtes de la police gastronomique, vous faites votre travail et vous avez raison de le faire. Du coup, j’vais vous avouer un truc pire. J’veux dire, y a pas d’raison, j’dois Ăªtre cash avec vous : j’ai commis une faute, il n’est que trop juste si je me fais gourmander, c’est clair de par le fait mĂªme.
Donc, après c’que vous voyez lĂ , j’suis allĂ© encore plus loin dans le dĂ©voiement, l’horreur et la dĂ©pravation. T’as vu, madame ? J’connais des mots ! Nan, j’sais pas c’est quoi ça veut dire, mais ça rythmait bien, alors tu vois, quoi. Tout Ă  fait, vouvoyer.
Donc, bref, j’prĂ©fère Ăªtre un bonhomme, j’assume mĂªme si j’en suis pas fier. Et bien sĂ»r, j’prĂ©viens d’emblĂ©e, c’est pas mon guacamole qui m’a dit de m’exprimer de la sorte : je me s’excuse auprès de la famille. Sincèrement. Vraiment. Euh, j’ai plus de synonyme en « ment » mais c’est ce que je ressens profondĂ©ment. Ha, si, j’en avais un, trop tard.
Donc, en tout cas, Ă  l’Ă©poque, ça me s’excuse pas mais j’Ă©tais malade au sens : j’avais de la maladie. La maladie de la dĂ©pravation, de l’horreur et l’autre, lĂ , j’ai oubliĂ©, voilĂ , la maladie de le dĂ©voiement. Mais paniquez pas ! Depuis, j’ai entrepris des dĂ©marches auprès de PĂ´le emploi pour me soigner jusqu’Ă  la guĂ©rison, et j’ai une allocution pour que je m’y emploie. C’est ça, une allocation en pic Ă  dĂ©s. VoilĂ , handicapĂ©. HĂ©, t’as vu, madame ? Vous me comprenez de mieux en mieux. De plus en plus vite, au moins.
Mais ce qu’il faut se dire pour bien comprendre tout le contexte de l’histoire, et encore, je vous la fais courte parce que je pourrais vous parler nan vous avez raison, j’en parle pas. En revanche, je dois prĂ©ciser que, Ă  l’Ă©poque, j’avais pas d’allocation. Ou d’allocution, pour ceux c’est qu’ils prĂ©fèrent l’une ou l’autre. C’est pas une s’excuse, c’est un fait objectivement dĂ©montrable, et toc. Donc, contrairement Ă  aujourd’hui oĂ¹ je suis très stabilisĂ©, très posĂ©, très sobre, j’Ă©tais trop dans un dĂ©lire mangerbouger.com et tout – si, vous savez, ce site que jamais personne a cliquĂ© dessus alors qu’il est sur tous les paquets de tout.
Tout Ă  fait, j’en viens directement Ă  ce qui m’amène devant vous, Votre Honneur.
Donc, voilĂ , après que j’ai mangĂ© des olives et le toutim, j’ai… Nan, j’avais pas faim, c’est pas ça. Si vous savez mieux que moi, je me tais. Sinon – bon, alors j’en finis. Ben oui, c’est long, mais c’est pas facile Ă  dĂ©voiler, attorney general. Tant pis, j’prĂ©fère l’avouer, comme ça peut-Ăªtre j’serai Ă  moitiĂ© pardonnĂ©… J’ai encore plus trahi l’esprit du repas. Si. Je l’ai conclu en y ajoutant une prune.
Tout en sachant que ce n’Ă©tait pas dans la recette.
Une prune.
Si ça c’est pas une preuve que j’estois ci-devant malade de l’os de la tĂªte gastronomique, chĂ©posskivoufo.
Pourquoi j’ai fait ça ? Ben, un peu pour manger un fruit qui fait maigrir, mais ça, ça n’a pas marchĂ© ; et surtout pour faire thĂ©matique puisque c’Ă©tait la recette d’une policière et que j’avais pas d’amande.
J’vous l’ai dit, j’Ă©tais un pur malade de l’os de la tĂªte orthographique, madame la jugeotte. La juge, pardon. Je pense qu’on en a la dĂ©mo grave, non ?
Je sais, j’ai un peu dĂ©connĂ©. Beaucoup, mĂªme. Et je se me se re-s’excuse. Mais c’est l’autre, lĂ , elle m’a mis l’eau Ă  la bouche avec la sortie d’Agente d’Ă©lite, nanani, nanana, comme quoi que dans le livre de chez Max Milo, Ă  partir du 24 septembre, on pourra retrouver les dĂ©tails de la recette non polluĂ©e p. 294, mĂªme si on a le droit de lire les 293 pages prĂ©cĂ©dentes.
Alors, c’est bon, j’ai un bisou, un bonbon et je peux sortir de cellule, prĂ©posĂ©e ?

Plus d’infos sur le livre : https://www.bertrandferrier.fr/hate/ (sans haine).

Une genèse

Photo : Rozenn Douerin

Pour le festival d’orgue-et-pas-que, Jean Dubois – l’un des plus formidables chanteurs peu connus que la France dissimule plus qu’elle ne l’abrite – est venu raconter d’autres histoires pendant le Grand Confinement. Parmi ces autres stories, celle de son enfance qui n’est pas la sienne. Acoustique mais avec le grand Jacques – façon Jean, allĂ©luia !

Retrouver le concert du festival Komm, Bach! en intégralité : https://youtu.be/GUAY5APlCn4.