Blog

Le blog de Bertrand Ferrier, page 187

Crier, par-delĂ  Edvard Munch

 

Très fier d’avoir collaborĂ© Ă  ces cris Ă©crits par Krystèle, parus chez Max Milo et tout juste disponibles en librairie, rĂ©elle ou virtuelle.
De l’extĂ©rieur, on pourrait croire Ă  un tĂ©moignage plus aguicheur que sociologique. Krystèle a 47 ans, elle est mère de cinq enfants et escort Ă  domicile depuis dix ans. Est-ce aguicheur ? Mon Dieu, si on veut un texte pas aguicheur, on n’a qu’Ă  lire une thèse sur la dissection des lombrics ou sur l’Ă©volution du bobinage industriel après 1893. M’enfin, depuis quand capter l’attention en soulevant un voile social serait une honte, pour un livre ? D’autant que Krystèle n’est pas une Nabila. Ce n’est pas un produit glamourisĂ© ; comme nous, c’est un produit car elle se vend, mais ce qu’elle vend ici, c’est son histoire, livrĂ©e avec verve, tonicitĂ© et force.
Directe, Krystèle brosse son parcours haut en couleurs, ses coups au cÅ“ur et au corps, son amour pour ses enfants, ses doutes et ses joies. Elle n’Ă©lude aucune question des gens parfaits et rangĂ©s que nous sommes, pensez, parmi lesquelles : comment peut-on Ăªtre et maman, et prostituĂ©e ? comment peut-on accueillir des clients chez soi sans que personne ne s’en doute… ou presque ? comment vit-on au quotidien ce grand Ă©cart entre la femme rĂ©prouvĂ©e (la putain) et la femme parfaite (la maman aimante et ultra investie dans l’Ă©ducation de ses enfants) ?

 

 

Cependant, le livre saisit car il vient de l’intĂ©rieur. Il submerge l’aspect exotique ou coquin susceptible d’affrioler, Ă  juste titre, les lecteurs. RĂ©ellement Ă©crit par l’auteur (je n’ai que corrigĂ© et mis en forme, sous son contrĂ´le, ce qui pouvait gagner Ă  l’Ăªtre), il est bouleversant Ă  double titre.

  • D’une part, entre anecdotes burlesques, petits drames du quotidien et angoisse existentielle, l’auteur nous prĂ©cipite dans son existence avec une sincĂ©ritĂ© poignante habilement teintĂ©e d’humour.
  • D’autre part, ce texte est un authentique projet littĂ©raire. C’est un cri. Un cri de dĂ©sarroi et de plaisirs mĂ©langĂ©s. Un cri strident. Un acte fort qui confie aux mots Ă©crits ce que rien d’autre ne peut dire. En cela, Krystèle nous rejoint. Nous happe. Nous Ă©branle. Nous rend moins insensibles. Plus vivants.

 

 

Ă€ la fois appel au secours dĂ©chirant et miroir redoutable tendu, Ă  travers l’Ă©crivain, Ă  notre sociĂ©tĂ©, Une maman presque parfaite est un ouvrage puissant. La meilleure preuve en est le silence mĂ©diatique motivĂ© « parce que c’est trop glauque, aujourd’hui, les gens ont besoin d’espoir ».
Connerie, connerie mĂ©prisante, connerie de merde, connerie de dĂ©bile, connerie de vendeur de temps oĂ¹ le cerveau est indisponible.
Il n’y a pas d’espoir durable sans luciditĂ©. Il n’y a pas de littĂ©rature quand on se contente de petites fleurs qui se balancent dans la douceur d’un printemps matutinal. Il n’y a pas de tĂ©moignage sincère qui se termine par une happy end plaquĂ©e, ce que j’appelle une happy end en BA13, histoire de passer Ă  la tĂ©lĂ© en proposant une « belle leçon de vie » disneyique et vomitive Ă  souhait. La finalitĂ© de Krystèle est beaucoup plus tellurique, heureusement : c’est le livre lui-mĂªme qui devient la finalitĂ©. Pas la gloire Ă©phĂ©mère, pas le pognon, quelque agrĂ©ables que puissent Ăªtre ces prespectives, ici hors jeu. Juste l’urgence d’Ă©crire et de partager.
Oui, ce livre, Ă  la fois drĂ´le et poignant et je suis très fier d’y avoir prĂªtĂ© la main.

 

 

 

Krystèle A., Une maman presque parfaite, Max Milo, 252 p., 19,90 €

Le message éclair est clair

Photo : Bertrand Ferrier

Y a d’la joie : les artistes

 

Pour le dernier concert de sa quatrième saison – rendez-vous ce soir Ă  20 h 30 prĂ©cisĂ©ment ici – et peut-Ăªtre dernier concert YouTube, le festival Komm, Bach! s’enjaille en osant une thĂ©matique Ă  contre-courant de la morne morositĂ© ambiante. Une demi-douzaine d’artistes ont Ă©tĂ© convoquĂ©s pour nous rappeler que, malgrĂ© tout, malgrĂ© nous parfois, y a d’la joie !
Au piano, Jasmina Kulaglich nous fait le plaisir et l’honneur de rrrrevenir. De cette pĂ©pite du piano serbe, honorĂ©e des plus grandes rĂ©compenses dans un pays rĂ©putĂ© pour son exigence et son très haut niveau musical, devenue Ă  la fois l’une des pĂ©dagogues les plus recherchĂ©es, une soliste singulière et une chambriste gourmande d’expĂ©riences formidablement abouties, nous avons dĂ©jĂ  tressĂ© quelques louanges. Laissons parler la musique pour esquisser la puissance sans affĂ©terie de cette artiste qui nous a, toujours, proposĂ© un programme inĂ©dit et sur-mesure. Sans trop en rĂ©vĂ©ler, disons que cette fois-ci ne sera pas, et c’est joyeux, une exception.

 

 

Comme le propose Komm, Bach!, revendiquant d’Ăªtre le plus petit festival international d’orgue-et-pas-que, le concert ne s’arrĂªtera pas en Serbie. Il passera par le Japon d’oĂ¹ nous vient un « jeune talent » considĂ©rĂ© comme l’une des plus belles pĂ©pites de l’impressionnante Ă©curie d’excellents Ă©lèves formĂ©s par Christophe Mantoux. Midori Abe. ÉcoutĂ©e et acclamĂ©e dans quelques-unes des plus belles Ă©glises de Paris, la virtuose cèle Ă  peine un tempĂ©rament de musicienne incandescente sous une modestie qui refuse effets et effusions. Ce qu’elle nous propose en cette FĂªte de la musique – la relecture pertinente d’un monument du rĂ©pertoire – porte la marque dĂ©licate d’une exigence Ă©moustillante et d’une sobriĂ©tĂ© bienvenue.

Midori Abe. Photographie : Bertrand Ferrier.

Ă€ peine posĂ©s au cÅ“ur battant du pays du Soleil levant, nous voilĂ  repartis. Direction les États-Unis, plus prĂ©cisĂ©ment la Californie, avec Jennifer Young.
Titulaire d’un Bachelor cum laude en musique Ă  l’universitĂ© de Harvard, qu’elle prolongera d’un master de musique avec mention en chant Ă  Longy, la soprano se produit en rĂ©cital de Boston Ă  La Haye, de San Francisco Ă  Boston en passant par le Japon. Chef de chÅ“ur auprès d’enfants (mais pas que), elle s’est produite avec de nombreux ensembles vocaux rĂ©putĂ©s sous la baguette de zozos de l’acabit d’un Riccardo Muti ou d’un Zubin Mehta, de Tel Aviv Ă  Salzbourg… Pour la FĂªte de la musique 2020, elle a choisi Saint-AndrĂ© de l’Europe et Komm, Bach! en signant une proposition festive, entre golden hits et suggestions inattendues. Accrochez-vous, ça va vibrer !

Jennifer Young. Photographie : Bertrand Ferrier.

CĂ´tĂ© franchouillard, je viendrai poser quelques sons Ă  l’improviste, en tant que titulaire de l’orgue de Saint-AndrĂ© de l’Europe. Mais nous aurons surtout la joie d’accueillir des artistes Ă  la fois presque français et un peu spĂ©ciaux quand mĂªme puisqu’ils sont du Ch’Nord. Oh, rassurez-vous, ça ne se voit presque pas – si, en ces temps de pudibonderie nausĂ©abonde, on peut encore faire ce genre de facĂ©ties sur les Nordistes sans avoir cette ignominie de Big Mama aviaire sur le rĂ¢ble.
NĂ©anmoins, on est fort tout ravis, voire tout fort ravis, de compter sur la prĂ©sence de Romain Watson, musicien professionnel (guitariste, chanteur, lead ou sideman, vidĂ©aste itou), fomenteur de mille projets dont le groupe Atlantys qui claqua quelques albums au retentissement certain, et membre Ă©minent du combo Old Tree’z en plein boom. Musicien atypique dont les mĂ©lodies fricotent avec les charmes des tubes pop, mĂ©tisseur de styles capable de travailler avec d’autres artistes de sensibilitĂ©s très diffĂ©rentes, Romain W. travaille souvent, c’en devient suspect, en complicitĂ© avec Magic MĂ©lanie, chanteuse, batteuse et percussionniste dans la vraie vie – ça existe. Leur spĂ©cialitĂ© : la chanson en un jour. Pour savoir comment on fait « une chanson en un jour » (en l’espèce, celle-ci) quand on est secouĂ© et que l’on a une machine Ă  laver voire une cuisinière, merci de visionner le mode d’emploi ci-dessous.

 

 

Bref, c’est avec de joyeux drilles, de grands musiciens et un projet pĂ©tillant que nous avons rendez-vous ce dimanche 21 juin Ă  20 h 30 pour vibrer ensemble, en prĂ©sence digitale des artistes avec qui vous pourrez Ă©changer pendant le concert grĂ¢ce au tchat !

 

 

Dans le mouv’

 

Magnifique cadeau offert au festival Komm, Bach! par le quatuor Akos, feat. Alexis Gomez, Aya Murakami, ThĂ©o Delianne et Cyrielle Golin : un bout de quatuor abandonnĂ© lĂ  par Franz Schubert. Alors que nous nous prĂ©parons Ă  dĂ©guster le dernier concert de la saison, retour sur un des beaux moments de l’histoire du plus petit festival international d’orgue-et-pas-que.

 

 

Enterrement catholique, 2020

 

Ben, non.

N’attendez plus que la joie revienne…

 

… elle arrive. Rendez-vous ce dimanche 21 juin Ă  20 h 30.

 

 

Bouclage soutenu

 

Quand tu dois bosser jusqu’Ă  tard et que l’on tĂ¢che de te soutenir.

La petite blague du jour

 

L’homo comicus a mauvaise presse. L’homme qui rigole, ça va, merci. Voici donc la chanson d’un homme qui rigole, in a way, propulsĂ©e pour le festival Komm, Bach! par l’un des chanteurs sempervirens que nous estimons le plus.

 

 

Après le fruit de la connaissance, celui de la savourade

Cerisiers – Domont, juin 2020. Photo : Bertrand Ferrier.

Retrouvailles

 

Le plaisir de la mĂ©lancolie russe sous les doigts de Jasmina Kulaglich – ou la joie de retrouver une artiste du festival Komm, Bach!, mĂªme si c’est pour Ă©voquer une sĂ©paration…