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Le blog de Bertrand Ferrier, page 188

Ressuscitation

 

Premiers concerts live d’après le Grand Confinement : du ploum-ploum de luxe au service du chanteur et nĂ©anmoins pianiste Jann Halexander.

 

 

(Oui, comme dans les Ă©glises, le solo-interlude final du ploum-ploumiste est coupĂ© sur la vidĂ©o, c’est pas comme s’il faisait, lui aussi, de la musique, voyons, enfin, fi. Comme quoi, la limite des Ă©glises, c’est très relatif.)
Lieu improbable, horaire Ă©tonnant, chanteur bizarre, pianiste toquĂ©… RĂ©sultat, devant le succès de la première date, Jann double la date et revient la semaine suivante – l’on peut rĂ©server ici. J’y serai itou, ploum-ploum toquĂ© oblige. Bon appĂ©tit Ă  tous !

 

Toccata tacatac

 

Vous prendrez bien un peu de musique qui ravive les couleurs des alentours ? Feuilletant les splendeurs des catastrophes musicales pour les besoins du rĂ©cital, Vincent Crosnier a justement quelque chose d’idoine pour la circonstance…

 

 

Sous-rions

Capture d’Ă©cran de contrĂ´le, feat. Jennifer Young : Bertrand Ferrier.

Tu connais ce moment, oh, tu connais ce moment oĂ¹, quand tu enregistres, alors que ce sera reproduit sans patch, id est comme en concert, la prise est plutĂ´t correcte jusque-lĂ , et tu ripes Ă  une mesure de la fin.
Ce semi-sourire dit « aux lèvres mordues » n’est rien moins qu’une promesse de suicide pour Ă©chapper Ă  la honte Ă©ternelle – promesse d’autant plus triste que tu ne la mettras mĂªme pas Ă  exĂ©cution. La moue de la soprano dit, avec une sobriĂ©tĂ© toute amĂ©ricaine, ce qu’elle ne te dira jamais car, elle, a de l’Ă©lĂ©gance.

Alors, si tu m’y autorises…

 

… Jean Dubois (parmi le plus top meilleur de ce qui se fait en chanson avec du français dedans), c’est pas mal, ce que tu fais, tu sais ?

 

 

Manière de réussite

Photo d’Ă©lite : Bertrand Ferrier

Quand, après vingt ans dans l’Ă©dition, tu es invitĂ© Ă  dĂ©jeuner par un publieur – non, pas dans un restaurant trois Ă©toiles, non, mais presque : dans un restaurant Ă©lite.

Travailler, c’est dĂ©finitivement trop dur…

Debussy de la Lorette en Cornouailles ronquant. Juin 2020. Photo : Bertrand Ferrier.

… et voler, ça dĂ©pend si t’es un oiseau spĂ©cialisĂ© dans le projet, en fait.

Racontez-moi une autre histoire : les compositeurs (2)

 

Après le succès du concert de ce samedi 6 juin, le festival Komm, Bach! a exigĂ© de ses artistes qu’ils remettent le couvert… dès ce dimanche, Ă  16 h. Le thème du week-end n’Ă©tait-il pas : « Racontez-moi une autre histoire (ou deux) ? »
On prend donc presque les mĂªmes artistes (un organiste, un altiste, un chanteur, une violoncelliste, une soprano et une pianiste), avec un programme 100 % diffĂ©rent. Au programme, cette après-midi : Bach, Ă©videmment, Bloch, Brassens, Debussy, Dubois, Le Nagard, Saint-SaĂ«ns, de SĂ©verac, Trenet et Kurt Weill… mais aussi quatre compositeurs moins connus, rĂ©partis dans deux sections.
La première section des compositeurs moins connus, ce sont les « compositeurs moins connus dont nous allons rĂ©entendre une Å“uvre que nous n’avons, pour la plupart, jamais entendue ». Frank Ezra Levy (1930-2016) a notamment signĂ© un cheval de bataille de Brett Douglas Deubner, une Seconde sonate pour alto seul qui donne Ă  peu près ceci…

 

 

Barry Lloyd Vercoe – pour dĂ©couvrir sa formation et ses premières expĂ©riences musicales entre cornet et saxophone (et la suite !), c’est ici – est un informaticien et compositeur nĂ©o-zĂ©landais, donc un spĂ©cialiste de la musique assistĂ©e par ordinateur ; et pourtant, la pièce que claquera Hannah Holman n’aura rien Ă  voir avec cette veine. Pour la dĂ©couvrir, rendez-vous sur la chaĂ®ne YouTube du festival pour le second concert de la sĂ©rie. En attendant, voici Ă  quoi elle ne ressemblera pas.

 

 

La seconde section, ce sont les « moins connus qui nous offrent une première mondiale ». Premier de cordĂ©e, Patrick O’Malley, sorte de sosie de David Guetta, est un jeune compositeur et chef basĂ© Ă  Los Angeles et dans le Michigan. Le cÅ“ur de son travail : l’impression plutĂ´t que la description. Sa notice officielle dĂ©crit son processus d’Ă©criture comme « plaçant au centre l’imagination de l’auditeur », privilĂ©giant « l’abstrait aux images concrètes ».
Essentiellement interprĂ©tĂ© aux États-Unis, l’artiste n’hĂ©site pas Ă  fricoter avec le jeu vidĂ©o – Ă  l’instar d’autres artistes du festival, comme Esther Assuied et Nicolas Horvath. Quant Ă  la pièce qu’il a choisie d’interprĂ©ter, il nous la prĂ©sent en personne (pour la version française, activez les sous-titres – première icĂ´ne en bas Ă  droite de la vidĂ©o !).

 

 

Pour dĂ©couvrir gratuitement et en intĂ©grale la partition d’Outlines version hautbois, c’est ici. Pour entendre l’intĂ©grale sur Soundcloud, c’est ci-dessous. Pour entendre le premier enregistrement de la pièce dans sa version pour alto… ce sera en direct (ou, ultĂ©rieurement, en replay) sur la chaĂ®ne YouTube du festival.

 

Tomo Hirayama est le second compositeur Ă  nous offrir aujourd’hui un inĂ©dit, confiĂ© aux doigts experts de la pianiste Jasmina Kulaglich. Ă€ trente-neuf ans, Tomo assume une triple affiliation : c’est un husserlien patentĂ©, c’est un corniste expert, et c’est un musicien dont les pièces ont Ă©tĂ© jouĂ©es dans son pays, aux États-Unis et en France, comme le rappelle le tĂ©moignage ci-dessous – avec, dĂ©jĂ , Jasmina au clavier.

 

 

Quant Ă  l’Å“uvre qui sera créée cette après-midi… eh bien, il la prĂ©sente avec le sourire, mais nous avons rĂ©servĂ© cette introduction pour le film lui-mĂªme. Rendez-vous, donc, Ă  16 h, heure de Paris. Na.

 

 

Racontez-moi une autre histoire : les compositeurs (1)

 

Ce samedi 6 juin, Ă  20 h 30, quatre-vingt-quatrième concert du festival Komm, Bach!, le premier d’un diptyque dont le thème est : Racontez-moi une autre histoire (au moins).
Après avoir Ă©voquĂ© les artistes invitĂ©s,  il est temps d’Ă©voquer les compositeurs. Au programme : Arlen, Bach, Beethoven, Borodine, Brel, Debussy, Dubois, Saint-SaĂ«ns, Scarlatti et Shemer. Or, ce n’est pas sur eux que nous nous attarderons ici, mais sur les deux compositeurs qui nous ont offert une Å“uvre Ă  dĂ©couvrir en première audition mondiale… comme nous en proposons sporadiquement au grĂ© des concerts.

 

 

Judith Markovitch est une jeune compositrice de 71 ans… dont 6 d’exercice. « Jusqu’Ă  soixante-cinq ans, explique-t-elle, l’idĂ©e que j’Ă©tais compositrice ne m’avait pas effleurĂ©e. Je n’avais mĂªme pas Ă©tudiĂ© la composition. C’est Ă  peine si, nĂ©cessitĂ© faisant loi, j’avais rĂ©alisĂ© quelques arrangements pour l’orchestre de l’Ă©tablissement scolaire oĂ¹ je travaillais – en me demandant comment Ă©quilibrer trois trompettes, une flĂ»te et cinq percussions… Pour moi, ce bricolage n’Ă©tait pas de la composition. Pourtant, Dieu me poussait dans cette voie sans mĂªme que j’en eusse conscience. C’est alors que j’ai rencontrĂ© l’Ă©tonnant David Moser McKay, qui m’a gĂ©nĂ©reusement prise sous son bras fraternel. Il a nourri ma confiance en remplissant les bĂ©ances de mes connaissances et de mon savoir-faire. J’ai Ă©tudiĂ© dur, j’ai travaillĂ© dur ; et, aujourd’hui, Ă  71 ans, je n’ai plus le moindre doute sur cette Ă©vidence : je suis compositrice ! »
Ce samedi soir, nous entendrons pour la première fois un nouvel exemple de l’art de la « miniature » selon Judith Markovitch, prolongeant l’expĂ©rience esquissĂ©e il y a quelques jours par Brett Douglas Deubner… Au cĂ´tĂ© d’autres pièces, dont son « Quintette pour piano et chaise vide » en hommage Ă  une personne dĂ©cĂ©dĂ©e, vous pouvez en entendre une version « électronique » de la composition sur la page SoundCloud de l’artiste.

 

 

Second compositeur Ă  nous offrir une première ce soir, David Sampson, nĂ© en 1951 Ă  Charlottesville affiche un joli catalogue dĂ©passant les cent numĂ©ros d’opus, dont le premier claque en 1973.
On y trouve, entre autres, de nombreuses pièces symphoniques, chorales et chambristes. Les cuivres, en solo ou en petit ensemble, font aussi partie de ses instruments de prĂ©dilection. Ă€ chaque fois, il tĂ¢che de s’approprier, Ă  sa manière, les leçons reçues – entre autres – de maĂ®tres comme John Corigliano ou Henri Dutilleux, notamment Ă  travers un travail sur la couleur dont donne un aperçu la partition ci-dessous.

 

 

Pour faire partie des premiers auditeurs de sa nouvelle Å“uvre (et toutes les autres pièces rassemblĂ©es pour l’occasion !), rendez-vous dès ce samedi 6 juin Ă  20 h 30 !

 

 

Racontez-moi une autre histoire : les artistes

 

Le projet est dĂ©sormais connu : nous avons voulu solliciter des artistes pour qu’ils nous racontent une autre histoire (au moins). Il y aura donc deux concerts. Un samedi, Ă  20 h 30, et un dimanche, Ă  16 h (cliquez sur les liens pour assister Ă  la première diffusion en direct, en prĂ©sence digitale des artistes, puis aux replays).
Pour cela, nous avons rĂ©uni un orgue, une soprano, un altiste, un chanteur, une violoncelliste et deux pianistes, qui interprèteront des classiques, des standards, des crĂ©ations mondiales, le tout allant de Bach Ă  Trenet, de Beethoven Ă  Shemer, de Scarlatti Ă  Markovitch, de Brassens Ă  Sampson, de Borodine Ă  Hirayama, de Le Nagard Ă  Vercoe, de Debussy Ă  O’Malley, etc. De la diversitĂ©, de la qualitĂ©, du pimpant, du poignant – des histoires, en somme.
Parmi les artistes, les p’tits nouveaux se mĂªlent aux grands habituĂ©s. CĂ´tĂ© habituĂ©s, saluons d’abord Emmanuelle Isenmann, laurĂ©ate des CNR de Rouen et Strasbourg ainsi que du Conservatoire royal de Bruxelles. En soliste, en troupe ou en chÅ“ur, la soprano se produit dans le monde entier, de la SibĂ©rie aux tropiques latino, de la Philharmonie de Paris Ă  l’ambassade de France Ă  Washington. Également chantre et chef de chÅ“ur, Emmanuelle enseigne au Conservatoire du cinquième arrondissement de Paris.
Elle sĂ©vit souvent au cĂ´tĂ© de Jorris Sauquet, sorte de lutin des tribunes qui a glanĂ©, dans sa folle et prime jeunesse, les premiers prix d’orgue, de clavecin et de basse continue au CNR de Boulogne-Billancourt. Jorris a Ă©galement Ă©tĂ© une bĂªte Ă  concours – parmi ses titres de gloire, la licence d’interprĂ©tation et de virtuositĂ© du concours Marcel DuprĂ© de Chartres, graal de cette compĂ©tition. Titulaire du CavaillĂ©-Coll de Notre-Dame du Rosaire (Paris 14), il a claquĂ© des rĂ©citals spectaculaires sur quelques-unes des plus belles orgues de France (la Madeleine, Saint-Étienne-du-Mont, cathĂ©drales de Poitiers ou de Monaco…) sans pour autant renoncer Ă  son travail de claveciniste : il est ainsi de la troupe de la ComĂ©die-Française avec laquelle il a jouĂ© sur scène, plusieurs centaines de fois (et ce n’est pas fini !), la musique de Marc-Olivier Dupin qui accompagne Le Malade imaginaire.
Bref, quand les deux zoulous s’acoquinent Ă  Saint-AndrĂ© de l’Europe, ça peut donner des merveilles comme ceci…

 

 

Ceux qui ont profitĂ© des Petites symphonies pour un nouveau monde et des Splendeurs de la catastrophe connaissent dĂ©jĂ  bien Jasmina Kulaglich. Artiste Naxos, la laurĂ©ate – Ă  l’unanimitĂ© – du Premier Prix du Conservatoire national supĂ©rieur de musique de Belgrade se produit en solo comme en formations chambristes et avec orchestre. OuĂ¯e Ă  la Radio TĂ©lĂ©vision de Belgrade et Ă  la Radio suisse romande, elle associe Ă  son travail de soliste un devoir de transmission, puisqu’elle est professeur au CRR d’Aubervilliers ainsi qu’au PĂ´le SupĂ©rieur 93, deux endroits d’excellence, oĂ¹ elle enseigne le piano et la musique de chambre. Et, donc, elle joue.

 

 

Dernier artiste dĂ©sormais habituĂ©, Jean Dubois, chanteur aux centaines de concert, accompagnateur de vocalistes de tout sexe et en nombre variable, auteur de quatre albums principaux, a sĂ©vi itou lors des Splendeurs de la catastrophe. Après avoir donnĂ© un concert quotidien en Facebook live chaque jour de Grand Confinement que firent Dieu et Pharaon Ier de la pensĂ©e complexe, il a retrouvĂ© le goĂ»t, jamais vraiment perdu mais parfois sourdinĂ©, des « reprises » variĂ©es. Samedi 6 et dimanche 7 juin, lui et la guitare qui l’accompagnent vont donc nous offrir ses propres chansons, excellentissimes, et, histoire de tirer la coverture Ă  eux, sans doute, des Å“uvres signĂ©es d’autres inventeurs de fredonnerie. Attention, ça chatouille !

 

 

Retrouver des habituĂ©s est une joie – visages connus, fiertĂ© de la confiance renouvelĂ©e, plaisir du dĂ©jĂ -vu qui s’enrichit de nouvelles expĂ©riences. Mais comme il est doux d’agrandir le cercle grĂ¢ce Ă  de nouveaux venus dans la danse du festival ! Hannah Holman est de ces artistes tout neufs pour le festival. Violoncelliste du New York City Ballet Orchestra depuis huit saisons, mais son expĂ©rience orchestrale va beaucoup plus loin : de l’Angleterre au Michigan, elle s’est intĂ©grĂ©e Ă  de multiples formations prestigieuses et tient mĂªme le rang de première violoncelliste dans le Quad City Symphony Orchestra, basĂ© dans l’Iowa. Soliste aux multiples disques, chambriste passionnĂ©e, enseignante infatigable, Hannah n’a peur de rien, avec son violoncelle Becker de 1920 (celui de sa grand-mère) Ă  la main. Quoique artiste, elle revendique d’Ăªtre humaine, puisqu’elle a un chat, un fils et des hobbies tout Ă  fait respectables : « Food, wine and finding killer deals on shoes. »

 

 

Pour ces deux concerts, elle nous offre essentiellement des pièces en solo, filant de Bach Ă  la musique contemporaine ; mais elle tenait aussi Ă  s’associer avec sa complice de quarantaine, la pianiste d’origine jordanienne Ghadeer Abaido. Ghadeer a jouĂ© dans le monde entier, du Japon aux États-Unis en passant par l’Italie et la RĂ©publique tchèque… sans hĂ©siter Ă  se mesurer Ă  l’art pyrotechnique d’Arcadi Volodos – ce qui se fait de mieux sur la planète digitale.

 

 

Terminons par le septième phĂ©nomène de la soirĂ©e, Mr B2D. Le pĂ©tulant Brett Douglas Deubner s’est imposĂ© comme l’un des altistes qui comptent sur la planète. Il s’est produit en soliste devant des orchestres sur les cinq continents. Musicien aux facilitĂ©s techniques impressionnantes, l’homme est une bĂªte de scène – les mĂ©lomanes apprĂ©cieront son sens de l’incarnation lors de ses apparitions sur Racontez-moi une autre  histoire (ou deux). Il mixe pratiques solistes et chambristes… et mĂªme direction de festival en Sicile. PassionnĂ© par le rĂ©pertoire et son dĂ©veloppement, il vient de remporter le prix ACAM du Meilleur album classique pour son dernier disque, incluant A kiss before the World’s End, le concerto de Houston Dunleavy qu’il a créée Ă  Melbourne  avant de l’enregistrer au Costa Rica. So chic!

 

 

Retrouvez tous ces artistes ce samedi, à 20 h 30, puis dimanche à 16 h pour un programme 100 % différent !

Tout en finesse

 

Les amateurs de bruit dĂ©testeront ce post. Les autres dĂ©voreront la double dentelle proposĂ©e en pièce jointe par Jean-Luc Thellin, organiste et claveciniste capable de jouer, et bien, tout ce que Bach a Ă©crit pour deux ou quatre pattounes. VoilĂ  le cadeau qu’il avait rĂ©servĂ© pour le concert confinĂ© des Splendeurs de la catastrophe.