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Orgue page 21

C’est bientôt parti

 

Malgré la lutte contre le coronavirus et l’écrasement des libertés publiques, le festival Komm, Bach!, autoproclamé « plus petit festival international d’orgue-mais-pas-que », est heureux de propulser « 17 petites symphonies pour un nouveau monde » en toute salubrité publique puisque ce concert virtuel sera diffusé sur YouTube. Malgré la fermeture des frontières, il rassemblera des artistes russes, serbe, italien, suisse et même, folie, français (ce qui n’est pas exclusif des autres possibilités, et réciproquement).
Autour de pièces associant orgue et saxophone, des pastilles de clavecin et de piano contribueront à mêler des musiques ancienne et toute fraîche (incluant une création mondiale !), le tout offert avec grâce par les concertistes internationaux Jasmina Kulaglich, Vittorio Forte, Anna Homenya, Dmitri Ouvaroff, Christian Chamorel et Nicolas Horvath.
Au côté des vidéos signées par la réalisatrice Inna Ouvaroff, des capsules faites « en mode confinement », non pas comme à la maison mais à la maison, simplement, par les invités VIP, témoignent de la réalité du moment, dans un écrin conçu et réalisé en un temps record par la claviériste et artiste visuelle Esther Aliénor.
Ce film sera projeté pour la première fois le samedi 28 mars à 20 h 30 sur la chaîne YT du festival. Ne ratez pas cet événement exceptionnel et intime ! (Toutes infos sur l’événement FB.)

 

Nous sommes en voie (4)

Anna Homenya en plein ménage. Photo : Bertrand Ferrier.

Après son passage à la tribune de Saint-André de l’Europe, sans renoncer à faire le buzz, Anna Homenya efface toute trace virale grâce à son stylo rayonnant magique.  Comme elle compte revenir (et que nous comptons sur son retour), on peut dire qu’a été sauvée encore une vie russe.
(Comme ça, ça, c’est fait. Je pensais aller plus loin pour ceux qui n’ont pas l’accent du Sudeuh en parlant d’un petit navire, mais c’était bateau.)
Rendez-vous le samedi 28 mars, 20 h 30 sur la chaîne du festival Komm, Bach!.

Nous sommes en voie (2)

Dmitry Uvarov et Anna Homenya. Photo : Bertrand Ferrier.

Pas de concert le 28 mars. Plus de concert jamais ? À notre niveau, nous travaillons à réduire ce jamais.
Avec la paroisse Saint-André de l’Europe (Paris 8), qui devait accueillir le récital et nous ouvre grand ses portes.
Avec Jorge, l’ouvrier chargé de passer l’aspirateur dans l’église alors que nous avions annoncé une séance d’enregistrement.
Et avec les artistes qui osent braver le coronavirus pour raison professionnelle et avec toutes les précautions civiques.
Précisons que les premiers volontaires ne sont pas de bons Français de souche. Ce sont des fous. Des Russes. Français, sans doute (who fuckin’ cares?), francophones, soit. Surtout, des musiciens qui viennent défendre la grande musique au temps du choléra dont les politiciens se servent pour écraser les libertés publiques et les droits sociaux. En soutien à Anna Homenya, nous avons pu accueillir le parfois sosie de Philippe Jordan…

Dmitry Uvarov par Bertrand Ferrier

… aka le saxophoniste virtuosissime Dmitry Uvarov.

Dmitry Uvarov et Anna Homenya (aperçu). Photo : Bertrand Ferrier.

Deux complices, exigeants et passionnés. Capables de bosser 3 h 45 à la suite sans pause ou fake. Sans faiblir ou rien lâcher. Choisissant des partitions soit en trio pour l’orgue, soit pour le duo enchaînant 7/8 et 3/4 (avec des quintolets associés à des quartolets au milieu, sinon c’est pas drôle). Et se reprenant mutuellement quand ils jouent des notes au lieu de jouer de la musique. Puis travaillant le soir pour la seconde séance de recording. Une joyeuse claque pour musicien mou (pour mousicien, soit).
Le pire ? ce n’est que le début de notre teasing, c’est ça qui est vexant. En attendant, save the date: 28 mars, 20 h 30, on the Internet. Enfin, si le gouvernement à pulsion dictatoriale qui sévit en France n’a pas coupé le réseau d’ici là, bien sûr.

Dmitry Uvarov et Anna Homenya. Photo : Bertrand Ferrier.

Nous sommes en voie (1)

Photo : Bertrand Ferrier

A priori, a posteriori et même au-delà, il ne pouvait y avoir de concert Komm, Bach! avec deux organistes le 28 mars ainsi que prévu. A priori, a posteriori et même au-delà, hein. Alors, on s’est dit : chiche. Mais chiche, c’est flou, la preuve (anagramme de « le pauvre » quoi que cela n’ait rien à voir).

Photo : Bertrand Ferrier

Alors, on a proposé aux artistes d’inventer un truc ensemble malgré le confinement, donc grâce à lui. L’une venait d’être maman et préférait sécuriser sa progéniture ; l’autre a dit : « Hé, pourquoi pas ? » Donc, on s’est mis au travail.

Photo : Bertrand Ferrier

Révéler tout ce qui en est sorti ? Tout ce qui se fomente ? Ben non, pas le genre de la maison. Mais ça travaille, soit. Voilà : ça travaille. Clairement, ça travaille autour d’Anna Homenya. Voilà. Le reste, c’est du suce-pince pour tous les bienveillants. (Les autres, on s’en fout, c’est pour ça.)

Photo : Bertrand Ferrier

Dernier concert avant la fin du monde : florilège (4)

Photo : Bertrand Ferrier

… et ce sera comme une virgule dans un monde de points, comme un ressort dans un monde de plombs, comme un doigt d’honneur dans un monde de lèche-culs. Un doigt d’honneur à la tristesse, à l’anxiété, à la finitude, à la mort.
Plus simplement, une nouvelle interprétation de la Pastorius toccata par un artiste du festival Komm, Bach!. Une conclusion festive au récital exceptionnel d’Aurélien Fillion. La rencontre ravivée du groove virtuose avec la grosse machinerie de l’orgue. Le tout dans l’idée du partage au moment où, après avoir massacré les services publics en général en général et la santé en particulier, la dictature hygiéniste tente de museler la culture pour commencer et la France dans la foulée.
C’est une poussière dans l’espace, dans la souffrance des suffocants, dans le respect des morts séparés de leurs proches pour complaire des experts de mon cul, mais c’est une respiration. Ça s’appelle la Pastorius toccata, c’est Aurélien Fillion qui conduit, et quoi qu’il nous arrive dans les jours qui viennent, c’est fort d’être embarqué dans cette aventure.

 

Dernier concert avant la fin du monde : florilège (3)

Photo : Rozenn Douerin

Dans ce monde de mollesse et de soumission, de compromis moches et de trucs pas nets, Aurélien Fillion stands his ground. Il savait. Savait que Paris serait vide, hanté par the invisible menace, hanté par la promesse d’une mort imminente et longue, hanté par les conséquences d’un gouvernement qui a contribué à la destruction du service de santé publique et a contraint à la démission, devant le maxistress, sa ministresse de la Santé.
Français exporté depuis onze ans en Belgique néerlandophone, le jeune virtuose a osé tenir sa parole. Il est donc venu à Paris propulser de la musique à la gueule du virus, fomenter un concert de Carême con fantasia, rencontrer un public curieux quoique pas forcément frotté de musique savante récente.
Le résultat est forcément joyeux. Intérieur. Profond. Et la photographie de Rozenn Douerin rend bien cette intensité sans concession, sans rage, sans mépris. Cette concentration qui fait l’artiste et qui renvoie dans les cordes les souffrances qui nous attendent demain. Le 14 mars, Aurélien Fillion nous a envolés. A bousculé les oreilles habituées à la musique classique de bon ton. A proposé son concert, sa vision, son art. Et c’était chouette, bis inclus. Démo en vidéo.

 

Dernier concert avant la fin du monde : florilège (2)

Photo : Sandra Aquilanti. Reproduite avec l’aimable autorisation du modèle.

Alors que les gens bien partaient en Bourgogne pour éviter d’être coincés à Paris (leur petit neveu en stage dans un grand ministère leur avait annoncé que confinement strict armée en marche etc.), alors que les gens sérieux restaient chez eux pour ne pas mourir de suite, les gens curieux venaient applaudir la curiosité et l’audace d’Aurélien Fillion. Celle d’un prof d’orgue et concertiste venu de loin pour interpréter un récital centré sur la musique récente. Celle d’un porte-étendard de la musique fraîche incapable de racisme, comme en témoigne son dernier disque paru chez Organroxx, où Bach a l’intelligence de baguenauder entre ses pairs ultérieurs, feat. Laurent Carle.
Illustration en vidéo avec cette émouvante concaténation propulsée dans une atmosphère anxiogène de fin du monde. Ou d’apocalypse. De révélation, c’est ça. Idéal pour le deuxième épisode de notre minisérie permettant à chacun de vivre ou de revivre ce moment prenant, tellement déconnecté des logiques milliardaires des banquiers et riches entrepreneurs de Pharaon Ier de la Pensée complexe qui guident les décisions iniques gouvernant l’Hexagone (notamment). Partager des pépites de cet instant, feat. deux pièces de notre ancien prof éphémère, avec la bénédiction de l’artiste, est une joie que nous sommes pétillants de propulser pour ceux qui, comme nous, ne sont pas encore décédés du virus couronné.

 

Dernier concert avant la fin du monde : florilège (1)

Photo : Sandra Aquilanti. Reproduite avec l’aimable autorisation du modèle.

Vous êtes beaucoup à n’avoir pu assister au récital d’Aurélien Fillion, qui restera sans doute comme le dernier concert avant la fin du monde. Obligations, rangement des rouleaux de papier hygiénique, peurs, éloignement et sensibilité à l’art anxiogène de Pharaon Ier de la Pensée complexe ont pu saper votre amour de la musique vivante, en dépit de la promesse d’un récital original, personnel, engagé, exigeant et puissant – promesse tenue et bien tenue.
Pour célébrer cet événement et combler un peu du temps confiné que l’on nous promet, voici le début de notre minisérie qui permet de revivre le meilleur du concert comme si vous y étiez – ou y aviez été. Bonne découverte de ces vidéos choisies avec l’artiste en personne, belle réécoute et joyeux courages à tous.

 

Le Christ au temps du virus

Photo : Bertrand Ferrier

Première à Saint-André de l’Europe, comme dans de nombreuses paroisses quoique avec des moyens modestes : retransmission de la messe interdite sur YT le dimanche matin, FB le dimanche soir. La religion s’inclinant devant le virus, le virtuel sauvera-t-il l’humanité ?

De l’âme des moteurs

Viscount et Ave Maria européens. Photo moche : Bertrand Ferrier

Et pourquoi pas ? J’admets être aussi titulaire de ce magnifique instrument. Il est moche et il sonne vilain, je le confesse, MAIS, ce week-end, passé le coup de chiffon qui va bien, il avait l’immense avantage de fonctionner contrairement au bitouniou à tuyaux dont le moteur avait rendu l’âme à qui elle appartient. (Non, je sais pas si les moteurs ont une âme, juste que les camions sont réputés en avoir une.)
Me rappela le mariage d’un mien frère, dans une petite chapelle du Beaujolais, où chacun se gaussait de mon souhait de jouer l’harmonium en sus de l’orgue en plastique, les sommités locales s’étonnant même que l’objet poussiéreux n’eût point déjà été bazardé. Il advint que panne de courant. Devinez quelle bestiole je ploum-ploumai. Parfois, la vie sait être ironic, doesn’t she?