Blog

Orgue page 6

Sans tambour ni trompette…

Entrée libre, sortie aussi mais concert bien quand même. Rendez-vous en l’église Saint-André de l’Europe (Paris 8) !

 

… mais avec sax soprano et orgue : tel est le projet du concert qui sera donné ce vendredi soir en l’église Saint-André de l’Europe (24 bis, rue de Saint-Pétersbourg | Paris 8) avec l’ami Pierre-Marie Bonafos en souffleur DeLuxe. Sous réserve d’un  éventuel souci technique, le concert sera retransmis sur écran géant. Prévoir un petit lainage pourra être astucieux pour compléter l’effet stimulant de cette musique joyeuse sur l’organisme, et pas que sur l’organiste. Ci-dessous, pour saliver, une preview du programme (cliquer pour agrandir) !

 

 

À la carte des mondes

Après un concert à Gerstheim, avec Pierre-Marie Bonafos, Figus et un choupisson. Photo : Jean-Baptiste Cilio.

 

Ce dimanche, à 16 h pétaradantes, concert sax – piano – orgue en l’église Saint-Marcel (Paris 13) autour du répertoire de Pat Metheny et Lyle Mays. Demandez l’programme !

 

I. Le concept

A. Pat Metheny
Quasi indissociable de feu le claviériste Lyle Mays, Pat Metheny est actuellement le plus grand guitariste et compositeur de jazz vivant. C’est pourtant par la trompette que Patrick Bruce M., né en 1954, apprend à apprivoiser la musique avant que la compo et la guitare ne le happent. Cinq ans après ses débuts à la gratte, il affronte un problème symptomatique du bonhomme : à chaque fois qu’il veut prendre un cours, on lui propose plutôt d’être prof. Ainsi, à 20 ans, il enseigne au prestigieux Berklee College of Music. Dès 1975, il ne se contente plus d’accompagner des pointures et claque un album qui fera date : Bright Size Life, dont la composition-phare sera jouée lors de ce récital.
Incroyable technicien, harmoniste génial, mélodiste époustouflant, Pat Metheny se révèle être aussi un compositeur d’une créativité folle. En solo, duo, trio, quartet et en groupe, il frotte son talent d’inventeur et d’arrangeur à une multitude de styles musicaux, toujours placés sous le signe plus ou moins évident du jazz. Intenable, il manipule au fil des ans environ mille sortes de guitares, ses instruments pouvant être dotés de 6 à 42 cordes, adopter différentes tessitures, se présenter dans le plus simple appareil acoustique ou s’associer à des synthétiseurs. Pour lui, le son n’est pas une fatalité (tel instrument étant contraint d’émettre tel type de vibration) mais un choix, une sculpture et une proposition qui s’adaptent en fonction de ce qui doit être exprimé.

B. Pat Metheny au saxophone et à l’orgue… dans une église !
J’ai donné de nombreux concerts de « musique classique » avec Pierre-Marie. Dès l’abord, nos programmes, inspirés par le travail fomenté par Pierre-Marie et Alexandra, sa compagne organiste, laissaient sa place au jazz. Le zozo surgissait dans une coda, une composition de « PMB », une réinterprétation d’un classique. Puis, laissant parler notre admiration commune pour Pat Metheny, nous avons osé proposer un titre de ce génie à chaque récital. Enfin, j’ai suggéré à Pierre-Marie de faire « un concert tout Metheny ». Nous savions que c’était impossible (Pat est guitariste, pas saxophoniste !), donc nous avons mené le projet à son terme.
L’idée n’est ni de « faire du jazz dans une église » par goût de la provocation (qui a son charme…), ni d’imiter les disques studio ou pris sur le vif de Pat Metheny. Il s’agit plutôt de proposer une expérience sonore qui fusionne à la fois la spécificité des instruments convoqués (le saxophone, l’orgue, le piano, la résonance du lieu) et les trouvailles géniales du compositeur. Pas de copie, donc, pas de souci d’exhaustivité, mais une envie de jouer la musique que nous aimons et admirons en proposant une nouvelle couleur à quelques titres glanés au fil des ans, de 1975 aux années 2000, puis assemblés pour former un voyage dans notre monde methenyen qui, nous l’espérons, embarquera les fans du musicien intrigués par cette proposition décalée, et les curieux prêts à se risquer en ces terres palpitantes !

 

 

 

II. Le concert

A. Hémisphère piano
1. « Sur le quai de départ » (prélude improvisé) | 3’
suivi de « Travels » (Pat Metheny + Lyle Mays) | 1983 | 7’
2.
« Letter from home » (Pat Metheny) | 1992 | 4’
3.
« Either Ornette » (Lyle Mays) | 1993 | 4’
4.
« Bill Evans » (Lyle Mays) | 1993 | 6’
5.
« James » (Pat Metheny + Lyle Mays) | 1982 | 4’
suivi de « Entre deux gares » (interlude improvisé) | 4’

B. Hémisphère orgue
1. « A map of the world » (Pat Metheny) | 2000 | 8’
2.
« Question and answer » (Pat Metheny) | 1982 | 5’
3.
« Are you going with me? » (Pat Metheny + Lyle Mays) | 1982 | 5’
4.
« Farmer’s Trust » (Pat Metheny) | 1983 | 6’
5.
« Bright Size Life » (Pat Metheny) | 1975 | 3’
6.
« Last train home » (Pat Metheny) | 1991 | 6’

Durées données à titre indicatif. Fin du concert vers 17 h 15.

 

 

 

III. Les concertistes

A. Pierre-Marie Bonafos, saxophone
Après avoir obtenu le diplôme supérieur de concertiste de l’École Normale de Musique de Paris, Pierre-Marie Bonafos s’est consacré à ses passions : la musique (il maîtrise tous les saxophones, la clarinette basse et une flopée d’autres instruments), la composition et les arrangements (pendant le confinement, il a écrit et enregistré une version jazz des Tableaux d’une exposition de Moussorgski : un prodige délicieux en vente ici et à la sortie du concert !) et l’enseignement (il a été professeur de saxophone, de jazz et d’improvisation au Conservatoire à Rayonnement Départemental de Gennevilliers pendant 22 ans…). Fan de jazz, passionné de big band, celui qui a été le saxophoniste préféré de l’Orchestre philharmonique de Radio-France a aussi exploré avec sa compagne organiste les merveilles de la musique savante-mais-pas-toujours-si-sage – audaces qui ont eu l’honneur d’être invitées à l’église de la Madeleine à Paris…

B. Bertrand Ferrier, piano et orgue
Jadis organiste-conférencier du musée national de la Renaissance d’Écouen, Bertrand Ferrier est organiste de Saint-André de l’Europe (Paris 8) depuis plus de vingt ans et organiste adjoint aux grandes orgues de la collégiale de Montmorency (Val-d’Oise) depuis presque dix ans. En tant que concertiste, il s’est notamment produit aux grandes orgues de Saint-Eustache, de Saint-Augustin, du Val-de-Grâce, de la cathédrale de Gap, des collégiales d’Eu et de Pézenas, de l’abbaye de Royaumont, de l’église Sainte-Julienne de Namur… Dans les jours prochains, à Paris, il sera l’organiste d’une messe-concert célébrée le 25 novembre à Saint-André puis, le mercredi 29 novembre, à 19 h 30, chanteur-pianiste à l’occasion d’un spectacle intitulé « Chanter ensemble », au théâtre du Gouvernail (Paris 19, réservations : ici).

 

Au plaisir de vous croiser ce dimanche !

 

 

 

Un dernier rail

Photo : d’après Rozenn Douerin

 

Nous étions le clafoutis, il était la griotte ou le griot, va savoir : Jack Good est venu poser des sons avant et pendant notre exploration d’un des plus beaux thèmes de Pat Metheny. Avec son synthétiseur sans touche mais saturé de taraïettes, comme dirait Béatrice Tekielski, il a sondé à la fois les possibles sonores du train et ses multiples rythmiques. La chaleur d’un Pierre-Marie Bonafos au sax emballait l’affaire et rendait superfétatoire l’idée d’un encore.
Une conclusion tonique et méditative à cette deuxième exploration du répertoire de Pat Metheny et Lyle Mays pour sax et orgue. Une nouvelle édition pour sax, orgue et piano est prévue le dimanche 19 novembre à Paris… On en reparle, et on a hâte de, pensez !

 

 

 

La vie côté soleil

Photo : Bertrand Ferrier

 

… et pour tout ce qui est ennuyeux, introspection méditative, corset mental, taedium vitae et autres douleurs de vivre, on y viendra, sans doute, mais, pour le moment, adressez-vous à la concurrence !

 

 

 

Une carte du monde

Affiche du film « A map of the world » (détail)

 

En 2000, pour sa première bande originale, Pat Metheny claque une partition où

  • son intuition mélodique,
  • sa science harmonique et
  • l’expressivité de ses atmosphères sonores

saisissent. Voici notre version du thème principal, arrangé pour orgue et saxophone d’après un original pour guitare et orchestre symphonique.

 

 

 

Bien accompagné 32 : église de la Madeleine (Paris 8)

Sleepy à l’orgue de chœur de la Madeleine (Paris 8), le 27 août 2023. Photo : Bertrand Ferrier.

 

Ce dimanche, à l’occasion du concert du Duo éolien d’Aurélien Fillion et Mélanie Filipiak, Sleepy n’avait pas du boulot en perspective mais des boulots. En tant que fondateur, coordinateur, responsable pragmatique et prospective de la compagnie Sleepy & Partners, il lui incombait – voire il lui décombait – l’expertise des instruments de la Madeleine, « le grantogre et le rikiki ». Quand d’autres essayent de décrocher la Lune, le plus iconique des organologues a d’abord décidé de se pencher puis de marcher sur l’orgue de chœur.

 

Sleepy à l’orgue de chœur de la Madeleine (Paris 8), le 27 août 2023. Photo : Bertrand Ferrier.

 

En théorie, son rôle est simple en dépit de sa complexité. Le connaisseur doit expertiser l’instrument d’un point de vue de la granularité sonore, ce puissant et mystérieux concept théorisé, développé et monétisé par sa start-up. Il s’agirait, si nous avons bien feint de comprendre, d’évaluer la spécificité de la couleur instrumentale en tant que ledit résultat de la proposition n’est pas seulement un espace mais aussi un temps, une texture, un devenir, un grain d’éphémère dans une bruiterie en extension, une symbiose vibratoire perçue en tant que tel par des singularités subjectives qu’il convient, évidemment, d’objectiver dans la limite où l’objectivation n’est pas la trahison de ce que la subjectivité a d’ontologiquement subjective (« et non subjectiviste ! », glisse-t-il en s’autorisant un petit rire). Dans cette perspective, le spécialiste expertologue a su une fois de plus, et c’est tout à son honneur, faire un pas de côté. Un élément en particulier a retenu son attention : le banc.

 

Sleepy à l’orgue de chœur de la Madeleine (Paris 8), le 27 août 2023. Photo : Bertrand Ferrier.

 

« L’orgue est l’un des rares instruments que l’on est obligé de jouer assis, nous a-t-il expliqué. C’est sa principale différence avec le piano, dont l’utilisateur est parfaitement habilité à jouer debout. S’il en joue assis, pardon de fracasser ce vieux mythe propre au petit monde de la musique savante, c’est essentiellement par flemme. Ce n’est pas du tout le cas pour l’organiste. D’où l’importance du banc. » L’expert spécialiste a donc fort apprécié la structure destinée au postérieur du musicien et, au premier chef, le petit trou qui permet de vérifier au centimètre près si la hauteur du siège est celle que souhaite l’artiste. Tout en prenant des notes, il a posé que « la musique, c’est comme la vie : on ne peut l’apprécier et donner le maximum de soi que lorsque l’on est bien installé. » Puis il a exigé de monter sur-le-champ au grand orgue. Il en avait vu et ouï assez.

 

Sleepy au grand orgue de la Madeleine (Paris 8), le 27 août 2023. Photo : Bertrand Ferrier.

 

Arrivé au sommet de la vertigineuse tribune, l’expert spécialiste triomphe, exulte, éructe presque : « Voilà ce que je disais ! Voilà ce que je disais ! » En effet, il appert que, au grantogre si prestigieux, le banc exprime une fragilité qui n’est pas corrélée à la solennité de l’instrument. Toutefois, le petit ours refuse de s’en offusquer. Il n’est pas là pour juger, souligne-t-il, mais pour « jauger tout un certain nombre de caractéristiques permettant de cerner la proposition fomentée et/ou fermentée par les ondulations acoustiques de l’instrument, tant dans sa fermeté directement perceptible que dans ce que l’on pourrait synthétiser, d’un point de vue structurel, voire physiostructurel, comme une facture de l’aléatoire. »

 

Sleepy au grand orgue de la Madeleine (Paris 8), le 27 août 2023. Photo : Bertrand Ferrier.

 

Aussi a-t-il particulièrement apprécié le troisième clavier, actuellement muet puisque ses tuyaux ont été ôtés le temps de travaux sur la façade. « Il s’agit d’une stratégie culottée – comme une pipe, ce qui est cohérent avec un pipe organ, hihihi – d’ouvrir l’espace de l’imaginaire, de confronter le possible au perçu, de rééchelonner les deux cosmos que sont l’inouï et l’accessible », s’est-il enthousiasmé. Avant de lâcher, épuisé par sa tâche colossale : « C’est bon, j’ai fini, vous pouvez commencer le concert. » Bien que nous redoutions son silence, nous avons posé la question qui aimante tous les esprits : « Alors, cette granularité sonore, que pouvez-vous nous en dire ? » Il a souri, hoché la tête et murmuré : « Oui, oui. » Hélas, nous n’en saurons pas plus pour le moment, confidentialité oblige. La compagnie Sleepy & Partners n’est pas prête à révéler tous ces petits rien qui font des petitd tout et s’appellent, délicatement, des secrets.


Retrouvez les aventures de Sleepy & Partners…

  1. … aux grandes orgues de la collégiale de Montmorency.
  2. … à l’église Saint-Marcel (Paris 13).
  3. … à l’église Sainte-Marie-Madeleine de Domont.
  4. … à l’église Saint-Martin de Groslay.
  5. … à l’église Saint-Louis de Vincennes.
  6. … à l’église Saint-Joseph d’Enghien-les-Bains.
  7. … sur l’orgue provisoire loué par Notre-Dame de Vincennes.
  8. … aux grandes orgues de la cathédrale de Gap.
  9. … aux grandes orgues de Sainte-Julienne de Namur puis de la cathédrale de Namur.
  10. … à l’église Notre-Dame de Beauchamp.
  11. … sur l’harmonium du temple protestant du Saint-Esprit (Paris 8).
  12. … à l’église de Taverny et à l’église de Bessancourt.
  13. … à l’église du Raincy.
  14. … à l’église de Notre-Dame du Rosaire.
  15. … aux grandes orgues de l’église Sainte-Marie des Batignolles (Paris 17).
  16. … aux grandes orgues de la chapelle du Val-de-Grâce (Paris 5).
  17. … aux grandes orgues de la basilique d’Argenteuil.
  18. … sur l’orgue Cattin de Notre-Dame de Vincennes.
  19. … sur l’orgue Mutin-Cavaillé-Coll de Saint-Georges de la Villette (Paris 19).
  20. … sur l’orgue Merklin de Saint-Dominique (Paris 14), une fois ou deux.
  21. … sur l’orgue Delmotte de Saint-André de l’Europe (Paris 8).
  22. … aux grandes orgues de la collégiale Saint-Jean de Pézenas.
  23. … aux orgues de l’Immaculée Conception (Paris 12).
  24. … sur l’orgue de l’église Sainte-Claire (Paris 19).
  25. … sur l’orgue de l’église Saint-Denis de Gerstheim.
  26. … sur l’orgue de l’église Saint-Saturnin de Nogent-sur-Marne.
  27. … sur l’orgue de Bécon-les-Bruyères.
  28. … sur l’orgue de Saint-Serge d’Angers.
  29. … sur l’orgue de la chapelle Ozanam (Paris 17).
  30. … sur l’orgue de la collégiale Notre-Dame de Vernon.
  31. … sur l’orgue du temple du Saint-Esprit (Paris 8).

 

Une brève encyclopédie

Avec Pierre-Marie Bonafos, en 2021. Photo : Jacques Bon.

 

Ce serait le swing tranquille d’un monde où, à chaque question (intéressante), ferait écho une réponse (satisfaisante). Une sorte de berceuse apaisée où résonneraient encore les chamades de nos étés les plus savoureux. En attendant, c’est un thème de Pat Metheny que déploie le sax inventif de Pierre-Marie Bonafos. Un apéritif tonique avant la sérénité bourgeoise, en somme.

 

 

Beauté de la confiance agricole

Le 21 juin 2023, en l’église Saint-André de l’Europe. Photo : Rozenn Douerin.

 

Que tous les nostalgiques du slow et, accessoirement, les gourmands d’un jazz mélodieux et apaisant soient les bienvenus : ce nouvel extrait de A map of our world, autour du répertoire de Pat Metheny et Lyle Mays, est pour eux !

 

 

Une chanson fraîcheur s’il en est

Photo : Bertrand Ferrier

 

L’arme ultime contre la canicule serait-elle la chanson du génie du froid, griffonnée jadis par Henry Purcell ? Avis aux testeurs audacieux…

 

 

 

Il s’appelait Randolph…

Avec Pierre-Marie Bonafos en l’église de Saint-André de l’Europe (Paris 8) le 21 juin 2023. Photo : Rozenn Douerin.

 

… either Ornette. Pas étonnant que le saxophoniste Pierre-Marie Bonafos soit allé chercher, dans le répertoire du claviériste Lyle Mays, cet hommage au saxophoniste Ornette Coleman, ici sublimé pour le souffle par la capacité du zozo à créer de façon tonique, inventive et sachant associer l’impulsivité de l’inspiration à la science de l’architecture musicale.
Promis, on reparle bientôt d’un hénaurme chef-d’œuvre de PMB : les Tableaux d’une exposition transcrits pour un big band dont il est quasi le seul interprète. À suivre, donc ! En attendant…