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Le blog de Bertrand Ferrier, page 122

Le prix de la mémoire

 

DĂ©sormais, on peut l’annoncer : pour Journal d’un pacificateur, livre auquel j’ai prĂªtĂ© une main ou deux, Hugues Robert sera couronnĂ© le 1er dĂ©cembre par le Prix Histoire-MĂ©moire de la Fondation pour la MĂ©moire de la Guerre d’AlgĂ©rie et Combats du Maroc et de Tunisie (FM-GACMT). Y a pas que le Nobel sur le nombril de moi-je dans la vie !

 


Pour acheter le livre, c’est par exemple ici.

 

Bien accompagné 31 : temple du Saint-Esprit

Petit sabot de bois au temple du Saint-Esprit (Paris 8), le 6 novembre 2022. Photo : Bertrand Ferrier, avec l’aimable autorisation de Kurt Lueders.

 

Les incursions chez les collègues organistes d’obĂ©diences autres que catholiques sont rares. Pour sĂ»r, du temps oĂ¹ ça fricotait avec les synagogues ne reste qu’une kippa de mariage dans un tiroir. Pourtant, ce dimanche, Ă  l’occasion des 95 ans de la communautĂ© hongroise rĂ©formĂ©e de France, Kurt Lueders, sommitĂ© de l’orgue dont Hortus a publiĂ© quatre disques rĂ©solument singuliers, accueillait en connaissance de cause un expert de la firme Sleepy & Partners. Petit sabot de bois Ă©tait mandatĂ© pour tester la granularitĂ© sonore du Merklin devenu CavaillĂ©-Coll sis en ce lieu de culte.
L’exigence de la firme Sleepy est connue. Il s’agit de dĂ©terminer l’essence du son en tant qu’il est l’espace de lui-mĂªme dans sa dimension vibratoire – il va de soi que, pour une trente et unième approche seulement, je simplifie. L’ondulation de la proposition ne peut prendre sens que dans un corps architectural oĂ¹ l’interprète devient dĂ©miurge, et c’est, nul ne le contestera, cette capacitĂ© Ă  Ăªtre l’analyste de la potentialitĂ© dĂ©miurgique qui caractĂ©rise l’expert qui est, qui Ă©tait et qui vient. Tel est, a minima, le propos du pointilleux Petit sabot de bois, assimilĂ© Ă  un taiseux de la montagne qui fait, constate, travaille beaucoup mais dit peu. (D’oĂ¹ le terme de taiseux, mais on va pas en faire une thèse, euh.)

 

Petit sabot de bois au temple du Saint-Esprit (Paris 8), le 6 novembre 2022. Photo : Bertrand Ferrier, avec l’aimable autorisation de Kurt Lueders.

 

Car, in fine, quelle est la problĂ©matique ? Ni plus ni moins celle du son juste, du son vrai, du son prĂ©cis ou, a minima, du son signifiant. « Il existe une sĂ©miotique intrinsèque, comme eĂ»t dit la si sollersienne Julia Kristeva, au son-sème semblable Ă  celle que cèle le mot-sème », a benoĂ®tement posĂ© l’expert. « Le salicional est-il cor de nuit ou ondulants ? a-t-il poursuivi. Il est en tant qu’il sonne. Vibre. Se dĂ©ploie. On pourrait dire qu’il est en tant que nous sommes, comme l’arbre qui choit dans la forĂªt choit en tant que nous l’entendons choir. Pour autant, bruit et son sont-ils comparables ? »
Malheureusement, cette question de l’expert semble une vraie question, et nous ne savons qu’y rĂ©pondre, comme Ă  chaque fois que quelqu’un nous pose une vraie question. Heureusement, c’est rare. Le sachant ultime balaye notre gĂªne d’un coup de patte et conclut : « Examiner la granularitĂ© sonore d’un orgue, ce n’est pas savoir, c’est mĂ©diter, donc rapprocher la nuit du jour. Comme le stipulait Luis Buñuel, l’heure oĂ¹ commence l’accouchement solitaire des Ă©toiles est celle oĂ¹ quelqu’un appuie sur l’interrupteur des Ă©toiles (vous trouverez la traduction bilingue dans Le Chien andalou et autres textes poĂ©tiques – dans une traduction de Jean-Marie Saint-Lu que j’ai pimpĂ©e – chez Gallimard, « PoĂ©sie », 2022, p. 129). Ă€ travers moi, Sleepy & Partners aimerait assurĂ©ment Ăªtre cet appuyeur d’interrupteur-lĂ . J’espère que, pour autant, je ne vous ai pas soufflĂ©, hahaha ! »

 

Petit sabot de bois au temple du Saint-Esprit (Paris 8), le 6 novembre 2022. Photo : Bertrand Ferrier, avec l’aimable autorisation de Kurt Lueders.

 

Ha.
Parfois, les experts, c’est moi ou c’est vraiment bizarre
?


Retrouver les aventures de Sleepy & Partners…

  1. … aux grandes orgues de la collégiale de Montmorency.
  2. … à l’église Saint-Marcel (Paris 13).
  3. … à l’église Sainte-Marie-Madeleine de Domont.
  4. … à l’église Saint-Martin de Groslay.
  5. … à l’église Saint-Louis de Vincennes.
  6. … à l’église Saint-Joseph d’Enghien-les-Bains.
  7. … sur l’orgue provisoire loué par Notre-Dame de Vincennes.
  8. … aux grandes orgues de la cathédrale de Gap.
  9. … aux grandes orgues de Sainte-Julienne de Namur puis de la cathédrale de Namur.
  10. … à l’église Notre-Dame de Beauchamp.
  11. … sur l’harmonium du temple protestant du Saint-Esprit (Paris 8).
  12. … à l’église de Taverny et à l’église de Bessancourt.
  13. … à l’église du Raincy.
  14. … à l’église de Notre-Dame du Rosaire.
  15. … aux grandes orgues de l’église Sainte-Marie des Batignolles (Paris 17).
  16. … aux grandes orgues de la chapelle du Val-de-GrĂ¢ce (Paris 5).
  17. … aux grandes orgues de la basilique d’Argenteuil.
  18. … sur l’orgue Cattin de Notre-Dame de Vincennes.
  19. … sur l’orgue Mutin-Cavaillé-Coll de Saint-Georges de la Villette (Paris 19).
  20. … sur l’orgue Merklin de Saint-Dominique (Paris 14), une fois ou deux.
  21. … sur l’orgue Delmotte de Saint-AndrĂ© de l’Europe (Paris 8).
  22. … aux grandes orgues de la collĂ©giale Saint-Jean de PĂ©zenas.
  23. … aux orgues de l’ImmaculĂ©e Conception (Paris 12).
  24. … sur l’orgue de l’Ă©glise Sainte-Claire (Paris 19).
  25. … sur l’orgue de l’Ă©glise Saint-Denis de Gerstheim.
  26. … sur l’orgue de l’Ă©glise Saint-Saturnin de Nogent-sur-Marne.
  27. … sur l’orgue de BĂ©con-les-Bruyères.
  28. … sur l’orgue de Saint-Serge d’Angers.
  29. … sur l’orgue de la chapelle Ozanam (Paris 17).
  30. … sur l’orgue de la collĂ©giale Notre-Dame de Vernon.

 

Une seconde première

 

Beaucoup de grands scientifiques fantasment sur la première seconde. Sans fantasme, voici la seconde première.
Pile un an après le concert YouTube, rĂ©servĂ© Ă  ceux qui avaient payĂ© leur Ă©cot, voici le retour du concert 2021, « À tout hasard ». Gratuit, cette fois. Un concert spĂ©cial, qui contournait en toute lĂ©galitĂ© les obligations liberticides imposĂ©es aux organisateurs de concerts et Ă  ceux qu’ils financent, les thĂ©Ă¢tres. Un concert avec de vrais musiciens et de vrais magiciens du son, des lumières, des images et du mix. Un concert nĂ©anmoins Ă  hauteur de ce que l’on est, peut, vit. Un concert Ă  partager. Ă€ tout hasard.
Merci Ă  tous ceux qui ont permis Ă  cette proposition, modeste mais tĂªtue, d’advenir, et merci aux curieux qui se risqueront Ă  la dĂ©couvrir, voire Ă  la revoir.

 

 

 

Stronger than death

 

Jean-Paul Bertrand-Demanes, mon auteur Ă  moi (et un peu Ă  Max Milo aussi, faut dire) Ă©tait ce tantĂ´t dans L’Équipe. Après Drucker, ne pouvait faire mieux. Retrouvez l’objet palpitant du dĂ©lit – notre livre, donc – chez votre libraire ou, plus pratique et souvent moins antipathique, hĂ©las, sur Amazon.

 

Ils pensent, donc je suis – 31 octobre 2022

 

J’admire l’article prĂ©-Ă©crit et assumĂ© dans sa mauvaise foi de pensĂ©e prĂ©fabriquĂ©e, qui est la seule façon de penser acceptable. Ceux qui en dĂ©duisent qu’il faut dissoudre le diffuseur de fake news qu’est cette vieille ordure enkystĂ©e couramment appelĂ©e Le Figaro sont des complotistes proches de l’extrĂªme-droite, la seule droite acceptable Ă©tant non pas celle qui part en piston dans la gueule du LR mais celle qui est validĂ©e par Le Figaro.
ArrĂªtons de croire que le fait prĂ©cède son commentaire. Le fait n’est qu’un accessoire. Seule compte la pravda, cette vĂ©ritĂ© dĂ©cidĂ©e au prĂ©alable et conforme aux intĂ©rĂªts de ceux qui l’Ă©noncent. En consĂ©quence, ne supprimons pas les subventions d’État Ă  ces dĂ©gueulasseries qui ne reprĂ©sentent rien. Appelons ces errements XX, et boutons hors d’Ă©tat de nuire les faux journaleux qui pensent encore qu’une Ă©lection n’est pas jouĂ©e d’avance, contrairement Ă  une Ă©rection. Ya basta.

 

Vivement JPBD !

EntrĂ©e de Jean-Paul Bertrand-Demanes sur le plateau de « Vivement dimanche ! », le 30 octobre 2022. Capture d’Ă©cran tirĂ©e de l’Ă©mission de France 3.

 

Le dernier livre paru auquel j’ai prĂªtĂ© une main ou deux Ă©tait chez la reine mère de la tĂ©lĂ©vision française. Retrouvez l’objet palpitant du dĂ©lit chez votre libraire, sur Amazon et, jusqu’au 29 novembre 2022, en replay ici (Ă  partir de 45′).

 

Yapuka

Pat Metheny Ă  Saint-AndrĂ© de l’Europe, le 22 octobre 2022. Photo : Bertrand Ferrier.

 

Le succès de la vidéo de « Travels » avait entraîné un pari : « Si on atteint les mille vues, on invente un concert orgue et sax autour du répertoire de Pat Metheny et Lyle Mays. » Les mille vues ayant été dépassées, nous allons passer des « Travels » au travail !

 

 

 

Stade ultime

Jean-Paul Bertrand-Demanes et Michel Drucker, le 20 octobre 2022. Photo : collection privĂ©e de l’auteur.

 

Au-dessus, c’est le soleil ! C’est dire si la tournĂ©e des mĂ©dias continue brillamment pour Jean-Paul Bertrand-Demanes, auteur de Stade 4. Le match de ma vie, auquel j’ai prĂªtĂ© une main ou deux.
Ce tout tantĂ´t, il Ă©tait avec l’IndĂ©trĂ´nable de la tĂ©lĂ©vision française Ă  l’occasion du tournage de l’Ă©pisode de Vivement dimanche ! qui sera diffusĂ© le 30 octobre. En attendant de voir le duo de Jean-Paul et Michel, le livre de JPBD est dĂ©jĂ  disponible chez votre libraire ou sur le site du Plus Grand Libraire du Monde.

Entrer dans la lumière (de la Ribeiro)

Avant la répétition de « Juste Catherine Ribeiro » à Vincennes, le 19 octobre 2022. Photo : Bertrand Ferrier.

 

C’est le prochain projet improbable et passionnant que fomente Jann Halexander : un spectacle autour des chansons de Catherine Ribeiro avec les excellents SĂ©bastyĂ©n Defyolle et Claudio Zaretti. Au programme,

  • de l’Ă©nergie,
  • de la puissance,
  • inch’Allalalalah une Ă©motion de feu, a minima
  • de l’engagement
    • physique,
    • mental,
    • humain :

rendez-vous pour la première du spectacle à Paris le 5 novembre, résa ici !

 

Festival Érard, Musique de chambre, Salle Érard, 15 octobre 2022 (2/2)

Plafond de la salle Érard (Paris 2), le 15 octobre 2022. Photo : Bertrand Ferrier.

 

Après que nous avons applaudi

  • un trio pour violon, alto et violoncelle,
  • un impromptu pour harpe et
  • cinq mĂ©lodies pour soprano,

une « Pièce pour harpe et trio Ă  cordes » de Mel Bonis nous Ă©tait soumise, interprĂ©tĂ©e par Françoise de Maubus sur un instrument Érard de 1912. En ouverture, la soliste Ă©grène une lente marche descendante qui va devenir la colonne vertĂ©brale de l’Å“uvre. La compositrice utilise on quatuor avec une variĂ©tĂ© plaisante – tantĂ´t comme un ensemble compact, tantĂ´t en Ă©clats offrant des petits soli Ă  chaque musicien muni d’un archet, Ă  charge pour la harpe de donner l’impulsion (parfois prolongĂ©e par les pizzicati des collègues) ou de suspendre le discours. Dans une belle unitĂ©, les interprètes cisèlent

  • les rĂ©currences de motifs,
  • les subtilitĂ©s harmoniques et
  • la coordination des nuances.

Ils rendent ainsi justice Ă  une pièce pimpante Ă  souhait qui prĂ©cède un entracte prĂ©cieux pour se refaire la cerise et se prĂ©parer au gros morceau de la soirĂ©e. En effet, après un kalĂ©idoscope chambriste, un sommet s’annonce : le quintette pour piano et cordes en fa mineur de CĂ©sar Franck et ses trois mouvements d’une durĂ©e totale d’environ 38′, dont près d’une moitiĂ© pour le premier volet.
Le Molto moderato quasi lento liminaire se dĂ©capsule sur une pulsation dĂ©cidĂ©e du quatuor. Y rĂ©pond un piano plus mĂ©ditatif qu’Ă©motif. Le quintette fait alors joliment monter les tensions que le piano apaise çà avant, lĂ , de se laisser contaminer par elles. Le mouvement est parcouru de

  • crescendi,
  • decrescendi et
  • explosions

que les chambristes exĂ©cutent avec le cÅ“ur, la finesse ou l’emportement qui sied. On salue dans l’Allegro le goĂ»t et le tempĂ©rament avec lequel sont interprĂ©tĂ©s

  • les Ă©quilibres multiples,
  • les unissons,
  • les Ă©chos et
  • les changements de rythme ou de dynamique

jusqu’au finale tour Ă  tour incandescent et subtilement piano.

 

Saskia Lethiec, le 15 octobre 2022 à la salle Érard (Paris 2). Photo : Bertrand Ferrier.

 

L’incipit apaisĂ© du Lento con molto sentimento est rythmĂ© par le piano. Pour JĂ©rĂ´me Granjon, la fĂªte du contraste est finie ; a sonnĂ© l’heure oĂ¹ il faut habiter le temps du dĂ©veloppement qui pourrait sembler tentĂ© par le statisme si n’y pulsait pas une certaine inclination pour les sentiments Ă  la fois corsĂ©s et nuancĂ©s. Saskia Lethiec et Pierre-Olivier Queyras aux violons s’associent Ă  l’altiste Vinciane BĂ©ranger et Ă  David Louwerse pour articuler avec le pianiste

  • l’entrelacs des lignes,
  • la passation de relais pour le lead,
  • les nÅ“uds d’unissons partiels qui se font et se dĂ©font,
  • les parallĂ©lismes,
  • les duos et ensembles variĂ©s qui exhalent une impression d’intensitĂ©

sans pour autant que les interprètes Ă©prouvent la piètre nĂ©cessitĂ© de surjouer les couleurs fortes. Inspiration et Ă©coute clarifiante, mais point de pĂ©dagogisme bien que la plupart des musiciens Ă  l’ouvrage soient aussi profs. Apparemment indiffĂ©rent Ă  la difficultĂ© technique, JĂ©rĂ´me Granjon dĂ©ploie sur l’ensemble des registres la poĂ©sie de son piano Érard, entre grondements sourds et teintes dĂ©licates, et ce, jusqu’au terme du deuxième mouvement.

 

Jérôme Granjon et Saskia Lethiec, directeurs artistiques du festival Érard, le 15 octobre 2022 à la salle Érard (Paris 2). Photo : Bertrand Ferrier.

 

L’Allegro non troppo, ma con fuoco laisse d’abord infuser le mystère. Ça gonfle en bloblotant, ça menace d’exploser au grand jour, ça reflue, ça dĂ©borde d’accents vigoureux, ça couve derechef, etc. Ces systoles et diastoles plus ou moins longues font battre la musique en lui insufflant plus qu’une vie joyeusement inĂ©gale : une incarnation. (Non, je ne suis pas sĂ»r de ce que ça veut dire, « insuffler une incarnation » mais, avant, j’avais Ă©crit « dont ils galbent l’arythmie fascinante », je crois que c’Ă©tait encore pire alors que, en direct, l’expression me paraissait claire – que le temps du sens est bref, mes frères !) Concrètement, on applaudit

  • les excellents contrastes de dynamique,
  • la maĂ®trise du volume sonore et des effets dramatiques,
  • le sens de la narration partagĂ©e et collective, et
  • l’art de la fougue, si si, par-delĂ  la dextĂ©ritĂ©.

Le finale Ă©tincelle comme une jante sans pneu Ă  200 sur l’autoroute. Ă€ part la nana qui s’est endormie sur l’Ă©paule de sa voisine, les spectateurs font le plein d’art et d’Ă©nergie lors de ce moment beau, joyeux, singulier et suivi par un public respectueux des artistes voire des autres spectateurs, n’eussent Ă©tĂ© les portables qui filment puis tombent au fil des quarante minutes. Programme et soir 3R – riche, rare et rĂ©ussi.