Blog

Le blog de Bertrand Ferrier, page 197

Le Christ au temps du virus

Photo : Bertrand Ferrier

Première Ă  Saint-AndrĂ© de l’Europe, comme dans de nombreuses paroisses quoique avec des moyens modestes : retransmission de la messe interdite sur YT le dimanche matin, FB le dimanche soir. La religion s’inclinant devant le virus, le virtuel sauvera-t-il l’humanitĂ© ?

Dernier concert avant la fin du monde

Photo : Bertrand Ferrier

Il vient, il est lĂ , il rĂ©pète. MalgrĂ© l’Ă©crasement des droits sociaux, le dĂ©fonçage des retraites, l’usage dĂ©gueulasse du 49.3, tous ces Ă©crans des fumĂ©e chargĂ©s de dissimuler la gravitĂ© du coronavirus et de la chute des Bourses (avec une cap, merci), AurĂ©lien Fillion a tenu parole. Il a quittĂ© sa Belgique nĂ©erlandophone pour se risquer dans l’une des pires zones du monde, bien en-deçà de Wuhan.
Il est Ă  Paris, et il vient claquer un programme grandiose, rĂ©servĂ© Ă  ceux qui aiment rĂªver, kiffer la vibe qui vient, se laisser porter. Il mixe des compositeurs entre eux. Il dĂ©fie la tonalitĂ© avec l’un, frictionne les cheveux du cluster avec l’autre, dĂ©frise la virtuositĂ© avec la partition du dessous (et du dessus). Le tout pour le plaisir de faire de la musique.

Photo : Bertrand Ferrier

Ce samedi, AurĂ©lien Fillion ne vient pas toucher son chèque : y en a pas. Le mec qui a jouĂ© sur quelques-unes des plus belles orgues de France et d’Islande – entre autres – et devait jouer Ă  Notre-Dame de Paris sera Ă  Saint-AndrĂ©-de-l’Europe pour partager son talent, ses goĂ»ts musicaux, sa versatilitĂ© – sa libertĂ© en somme.
Le loufoque qui manie la flĂ»te Ă  bec et l’Ă©lectro, les claviers et la composition, qui est aussi Belge que Français et rĂ©ciproquement, propose donc un programme prestigieux de musique essentiellement rĂ©cente et pourtant parfaitement accessible Ă  toutes les oreilles de bonne volontĂ©. Ou pas.

 

 

Moi, j’aime bien que ce soit pas accessible. Je sais pas ce que c’est, de la musique accessible. J’en veux pas, de la musique autoproclamĂ©e accessible. Y a pas de musique accessible, y a que de la musique mĂ©prisante, dans cette appellation. Donc j’espère que la musique propulsĂ©e par AurĂ©lien ne sera pas autoproclamĂ©e accessible. Ou, a minima, pas que.
D’autant que, ce week-end, quasi tous les concerts d’orgue (et pas que) sont annulĂ©s, sauf celui-ci, qui sera ouvert aux quatre-vingt quinze premiers spectateurs Ă  se prĂ©senter. Na.

Photo : Bertrand Ferrier

DĂ©sintĂ©grant les craintes sous lesquelles un gouvernement totalitaire tente de nous asphyxier, l’artiste a choisi de nous offrir un rĂ©cital d’une heure autour de ce qui le fait vibrer, partant ce qui nous fait plonger dans la magie de l’orgue, ce qui fait fi des chapelles et des gnagnagnas, bref ce qui nous propulse dans une proposition puissante, diffractante, diffĂ©rente.
VoilĂ , donc, ce qui justifie que l’on se bouge la partie postĂ©rieure et ce qu’il y a autour pour profiter d’une heure de musique gratuite, avec grantĂ©cran, et sans interdiction de se laver perpĂ©tuellement le masque avec discrĂ©tion et un gel hydroalcoolique.

Photo : Bertrand Ferrier

Ne laissons pas la peur gouvernementale nous asphyxier. Ne laissons pas la voracitĂ© des financiers profiter de nos fatigues. Ne laissons personne nous diminuer. Nous sommes plus forts que nous pensons. Moins cons que ce qu’ils tentent de nous convaincre. Nous sommes plus vivants.
Je n’imagine pas plus puissant doigt d’honneur contre ces humiliateurs qui nous gouvernent et tentent d’asphyxier la culture après avoir insultĂ© les artistes – je n’imagine pas de plus tonique doigt d’honneur, dis-je, qu’un concert wow, variĂ©, audacieux, sincère, improbable, pour bien marteler que – alors que Pharaon Ier de la PensĂ©e complexe et ses sbires tentent, ces nabots, d’Ă©touffer autant qu’ils le peuvent la beautĂ© et la rencontre – nous sommes des Ăªtres debout, capables, sensibles, intelligents. Aucune manipulation ne nous Ă©crasera, bon sang.

Photo : Bertrand Ferrier

Le concert de ce samedi est historique. C’est l’une des rares manifestations parisiennes qui ne soit pas annulĂ©e. C’est une prestation proposĂ©e par un grand virtuose qui a bossĂ© non seulement pour Ăªtre au taquet techniquement, mais aussi pour Ăªtre au taquet spĂ©cifiquement (chaque orgue Ă©tant particulier, seul le concertiste motivĂ© arrive en avance pour rĂ©pĂ©ter, tester, mettre ses Post-it verts ou roses, reprendre et retravailler in situ). C’est un rĂ©cital oĂ¹, pour la deuxième fois consĂ©cutive, un compositeur de renommĂ©e internationale est susceptible de venir Ă©couter l’interprète jouer une de ses pièces monumentales. C’est un moment de partage aux heures oĂ¹ la politique tente de cliver les ploucs que nous sommes.
Ne les laissons pas faire. Venons applaudir Aurélien Fillion.

Parce que ça joue et que l’on va pas juste Ă©couter de la musique bizarre : on va vibrer. Ensemble. Ça ne gĂ¢che rien.

 

Jusque-lĂ , tout va bien

Photo : Bertrand Ferrier

Vivement que ça dure.

Merde au virus…

Photo jaune : d’après Rozenn Douerin

… et je crois que le message express est clair, voire vice et versa.

Le luxe du rganiss

Photo moche : Bertrand Ferrier

Deux cérémonies rapprochées, un matin. Un troquet, non loin. Une pause, et les moyens de se la payer. Sans emprunt, sans négo, non : cash. Ce sentiment de puissance qui confine au syndrome YOLO.

Action !

Jann Halexander en répétition. Photo : Bertrand Ferrier.

Pour le concert du lundi 23 mars, au ThĂ©Ă¢tre Michel, les choses sĂ©rieuses commencent puisque la première rĂ©pĂ©tition en prĂ©sence de l’artiste a eu lieu au studio Chez Mimi ! Ledit artiste n’a d’ailleurs pas tardĂ© Ă  claquer sa rĂ©plique prĂ©fĂ©rĂ©e :
– J’aime beaucoup comment tu accompagnes. Vraiment. Ce n’est pas du tout du Jann Halexander, mais c’est intĂ©ressant. Cela dit, peut-Ăªtre que lĂ , tu vois, j’aurais fait un peu diffĂ©remment. Attends, je vais te montrer…
Pas d’inquiĂ©tude : l’accompagnateur a surtout retenu les deux phrases liminaires, non mais.

De l’Ă¢me des moteurs

Viscount et Ave Maria européens. Photo moche : Bertrand Ferrier

Et pourquoi pas ? J’admets Ăªtre aussi titulaire de ce magnifique instrument. Il est moche et il sonne vilain, je le confesse, MAIS, ce week-end, passĂ© le coup de chiffon qui va bien, il avait l’immense avantage de fonctionner contrairement au bitouniou Ă  tuyaux dont le moteur avait rendu l’Ă¢me Ă  qui elle appartient. (Non, je sais pas si les moteurs ont une Ă¢me, juste que les camions sont rĂ©putĂ©s en avoir une.)
Me rappela le mariage d’un mien frère, dans une petite chapelle du Beaujolais, oĂ¹ chacun se gaussait de mon souhait de jouer l’harmonium en sus de l’orgue en plastique, les sommitĂ©s locales s’Ă©tonnant mĂªme que l’objet poussiĂ©reux n’eĂ»t point dĂ©jĂ  Ă©tĂ© bazardĂ©. Il advint que panne de courant. Devinez quelle bestiole je ploum-ploumai. Parfois, la vie sait Ăªtre ironic, doesn’t she?

La victoire de l’Ă©chelle humaine

 

Après avoir montĂ© (essayĂ© de, a minima) les pauvres contre les pauvres, les salariĂ©s contre les indĂ©pendants, les statuts spĂ©ciaux contre les prĂ©caires, les patrons contre les employĂ©s, les autochtones contre ceux que pudiquement l’on appelle « migrants », etc., voici que la clique de Pharaon Ier de la PensĂ©e complexe oppose les malades aux bien-portants et convainc les bien-portants que, s’ils ne restent pas enfermĂ©s chez eux, on va tous mourir – samedi ou dimanche, ce qui est un rien dommage si lundi, y a marchĂ©.
Mais tenons bon : malgrĂ© les annulations grandiloquentes et inutiles cherchant Ă  emphasize la dramaturgie morbide, les spectacles Ă  taille humaine tiennent bon. Toujours en prĂ©paration, donc, le spectacle de Jann Halexander dans le très chic thĂ©Ă¢tre Michel, oĂ¹ j’accompagnerai l’artiste au piano. Ce qui donne, Ă  quelques jours de la grosse rĂ©pĂ©tition : « Au fait, j’ai eu une dernière envie… Je pourrais reprendre ce titre de Catherine Ribeiro, ça passerait super bien au piano, tu crois pas ? »
Voici, donc, mesdames et messieurs, ce que Jann Halexander, cet insolent gourgandin, pourtant pianiste, estime Ăªtre un titre qui passerait super bien au piano. Quant Ă  savoir si nous l’interprèterons le 23 mars, rendez-vous ici pour acheter vos places et dĂ©couvrir le fin mot de l’histoire.
D’autant que c’est pas cher, les conditions sont optimales et, si vous aimez la chanson originale, mĂªme reprise, ben, bienvenue dans l’univers de Jann Halexander. (Sinon, y a l’Eurovision, peut-Ăªtre. Ou les chanteurs de France Inter, c’est bien aussi.)

 

Les 6 plus grandes redécouvertes Komm, Bach! à faire

 

Parmi les vidĂ©os du festival Komm, Bach!, certaines ont remportĂ© un succès phĂ©nomĂ©nal Ă  l’Ă©chelle du plus petit festival international d’orgue-mais-pas-que – nous l’avons vu tantĂ´t. D’autres restent, et c’est joyeux, Ă  dĂ©couvrir. Voici, donc, dans notre catalogue, quelques suggestions.
Et la première, comme quoi, on est hyperouverts au niveau tolĂ©ranciel, au moins, c’est pour ceux qui dĂ©testent l’orgue. En revanche, comme sur l’pont du Gard, attachez votre coiffe – ça souffle.

 

 

La deuxième, c’est pour ceux qui aiment la musique bien jouĂ©e, mĂªme si y a de l’orgue dedans : un tube du rĂ©pertoire Ă  tuyaux enlevĂ© par le brillant bĂ»cheron des Ardennes, aka Fix Grandjean.

 

 

La troisième vidĂ©o que l’on propose, c’est une magnifique exĂ©cution d’une des six pièces de CĂ©sar Franck pour grand orgue. C’est puissant comme une sĂ©rie Netflix qui durerait moins d’un quart d’heure – et ça, ça n’est rien d’autre qu’un cadeau pour les oxymoronophiles.

 

 

Ha, on a un vrai cadeau pour les curieux qui aiment l’Écosse. Ce sera notre quatrième vidĂ©o.

 

 

Bon, celle-lĂ , c’est pour tous ceux qui dĂ©testent la musique contemporaine. Je pourrais dire que c’est une pièce que je trouve plutĂ´t pimpante – mais comme je finis par Ăªtre impliquĂ© dans l’histoire, je peux pas, tu penses. Et ce fut la cinquième vidĂ©o.

 

 

La sixième vidĂ©o ? Bon, parce que vous insistez. C’est pour saluer un compositeur qui, assurĂ©ment ne fait pas recette. I mean, it’s not maĂ®tre Gims. Et pourtant, quel sens de l’harmonie et du climat, quand de belles interprètes s’y collent !

 

Expérimentafion

 

L’avantage d’Ăªtre ghost-writer est assurĂ©ment de travailler au service d’auteurs qui ne savent pas qu’ils sont sporadiquement gĂ©niaux, sous prĂ©texte qu’elles sont prostituĂ©es. Et quand tu leur dis qu’elle vient de trouver une rĂ©partie sa mère, ils ne te croient guère, et parfois ça fait mal au cul.