
MalgrĂ© la lutte contre le coronavirus et l’Ă©crasement des libertĂ©s publiques, le festival Komm, Bach!, autoproclamĂ© « plus petit festival international d’orgue-mais-pas-que », est heureux de propulser « 17 petites symphonies pour un nouveau monde » en toute salubritĂ© publique puisque ce concert virtuel sera diffusĂ© sur YouTube. MalgrĂ© la fermeture des frontières, il rassemblera des artistes russes, serbe, italien, suisse et mĂªme, folie, français (ce qui n’est pas exclusif des autres possibilitĂ©s, et rĂ©ciproquement).
Autour de pièces associant orgue et saxophone, des pastilles de clavecin et de piano contribueront Ă mĂªler des musiques ancienne et toute fraĂ®che (incluant une crĂ©ation mondiale !), le tout offert avec grĂ¢ce par les concertistes internationaux Jasmina Kulaglich, Vittorio Forte, Anna Homenya, Dmitri Ouvaroff, Christian Chamorel et Nicolas Horvath.
Au côté des vidéos signées par la réalisatrice Inna Ouvaroff, des capsules faites « en mode confinement », non pas comme à la maison mais à la maison, simplement, par les invités VIP, témoignent de la réalité du moment, dans un écrin conçu et réalisé en un temps record par la claviériste et artiste visuelle Esther Aliénor.
Ce film sera projetĂ© pour la première fois le samedi 28 mars Ă 20 h 30 sur la chaĂ®ne YT du festival. Ne ratez pas cet Ă©vĂ©nement exceptionnel et intime ! (Toutes infos sur l’Ă©vĂ©nement FB.)

Après son passage Ă la tribune de Saint-AndrĂ© de l’Europe, sans renoncer Ă faire le buzz, Anna Homenya efface toute trace virale grĂ¢ce Ă son stylo rayonnant magique. Comme elle compte revenir (et que nous comptons sur son retour), on peut dire qu’a Ă©tĂ© sauvĂ©e encore une vie russe.
(Comme ça, ça, c’est fait. Je pensais aller plus loin pour ceux qui n’ont pas l’accent du Sudeuh en parlant d’un petit navire, mais c’Ă©tait bateau.)
Rendez-vous le samedi 28 mars, 20 h 30 sur la chaîne du festival Komm, Bach!.

Donc, c’est dit : le 28 mars, sur vos Ă©crans quoique pas sur Netflix, ça va zouker. Avec, notamment, Anna Homenya et Dmitri Ouvaroff. Mais aussi grĂ¢ce Ă Inna Ouvaroff, rĂ©alisatrice qui, devant le talent de filmationneur qui aurĂ©ole Bertrand Ferrier, a acceptĂ© de reprendre la main pour rĂ©aliser de vraies belles vidĂ©os, avec un vrai beau son. Oh, soit, sur le principe, c’est un peu vexant, mais que j’aime cette vexation !

L’ambiance devait Ăªtre correcte puisque, le temps qu’Anna et Dmitry aillent se reposer avant d’enregistrer leurs solos respectifs, la capteuse d’images s’est posĂ©e Ă l’orgue. Oui, avec la bĂ©nĂ©diction du titulaire – chacun sait que, dans le cas contraire, le zozo surgit, hystĂ©rique, avec a minima un fouet dans la main, surtout si l’intrus joue mieux que le local, c’est logique.

Et pendant que Dmitry souffrait sous la camĂ©ra mobile de son Ă©pouse, Anna Homenya, oui, la Anna qui dĂ©teste Ăªtre prise en photo ou en film, Anna, donc, fixait son collègue sur pixels. Et elle avait l’air d’aimer cela, la diablesse. Comme quoi, ben, l’ambiance devait certes Ăªtre correcte, comme vous le verrez peut-Ăªtre en vous connectant sur la chaĂ®ne YouTube du festival ce samedi Ă 20 h 30… mĂªme si le concert ira encore plus loin !


Pas de concert le 28 mars. Plus de concert jamais ? À notre niveau, nous travaillons à réduire ce jamais.
Avec la paroisse Saint-AndrĂ© de l’Europe (Paris 8), qui devait accueillir le rĂ©cital et nous ouvre grand ses portes.
Avec Jorge, l’ouvrier chargĂ© de passer l’aspirateur dans l’Ă©glise alors que nous avions annoncĂ© une sĂ©ance d’enregistrement.
Et avec les artistes qui osent braver le coronavirus pour raison professionnelle et avec toutes les précautions civiques.
PrĂ©cisons que les premiers volontaires ne sont pas de bons Français de souche. Ce sont des fous. Des Russes. Français, sans doute (who fuckin’ cares?), francophones, soit. Surtout, des musiciens qui viennent dĂ©fendre la grande musique au temps du cholĂ©ra dont les politiciens se servent pour Ă©craser les libertĂ©s publiques et les droits sociaux. En soutien Ă Anna Homenya, nous avons pu accueillir le parfois sosie de Philippe Jordan…

… aka le saxophoniste virtuosissime Dmitry Uvarov.

Deux complices, exigeants et passionnĂ©s. Capables de bosser 3 h 45 Ă la suite sans pause ou fake. Sans faiblir ou rien lĂ¢cher. Choisissant des partitions soit en trio pour l’orgue, soit pour le duo enchaĂ®nant 7/8 et 3/4 (avec des quintolets associĂ©s Ă des quartolets au milieu, sinon c’est pas drĂ´le). Et se reprenant mutuellement quand ils jouent des notes au lieu de jouer de la musique. Puis travaillant le soir pour la seconde sĂ©ance de recording. Une joyeuse claque pour musicien mou (pour mousicien, soit).
Le pire ? ce n’est que le dĂ©but de notre teasing, c’est ça qui est vexant. En attendant, save the date: 28 mars, 20 h 30, on the Internet. Enfin, si le gouvernement Ă pulsion dictatoriale qui sĂ©vit en France n’a pas coupĂ© le rĂ©seau d’ici lĂ , bien sĂ»r.


A priori, a posteriori et mĂªme au-delĂ , il ne pouvait y avoir de concert Komm, Bach! avec deux organistes le 28 mars ainsi que prĂ©vu. A priori, a posteriori et mĂªme au-delĂ , hein. Alors, on s’est dit : chiche. Mais chiche, c’est flou, la preuve (anagramme de « le pauvre » quoi que cela n’ait rien Ă voir).

Alors, on a proposĂ© aux artistes d’inventer un truc ensemble malgrĂ© le confinement, donc grĂ¢ce Ă lui. L’une venait d’Ăªtre maman et prĂ©fĂ©rait sĂ©curiser sa progĂ©niture ; l’autre a dit : « HĂ©, pourquoi pas ? » Donc, on s’est mis au travail.

RĂ©vĂ©ler tout ce qui en est sorti ? Tout ce qui se fomente ? Ben non, pas le genre de la maison. Mais ça travaille, soit. VoilĂ : ça travaille. Clairement, ça travaille autour d’Anna Homenya. VoilĂ . Le reste, c’est du suce-pince pour tous les bienveillants. (Les autres, on s’en fout, c’est pour ça.)


… et ce sera comme une virgule dans un monde de points, comme un ressort dans un monde de plombs, comme un doigt d’honneur dans un monde de lèche-culs. Un doigt d’honneur Ă la tristesse, Ă l’anxiĂ©tĂ©, Ă la finitude, Ă la mort.
Plus simplement, une nouvelle interprĂ©tation de la Pastorius toccata par un artiste du festival Komm, Bach!. Une conclusion festive au rĂ©cital exceptionnel d’AurĂ©lien Fillion. La rencontre ravivĂ©e du groove virtuose avec la grosse machinerie de l’orgue. Le tout dans l’idĂ©e du partage au moment oĂ¹, après avoir massacrĂ© les services publics en gĂ©nĂ©ral en gĂ©nĂ©ral et la santĂ© en particulier, la dictature hygiĂ©niste tente de museler la culture pour commencer et la France dans la foulĂ©e.
C’est une poussière dans l’espace, dans la souffrance des suffocants, dans le respect des morts sĂ©parĂ©s de leurs proches pour complaire des experts de mon cul, mais c’est une respiration. Ça s’appelle la Pastorius toccata, c’est AurĂ©lien Fillion qui conduit, et quoi qu’il nous arrive dans les jours qui viennent, c’est fort d’Ăªtre embarquĂ© dans cette aventure.

Dans ce monde de mollesse et de soumission, de compromis moches et de trucs pas nets, AurĂ©lien Fillion stands his ground. Il savait. Savait que Paris serait vide, hantĂ© par the invisible menace, hantĂ© par la promesse d’une mort imminente et longue, hantĂ© par les consĂ©quences d’un gouvernement qui a contribuĂ© Ă la destruction du service de santĂ© publique et a contraint Ă la dĂ©mission, devant le maxistress, sa ministresse de la SantĂ©.
Français exportĂ© depuis onze ans en Belgique nĂ©erlandophone, le jeune virtuose a osĂ© tenir sa parole. Il est donc venu Ă Paris propulser de la musique Ă la gueule du virus, fomenter un concert de CarĂªme con fantasia, rencontrer un public curieux quoique pas forcĂ©ment frottĂ© de musique savante rĂ©cente.
Le rĂ©sultat est forcĂ©ment joyeux. IntĂ©rieur. Profond. Et la photographie de Rozenn Douerin rend bien cette intensitĂ© sans concession, sans rage, sans mĂ©pris. Cette concentration qui fait l’artiste et qui renvoie dans les cordes les souffrances qui nous attendent demain. Le 14 mars, AurĂ©lien Fillion nous a envolĂ©s. A bousculĂ© les oreilles habituĂ©es Ă la musique classique de bon ton. A proposĂ© son concert, sa vision, son art. Et c’Ă©tait chouette, bis inclus. DĂ©mo en vidĂ©o.

Alors que les gens bien partaient en Bourgogne pour Ă©viter d’Ăªtre coincĂ©s Ă Paris (leur petit neveu en stage dans un grand ministère leur avait annoncĂ© que confinement strict armĂ©e en marche etc.), alors que les gens sĂ©rieux restaient chez eux pour ne pas mourir de suite, les gens curieux venaient applaudir la curiositĂ© et l’audace d’AurĂ©lien Fillion. Celle d’un prof d’orgue et concertiste venu de loin pour interprĂ©ter un rĂ©cital centrĂ© sur la musique rĂ©cente. Celle d’un porte-Ă©tendard de la musique fraĂ®che incapable de racisme, comme en tĂ©moigne son dernier disque paru chez Organroxx, oĂ¹ Bach a l’intelligence de baguenauder entre ses pairs ultĂ©rieurs, feat. Laurent Carle.
Illustration en vidĂ©o avec cette Ă©mouvante concatĂ©nation propulsĂ©e dans une atmosphère anxiogène de fin du monde. Ou d’apocalypse. De rĂ©vĂ©lation, c’est ça. IdĂ©al pour le deuxième Ă©pisode de notre minisĂ©rie permettant Ă chacun de vivre ou de revivre ce moment prenant, tellement dĂ©connectĂ© des logiques milliardaires des banquiers et riches entrepreneurs de Pharaon Ier de la PensĂ©e complexe qui guident les dĂ©cisions iniques gouvernant l’Hexagone (notamment). Partager des pĂ©pites de cet instant, feat. deux pièces de notre ancien prof Ă©phĂ©mère, avec la bĂ©nĂ©diction de l’artiste, est une joie que nous sommes pĂ©tillants de propulser pour ceux qui, comme nous, ne sont pas encore dĂ©cĂ©dĂ©s du virus couronnĂ©.

Vous Ăªtes beaucoup Ă n’avoir pu assister au rĂ©cital d’AurĂ©lien Fillion, qui restera sans doute comme le dernier concert avant la fin du monde. Obligations, rangement des rouleaux de papier hygiĂ©nique, peurs, Ă©loignement et sensibilitĂ© Ă l’art anxiogène de Pharaon Ier de la PensĂ©e complexe ont pu saper votre amour de la musique vivante, en dĂ©pit de la promesse d’un rĂ©cital original, personnel, engagĂ©, exigeant et puissant – promesse tenue et bien tenue.
Pour cĂ©lĂ©brer cet Ă©vĂ©nement et combler un peu du temps confinĂ© que l’on nous promet, voici le dĂ©but de notre minisĂ©rie qui permet de revivre le meilleur du concert comme si vous y Ă©tiez – ou y aviez Ă©tĂ©. Bonne dĂ©couverte de ces vidĂ©os choisies avec l’artiste en personne, belle réécoute et joyeux courages Ă tous.
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