Pour la première fois,un expert en granularité sonore organistique a été surpris avant son passage à l’acte. Très concentré, très précis, très serviette. Sur le fil de la technicité et de la représentation. L’objectif des Partners, chaque habitué de ce site en a notion, est de jauger la granularité sonore des instruments qui leur sont soumis. Leurs expertises ont suscité la demande d’intervention d’évêques, tant ces savants sont importants, mais ce ne fut point le cas ce jour.
Photo : Bertrand Ferrier
L’objectif restait de goûter la spécificité décibélistique de l’instrument ouvert aux délibérations. Le partner de Sleepy, aka le KanGourou, a souligné la spécificité des plans sonores, la richesse des possibles, la complémentarité des registres et – après, faute d’être un technicien accompli moi-même, je n’ai pas forcément saisi les propos sur la ductilité des mélismes legato, faut pas exagérer non plus, quelque part.
Photo : Bertrand Ferrier
L’étude de la vigourosité du clavier, l’examen de l’efficacité de la machine Barker, l’observation de l’élocution de la tonalité transversale (moi, je sais pas, hein, je suis juste le transcripteur de l’observation, je juge pas) structurent un proccessus observationnel – mais on en est là – strictement musicologique. In fine, le test le plus important restera toujours le tape-cul, et je n’aurai jamais copie du rapport signé par l’expert, alors bon.
Quand on te demande de jouer un vieux cantique pour un enterrement du samedi, que tu ne trouves nulle part la partition sur le Web, que tu dois – ayant été correctement abordé par le laïc missionné, pour une fois – le retracer à la main en écoutant une vidéo et que, partant, tu repenses à toutes ces occasions que tu as eues de voler le volume 1 des Chants notés – bible des vieux chants d’Église avant que ne s’impose le diktat répugnant des chants finançant les sectes charismatiques – où est celée la partition…
La star de l’orgue du CNSMDP. Photo : Bertrand Ferrier.
À la base, c’est l’histoire d’une nana – ça change de l’histoire d’un mec – qui fume de l’herbe, qui blasphème en bande organisée et qui, quelques années plus tard, en fait son sujet de thèse même si elle eût initialement préféré scruter les musiques électro.
Désormais, cette histoire, c’est l’histoire de Marie Baltazar. L’ex-fofolle est devenue chercheuse spécialisée en tout et néanmoins revendiquant son appartenance aux humains chic de base, du genre qui glisse à la fin de la présentation parisienne de son livre paru aux Éditions de la Maison des sciences de l’homme : « Là, je vais enfin me payer une semaine de vacances chez moi, à regarder des séries, j’en rêve depuis siiii longtemps » confie-t-elle sans prétendre se confiner dans son monde pour relire l’intégrale de Lévi-Strauss.
L’orgue du CNSMDP (détail). Photo : Bertrand Ferrier.
L’anecdote n’est point si anecdotique qu’il y paraît : le livre porte trace de la pulsion de spontanéité qui paraît habiter cette anthropologue du proximal et de l’extraordinaire. Tout l’émerveille, tout lui paraît digne d’intérêt. Du coup, elle se méfie de l’intellectualisation, de la mise en perspective sèche, de la scientifisation du « terrain » comme elle aime à labelliser ses observations. Le titre du livre adapté de sa thèse en porte trace, tant on aurait pu l’envisager sous de multiples axes. Ainsi du bruit, jamais défini, et qui évoque pourtant moult pistes telles que, parmi tant d’autres :
le bruit comme rumeur qui construit et déconstruit la pratique de l’orgue (analyse de la perception de l’orgue selon divers « terrains ») ;
le bruit comme retentissement (au sens de renommée, donc de l’usage de l’orgue dans la société, entre symbole religieux ringard – pas que catho – et symbole luxueux revivifié des grandes salles symphoniques) ;
le bruit comme son indistinct (disons : bruit de fond), recoupant la pratique de l’orgue liturgique et révélant les schismes avec les nouvelles pratiques de gling-gling liturgique qui concurrencent l’organiste de cérémonie ;
le bruit comme émission brute opposée à l’harmonie, interrogeant le rapport de l’organiste à la machinerie bruyante de l’orgue mais aussi la perception de l’orgue par les saints béni-oui-oui qui le voient comme « trop bruyant » ;
le bruit comme vibration au milieu d’autres vibrations (dans le cadre d’un concert, d’une « visite », d’une cérémonie religieuse) ;
le bruit comme écho recherché ou obtenu par exemple dans les réseaux sociaux (la cyberprésentation des organistes de tout niveau sur Internet eût pu donner lieu à l’analyse de ce-que-c-‘est-qu’être-organiste d’après les organistes eux-mêmes) ;
le bruit comme son attirant l’attention, ce qui aurait permis l’analyse du rituel très protéiforme du « concert d’orgue » ;
le bruit comme opposition au silence ordinairement associé aux établissements sacrés, etc.
Esther Assuied et Jean-Baptiste Dupont. Enfin, de dos, mais bon. Photo : Bertrand Ferrier.
La question sonore ne distrait pourtant pas l’ethnologue de son projet que l’on pourrait résumer de la sorte : définir qui joue les orgues – ces trucs bruyants, fascinants, coûteux, surannés, impressionnants, synonymes de chiantise, et comment sont-ils devenus ces gens qui jouent des trucs bruyants, fascinants, etc. L’aspect sexuel, propre aux délices, aux amours et aux orgues, est un élément déterminant, d’après l’enquêtrice, qui frétille en pensant à toutes ces personnes du sexe qui se mettent à apprendre l’orgue sans, désormais, forcément passer par le piano. Le fait est que les hommes auraient longtemps dominé l’orgue (ceux qui suivent nos postes muséaux reconnaîtront une chanson connue, en un mot) ; l’arrivée des femmes pourrait tout changer.
Cela pourrait vexer celles qui sont là depuis longtemps, ou étonner les mâles demandant ce qu’on leur reproche. Une telle proposition pourrait aussi suggérer une étrange réduction des gens à leur bas-ventre, ou feindre d’ignorer qu’orientation et identité sexuelle – si combattue par les gender hystériques – sont deux éléments scénaristiquement moins intéressants, ici, que le copula qui les unit (option évoquée curieusement dans le sous-chapitre « Le goût du vacarme »). Oui, il y a des organistes avec des bites, des organistes avec des chattes, et parmi eux des homos (quel pourcentage ?), des hétéros, des bi et des asexués. Qu’en conclure, hormis qu’organiste peut être, contrairement au prestige dont chaque associé rêve ou au rebours de la mythologie que chaque zozorganiss espère perpétuer, un métier ou un hobby, hélas, presque comme un autre ?
Encore une fois, de tels débats s’essoufflent dans le contexte. Marie Baltazar ne débat ni ne combat. Elle parle du peu qu’elle a vu. Entendu. Constaté. Invité chez elle. Elle ne prétend pas savoir. Elle pose des questions. Parle de ce qu’elle aimerait. De ce qu’elle croit. Pour quoi elle milite. Objective autant qu’elle peut ; vivante surtout. Elle lève des lièvres puis les repose – ce qui sera toujours préférable aux salopards qui les lèvent puis les butent parce que ce sont, simplement, des p’tites merdes de chasseurs, ces couards qu’il conviendrait d’éradiquer définitivement. Donc Marie Baltazar dénonce, oui, la reproduction de la vieille caste organistique, mais elle ne cherche pas à la prouver. Rien sur les manigances des milieux organistiques, des dévoiements « syndicaux » aux dessous – le terme est bon, je trouve – des concours de grande tribune, sur lesquels ni les témoignages, les évidences ou, même, les articles objectifs ne manquent.
Dans cette perspective, l’on pourrait s’étonner de retrouver Guillou sous la seule accusation d’un anonyme le soupçonnant de ne faire que du braoum (t’as écouté ses interprétations éditées chez Augure, crétin ? bon, alors ferme-la physiquement à tout jamais). De même, l’on pourrait se surprendre en voyant encore évoqué « Jean-Sébastien Bach » ou en lisant des sentences extravagantes – nous n’en ferons point la recension digne du fat, quoi qu’il y en ait quelques-unes – comme « le 32 pieds apparaît de nos jours comme l’aboutissement de l’évolution de l’orgue » (191, gâ ?) même si ce genre de propos, délirant en soi, fait écho au souci d’optimismes de l’auteur :
optimisme sexiste (plus de nanas, c’est plus mieux),
optimisme quantitatif (plus d’élèves en orgue, ça sauvera les orgues et ça cassera la reproduction ancien-régimiste des mêmes schémas académiques),
optimisme chronologique (de toute façon, ce sera mieux demain), qui tranche avec la vraie vie des organistes, même outrageusement talentueuses.
Esther Assuied, le 22 novembre 2019. Photo : Bertrand Ferrier, avec l’autorisation de l’artiste.
Après l’introduction brillante et joyeuse de Philippe Brandeis, patron des chercheurs du lieu mais avant tout hénaurme organiste, les artistes invités par Marie Baltazar répondent à leur manière aux propos fragmentaires énoncés ce soir. Dans une salle dépourvue de la moindre résonance, Esther Assuied ose le « Chant des fleurs » de Jean-Louis Florentz puis les tubesques mais très techniques « Litanies » de Jehan Alain. Jean-Baptiste Dupont, le malheureux et brillant organiste bordelais, confronté à l’impéritie conne, dégueulasse, lâche, stupide et typique de cette ordure d’Alain Juppé et des autorités laissant dégrader son orgue, cingle trois improvisations distinctes :
la complétion à la BWV 565,
une ondulation brillamment structurée et
un parcours magistral sur l’échelle des registrations envisageables en crescendo et decrescendo.
Esther Assuied conclut la fête sur un tube de Grieg qu’elle a elle-même transcrit, rappelant que la musique de l’orgue, c’est
de l’interprétation,
de l’impro et
de la transcription.
Esther Assuied, Jean-Baptiste Dupont et Marie Baltazar. Photo : Bertrand Ferrier.
En conclusion, si vous cherchez un livre sur l’art de devenir le futur titulaire de Notre-Dame, sur l’analyse de la profession d’organiste aujourd’hui, sur la notion d’organiste dans une société en voie de déséglisiation, sur le concept technique d’orgue en 2019 (aucun entretien avec les stars de la facture contemporaine n’est au programme, par exemple), ne lisez surtout pas Du bruit à la musique. Devenir organiste de Marie Baltazar.
En revanche, si vous osez envisager ces questions du point de vue d’une Candidesse essentiellement armée de ses observations de terrain activées au début des années 2000 et réactivées en 2017, habitée par une curiosité sincère, enthousiaste et accessible par son refus d’un rigorisme ou d’une exigence scientifique, foncez : ce livre, animé par de nombreux extraits d’entretiens et par des illustrations diverses, sans complexe et sans concept effrayant, est pour vous !
Hier soir, croyant entrer dans mon lit, j’entre dans un congélateur. Ce matin, croyant sortir dans la rue, je sors dans un congélateur. J’en déduis que mon pays, ce n’est pas un pays, c’est un congélateur.
Avant le concert au Val-de-Grâce mais après la manutention musicale, voici le temps de la ploum-ploum attitude lors des répétitions entre instrumentistes. Enfin, entre instrumentistes et pas que, quand même.
C’était il y a plus de quinze ans. L’un des coups de génie de feue Charlotte Ruffault, capable de se laisser convaincre par l’ex-stagiaire que j’étais qu’un bouquin gros – donc cher à traduire – et pas pointé girly pouvait faire un carton, partant mériter que l’on convainque de l’intérêt de la chose tous les moutons renfrognés – il n’en manque guère, jamais, nulle part.
C’est aujourd’hui. Une nouvelle réédition arrive, classieuse, dorée sur tranche et pas que sur tranche. J’aime à penser que, avec moi, Charlotte en rigole et se dit que, du temps qu’elle était éditrice, elle a plutôt bien bossé, nom d’une pipe !
Je pensais rédiger un post sur la représentation d’un opéra. Mais énoncer la vérité médiatique sur la pauvreté des ploucs dont je crois être me semblait légèrement plus important, en hommage à ces salopards du Figaro. Si, poser que les gens préfèrent avoir froid parce que pas de fric, faut vraiment être un salopard pour l’écrire.
Donc, pour le compte-rendu de Don Carlo, ben, on attendra un chouïa.
Claudio Zaretti le 15 novembre 2019. Photo : Rozenn Douerin.
Les habitués de ce site le savent : Claudio Zaretti est un chanteur à guitare et un guitariste à chanson. Italo-Suisse inspiré par l’Amérique latine, il chante sa vie (heureusement bestofisée) avec énergie et émotion, laissant la place à la musique entre les mots.
L’homme sait être pêchu et tubesque, mais n’hésite pas non plus à glisser dans le midtempo et la réflexion – l’humour modeste et la spontanéité pleine de métier créant des passerelles entre les différentes atmosphères.
À l’occasion de la sortie de Cosmos Hôtel, son nouvel album, finement réalisé au côté du talentueux gratteux Hervé Morisot, le baladin protéiforme a proposé un nouveau tour de chant centré sur les chansons fraîches, puisqu’il a interprété les onze chansons de sa nouvelle set-list… mais pas que.
Le résultat : une soirée où, dans une ambiance conviviale, l’on sourit, l’on chante, l’on vibre au gré des engagements, des émotions et des bonnezidées du zozo ; et une nouvelle preuve qu’un concert de Claudio Zaretti, c’est toujours rien chouette. Tu rates-tu pas sa prochaine date si une bonne soirée passer tu veux !
Ce samedi 16 novembre, pour fêter son soixante et onzième épisode (on est très fort en prétextes), le festival Komm, Bach! passe en mode breton avec le play-boy titulaire de Saint-Pierre de Montmartre, Michel Boédec, associé à sa fidèle récitante, Anne Le Coutour. Les deux hurluberlus viennent nous faire rêver, frissonner et vibrer entre narration, improvisations savantes mais bien quand même, et musique traditionnelle.
Pendant une heure tout rond, venez faire la nique au froid, à la pluie et à la haine de la culture manifestée par les hordes de Pharaon Ier de la Pensée complexe. Venez, donc, vous blottir dans une église chauffée, enveloppés par le folklore importé au cœur de Paris par deux passionnés, avec respect et originalité. Un écran géant permet de suivre en direct le concert au plus près des artistes. L’entrée et la sortie sont tout autant libres – que l’on donne pour soutenir les artistes et le festival, ou que l’on ne donne pas, on est les bienvenus. Et, à la fin, on peut discuter le coup avec les artistes, que l’on achète ou non leurs disques (dont le tout dernier album de Michel Boédec encensé dans Diapason par le grand organiste Vincent Genvrin en personne).
Pour vous impatienter comme nous, retrouvez d’ores et déjà le programme ci-dessous et préparez-vous à recevoir comme il faut le terrrible Ankou en l’église Saint-André de l’Europe, 24 bis, rue de Saint-Pétersbourg (Paris 8) !
… d’autant que les réservations pour le concert qui s’affiche sont enfin ouvertesici!
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