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Le blog de Bertrand Ferrier, page 26

Saskia Lethiec, « Sonates et Partitas pour violon seul de Bach » (Cascavelle) – 2/11

Première de couverture

En musique comme dans la vie en gĂ©nĂ©ral, il y a des règles sur tout ; et il y a surtout des règles. Il y avait mĂªme des règles pour construire une « partita » (autrement dit une suite de danses) baroque. Celle-ci devait comprendre

  • une allemande,
  • une courante,
  • une sarabande et
  • une gigue.

Pourquoi ? Parce que c’Ă©tait la règle, point. Avec sa première partita labellisĂ©e BWV 1002, Johann Sebastian Bach

  • respecte la division en quatre mouvements, mais
  • accompagne chaque mouvement d’une variation intitulĂ©e « double », et
  • prĂ©fère la bourrĂ©e Ă  la gigue finale, et pourquoi pas ?

Après une notule sur la première sonate en sol mineur disponible ici, la prĂ©sente notule s’intĂ©ressera aux deux premiers mouvements de la partita et Ă  leurs doubles. Tout commence donc par une allemande (parce que c’Ă©tait la règle, m’enfin !) en deux parties avec reprises, selon le schĂ©ma que respecteront les huit mouvements de la partita. Saskia Lethiec en rend l’Ă©nergie selon trois astuces majeures :

  • la dĂ©composition nette des accords,
  • la variĂ©tĂ© des attaques, franches ou habilement allongĂ©es, et
  • l’attention portĂ©e Ă  la polymorphie du rythme, qu’il soit
    • pointĂ©,
    • ternaire, ou
    • Ă©vanescent via les gruppetti de quadruples croches et les trilles.

 

 

Certes, l’acoustique gĂ©nĂ©reuse – trop Ă  notre goĂ»t – ne permet pas aux points de montage de se faire discrets. Ainsi de la reprise Ă  3’02 ou de la respiration Ă  4’33, et l’on retrouvera ce dĂ©faut dĂ©rangeant au long du disque (ainsi de l’attaque mangĂ©e Ă  la reprise de la première partie du double, 0’44). Mais, voilĂ , chacun sait qu’un enregistrement non live (quoique maints live soient tout aussi traficotĂ©s…) est le rĂ©sultat de plusieurs prises bouturĂ©es entre elles. MĂªme si cela conforte notre scepticisme devant le choix du lieu de captation, il faut accepter de rapporter les dĂ©sagrĂ©ments de l’exercice Ă  ses avantages tels que

  • la possibilitĂ© d’optimiser la prĂ©cision du geste,
  • la capacitĂ© de choisir les versions les plus inspirĂ©es, et
  • l’opportunitĂ© pour l’interprète de prendre des risques puisque, dans les dĂ©lais prĂ©vus par la session, une autre prise est envisageable si le quadruple axel tentĂ© est ratĂ©.

Le double est horizontal (ni intervalles, ni accords) mais vallonnĂ©. Johann Bach joue sur le contraste des registres pour faire groover ce chapelet de doubles croches. Saskia Lethiec s’applique Ă 

  • sĂ©lectionner les diffĂ©rentes sonoritĂ©s que son violon peut offrir, presque comme un organiste registrerait une partition,
  • aĂ©rer la partition par de lĂ©gers effets d’attente ou des respirations savamment conçues pour Ă©viter de ralentir le  mouvement, et
  • galber ses phrasĂ©s avec une maestria qui ne se dĂ©ment pas.

 

 

La courante bondit non grĂ¢ce Ă  un tempo ahurissant (un « double presto » nous attend juste après) mais grĂ¢ce aux dialogue entre croches liĂ©es et croches dĂ©tachĂ©es. Pour ne rien gĂ¢cher, selon la tradition (une autre forme de règle…), la première reprise est judicieusement parĂ©e de quelques ornements et la seconde partie semble Ă©lectrisĂ©e par

  • la multiplication des descentes gourmandes,
  • les impulsions propres aux sauts du grave Ă  l’aigu comme de l’aigu au grave, et
  • l’impression d’une inarrĂªtable force qui va.

Le double annoncĂ© presto substitue les doubles croches, justement, aux croches simples. Ce mouvement pourrait Ăªtre une tarentelle, cette danse que l’on est censĂ© exĂ©cutĂ© quand on est mordu par une tarentule, tant Saskia Lethiec l’attaque bille en tĂªte.

  • Caractère dĂ©cidĂ©,
  • aisance digitale très impressionnante et
  • clartĂ© de la ligne

caractĂ©risent cette explosion qui ravigote voire ragaillardit l’auditeur. Rendez-vous dans une prochaine notule pour danser la sarabande !


Pour écouter le disque en intégrale et gratuitement, c’est par exemple ici.
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Tristan Pfaff, « Voltiges II » (Ad Vitam) – 1/5

Première de couverture

Si les « Enhanced Games » ne prĂ©voient pas d’inclure une catĂ©gorie « piano » dans leur cirque, c’est sans doute parce que le dopage n’apporterait pas grand-chose

  • aux survoltĂ©s de la virtuositĂ©,
  • aux fanatiques de la triple croche, ni
  • aux chĂ©risseurs du bpm le plus rapide du monde.

C’est peut-Ăªtre aussi parce que, par-delĂ  le cĂ´tĂ© sportif voire circassien consubstantiel Ă  l’art de jouer plein de notes super vite, se nichent des enjeux musicaux qui dĂ©passent de beaucoup les capacitĂ©s cĂ©rĂ©brales des Musclor surannĂ©s shootĂ©s aux stĂ©roĂ¯des. Pour le prouver, derrière une première de couverture inattendue et claquante, Tristan Pfaff dĂ©gaine d’emblĂ©e la transcription pour piano seul des « prĂ©lude et allegro dans le style [du violoniste et compositeur Gaetano] Pugnani » de Fritz Kreisler par NicolaĂ¯ Vaneyev, musicien dont cette adaptation semble le seul travail Ă  connaĂ®tre aujourd’hui encore quelque rĂ©sonance.
L’allegro en Sol commence en trompettant sur l’ensemble du clavier, ce qui sied Ă  l’opus 102, piano hors norme de Stephen Paulello captĂ© par Jean-Yves Labat de Rossi avec une simplicitĂ© apparente et une nettetĂ© soigneuse. L’interprète parvient Ă  dĂ©cliner de nombreuses nuances allant du forte au fortissimo, avant de revenir Ă  des intensitĂ©s plus feutrĂ©es dans l’andante ternaire qui surgit. On y goĂ»te

  • un legato onctueux,
  • un goĂ»t très sĂ»r pour la suspension et
  • une science notoire de la pĂ©dalisation, cet art d’enrober la phrase dans une rĂ©verbation gĂ©nĂ©reuse sans l’y ensuquer.

Le premier motif rĂ©apparaĂ®t sotto voce sans perdre de son allant ni de son ambition d’embrasser l’ensemble des registres du clavier… obligeant la partition Ă  s’Ă©taler sur trois portĂ©es, les deux habituelles ne suffisant plus pour supporter toutes les notes ! Ă€ cette poĂ©tique verticale, constituĂ©e d’accords et d’arpèges souvent boostĂ©s par des appogiatures simples ou doubles, succède un allegro molto moderato ternaire d’apparence plus horizontal (en clair, y a moins d’accords, a minima au dĂ©but).
L’affaire se lance comme un fugato en mi mineur que Tristan Pfaff n’hĂ©site pas Ă  faire rutiler tout en ciselant l’Ă©nonciation, c’est-Ă -dire

  • les attaques,
  • les phrasĂ©s et
  • l’Ă©tagement des voix par l’usage habile d’une large palette de nuances.

Le résultat

  • jaillit ici,
  • respire çà,
  • gronde lĂ .

La virtuositĂ© s’inscrit moins dans l’explosivitĂ© soudaine que

  • dans l’inscription du brio dans la durĂ©e,
  • dans la rĂ©gularitĂ© obstinĂ©e de la narration qu’hĂ©site presque Ă  assouplir parfois l’agogique, et
  • dans la capacitĂ© Ă  mĂªler, par un subtil Ă©quilibre digital, la mĂ©lodie Ă  son harmonisation fluctuante.

C’est en cela qu’elle devient musicale, dans la mesure oĂ¹ elle travaille le corps du son pour le rendre Ă  la fois

  • intelligible mĂªme quand il est profus,
  • palpitant mĂªme quand il s’inscrit dans un dĂ©bit apparemment très mĂ©trique, et
  • mutant grĂ¢ce Ă  la capacitĂ© de l’interprète Ă  faire fi des difficultĂ©s techniques

afin de propulser l’auditeur dans une course en avant plaisante avec

  • Ă©nergie roborative,
  • embardĂ©es allègres et
  • solennitĂ© triomphale de la coda (avec tierce picarde obligĂ©e !).

Deuxième visage de la virtuositĂ© au programme, la « Valse MĂ©phisto » de SergueĂ¯ Prokofiev. L’Å“uvre est tirĂ©e de la Suite de valses opus 110, oĂ¹ l’on retrouve des remix de

  • son opĂ©ra Guerre et paix, encore inouĂ¯ Ă  l’Ă©poque,
  • son ballet Cendrillon et
  • la BO Ă©crite pour un film sur Lermontov, dont est tirĂ© la « Valse MĂ©phisto ».

L’allegro precipitato en rĂ© mineur est impulsĂ© par une anacrouse dynamisante qui, après quelques mesures d’Ă©chauffement, lance d’un cĂ´tĂ© une main gauche bondissante et mĂ©tronomique, de l’autre, cinq petites saucisses qui se dĂ©mènent sur la partie droite du clavier. Cette vitalitĂ© semble provoquer l’instabilitĂ©

  • tonale (importance des changements et retournements sans transition modulante),
  • rythmique (importance des contre-temps) et
  • narrative (importance des ruptures et mutations de tempo).

Un moderato profite d’un ritenuto diablement bien amenĂ© pour privilĂ©gier l’expressivitĂ© sur la digitalitĂ©. Un lyrisme intranquille s’empare du piano de Tristan Pfaff. Très vite,

  • quintolets,
  • sextolets et
  • septolets

de doubles viennent secouer cette fragile Ă©lĂ©gie que l’harmonie prend plaisir Ă  faire joliment claudiquer. Une accĂ©lĂ©ration renvoie l’auditeur au premier motif.

  • La puissance des accents,
  • l’aisance technique et
  • la vista musicale de l’interprète

rendent raison du talent et du swing du compositeur. De quoi euphoriser l’auditeur avant d’esgourder l’un des chevaux de bataille du maĂ®tre-cavalier Tristan Pfaff : la « Carmen fantaisie » de Josef Weiss d’après Georges Bizet, laquelle fera l’objet d’une prochaine notule.


Pour acheter l’album, Ă  paraĂ®tre dès fĂ©vrier, c’est ici.
Pour lire un entretien avec Tristan Pfaff, c’est çà.
Pour dĂ©couvrir plus de chroniques sur Tristan Pfaff, c’est lĂ .

Saskia Lethiec, « Sonates et Partitas pour violon seul de Bach » (Cascavelle) – 1/11

Première de couverture

Saskia Lethiec a cinquante ans – c’est elle qui le prĂ©cise ; Johann Sebastian Bach est mort depuis 275 ans de plus – ce n’est pas un secret. Pourtant, la première se sent, comme moult violonistes, en connexion avec le second, lequel – la chose est presque peu connue – Ă©tait violoniste en sus d’Ăªtre organiste et aurait donc créé lui-mĂªme ces pièces qu’il a mĂ©langĂ©es.
Dans son double disque publiĂ© par les Suisses courageux (comme les Français, ils ne sont pas tant que ça) de Cascavelle, Saskia Lethiec respecte l’ordonnancement des premières Ă©ditions, alternant sonates et partitas en quatre mouvements sauf exception. Et l’artiste s’engage : c’est elle qui

  • rĂ©dige le bref livret,
  • revendique le choix du lieu d’enregistrement (« l’Ă©glise de Comps dans la DrĂ´me ») et
  • dĂ©crypte l’instrument qu’elle joue
    • (un « violon de Louis Guersan datant de 1741 »,
    • « montĂ© en boyaux filĂ©s », et
    • manipulĂ© avec un archer de Craig Ryder).

 

 

La première sonate en sol mineur, composĂ©e pour NoĂ«l, est construite comme ses consÅ“urs en quatre mouvements :

  • prĂ©lude,
  • fugue,
  • mouvement lent, et
  • mouvement vif.

Elle s’ouvre sur un adagio dont l’interprète s’attache Ă  rendre la libertĂ© de respiration :

  • souplesse du phrasĂ©,
  • art de poser les premières notes des accords,
  • hauteur de vue quand trilles et quintuples croches semblent dĂ©fier une battue rigoureuse.

La façon d’associer avec goĂ»t

  • mĂ©lodie,
  • accords et
  • ornementation

captent l’attention en dĂ©pit d’un enregistrement grevĂ© par une prise de son proche de l’interprète (certaines inspirations sur ce premier mouvement peuvent finir par paraĂ®tre oppressantes) et nimbĂ©e dans une acoustique trop gĂ©nĂ©reuse Ă  notre goĂ»t (la rĂ©verbĂ©ration dĂ©fiant parfois la finesse de la ligne).

 

 

La fugue, notion a priori rigolote pour un instrument rĂ©putĂ© monophonique, prend son temps malgrĂ© l’indication – vague – d’allegro. Cela permet Ă  l’interprète de privilĂ©gier la musique sur l’esbroufe virtuose. Saskia Lethiec y fait montre d’une prĂ©cision qui sied Ă  la clartĂ© polyphonique.

  • L’aisance technique,
  • la simplicitĂ© de l’Ă©nonciation et
  • le plaisir de la nuance

colorent cette version. La diffĂ©renciation des segments entre parties fuguĂ©es et commentaires Ă  une voix parvient Ă  rendre piquant le ressassement du sujet sur l’ensemble du parcours. La sicilienne qui fait office de troisième mouvement puise son originalitĂ© dans l’oscillation entre la rigueur posĂ©e, marquĂ©e par un rythme très corsetĂ©, et l’effet swing permis par

  • le dialogue des registres,
  • le surgissement sporadique des triples croches, et
  • la suspension qu’aime crĂ©er la violoniste en dissociant attaque et corps du son.

 

 

Le presto en deux parties avec reprises ne va pas vite : il file,

  • dĂ©cidĂ©,
  • bondissant,
  • quasi inarrĂªtable.

Saskia Lethiec n’hĂ©site pas Ă  jouer avec la rĂ©gularitĂ© des chapelets de doubles croches, la dĂ©rĂ©glant

  • ici pour installer une basse,
  • çà pour transformer une envolĂ©e dans les aigus en une sorte d’ornement enivrĂ© par sa propre lĂ©gèretĂ©,
  • lĂ  pour oser une micro-respiration qui donne de la chair sonore au phrasĂ©, particulièrement soignĂ©.

De quoi mettre en appétit avant la demi-heure que durera la première partita, à découvrir dans une prochaine notice !


Pour Ă©couter le disque en intĂ©grale et gratuitement, c’est par exemple ici.
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Le neveu de Rameau revient sur scène

DĂ©tail de l’affiche du spectacle

Suite Ă  notre chronique de tantĂ´t, nous reçûmes des milliers – que dis-je ? des millions de sollicitations pour savoir oĂ¹ et quand voir Le Neveu de Rameau dans la version scĂ©nique de Vincent Auvet, avec ledit Vincent Auvet et Jean-Pierre Colombiès en personne dans le rĂ´le-titre. J’ai cinq bonnes nouvelles Ă  partager avec vous, mais d’abord, rappel.

Le pitch

1761. Paris. François, le neveu du Grand GĂ©nie Jean-Philippe Rameau, est une sorte de loser lunaire qui survit grĂ¢ce Ă  un protecteur trouvant le drĂ´le drĂ´le, si si. HĂ©las, quand la pièce commence, François a Ă©chouĂ© dans une taverne, jetĂ© Ă  la porte par son sponsor pour abus d’insolence. Dans le troquet, il trouve un philosophe qui lui paye un coup, puis deux, puis trois, histoire de confronter sa haute sagesse Ă  l’apparente bouffonnerie du semi-clodo.

L’avis

  • L’Ă©paisseur des personnages,
  • la drĂ´lerie des punchlines,
  • la puissance corrosive du rire (c’est pas du stand-up communautaire donc on rit bien, pas que mais on rit), et
  • le soupçon de mĂ©lancolie pour Ă©picer la comĂ©die triste

bénéficient

  • d’une interprĂ©tation renversante,
  • de costumes aux petits oignons et, en attendant les grands thĂ©Ă¢tres,
  • de la petitesse de la jauge,

instaurant une efficacité intimiste parfaite pour apprécier le texte,

  • sa vitalitĂ©,
  • son aciditĂ© et
  • sa force,

lesquelles installent le spectateur tantĂ´t dans la posture du moqueur, tantĂ´t dans la posture du moquĂ©. Le rĂ©sultat est Ă  la fois rĂ©jouissant et poignant. Oui, poignant et non « popignant », comme j’avais Ă©crit, c’est d’ailleurs dommage parce que le mot a beau ne rien vouloir dire, il donnĂ© envie de le frĂ©quenter voire de s’en faire un super pote.

Les cinq bonnes nouvelles

La pièce est de retour au Zéro Trois Studio (3, rue du Ponceau | Paris 2) les samedis

  • 31 janvier,
  • 28 fĂ©vrier,
  • 28 mars,
  • 25 avril et
  • 27 juin

Ă  15 h pĂ©taradantes. L’entrĂ©e est libre sur rĂ©servation absolument indispensable vue la petitesse du lieu, rĂ©servation qui se passe exclusivement au 07 66 73 55 72. Il n’est pas interdit d’exprimer sa joie de la dĂ©couverte en lĂ¢chant un billet de deux cents euros ou quelques piĂ©cettes dans la sĂ©bile qui sera tendue Ă  la sortie.

DĂ©claration d’intĂ©rĂªts

Je ne connaissais pas le Jean-Pierre Colombiès comĂ©dien, j’en connaissais un autre, pas plus comĂ©dien que nous le sommes tous pour exister un peu dans ce bas monde. J’ai Ă©tĂ© emballĂ© par cette autre facette du personnage, y compris par l’exigence remarquable qu’il met dans son incarnation sobre donc efficiente. Pour le reste, je n’ai pas d’action dans la compagnie, mais j’ai trouvĂ© le spectacle

  • Ă©tonnant,
  • très rĂ©ussi et, ça ne gĂ¢che rien,
  • fort plaisant.

Aussi m’incombait-il, par souci Ă©thique envers l’humanitĂ©, et c’est l’objet de la prĂ©sente notule, de le dĂ©conseiller aux personnes prĂ©fĂ©rant le thĂ©Ă¢Ă¢Ă¢Ă¢tre Ă  la TĂ©lĂ©rama, pour qui la chiantise

  • pompeuse,
  • snob,
  • consensuelle en une syllabe et
  • subventionnĂ©e,

évidemment « portée par » une vedette bien identifiée, de ces fakes qui

  • vivent Ă  Saint-Germain-des-PrĂ©s mais se battent pour le mĂ©lange, le vivre-ensemble, l’ouverture Ă  d’autres cultures et pĂ©titionnent contre les supĂ©rettes dans leur coin parce que ça pourrait attirer des gens qui ne font pas toutes leurs emplettes au Bon MarchĂ©, ces gueux,
  • entre deux coquetèles dans les palaces du huitième arrondissement parisien, se dĂ©clarent bouleversĂ©s par les drames vĂ©cus par les migrants, et
  • s’hystĂ©risent (c’est beau) sur les plateaux de tĂ©lĂ©vision pour « dĂ©fendre la dĂ©mocratie » Ă  condition qu’elle aille dans le sens le plus trivialement macroniste, nĂ©olibĂ©ral et monolithique possible,

sera toujours prĂ©fĂ©rable au kif. DĂ©sormais, j’ai accompli mon devoir et je peux souhaiter bonne curiositĂ© aux autres lecteurs qui, eux, pourront vibrer joyeusement au ZĂ©ro trois studio, mĂªme Ă  l’heure de la sieste !

Un peu de braoum dans un monde de minauderie

Le commandant FrĂ©dĂ©ric Foulquier et la Musique de la Garde rĂ©publicaine en l’Ă©glise Notre-Dame du Val-de-GrĂ¢ce (Paris 5), le 4 janvier 2026. Photo : Rozenn Douerin.

C’est le Graal des organistes : se glisser dans un orchestre pour jouer la Troisième symphonie de Saint-SaĂ«ns… et singulièrement son second mouvement. Ă€ l’invitation d’HervĂ© DĂ©sarbre, organiste du ministère de la DĂ©fense et titulaire de l’orgue de l’Ă©glise du Val-de-GrĂ¢ce, j’ai eu la chance d’Ăªtre accueilli par la Musique de la Garde rĂ©publicaine pour accĂ©der Ă  cet orgasme mĂ©galomaniaque.
Certains jugeront que, face Ă  la puissance de la phalange, portĂ©e par l’arrangement parfait de Mark Hindsley et la direction attentive du commandant FrĂ©dĂ©ric Foulquier, l’orgue local peut paraĂ®tre manquer de puissance. Ce n’est pas totalement faux ; et, cependant, j’aime bien la capacitĂ© de la Grosse BĂªte Ă  se fondre parmi les autres pouĂ«t-pouĂ«t dans la mesure oĂ¹, pour cette pièce, l’orgue n’est pas soliste (c’est une « symphonie avec orgue », pas pour orgue). Sauf pour quelques coups d’Ă©clat, il participe d’un son global sans Ăªtre sur un piĂ©destal. Le rĂ©sultat-souvenir est disponible sur YouTube.

 

Jean Dubois, « Mazurkas vaudeville », le disque

Première du disque

Feu Julos Beaucarne le chantait peu ou prou : des chanteurs qui trouvent, on en trouve ; des chanteurs qui cherchent, on en cherche. Loin de son image de druide belge Ă  tendance onirique, Julos a pas mal cherchĂ©, partant pas mal trouvĂ©. Jean Dubois a Ă©tĂ© saluĂ©, entre mille autres, par la Poitevine Geneviève Charlot mais aussi par des stars de la chanson voire plus comme Sarclo, Serge UtĂ©-Royo, Guy BĂ©art et mĂªme Son Excellence TF1. Il a Ă©tĂ© ouĂ¯ Ă  Bobino, Boston, Detroit, Washington et mĂªme au ThĂ©Ă¢tre de Dix-Heures avant que, comme l’EuropĂ©en, la salle ne s’Ă©crase pour se concentrer sur cette merde qui s’appelle lestand-up.
Jean a pas mal trouvĂ©, donc cherche pas mal aussi. Depuis quelques annĂ©es, celui qui s’Ă©tait rĂ©vĂ©lĂ© comme un chanteur guitare-voix avec du texte dedans a remis en question son savoir-faire, peut-Ăªtre inquiet de ce que le savoir-faire implique de confort donc de danger de mèmes voire de ronronnement dans la production d’un fredonneur. Ses derniers concerts portaient trace de quelques-unes des stratĂ©gies qu’il explore, parmi lesquelles :

  • le refus de la guitare,
  • l’exploration du piano oĂ¹ il est moins Ă  l’aise mais plus gourmand et pas gauche,
  • l’insertion de textes dits pour casser la logique de la parole chantĂ©e,
  • le creusement de chanson non-duboisiques,
  • la chanson interprĂ©tĂ©e sans texte,
  • le dĂ©passement du ploum-ploum-voix par la chorĂ©graphie populaire, etc.

Il pourrait y avoir de la pose dans cette dĂ©marche si elle Ă©tait posture. En rĂ©alitĂ©, le mec, un des plus grands auteurs-compositeurs-chanteurs que le grand public ignore, est entrĂ© dans une dĂ©marche artistique qui revendique de penser la chanson comme un art et non comme le seul rĂ©sultat d’un savoir-manigancer. Son nouveau disque physique de sept titres, destinĂ© Ă  expliquer ce qu’il fait hic et nunc, fixe ce moment en musiquant la « Java pour elle » joliment mise en ondes par StĂ©phane Leca pour le Rustik Studio, triplant Jean Dubois entre

  • piano,
  • guitare et
  • harmonica…

… et sans paroles. Commencer par une chanson dĂ©sormais dĂ©textualisĂ©e est Ă©videmment une dĂ©claration d’indĂ©pendance plus qu’un hasard. « Comme par amour » et son piano tonique remettent l’Ă©glise chansonnale au centre du village et rappellent quel inventeur de chansons est Jean Dubois. Chanson d’amour donc chanson la plus banale du monde, « Comme par amour », avec piano et harmonica (on attend le ruine-babines pour une prochaine version !) claque par

  • son Ă©nergie tendue, en friction avec la chanson sentimentale,
  • son usage de l’itĂ©ration tonifiante et
  • sa façon de rappeler le glissement des sentiments et du dit, Ă©voquĂ© naguère par « Faut qu’j’te voie ».

Le chromatisme des instrus, évoquant cette lisière délicieusement ambiguë entre

  • tendresse,
  • appĂ©tence et
  • bascule dans cette autre chose qui attire tous les Ă©mus

ne gĂ¢che rien, Ă©videmment.

  • Danse,
  • chanson,
  • amour :

on est bien entre mazurkas et vaudeville, ainsi que l’a promis le titre. Pour preuve, après le vaudeville,survient  « La mazurka du rock » qui zouke entre

  • mĂ©lodie dĂ©cidĂ©e,
  • rythme pianistique et
  • guitare percussive puis complĂ©mentaire.

Pour autant, si Jean Dubois cherche de nouvelles formes d’expression, c’est aussi pour continuer de dĂ©fricher son champ sans nous resservir cent fois le mĂªme lĂ©gume. Parmi les parcelles constitutives de son domaine, l’Ă©vocation de la capitale est l’un des terrains les plus fructueux pour son inspiration. « Paris la ville » oscille entre

  • narration en pointillĂ©s  façon « Les cabarets »,
  • mĂ©lodie efficacement rengaine,
  • modulations canailles accompagnant l’errance gĂ©ographique et diachronique.

« Fais ce que tu veux » renoue avec la forme de la chanson instrumentalisĂ©e. Ce tango inconstant s’orne ici

  • d’une basse perspicace,
  • d’une langueur Ă  la bonne heure, et
  • d’une guitare qui rythme avec art.

Un Ă©chantillon de « Viens danser la mazurka », obligatoire vu le titre du disque, inscrit cette prĂ©sentation dans le travail en cours du chanteur en le reliant Ă  un rĂ©pertoire qui se tisse au long des ans, avec accelerando tonifiant et coda harmonicaĂ¯ste habile pour prolonger cette miniature.
Le disque se conclut avec « Le problème il est là », chanson Ă  l’Ă©vidence en attente de paroles susceptibles de convaincre assez le chanteur pour le convaincre de les graver. C’est la fĂ©conditĂ© de cette tension entre

  • l’auteur,
  • le compositeur et
  • l’interprète

qui se raconte ici.

  • Faux play-back,
  • vraie question,
  • Ă©trange rĂ©ponse :

tel est le mystère d’un chanteur que nous tenons dans la plus haute estime pour

  • son hĂ©naurme talent,
  • sa probitĂ© artistique et
  • son dĂ©sir perpĂ©tuel de transcender
    • ses qualitĂ©s,
    • son mĂ©tier et
    • son intuition.

Rare et stimulant. Vivement la suite !

Le plaisir de la revoyure

Photo moche : Bertrand Ferrier.

À tous ceux qui viennent régulièrement, sporadiquement ou par erreur, merci de votre visite, voire de vos visites.
Aux artistes ou Ă  leurs Ă©missaires qui m’Ă©voquent leur travail pour que j’en dise le plus grand mal, c’est le genre de la maison, merci aussi : je m’en occupe incessamment.
Le blog s’interrompt pour quelques jours. Votre impatience rĂ©jouit, car elle a bien raison : de nouvelles dĂ©couvertes stimulantes attendent en trĂ©pignant ceux qui nous feront l’amitiĂ© de feuilleter les prĂ©sentes pages digitales.
D’ici les prochains balabalas, joyeux NoĂ«l aux joyeux, bonne annĂ©e aux bons, et hauts les cÅ“urs Ă  ceux qui en ont un dans leur carcasse et leur esprit.

Magie de Noël, féérie de la musique, délices du palais

Florilège de l’affiche

RĂ©enchanter NoĂ«l ? Ă€ une Ă©poque oĂ¹ « les fĂªtes » ont remplacĂ© la NativitĂ© dans une novlangue assez curieuse, le projet n’est peut-Ăªtre pas aussi benĂªt qu’il le semble.
Pour cela, la paroisse Saint-AndrĂ© de l’Europe, dont je suis l’organiste, invite croyants fervents et agnostiques de passage Ă  monter dans une fusĂ©e Ă  trois Ă©tages.
Ă€ 15 h 30, ceux qui sont curieux de dĂ©couvrir un orgue en vrai sont invitĂ©s (dans la limite de cinquante participants) Ă  monter Ă  la tribune oĂ¹ j’aurai la grande joie de leur raconter, avec la voix, les mains et les pieds, quelques histoires autour de l’instrument.
Ă€ 16 h, nous dĂ©gainons notre spĂ©ciale avec un concert bi-goĂ»t unique en son genre. Des chants de NoĂ«l (en dialecte lorrain, en latin, en amĂ©ricain, en castillan et mĂªme en français) que les spectateurs volontaires seront invitĂ©s Ă  reprendre en chÅ“ur alterneront avec des morceaux de saison interprĂ©tĂ©s Ă  l’orgue, mĂªlant stars du classique et mythes du cinĂ©ma d’animation.
À 17 h, les survivants du concert seront conviés à partager chocolat chaud et petits biscuits en compagnie des artistes.
Outre moi (ce qui, dĂ©jĂ , n’est pas rien, je trouve), qui mènerai la visite et serai chargĂ© de gling-glinguer, deux personnalitĂ©s d’exception seront aux manettes du concert. Esther Assuied, multilaurĂ©ate du CNSM de Paris, propulsera un programme conçu sur mesure pour la circonstance et pour l’orgue qu’elle jouera dix ans après l’avoir dĂ©couvert. Jann Halexander, face public, fera ce qu’il sait faire : ce « mouton noir de la chanson française », comme il assume d’Ăªtre dĂ©signĂ©, chantera, fera chanter ceux qui veulent et distribuera la joie de vibrer ensemble Ă  chacun.
Ce rĂ©enchantement de NoĂ«l, Ă  notre aune, est gratuit. On peut entrer sans payer, partir sans payer, boire du chocolat et grignoter des p’tits gĂ¢teaux sans payer. On pourra aussi, selon ses moyens et son dĂ©sir, laisser des liasses de billets, des bitcoins et des ronds de carotte. La fĂªte est libre, mais c’est la fĂªte.
Joyeux Noël à tous.


Rendez-vous le mercredi 24 décembre à 15 h 30 au 24 bis, rue de Saint-Pétersbourg | Paris 8.

Vittorio Forte, Lavoir moderne parisien, 17 novembre 2025 – 4/4

Vittorio Forte le 17 novembre 2025 au Lavoir moderne parisien (Paris 18). Photo : Rozenn Douerin.

Ă€ l’occasion de  son concert lançant son premier disque pour un nouveau label classieux, Vittorio Forte a dĂ©cidĂ© de finir en envoyant du boudin. Premier au revoir, AdiĂ³s Nonino d’Astor Piazzolla propose la quintessence de l’esprit argentin : chagrin de perdre l’ancĂªtre et exil loin de la patrie s’associent pour se cristalliser dans une Å“uvre phare. Jamais las de son programme, le pianiste exploite et partage avec une exigence musicale saisissante le plaisir

  • de la mĂ©lodie,
  • des embardĂ©es,
  • de la virtuositĂ© tranquille, et
  • de la topique schizophrĂ©nie argentine, qui rejoint peut-Ăªtre l’Ă¢me d’un Italien dĂ©sormais mĂ©chamment français, entre recherche de sĂ©rĂ©nitĂ© et culture du dĂ©chirement.

La profondeur des basses du Fazioli de service ajoute ce qu’il faut de gravitĂ© pour donner Ă  pressentir la puissance du propos, par-delĂ  le narratif mettant en scène la musique. Le rĂ©cital s’achève officiellement sur « Volver », de Carlos Gardel, compositeur qui ouvrait le concert comme il dĂ©capsulait le disque. La structure de l’arrangement fortiste se refuse Ă  tout mystère, et il a bien raison.

  • Le prĂ©lude brillant est bref,
  • le thème est clairement exposĂ©,
  • des mains virevoltantes enrichissent bientĂ´t la mĂ©lodie fondamentale.

Finale oblige, Vittorio Forte lĂ¢che les grands chevaux de sa transcription avec, au programme,

  • virtuositĂ© Ă©nergisante,
  • clartĂ© de l’Ă©tagement des voix, ainsi que
  • distribution des diffĂ©rentes
    • intensitĂ©s,
    • couleurs et
    • intentions.

Se quitter sur ce tube argentin eĂ»t Ă©tĂ© coquin. Évidemment, Vittorio Forte Ă©vite la facĂ©tie et dĂ©gaine « Malvaloca » du compositeur colombien Antonio Calvo. Le morceau n’Ă©voque pas « une fille volage » (hĂ©las), prĂ©cise l’interprète, mais une nana qui a envie de voler. La transcription de la chanson permet d’apprĂ©cier

  • l’absence de falbalas superfĂ©tatoires,
  • les contrastes entre refrain et couplet, ainsi que
  • l’efficacitĂ© du groove de la basse.

HappĂ© par son public, Vittorio Forte concède en sus une danse d’Ernesto Lecuona qui brille par

  • son swing mĂ©chamment balancĂ©,
  • le bondissement Ă©bouriffant
    • des attaques,
    • des octaves et
    • des accents, et
  • l’incroyable lĂ©gèretĂ© de la main gauche prĂ©cĂ©dant le fabuleux decrescendo final.

Foin de gnagnagnas, le gars gagne sur tous les tableaux.

  • Aisance technique,
  • Ă©paisseur du rĂ©pertoire,
  • science de la musicalitĂ©,

aucun doute : Vittorio Forte est définitivement someone else. Son concert au Lavoir moderne parisien confirme un statut à part qui devrait le conduire à ne pas se produire très souvent dans ce lieu pourtant très agréable !

Denis Levaillant, « Piano Works 8 » (Azure Sky) – 4/4

Première de couverture

Dix-neuvième épisode du disque, la seconde composition intitulée « Couleur des jours » cherche  sa voie sur les traditionnelles trois notes de basse chères au créateur. Denis Levaillant utilise

  • l’attente,
  • le jaillissement et
  • la circonvolution

pour attiser la curiositĂ©. « De la nuit au jour », qui rĂ©pond Ă  « Du jour Ă  la nuit » croisĂ© vers la fin du premier volume des Chansons pour piano, demeure tanquĂ© sur les trois notes au-dessus desquelles le propos s’Ă©grène en octaves Ă©phĂ©mères. Nicolas Horvath s’en donne Ă  cÅ“ur joie pour tisser un rĂ©seau sonore parcourant

  • registres,
  • propositions harmoniques et
  • suspensions.

Le recueil se termine sur quatre morceaux de musique d’ambiance. Le premier est la plus longue piste du recueil.

  • Accords Ă©nigmatiques,
  • rĂ©sonance atmosphĂ©rique,
  • basse sporadique,
  • itĂ©rations potentiellement hypnotisantes,
  • suraigus Ă©thĂ©riques,

laissent entendre la maîtrise du pianiste quant

  • au sustain,
  • au son et
  • au silence.

 

 

Tout se passe comme si l’Å“uvre Ă©tait moins une partition qu’une sculpture en train de prendre forme en direct, comme en tĂ©moignent les bruits de mĂ©canique pianistique, particulièrement bienvenus pour donner de la granularitĂ© au propos. Le deuxième morceau de musique d’ambiance travaille

  • les intervalles arpĂ©gĂ©s,
  • les effets d’attente et
  • la richesse de la tessiture propre au piano.

Énergique, le troisième morceau de musique d’ambiance, plus brève piste des vingt-quatre au programme du disque, explore

  • l’efficience de la digitalitĂ©, et hop,
  • le plaisir du repos après l’urgence, et
  • la complĂ©mentaritĂ© entre fulgurance et suspension.

L’ultime morceau de musique d’ambiance, habilement approfondi par l’interprète, joue sur

  • la caractĂ©risation des registres,
  • les effets d’attente et
  • l’onirisme propre au suraigu.

 

 

Une manière d’envoler l’auditeur au terme d’un voyage mĂ©ditatif dont la poĂ©sie, refusant l’extraversion fffatigante, est profondĂ©ment ancrĂ©e dans une intĂ©rioritĂ© singulière qui, par-delĂ  la diversitĂ© de ses expressions, fait le charme du travail prolifique de Denis Levaillant.


Pour Ă©couter le disque gracieusement, c’est ici.
Pour l’acheter courageusement, contre 15 € port compris
, c’est lĂ .