
En musique comme dans la vie en gĂ©nĂ©ral, il y a des règles sur tout ; et il y a surtout des règles. Il y avait mĂªme des règles pour construire une « partita » (autrement dit une suite de danses) baroque. Celle-ci devait comprendre
- une allemande,
- une courante,
- une sarabande et
- une gigue.
Pourquoi ? Parce que c’Ă©tait la règle, point. Avec sa première partita labellisĂ©e BWV 1002, Johann Sebastian Bach
- respecte la division en quatre mouvements, mais
- accompagne chaque mouvement d’une variation intitulĂ©e « double », et
- préfère la bourrée à la gigue finale, et pourquoi pas ?
Après une notule sur la première sonate en sol mineur disponible ici, la prĂ©sente notule s’intĂ©ressera aux deux premiers mouvements de la partita et Ă leurs doubles. Tout commence donc par une allemande (parce que c’Ă©tait la règle, m’enfin !) en deux parties avec reprises, selon le schĂ©ma que respecteront les huit mouvements de la partita. Saskia Lethiec en rend l’Ă©nergie selon trois astuces majeures :
- la décomposition nette des accords,
- la variété des attaques, franches ou habilement allongées, et
- l’attention portĂ©e Ă la polymorphie du rythme, qu’il soit
- pointé,
- ternaire, ou
- évanescent via les gruppetti de quadruples croches et les trilles.
Certes, l’acoustique gĂ©nĂ©reuse – trop Ă notre goĂ»t – ne permet pas aux points de montage de se faire discrets. Ainsi de la reprise Ă 3’02 ou de la respiration Ă 4’33, et l’on retrouvera ce dĂ©faut dĂ©rangeant au long du disque (ainsi de l’attaque mangĂ©e Ă la reprise de la première partie du double, 0’44). Mais, voilĂ , chacun sait qu’un enregistrement non live (quoique maints live soient tout aussi traficotĂ©s…) est le rĂ©sultat de plusieurs prises bouturĂ©es entre elles. MĂªme si cela conforte notre scepticisme devant le choix du lieu de captation, il faut accepter de rapporter les dĂ©sagrĂ©ments de l’exercice Ă ses avantages tels que
- la possibilitĂ© d’optimiser la prĂ©cision du geste,
- la capacité de choisir les versions les plus inspirées, et
- l’opportunitĂ© pour l’interprète de prendre des risques puisque, dans les dĂ©lais prĂ©vus par la session, une autre prise est envisageable si le quadruple axel tentĂ© est ratĂ©.
Le double est horizontal (ni intervalles, ni accords) mais vallonnĂ©. Johann Bach joue sur le contraste des registres pour faire groover ce chapelet de doubles croches. Saskia Lethiec s’applique Ă
- sélectionner les différentes sonorités que son violon peut offrir, presque comme un organiste registrerait une partition,
- aĂ©rer la partition par de lĂ©gers effets d’attente ou des respirations savamment conçues pour Ă©viter de ralentir le mouvement, et
- galber ses phrasés avec une maestria qui ne se dément pas.
La courante bondit non grĂ¢ce Ă un tempo ahurissant (un « double presto » nous attend juste après) mais grĂ¢ce aux dialogue entre croches liĂ©es et croches dĂ©tachĂ©es. Pour ne rien gĂ¢cher, selon la tradition (une autre forme de règle…), la première reprise est judicieusement parĂ©e de quelques ornements et la seconde partie semble Ă©lectrisĂ©e par
- la multiplication des descentes gourmandes,
- les impulsions propres aux sauts du grave Ă l’aigu comme de l’aigu au grave, et
- l’impression d’une inarrĂªtable force qui va.
Le double annoncĂ© presto substitue les doubles croches, justement, aux croches simples. Ce mouvement pourrait Ăªtre une tarentelle, cette danse que l’on est censĂ© exĂ©cutĂ© quand on est mordu par une tarentule, tant Saskia Lethiec l’attaque bille en tĂªte.
- Caractère décidé,
- aisance digitale très impressionnante et
- clarté de la ligne
caractĂ©risent cette explosion qui ravigote voire ragaillardit l’auditeur. Rendez-vous dans une prochaine notule pour danser la sarabande !
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