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Le blog de Bertrand Ferrier, page 279

Quand un auteur vient te saluer avec ses meilleurs zamis

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Aujourd’hui, c’est Ferrier…


… alors, relax !

David Cassan et Sarah Kim, Temple de l’Oratoire, 9 novembre 2017

L’orgue avant la bataille. Photo : Bertrand Ferrier.

Entre deux tournĂ©es internationales, David Cassan a rĂ©ussi Ă  caser un concert avec sa co-titulaire, Sarah Kim, pour fĂªter sa rĂ©cente nomination au Temple de l’Oratoire du Louvre, en sus de son poste Ă  Notre-Dame des Victoires. Nous y Ă©tions.

Claviers de l’orgue de l’Oratoire après la bataille. Photo : Bertrand Ferrier.

AppuyĂ© sur un accueil cordial et souriant des autochtones (c’est pas toujours le cas dans les rĂ©citals d’orgue, profitons-en), attendu par un temple bondĂ© oĂ¹ organistes anonymes et pairs prestigieux se cĂ´toient, le programme dĂ©voile un vĂ©ritable souci de construction. Il s’agit de mettre en valeur trois Ă©lĂ©ments : l’orgue, les titulaires et leur complicitĂ©. Le concert s’ouvre donc sur une pièce Ă  quatre mains – un arrangement, cosignĂ© par les deux artistes, de l’ouverture de Die Zauberflöte. IdĂ©al pour mettre en appĂ©tit l’auditoire avant les pièces solistes, classĂ©es par ordre chronologique.

Sarah Kim et David Cassan Ă  l’ombre de « leur » monstre. Photo : Bertrand Ferrier.

C’est David Cassan qui lance pour de bon les hostilitĂ©s avec l’indispensable Johann Sebastian Bach, et pas n’importe quelle pièce du maĂ®tre : les Fantaisie et fugue en sol mineur (BWV 542), qui permettent aux vrais virtuoses de briller en faisant preuve Ă  la fois de libertĂ© dans le premier mouvement et de rigueur dans le second. Rigueur n’étant pas rigor mortis, la concentration du jeu dĂ©voile aussitĂ´t la patte David Cassan : les notes, le style mais pas d’esbroufe. Ceux qui prĂ©fèrent les interprĂ©tations dĂ©monstratives et fofolles changeront de crèmerie. Ici, l’artiste feint de s’effacer derrière l’œuvre, dont il rend en rĂ©alitĂ© l’esprit et la lettre sans insister par de vains effets sur la virtuositĂ© tant digitale que mentale exigĂ©e par l’exercice. Une longue frĂ©quentation de la double pièce permet au musicien de registrer l’œuvre avec Ă©lĂ©gance, et d’en proposer une version de beau standing. L’Andante sostenuto de la Neuvième symphonie de Charles-Marie Widor bĂ©nĂ©ficie d’un traitement aussi soignĂ©. Certes, l’orgue n’est pas conçu pour crĂ©er une atmosphère post-romantique ; pourtant, le mĂ©lange des jeux, le choix du tempo, le sens de la respiration et l’aisance du musicien envoĂ»tent sans rĂ©serve. La transcription de Finlandia de Jean Sibelius, qui clĂ´t les soli du titulaire, donne Ă  entendre l’instrument-orchestre dans sa plĂ©nitude, sa profondeur et ses capacitĂ©s de crescendo-decrescendo-contrastes. « Et tout ça sans partition ! », comme s’en amusait David Cassan en incipit du mĂ©moire lyonnais soutenu pour l’obtention du Certificat d’Aptitude, sur « le jeu de mĂ©moire [ha, ha – si, un mĂ©moire sur la mĂ©moire, c’est drĂ´le, non ? bref] Ă  l’orgue : Ă©tat des lieux d’une pratique en devenir ».

David Cassan. Photo : Bertrand Ferrier.

En rĂ©ponse Ă  Sibelius, Sarah Kim dĂ©gaine son propre dĂ©fi : un arrangement de la Valse pour orchestre de Maurice Ravel. On apprĂ©cie le projet, l’audace, l’usage rĂ©pĂ©tĂ© du glissendo, la proposition de couleurs dĂ©licates malgrĂ© la profusion de notes. Cependant, cette transcription peinerait Ă  convaincre de sa nĂ©cessitĂ© n’eĂ»t Ă©tĂ©, et ce n’est pas nĂ©gligeable, le plaisir qu’a l’organiste de s’approprier une pièce pas-pour-orgue, et la joie de l’auditeur d’entendre nouvellement un tube. D’Olivier Messiaen, Sarah Kim choisit les « AllĂ©luias sereins d’une Ă¢me qui dĂ©sire le ciel », dont elle sculpte une version intimiste, plus « sereine » que triomphaliste. De la sorte, elle rappelle que cette musique est une musique d’attente, de dĂ©sir, d’aspiration, insĂ©rĂ©e dans une logique de cycle, et non une (pas simple) dĂ©monstration de rigueur rythmique et digitale. Autrement dit, comme David Cassan avec l’« Andante sostenuto », l’interprète offre un « deuxième mouvement » apaisĂ© avant la furie de sa dernière pièce solistes : la Toccata extraite de la Suite ouzbèke de Georgi Muschel, mort en 1989. Magie de la mondialisation joyeuse : une Australienne « d’origine corĂ©enne », stipule la notice, joue Ă  Paris une pièce « ouzbèke » d’un compositeur russe. Cette toccata n’est sans doute pas le chef-d’œuvre qui donnera envie de se prĂ©cipiter pour dĂ©couvrir le reste de la « Suite », mais, avec l’originalitĂ© d’une pièce rarement donnĂ©e, elle fait le mĂ©tier : structure ABA très caractĂ©risĂ©e, brio, rythme et traits virtuoses rendent hommage Ă  ce « genre » si cher aux organistes. Sarah Kim s’en sort haut la main, arrachant des « oh » d’admiration de certaines dames sur l’air du : « Quand tu penses qu’elle a accouchĂ© il y a Ă  peine deux mois ! »

Sarah Kim (dĂ©tail). D’après une vidĂ©o de Damien Simard.

OriginalitĂ© du programme, la set-list se conclut par un arrangement de David Cassan du Concerto pour orgue et orchestre HWV 309 de Georg Friedrich Händel. Au grand orgue, l’orchestre ; Ă  l’orgue de chÅ“ur, lĂ©guĂ© Ă  sa mort par la titulaire tutĂ©laire Marie-Louise Girod, les soli et donc les cadences improvisĂ©es, grande spĂ©cialitĂ© de David Cassan qui, peut-Ăªtre plus qu’improviser librement, apprĂ©cie d’improviser « à la manière de ». Le dialogue, davantage que le duo, montre un souci patent de cohĂ©rence et de cohĂ©sion, valorisant tour Ă  tour l’énergie attentive de Sarah Kim et le brio superlatif – j’avais essayĂ© de ne pas utiliser cette Ă©pithète bien pourrie mais bon – de David Cassan. Le triomphe fait aux zozos les oblige Ă  se remettre Ă  la planche du grand orgue pour une Marche militaire de Franz Schubert qui achève ce concert comme le rĂ©cital commença : par le souci de crĂ©er du lien entre les titulaires, le lieu, les auditeurs, tout en faisant vraiment de la musique lĂ  oĂ¹ d’autres se seraient contentĂ©s du brillant zim boum pan pan constitutifs de certains hits classiques.

La table de mixage pour le concert du soir. Photo : Bertrand Ferrier.

En conclusion, un concert vif et intelligent que Damien Simard a fort bien mis en images. Prometteur avant la série de douze concerts qui s’ouvrira, en 2018, par un récital de David Cassan, le samedi 6 janvier à 17 h 30.

Camille Henrot, « Days are Dogs », Palais de Tokyo, 8 novembre 2017

Office of Unreplied Emails

Il y a comme une triple proposition transverse, ici. Celle d’une Française new-yorkisĂ©e, la mĂªme-pas-quadragĂ©naire Camille Henrot, qui intitule son exposition parisienne Days are Dogs. Celle d’une commissaire, Daria de Beauvais, qui pose le cadre (l’expo Ă©grène les jours de la semaine et leurs origines Ă©tymologico-mythologiques) et l’explose aussitĂ´t en confrontant Ă  ce formatage « les conventions, les Ă©motions et la liberté » des individus « de manière ludique ». Et celle d’une chrono-logique spĂ©culaire (on visite les salles les unes après les autres, si si, mais on peut aussi boucler la visite par une reprise de la première salle) qui se raccroche aux fils rouges offerts au visiteur (sodomie multiple d’animaux ; courbes sensuelles et frises faussement directionnelles ; dĂ©tournement, dĂ©chirure ou accumulation d’objets ; collages de sorties Internet luxueuses ou rĂ©solument cheap…). Tout se passe comme si le lissage de l’espace-temps, en tant que temps de l’espace, suffisait Ă  provoquer le vertige du visiteur dans une normalitĂ© dĂ©rĂ©alisĂ©e.

Chambre d’artiste avec frise

Concrètement, Camille Henrot s’amuse Ă  manipuler le regard et l’attention. Les Å“uvres s’interpĂ©nètrent, les matières se questionnent, les arts (sculpture, collage, photo, vidĂ©o, peinture, installation) se chicotent, les significations se brouillent en messages trop profus, les artistes s’entrechoquent, perdant le spectateur dans un dĂ©dale mouvementĂ© oĂ¹ l’inscription de l’art dans la rĂ©alitĂ© tend, paradoxalement, Ă  l’affoler et la rendre floue. Ainsi, Ă  une citation d’Ernst Bloch rĂ©pondent des ruades conclusives de Jacob Bromberg ou les fureurs de David Horvitz. D’autres facĂ©ties de jeunzartiss s’interposent, dĂ©chirant des jeans et exposant des clopes dans des collages faussement lissĂ©s, sous les signatures de Maria Loboda, Nancy Lupo, Samara Scott et d’Avery Singer (l’exposition n’est pas une monographie de Camille Henriot mais une « carte blanche »). Faute de pannonceaux, le visiteur est censĂ© se fier aux plans fournis Ă  l’entrĂ©e pour dĂ©terminer de qui est quoi. C’est sans doute pĂ©tillant pour un architecte ; pour un zozo lambda comme Bibi, c’est assez fĂ©cal.

Euh, un tableau. Photo : Josée Novicz

Il sourd de cet aveuglement kalĂ©idoscopique une dĂ©rĂ©liction de l’appropriation. L’art quitte l’univers musĂ©al pour devenir pure subjectivitĂ©. La cohĂ©rence de l’exposition ne prĂ©cède pas le regard du visiteur : c’est lui qui, de la diversitĂ© des pièces d’art ou de monnaie prĂ©sentĂ©es, est appelĂ© Ă  interroger la possibilitĂ© d’une unitĂ©, donc d’un sens.

Dès lors, de qui, le film porno « amateur » agrĂ©mentĂ© de taches noires sur fond de musique cool, « dĂ©conseillĂ© aux moins de 16 ans » mais carrĂ©ment explicite (si, une bite allant et venant dans une chatte, mĂªme si c’est peut-Ăªtre de l’art, c’est surtout du cochon) ? De qui, les chemins de pièces de monnaie collĂ©es au sol, navigant entre d’obscurs hommages Ă  la Bretagne d’Ys ? De qui, les vidĂ©os sur ordinateur portable, les messages sur tĂ©lĂ©phones variĂ©s, les piles d’exemplaires du Monde, les peintures infinies oĂ¹ les membres se dĂ©robent, les films parfois primĂ©s Ă  la Biennale de Venise oĂ¹ des crabes meurent pendant que dĂ©filent des pages Wikipedia ? L’absence d’indications autour des pièces laisse supputer que peu importe. Le brouillage homme – animal, crĂ©ateur – visiteur, artiste – artiste se prĂ©sente comme art lui-mĂªme.

Un espace artistique et immersif, assurant une continuitĂ© entre la circulation des visiteurs et la circulation de messages co-construits qui – bref

Quelques Ă©lĂ©ments de langage peuvent nĂ©anmoins dĂ©ployer le verbe cognitif dans le champ intĂ©rieur du dĂ©contenancement, susceptible d’Ăªtre suscitĂ© par une immersion dans ce type de proposition semi-conceptuelle. Des bribes sont donc glissĂ©es aux visiteurs afin qu’ils se les approprient et les confrontent Ă  l’actualisation graphique ou matĂ©rielle du projet liminaire. Quelques sous-titres ? Soit. Gourmands.

Hybridité du surgissement podologique et palmaire (en gros, hein)

« L’art est composition et recomposition d’œuvres en archipel », « le film mĂªle des images d’avdentistes, de scènes de cuisines, de surf et d’analyses mĂ©dicales », « l’espace privĂ© est au cÅ“ur de l’installation », « l’oiseau se penche au-dessus d’une soucoupe en forme de pleine lune pour siroter du whisky », « l’assemblage de Samara Scott sĂ©dimente les reliquats de l’hier et les signes annonciateurs d’un demain », « la confiance enfantine dans l’autoritĂ© impressionnelle de la technologie est Ă©minemment dĂ©ceptive », « Young Satyr Turning to Look at His Tail est doublement phallique et doublement tronqué », « dans la circulation des objets, la quĂªte de l’origine rĂ©vèle sa motivation », « le refus du dualisme qui a gouvernĂ© la civilisation occidentale imbrique la fragilitĂ© de la conscience de soi et de l’existence Ă  deux », « le poète Jacob Bromberg a graffitĂ© des vers sur les rampes d’escalier », etc.

Faut-il savoir pour voir ça ? Peut-Ăªtre pas. Mais si tu ne veux pas bĂªtement rigoler ton insensibilitĂ© aussi inculte qu’agacĂ©e devant chaque pièce qui te donne l’impression d’un mĂ©chant foutage de goule, tĂ¢cher de percevoir le projet derrière la rĂ©alisation, voilĂ  sans doute un prĂ©alable intĂ©ressant.
Palais de Tokyo (Paris 16). Jusqu’au 7 janvier 2018. Rens. ici.

Moins de bruit, merci

La solitude de l’organiste de chÅ“ur

(Pour expliquer, ben, l’action que tu accompagnes se passe de l’autre cĂ´tĂ© des chandeliers. C’est un peu conceptuel, mais c’est ça qui est fort.)

L’idiot regarde la Lune…


… le gros con regarde la Lune et les toits tant le Q(I est faible). Choisis ton quand, cousin.

75 ans de Daniel Roth, Saint-Sulpice, 5 novembre 2017

Un mec vénère pétrifié dans la crypte de Saint-Sulpice. Photo : Rozenn Douerin.

Moment hors du temps pour fĂªter les 75 ans du maĂ®tre du grand orgue de Saint-Sulpice, qui vint inaugurer l’orgue de Saint-AndrĂ© de l’Europe après sa restauration par la manufacture Yves Fossaert. Après une grand-messe et une audition Ă  laquelle nous ne pĂ»mes, pĂ»mes, pĂ»mes assister pour cause de messe Ă  jouer, un repas gouleyant Chez Fernand fut l’occasion, tout près du hĂ©ros du jour, de savourer vins, plats pas plats (incluant un crumble curieusement confondu avec un clafoutis) et rencontres inattendues de voisins de tables internationaux, du genre qui organisent des festivals oĂ¹ des virtuoses japonais jouent de l’orgue avec des planches de bois.

Piano au motet. Photo : Rozenn Douerin.

NĂ©anmoins, le moment le plus officiel attendait encore ses convives, prestigieux ou non, dans la crypte de Saint-Sulpice. L’occasion de croiser des hypervedettes qui, alors qu’ils ne vous ont croisĂ© qu’une fois, vous font l’amitiĂ© flatteuse de vous reconnaĂ®tre sept mois plus tard (« Tiens ! Bonjour, Christian Ferrier ! »), de vous serrer la paluche et de vous prĂ©senter leur compagne. L’occasion aussi de se faire interpeller par d’autres connaissances (« Camille, je ne te prĂ©sente pas L’homme qui jouait de l’orgue… »). Puis silence : l’heure Ă©tait aux nombreux discours et Ă  la musique, un peu. Un motet de Daniel Roth, gentiment interprĂ©tĂ©…

Motet en action. Photo : Rozenn Douerin.

… un peu de grĂ©gorien qui, Ă  dose modĂ©rĂ©e, ne fait jamais de mal (contrairement aux cochonneries charismatiques, hĂ©gĂ©moniques donc d’autant plus dĂ©testables)…

ChÅ“ur de frères. Photo : Rozenn Douerin.

… et les guirlandes de notes enveloppĂ©es autour de motifs pĂ©ri-beethovĂ©niens par Nicolas Celoro…

Pour Daniel Roth, Nicolas Celoro joue un « Moment musical » de Nicolas Celoro. Photo : Rozenn Douerin.

… avant le clou du spectacle.

Michael GrĂ¼ber et Hans-Peter Bähr rendent hommage Ă  Daniel Roth (au centre) et lui remettent ses « MĂ©langes ». Photo : Rozenn Douerin.

Enfin, il paraĂ®t que, après la pause bien agrĂ©able, il y avait encore de la musique. Mais il y avait aussi une messe Ă  aller ploum-ploumer. Alors bon, on s’envola, emportant des cotillons joyeux du Quartier latin, version musique de qualitĂ©, pas version magasins de fringues pour friquĂ©s. Ça existe encore, youpi.

Jann Halexander, ThĂ©Ă¢tre du Gouvernail, 3 novembre 2017

Jann Halexander par Rozenn Douerin

Jann Halexander est un chanteur-pianiste qui festonne textes, musiques et intermèdes parlĂ©s thĂ©oriquement prĂ©parĂ©s et en fait spontanĂ©s. Non loin de Claudio Zaretti, venu applaudir un estimĂ© collègue, nous sommes allĂ©s l’Ă©couter au ThĂ©Ă¢tre du Gouvernail pour sa première date parisienne. Devant le succès de ses deux dates, complètes, il a acceptĂ© d’ajouter un concert, le mardi 12 dĂ©cembre. C’est le biais de notre article : nous assurerons, autant que possible, yo, la première partie de ce rĂ©cital. Donc notre article n’a pas de chance de dĂ©truire un zozo qui nous propose de sĂ©vir dans d’aussi belles conditions (super sièges pour les spectateurs, feux et sons tout Ă  fait pro, vrai piano, pas d’alcoolo te demandant de chanter du Jauni Ă€lidĂ©, etc.). Pour notre dĂ©fense toutefois, nous arguerons d’abord que nous avons souventes fois croisĂ© notre route avec celles de cet Ă©nergumène, et nous ne l’avons pas vraiment caché ; ensuite, avant qu’il ne nous avance cette flatteuse proposition, nous n’avions pas l’intention de le descendre en flammes ; enfin, je fais ce que je veux ici, c’est mon site, mĂ¢rde.

Photo : Rozenn Douerin.

Pour contraster avec l’espace impressionnant et un peu froid de la ComĂ©die Nation, Jann Halexander choisit de revenir Ă  Paris pour son « Ah vous dirais-je » Tour dans une salle toute en largeur, chaleureuse (une fois passĂ©e l’entrĂ©e) et parfaite pour la chanson qui s’adresse aux zozos ne logeant ni leur cerveau ni leur cÅ“ur QUE dans leurs chaussettes. La formation qui aurĂ©ole ce chanteur ce soir-lĂ  associe la voix et le piano de la vedette Ă  deux artistes. D’une part, Barbara Felettig, une guitariste-charanguiste d’apparence sympathique mais, Ă  notre goĂ»t trop sage, sur laquelle nous maintenons les rĂ©serves Ă©mises l’an dernier – la contrebasse d’un Claudio Zaretti, puisque l’on en parlait, apporterait sans doute aucun un groove plus utile, le consternant « Il est vraiment phĂ©nomĂ©nal » entonnĂ© par la charanguiste Ă  la fin de sa prestation achevant de nous Ă©loigner de l’esthĂ©tique de cette musicienne. D’autre part, Laurence Gastine, une saxophoniste rĂ©solument jazzy, que l’on aimerait applaudir avec vivacitĂ© malgrĂ© son sĂ©rieux indĂ©fectible sur scène, Ă  peu près aussi charismatique que l’indiffĂ©rence collĂ©gienne de la guitariste ; pourtant, peut-Ăªtre en conformitĂ© avec un principe de chanson alternative financièrement sur le fil, finit par agacer sa tendance Ă  intervenir de façon inopportune et dissonante en mĂªme temps que le chanteur faute de rĂ©pĂ©titions suffisantes, probablement : le son est chaud, le souffle est engageant et les doigts tricotent utilement, mais plus de prĂ©cision serait indispensable pour doubler ou unissonner (pfff) le chanteur.

Laurence Gastine par Rozenn Douerin

Ces rĂ©serves ayant Ă©tĂ© Ă©mises, saluons la spĂ©cificitĂ© de la prestation. Avec ce spectacle sobre (un piano au centre, un lampadaire tout près, une guitariste Ă  jardin et une saxophoniste Ă  cour), Jann Halexander propose un spectacle intimiste, voire intime avec une double volonté : la mise Ă  nu, puisque l’artiste parle de sujets qui le touchent souvent directement ; et la distance, car l’homme refuse souvent le traitement frontal « des grands sujets, des grands machins » dont parle Anne Sylvestre, rĂ©fĂ©rence rĂ©currente du gaillard. ComplĂ©mentaire de son prĂ©cĂ©dent spectacle Ă  la ComĂ©die Nation, l’an dernier, plus extraverti, prĂ©domine cette fois la volontĂ© de se poser (prenants passages piano-voix, qui appuient sur la relative inutilitĂ© d’une guitare redondante ou d’un instrument soliste superfĂ©tatoire), d’oser chanter les fĂªlures sans toujours parler de soi, de se risquer dans des genres diffĂ©rents, de frĂ©quenter l’humour mais pas que, bref, d’offrir aux nombreux spectateurs un large spectre de ses talents musicaux y compris des inĂ©dits plaisants (« Les mesquineries »), en valorisant les titres si diffĂ©rents de son intĂ©ressant dernier disque. En prime, il dĂ©montre que, parfois, avec une Ă©quipe ad hoc, un rĂ©pertoire variĂ©, une volontĂ© chevillĂ©e, on peut remplir les jauges parisiennes adaptĂ©es sans mĂ©gamĂ©dia dans sa poche. Na.

Saint Jann Halexander par Rozenn Douerin

– Et sinon, blabla à part, c’est bien ?
– Si tu aimes la chanson intelligente, variée, originale, dissonant de la médiocrité, ça se défend bec et ongles. Sinon, ben, va applaudir Charles Aznavour (mais rends-toi méconnaissable avant de passer pour un gogo en subventionnant cette consternante momie).

Working on it

Quatre heures de transport, ça permet de se remettre dans l’oreille le travail de Jann Halexander, que je compte bien aller applaudir ce soir mĂªme pour sa première date parisienne du « Ah ! vous dirais-je maman » Tour (1 h 50 de transport en sus, ne serait-ce que pour rentabiliser ce bĂ¢tard de Navigo).