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Le blog de Bertrand Ferrier, page 57

Bien accompagné 35 : église Saint-Albert le grand (Paris 13)

Eleven Ă  Saint-Albert-le-Grand (Paris 13), le 8 janvier 2025. Photo : Bertrand Ferrier.

 

Pour sa première expertise au nom des experts ès granularitĂ© sonore Sleepy & Partners, Eleven, ainsi nommĂ© car il est le onzième d’une compagnie de dix-neuf super spĂ©cialistes, n’avait pas la tĂ¢che facile. D’une part parce qu’il intervenait sur un instrument dĂ©sormais confiĂ© aux pattounettes d’Esther Assuied, jeune espoir de l’orgue depuis bientĂ´t plusieurs dizaines d’annĂ©es, donc ça rigole pas ; et d’autre part parce qu’il lui revenait d’Ă©valuer un biniou Ă©lectronique, ce qui ne ressortit pas exactement du mĂªme savoir que les orgues Ă  tuyaux.
Pas de quoi effrayer l’expert pour autant, revendiquant une dĂ©marche inclusive, tournĂ©e vers l’Ă©mission du son « dans son rapport au spectre sonore » plus que vers l’Ă©laboration physique du son. Un Hautpwerk n’a donc pour lui pas moins d’intĂ©rĂªt qu’un CavaillĂ©-Coll (que ledit Hauptwerk peut plus ou moins reproduire) dans la mesure oĂ¹ ce sont le son en tant que tel et la palette sonore dans sa globalitĂ© qui l’intĂ©ressent. Et le sachant de tonner, dĂ©finitif :

 

le prestige est une chose, le résultat est ce qui nous intéresse.

 

Reste que la dimension Ă©lectronique ne peut Ăªtre nĂ©gligĂ©e, en pareille circonstance, et elle semble avoir retenu toute l’attention d’Eleven. Certaines mauvaises langues ont suggĂ©rĂ© qu’il avait cherchĂ© sur l’Ă©cran le lien vers Pacman, mais nous ne disposons pas des preuves suffisantes pour valider ou non cette hypothèse, mĂªme après avoir assistĂ© Ă  l’une des techniques prĂ©fĂ©rĂ©es de testing de ces connaisseurs : l’Ă©preuve du tape-cul.

 

Eleven Ă  Saint-Albert-le-Grand (Paris 13), le 8 janvier 2025. Photo : Bertrand Ferrier.

 

Le rĂ©sultat de cet exercice très prisĂ© des experts ? Mo, mo, motus absolu. En tout Ă©tat de cause, le mandataire de Sleepy & Partners n’a pas hĂ©sitĂ© Ă 

  • bidouiller,
  • trifouiller et
  • un autre verbe en -ouiller

afin de « voir ce que le cerveau digital a dans le bidou », selon son expression.

 

Il y a quand mĂªme marquĂ© Content, ça ne veut pas dire que l’auditeur est forcĂ©ment satisfait,

 

a-t-il observĂ© en gloussant très longtemps – humour de professionnel, sans doute. HĂ©las, quand il s’est agi de lui soutirer quelques informations sur son analyse, il s’est drapĂ© dans sa dignitĂ© vu qu’il n’avait pas de drap Ă  sa disposition et que, en revanche, il lui restait un peu de dignitĂ©. Tout juste a-t-il consenti Ă  expliquer qu’il ne pourrait jamais exposer sa pensĂ©e dans la spontanĂ©itĂ© d’un « échange Ă  chaud », forcĂ©ment sommaire et limitĂ©.
Il lui faudra l’espace permis par un rapport rigoureux et complet, lequel sera Ă©videmment confidentiel. Ă€ croire que la granularitĂ© sonore sera toujours ce sublime mystère que nul non-initiĂ© ne pourra verbaliser, au moins jusqu’Ă  la prochaine expertise, probablement…


Retrouvez les aventures de Sleepy & Partners…

  1. … aux grandes orgues de la collégiale de Montmorency.
  2. … à l’église Saint-Marcel (Paris 13).
  3. … à l’église Sainte-Marie-Madeleine de Domont.
  4. … à l’église Saint-Martin de Groslay.
  5. … à l’église Saint-Louis de Vincennes.
  6. … à l’église Saint-Joseph d’Enghien-les-Bains.
  7. … sur l’orgue provisoire loué par Notre-Dame de Vincennes.
  8. … aux grandes orgues de la cathédrale de Gap.
  9. … aux grandes orgues de Sainte-Julienne de Namur puis de la cathédrale de Namur.
  10. … à l’église Notre-Dame de Beauchamp.
  11. … sur l’harmonium du temple protestant du Saint-Esprit (Paris 8).
  12. … à l’église de Taverny et à l’église de Bessancourt.
  13. … à l’église du Raincy.
  14. … à l’église de Notre-Dame du Rosaire.
  15. … aux grandes orgues de l’église Sainte-Marie des Batignolles (Paris 17).
  16. … aux grandes orgues de la chapelle du Val-de-GrĂ¢ce (Paris 5).
  17. … aux grandes orgues de la basilique d’Argenteuil.
  18. … sur l’orgue Cattin de Notre-Dame de Vincennes.
  19. … sur l’orgue Mutin-Cavaillé-Coll de Saint-Georges de la Villette (Paris 19).
  20. … sur l’orgue Merklin de Saint-Dominique (Paris 14), une fois ou deux.
  21. … sur l’orgue Delmotte de Saint-AndrĂ© de l’Europe (Paris 8).
  22. … aux grandes orgues de la collĂ©giale Saint-Jean de PĂ©zenas.
  23. … aux orgues de l’ImmaculĂ©e Conception (Paris 12).
  24. … sur l’orgue de l’Ă©glise Sainte-Claire (Paris 19).
  25. … sur l’orgue de l’Ă©glise Saint-Denis de Gerstheim.
  26. … sur l’orgue de l’Ă©glise Saint-Saturnin de Nogent-sur-Marne.
  27. … sur l’orgue de BĂ©con-les-Bruyères.
  28. … sur l’orgue de Saint-Serge d’Angers.
  29. … sur l’orgue de la chapelle Ozanam (Paris 17).
  30. … sur l’orgue de la collĂ©giale Notre-Dame de Vernon.
  31. … sur l’orgue du temple du Saint-Esprit (Paris 8).
  32. … aux deux orgues de la Madeleine (Paris 8).
  33. … sur l’orgue de la basilique Notre-Dame du PerpĂ©tuel Secours (Paris 11).
  34. … sur l’orgue de Saint-Eugène-Sainte-CĂ©cile (Paris 9).

 

Irakly Avaliani, Intégrale Brahms volume 2 (L’art du toucher) – 2/4

Première du disque

 

Après les fantaisies op. 116, voici les trois intermezzi op. 117 (mĂªme s’il y avait aussi des intermezzi dans les fantaisies, faut suivre). Le premier est un andante moderato ternaire en Mi bĂ©mol. Une pĂ©dale de mi bĂ©mol marque le dĂ©but du premier segment oĂ¹ flotte la rĂ©miniscence d’un vieux chant de NoĂ«l. L’interprète en souligne

  • la dĂ©licatesse,
  • l’efficacitĂ© rythmique, et
  • la libertĂ© de tonalitĂ© comme de pulsation.

On apprécie

  • la vigueur discrète des contretemps,
  • l’harmonisation habile des changements de registre,
  • la finesse Ă©lĂ©gante de l’agogique, et
  • l’agilitĂ© toujour juste des doigts Ă©quilibrant l’affaire.

Toujours ternaire mais en si bĂ©mol mineur et truffĂ© de triples croches, l’intermède suivant se revendique « andante non troppo e con molta espressione ». Irakly Avaliani en dessine

  • la libertĂ© apparemment tranquille,
  • l’harmonie fine permise par les phrasĂ©s soignĂ©s, et
  • l’Ă©quilibre malin entre
    • mesure et expressivitĂ©,
    • pĂ©dalisation et nettetĂ© des basses,
    • et le combo
      • monodie,
      • polyphonie et
      • harmonisation.

Le dernier intermède, en Ut dièse mineur, est un andante con moto Ă  deux temps qui s’ouvre sur un triple unisson.

  • Le ressassement,
  • l’itĂ©ration et
  • la diffraction de la mĂ©lodie par octaviation

marquent la partie A de l’intermède. La partie centrale en La poursuit ce travail sur la duplication en s’ornant de reprises.

  • De joyeuses bizarreries harmoniques,
  • un dĂ©sir patent d’Ă©largir le spectre des registres, et
  • un plaisir du continuum et du contretemps

se dĂ©ploient sous les doigts, les poignets et l’esprit musical d’Iraly Avaliani. Le dialogue entre

  • tension et dĂ©tente,
  • copiĂ©s-collĂ©s et mutations,
  • tentation du lyrisme et recherche de l’Ă©tique

font battre cet intermède, plaçant la partition entre deux options sur plusieurs plans, et mettant en appĂ©tit pour les six pièces pour piano op. 118 qui feront l’objet d’une prochaine chronique.

 

Éloge de la glasnost familiale

Jann Halexander Ă  l’Espace Pantin, le 22 juin 2020. Photo : Rozenn Douerin.

 

Sans produit de synthèse, la chanson du jour associe trois ingrédients :

  • gastronomie,
  • transparence et
  • vacherie.

Le rĂ©sultat est devenu un classique de Jann Halexander, ici revisitĂ© un jour de neige, dans le Val-d’Oise…

 

 

Verena Tönjes et Daria Tudor, « Songs of the clown » (Solo musica) – 1/6

Première du disque

 

D’abord, parler d’une dĂ©ception : celle d’un livret entièrement germanophone. Il faut se rĂ©fĂ©rer au site du distributeur pour dĂ©couvrir un bout de notice traduit en anglais. C’est ballot, car l’intĂ©rĂªt d’un disque physique, comparĂ© Ă  un site de streaming, ne consiste pas seulement Ă  garnir ses Ă©tagères avec des objets culturels qui donnent une apparence cultivĂ©e Ă  celui qui habite un espace, mĂªme si ça peut jouer ; il est surtout d’Ăªtre en capacitĂ© de mieux comprendre la dĂ©marche des artistes, surtout quand elle s’affiche comme monothĂ©matique sinon conceptuelle, articulĂ©e autour de la figure polymorphe du clown, et quand elle brasse aussi large, de Franz Schubert Ă  Margaret Ruthven Lang en passant par Stephen Sondheim.
Ensuite, parler d’une autre dĂ©ception : pas de texte disponible. Nous Ă©couterons donc l’essentiel des lieder sans comprendre un broc de ce qui s’y trame. C’est tout Ă  fait fĂ¢cheux, un peu comme si nous n’entendions qu’une note sur deux, d’une part parce que le dialogue entre le texte et sa mise en musique contribuent Ă  l’intĂ©rĂªt de ce genre, et d’autre part parce que l’on suppute que le choix des Å“uvres permet de dĂ©cliner la figure du clown, triste ou joyeux, et que se retrouver Ă  Ă©couter vingt cinq textes sans cheminer avec eux dans la pensĂ©e des artistes les ayant agencĂ©s nous fait assurĂ©ment perdre une grande partie de l’intĂ©rĂªt de cet album, quelque ambitieux et original soit-il.
Enfin, s’approcher de la musique, avec l’impression curieuse de n’avoir pas la libertĂ© d’en jouir pleinement. Et l’affaire commence avec quatre des 12 gedichte [poèmes] aus Pierrot lunaire op. 4 de Max Kowalski. Le cycle est composĂ© en 1912, la mĂªme annĂ©e que le Pierrot lunaire d’Arnold Schönberg, autour des poèmes d’Albert Giraud adaptĂ©s en allemand par Otto Erich Hartleben (grĂ¢ce Ă  l’aura d’Arnold S., certaines paroles peuvent Ăªtre trouvĂ©es en fouillant un peu, par exemple ici). « Gebet an Pierrot » narrant en trois strophes le dĂ©sarroi de celui qui constate que « le ressort du rire / entre ses dents [a] cassé », ce qui le plonge dans un profond dĂ©sarroi.
Lent mais capricieux se dĂ©ploie ce deux temps en sol mineur. D’emblĂ©e, le piano de Daria Tudor – l’instrument Ă©tant rĂ©glĂ© par Michael Köbler – saisit. Il est

  • vif,
  • musical et
  • souple

comme l’exigent la partition et son rĂ´le d’accompagnateur. ValorisĂ©e (peut-Ăªtre trop) par une prise de son SWR signĂ©e Ingbert Neumeister, la voix de Verena Tönjes joue

  • de son amplitude mezzo-sopranique,
  • des sautes d’intensitĂ© exigĂ©es par la partition et
  • de la libertĂ© permise par le compositeur et par le souffle de l’interprète.

 

 

« Der Dandy » raconte comme le « pĂ¢le dandy bergamasque » joue avec le fantasque rayon de Lune dont il finit par se parer. La partition en Si bĂ©mol, indiquĂ©e « assez rapide », est officiellement Ă  quatre temps. Elle va habiller de façon effectivement fantasque ce carcan basique en multipliant

  • triolets,
  • sextolets et
  • septolets.

Emballent notamment

  • la prĂ©cision de la synchronisation entre les deux comparses sur les unissons,
  • la tonicitĂ© du toucher de Daria Tudor, et
  • l’inventivitĂ© de l’Ă©criture, avec
    • ruptures de tempi,
    • Ă©tonnante mesure Ă  cinq temps,
    • tentation de la modulation (en Si !) et
    • place accordĂ©e au piano solo par celui qui gagnera aussi sa vie comme accordeur

Si le « Voyage au pĂ´le Nord » correspond au « Pierrot polaire » (le poème n’a pas Ă©tĂ© retenu par Arnold Schönberg, donc on essaye d’imaginer Ă  partir du texte d’Albert Giraud, sinon tant pis), la VO Ă©voque la fascination de Pierrot pour « un miroitant glaçon polaire / de froide lumière aiguisé ». Ce mouvement ternaire en sol mineur, siglĂ© allegro maestoso, travaille le miroitement par le swing :

  • triolets de doubles croches,
  • trilles et
  • contretemps

envoient du balancement. Séduisent sans fard

  • la lĂ©gèretĂ© prĂ©cise des octaves graves,
  • la clartĂ© de l’agogique commune et
  • la capacitĂ© Ă  passer d’un caractère musical Ă  l’autre.

Le quatrième et dernier extrait, « Der Mondfleck », raconte ce moment oĂ¹ Pierrot sort pour pĂ©cho – pardon, pour « aller en bonne fortune », sacrĂ© Pierrot-Willette ! HĂ©las, il aperçoit un rayon de Lune sur son habit noir. Il passera donc sa nuit Ă  essayer de l’enlever (on ne pourra pas sauver tout le monde, je vous le garantis). Pourtant, le dernier Ă©pisode en Ut mineur est annoncĂ© « tranquille ».

  • Le staccato et le phrasĂ© de la pianiste Ă©baubissent,
  • l’incarnation sans filtre apparent de la mezzo attire l’attention, et
  • le ciselage de la communautĂ© d’intentions contribue Ă  l’intĂ©rĂªt de cet incipit de disque,

rĂ©vĂ©lant la finesse de l’Ă©criture de Max Kowalski, entre

  • itĂ©rations,
  • confrontation entre binaire et ternaire,
  • surgissement de la libertĂ© lunaire qu’offre la mesure Ă  5/4, et
  • maĂ®trise d’une Ă©criture Ă  la fois
    • bondissante,
    • cohĂ©rente et
    • captivante.

Appétissant.


Pour acheter le disque, c’est par exemple ici.

 

Un adagio

Avec Pierre-Marie Bonafos. Photo : Jacques Bon.

 

Ce n’est pas d’Albinoni mais c’est un adagio : raison de plus pour investir cette affaire, golden hit de la musique savante du vingtième siècle et plus, donc de lui inventer d’autres possibles !

 

 

Irakly Avaliani, Intégrale Brahms volume 2 (L’art du toucher) – 1/4

Première du disque

 

En foot, on appellerait ça une remontada. En effet, lors du tournoi des Sept fantaisies op. 116, par lequel Irakly Avaliani lance son second volume Brahms, l’Ă©quipe des intermezzi, glorifiĂ©e par ce disque, s’est d’abord fait bĂªtement surprendre par la bande des caprices. MenĂ©s deux Ă  un, les intermèdes ont d’abord rĂ©duit le score avant de se ressaisir en enquillant trois buts coup sur coup. La rĂ©alisation scorĂ©e par le capriccio en rĂ© mineur s’est rĂ©vĂ©lĂ©e trop tardive pour Ă©galiser Ă  quatre partout, mais quel match, mes amis, quel match !
Les passionnés de stats noteront que les intermezzi ont retenu la leçon après avoir senti passer le vent du boulet comme, eût stipulé le professeur Rollin, disent ceux qui ont senti passer le vent du boulet.

  • L’opus 117 les verra rĂ©ussir le hat trick ;
  • le tournoi Ă  trois du 118 ne les verra pas trembler (4 pour eux, 1 pour l’Ă©quipe ballade et 1 pour la team romance) ; et
  • le 119 pliera le match d’entrĂ©e, le gang des rhapsodies peinant Ă  rĂ©gler la mire et ne parvenant Ă  faire trembler les filets qu’une fois, alors que le match Ă©tait dĂ©jĂ  pliĂ©.

Reste que le thrill commence non avec un intermède mais avec un caprice en Si bĂ©mol, frappĂ© d’une mesure Ă  trois croches et siglĂ© d’un univoque « presto energico ». Irakly Avaliani en souligne la capriciositĂ© – on va s’gĂªner – en sculptant

  • le halètement des contretemps,
  • le surgissement des surprises (triolets de doubles) et
  • la libertĂ© des foucades (brusque changement de nuances).

La fantaisie se nourrit également

  • des modulations,
  • de la rupture des motifs, et
  • du contraste entre le mystère d’une pĂ©dalisation gĂ©nĂ©reuse et la verve des notes rĂ©pĂ©tĂ©es.

 

 

Lui répond un intermède en la mineur, andante, à trois noires par mesure. Plus exactement, la mesure à trois temps peut se répartir entre six et huit croches simultanément, puis entre dix doubles croches dans la partie centrale « non troppo presto ». Sous une apparence posée,

  • la friction entre ternaire et binaire,
  • la fougue d’un tempo qui se cabre et
  • l’exploration des diffĂ©rents registres de l’instrument

habitent une interprétation qui sait allier

  • retenue quasi hiĂ©ratique et saillies sapides,
  • clartĂ© de la construction et effets inattendus,
  • fermetĂ© du toucher et Ă©nigmaticitĂ© du propos.

Le caprice en sol mineur, « allegro passionato », à deux temps, travaille

  • les unissons,
  • les arpèges,
  • les variations de phrasĂ©.

La partie centrale en Mi bémol renoue avec le plaisir

  • de l’instabilitĂ©,
  • de l’ambiguĂ¯tĂ© et
  • du swing

qui fait infuser ensemble

  • des rythmes contradictoires (binaire et ternaire),
  • des tonalitĂ©s mutantes (sĂ©millantes modulations) et
  • des mouvements contraires aux deux mains pour la reprise du premier motif.

 

 

Retour au trois temps, cette fois adagio, pour l’intermezzo en Mi. LĂ  encore, au ternaire de la mesure s’ajoute le ternaire des triolets de la main gauche qui Ă©tincelle volontiers en se frottant au binaire de la main droite. Par

  • la libertĂ© juste de l’agogique,
  • la dĂ©licatesse du toucher et
  • la clartĂ© de la ligne mĂ©lodique,

Irakly Avaliani en souligne la dimension

  • suspendue,
  • mĂ©ditative voire
  • introspective

qui sait Ă©viter toute mignonnitude, itĂ©rations comprises. Six croches Ă  la mesure sont au programme de l’intermède en mi mineur, prĂ©sentĂ© comme un andante « con grazia ed intimissimo sentimento ». Le balancement des deux en deux en mouvements contraires dessine une première partie en pointillĂ©s, que tente de dĂ©ployer une seconde partie plus Ă©lĂ©giaque mais bientĂ´t rattrapĂ©e par le tropisme liminaire. Les reprises semblent circonscrire l’Å“uvre, l’enfermant dans l’impossibilitĂ© d’un dĂ©veloppement satisfaisant – ceci n’a presque rien d’autobiographique, Ă©videmment. De l’Å“uvre, l’interprète offre une vision pĂ©nĂ©trĂ©e grĂ¢ce

  • aux changements d’intensitĂ©,
  • Ă  une pĂ©dalisation rigoureuse et
  • Ă  une capacitĂ© artistique capacitĂ© Ă  investir chaque segment sans surjouer le lyrisme ou la sĂ©cheresse avant d’aboutir Ă  la plĂ©nitude Ă©trangement rassurante de la tierce picarde finale.

 

 

Le second intermède en Mi, « andantino teneramente », explore Ă  nouveau l’inclination brahmsienne pour les ternaires

  • simple (trois noires par mesure),
  • contrariĂ© (triolets de croches contre deux croches) et
  • augmentĂ© (trois triolets fois trois temps pour la partie centrale en sol dièse mineur).

Ă€ l’Ă©vidence, Irakly Avaliani se pourlèche les babines

  • des suspensions,
  • des modulations et
  • des tensions entre allure dĂ©cidĂ©e et tempo modĂ©rĂ©.

C’est avec un allegro agitato Ă  deux temps que le caprice en rĂ© mineur rĂ©duit le score pour son Ă©quipe (4-3, score final). VoilĂ  l’occasion pour le pianiste de

  • dĂ©lier les doigts,
  • faire dialoguer les deux mains, et
  • confronter le grondement des doubles croches avec les convulsions de la mĂ©lodie.

S’illustre voire se synthĂ©tise ici l’inclination de Johannes Brahms pour l’ambiguĂ¯tĂ© rythmique avec,

  • au dĂ©but et Ă  la fin, deux temps par mesure, donc un propos binaire ;
  • au centre, en la mineur : deux fois trois croches par mesure, donc un propos binaire et ternaire ;
  • au final, une alternance 2/4 , donc un propos binaire, et 3/8, donc un propos ternaire, et 2/4, donc un propos non seulement binaire mais ultrabinaire puisque majeur.

Le virtuose au clavier se sert de son aisance digitale pour faire musique, c’est-Ă -dire

  • donner vie au multiple propre au caprice,
  • laisser imaginer le fil rouge brahmsien par-delĂ  les Ă -coups, et
  • offrir une rĂ©sonance Ă  une miniature qui respire
    • la tension,
    • l’envie et
    • l’explosivitĂ© jusque dans ses Ă©chos schumanniens.

En rĂ©sumĂ©, une appĂ©tissante entrĂ©e en matière en dĂ©pit d’une prise de son de SĂ©bastien et d’Anne-CĂ©cile Noly pour Sonogramme qui, Ă  force de vouloir Ăªtre nette et sans artifice, paraĂ®t parfois plate donc sans la profondeur nĂ©cessaire pour donner Ă  kiffer le son, eh oui. Pas de quoi gĂ¢cher la fĂªte, mais pas de quoi l’embellir non plus. D’oĂ¹ la question qui suit : en s’habituant Ă  ce parti pris, jouira-t-on mieux des Intermezzi op. 117 ? Le suspense foufou durera a minima jusqu’Ă  la prochaine notule sur ce disque. Partant, Ă  suivre !

 

Métissage, niveau expert

Claudio Zaretti et Jann Halexander lors de l’enregistrement de « À tout hasard », le 30 septembre 2021. Photo : Bertrand Ferrier.

 

Son dernier album est tunnĂ©lisĂ© – et hop – sur un concept : l’ornithorynque. Sur le fond et sur la forme. Lors de la dernière chute de neige francilienne, le chanteur Jann Halexander pĂ©tillait en fredonnant sa chanson hommageant (on sent bien qu’on  est passĂ© en 2025, non ?) le mix’n’match. Le rĂ©sultat ? Une chanson mĂ©tissĂ©e sur le mĂ©tissage.

  • Sans balabala ministĂ©riel (et la prime qui va avec),
  • sans sirop d’Ă©rable sur le vivre ensemble (au contraire),
  • sans appel Ă  l’invisibilisation des diffĂ©rences (youpi),

en vrai, donc, moulinĂ© par l’hĂ©lice halexandĂ©rique, ça donne ça.

 

 

Bien accompagné 34 : église Saint-Eugène-Sainte-Cécile (Paris 9)

Mulk à Saint-Eugène (Paris 9), le 30 décembre 2024. Photo : Bertrand Ferrier.

 

Expertiser l’organologie dans sa rĂ©alitĂ© factuelle comme dans sa potentialitĂ© virtuelle : telle semble Ăªtre la problĂ©matique – un rien tarabiscotĂ©e, soit – de la compagnie de sachants rĂ©pondant au nom de Sleepy & Partners, spĂ©cialisĂ©e dans la « granularitĂ© sonore », domaine confidentiel oĂ¹ seules quelques personnalitĂ©s ont accès, mais domaine essentiel puisque, s’il est confidentiel, c’est sans doute qu’il est essentiel. Pour son trente-quatrième mandat, l’entreprise a mandatĂ© Mulk, dont l’expertise de l’orgue de la collĂ©giale de Vernon semble avoir Ă©tĂ© fructueuse puisque, depuis, il a tĂ¢chĂ© moyen de revĂªtir un coquet costume de travail. Jusque-lĂ , ne circulaient que des photos de lui dans le plus simple appareil – ici, on ne parle donc pas de l’orgue, machine complexe s’il en est.
Mais soyons prĂ©cis : qu’est-ce donc Ă  dire de quoi ça parle Ă  propos de, l’expertise selon Sleepy & Partners ?

 

Le projet d’une expertise granulaire est d’abord de jauger la sonoritĂ© du son en tant qu’il est son et non dans sa finalisation englobante,

 

nous a-t-il confiĂ©, pour expliciter (pensait-il) sa dĂ©marche, avec cet air mystĂ©rieux propre aux experts en gĂ©nĂ©ral et aux organologues en particulier. Le Merklin dĂ©sormais confiĂ© au sieur Vincent Rigot, ouĂ¯ tantĂ´t en rĂ©cital, est un majestueux instrument au buffet conçu sur mesure pour l’Ă©glise et aux claviers augmentĂ©s pour sa transformation d’orgue d’exposition en orgue d’Ă©glise. Son Excellence l’Expert Mulk a Ă©coutĂ© et testĂ© presque religieusement et sans exclusivitĂ©

  • les jeux de fonds,
  • les jeux solistes,
  • le crescendo,
  • la joie du laĂ¯c apportant une missive Ă  monsieur le titulaire (« ha, vous n’Ăªtes pas lui ? / – Non, c’est moi »)
  • les diffĂ©rences d’accord des anches consubstantielles au genre de l’orgue,
  • les facĂ©ties secrètes que seuls les initiĂ©s du grade de titulaire peuvent connaĂ®tre,
  • la voix des mystiques tentant une prière commune alors que le chapelet est encore loin,
  • la raison d’Ăªtre du très curieux manque de cuillère I/II,
  • le suspense créé par le crantage des registres, et
  • le ressenti acoustique depuis la tribune.

 

Mulk à Saint-Eugène (Paris 9), le 30 décembre 2024. Photo : Bertrand Ferrier.

 

L’absolue exigence d’indĂ©pendance du gredin n’est pas allĂ©e jusqu’Ă  l’obliger Ă  refuser un first drink en compagnie du titulaire après l’effort, « mais seulement Ă  des fins de complĂ©mentation d’enquĂªte », a-t-il stipulĂ© en sirotant la minable arnaque du « Bistro de la banque », cet Ă©loge – assumĂ© – du shrinking rĂ©duisant la pinte Ă  45 cl (y a pas de petits profits chez les gredins vu que, au bout de dix arnaques, t’as gagnĂ© une pinte, ça vaut la peine de l’assumer). L’atmosphère locale semblait aussi l’inspirer quand, peu après qu’il a goĂ»tĂ© sa blonde, en TBTH, un couple Ă  l’accent plus snob que prout-prout est venu rapporter deux chaises au bistrotier

 

sans doute prélevées en toute innocence par des jeunes souhaitant passer un moment paisible dans notre cité.

 

Sa MajestĂ© l’Expert a soupirĂ© et dĂ©tournĂ© la tĂªte. Par la vitrine, il a constatĂ©, rassurĂ©, que, malgrĂ© les personnages grotesques qui peuplent notre quotidien (nous, ça va, on est normalses, mais les gens, pardon), le monde continuait Ă  prĂ©parer son passage vers 2025, annĂ©e alors en gestation ; et il en a dĂ©duit, pragmatique, que, comme l’orgue, le rĂ©el n’est pas ailleurs : il est simplement multiple. Resterait Ă  savoir multiple de combien, mais cela n’entre pas dans le champ de son expertise, hĂ©las. Allez, patron, apportez la petite sÅ“ur. Non, pas pour moi, pour Mulk, Ă©videmment ! Quoique…


Retrouvez les aventures de Sleepy & Partners…

  1. … aux grandes orgues de la collégiale de Montmorency.
  2. … à l’église Saint-Marcel (Paris 13).
  3. … à l’église Sainte-Marie-Madeleine de Domont.
  4. … à l’église Saint-Martin de Groslay.
  5. … à l’église Saint-Louis de Vincennes.
  6. … à l’église Saint-Joseph d’Enghien-les-Bains.
  7. … sur l’orgue provisoire loué par Notre-Dame de Vincennes.
  8. … aux grandes orgues de la cathédrale de Gap.
  9. … aux grandes orgues de Sainte-Julienne de Namur puis de la cathédrale de Namur.
  10. … à l’église Notre-Dame de Beauchamp.
  11. … sur l’harmonium du temple protestant du Saint-Esprit (Paris 8).
  12. … à l’église de Taverny et à l’église de Bessancourt.
  13. … à l’église du Raincy.
  14. … à l’église de Notre-Dame du Rosaire.
  15. … aux grandes orgues de l’église Sainte-Marie des Batignolles (Paris 17).
  16. … aux grandes orgues de la chapelle du Val-de-GrĂ¢ce (Paris 5).
  17. … aux grandes orgues de la basilique d’Argenteuil.
  18. … sur l’orgue Cattin de Notre-Dame de Vincennes.
  19. … sur l’orgue Mutin-Cavaillé-Coll de Saint-Georges de la Villette (Paris 19).
  20. … sur l’orgue Merklin de Saint-Dominique (Paris 14), une fois ou deux.
  21. … sur l’orgue Delmotte de Saint-AndrĂ© de l’Europe (Paris 8).
  22. … aux grandes orgues de la collĂ©giale Saint-Jean de PĂ©zenas.
  23. … aux orgues de l’ImmaculĂ©e Conception (Paris 12).
  24. … sur l’orgue de l’Ă©glise Sainte-Claire (Paris 19).
  25. … sur l’orgue de l’Ă©glise Saint-Denis de Gerstheim.
  26. … sur l’orgue de l’Ă©glise Saint-Saturnin de Nogent-sur-Marne.
  27. … sur l’orgue de BĂ©con-les-Bruyères.
  28. … sur l’orgue de Saint-Serge d’Angers.
  29. … sur l’orgue de la chapelle Ozanam (Paris 17).
  30. … sur l’orgue de la collĂ©giale Notre-Dame de Vernon.
  31. … sur l’orgue du temple du Saint-Esprit (Paris 8).
  32. … aux deux orgues de la Madeleine (Paris 8).
  33. … sur l’orgue de la basilique Notre-Dame du PerpĂ©tuel Secours (Paris 11).

 

Le quatrième prélude et demi enfin révélé

Pierre-Marie Bonafos au studio RĂªve le jour (Drancy), devant le micro de RĂ©jean Mourlevat en 2019, pendant l’enregistrement de « 44 ou presque ». Photo : Bertrand Ferrier.

 

C’est un exercice que nous avons inventĂ© pour notre rĂ©cital Une histoire du cool, en la chapelle du Val-de-GrĂ¢ce (Paris 5) : revisiter quatre golden hits de la musique classique, que ce soit

  • en dĂ©bordant librement le thème,
  • en rĂ©investissant la grille d’accords,
  • en extrayant juste un sample sur lequel improviser,
  • en augmentant la mĂ©lodie par la paraphrase, etc.

À ce moment du concert, le sort est tombé sur Frédéric Chopin, et le jeu a donné ce qui suit.

 

 

Irakly Avaliani, IntĂ©grale Brahms volume 1 (L’art du toucher) – L’intĂ©grale

Première du disque

 

BientĂ´t paraĂ®tront en feuilleton les quatre chroniques sur le second volume de l’intĂ©grale Brahms par Irakly Avaliani. Ă€ cette occasion, nous rassemblons en un seul article, augmentĂ© de vidĂ©os complĂ©mentaires, le dĂ©calogue – paru entre le 11 avril et le 15 mai 2024 – qui racontait le premier volume de cette intĂ©grale !

 

1.
Première ballade en ré mineur

 

ÉtĂ© 1854. Johannes Brahms est sous le charme de Clara Schumann, nous glisse-t-on. Pourtant, d’autres storytellings accompagnent les Ballades opus 10, composĂ©es Ă  cette Ă©poque. Ainsi, elles seraient le fruit d’un compositeur en Ă©bullition après avoir traversĂ© l’Italie. Plus singulièrement et sans contre-indication avec les contextualisations prĂ©cĂ©dentes, elles illustreraient un recueil (Stimmen der Worker in Liedern, autrement dit Voix des travailleurs en chanson, bien que la traduction pudique habituelle Ă©voque la « Voix des peuples ») de Johann Gottfried von Herder, accessoirement frère de loge de Johann Wolfgang von Goethe. C’est une tradition dans la ballade romantique que d’associer une pièce Ă  un texte. Alors,

  • sentiments difficilement bridĂ©s pour la femme du protecteur ?
  • surcroĂ®t d’Ă©nergie accumulĂ© dans une Italie qui ne peut que nous faire fantasmer ?
  • musique programmatique issue d’un recueil de 1779 et particulièrement d’“Edward », un poème dĂ©jĂ  musiquĂ© par Franz Schubert, oĂ¹ un fils explique Ă  sa mère qu’il a tuĂ© son gĂ©niteur Ă  cause d’elle ?

Dans un livret singulier et stimulant qui n’est donc pas fourni avec le disque mais disponible ici, Catherine David affirme qu’on s’en tampiponne le bibobĂ©chon. Pour cette gourmande,

 

si la preuve du pudding, c’est qu’on le mange, la preuve de la musique, c’est qu’on l’aime

 

pas qu’on la

  • comprend,
  • sous-titre ou
  • dĂ©crypte.

Ă€ titre personnel, je ne suis pas certain d’aimer le pudding ni la musique en gĂ©nĂ©ral ; nĂ©anmoins, ce disque, enregistrĂ© en 2007 et publiĂ© en 2011 est une joyeuse occasion de fissurer un peu notre mĂ©connaissance d’Irakly Avaliani, croisĂ© Ă  la salle Cortot et dĂ©couvert via ses annĂ©es soviĂ©tiques – hyperliens ci-dessous. Le Steinway est accordĂ© par Jean-Michel Daudon, le son est signĂ© SĂ©bastien et Anne-CĂ©cile Noly, et la pochette offre un dĂ©tail d’une Å“uvre de Masha S., Ă©pouse du pianiste croisĂ©e ici. Certes, ces noms semblent ne rien apporter Ă  la connaissance et Ă  l’apprĂ©ciation de Brahms ou de son interprète. Toutefois, ils se rĂ©fèrent Ă  des individus sans qui pas de disque ; donc, comme les prĂ©sentes notules ne sont pas limitĂ©es en signes, citer les collaborateurs de la star ne nous paraĂ®t pas indigne. Les monomaniaques de Brahms qui s’impatientent, et c’est leur droit, n’auront qu’Ă  sauter Ă  pieds joints jusqu’au prochain paragraphe, d’autant que celui-ci est terminĂ© – hop, c’est parti.

 

 

La Première ballade en ré mineur, floquée « andante », commence sur un swing presque schubertien, avec

  • groove des appogiatures,
  • tempo clairement marquĂ©, ce qui permet au compositeur de le suspendre (noires ou blanches pointĂ©es crĂ©ant manière de suspense) et
  • stabilitĂ© des unissons Ă  trois ou quatre octaves qui posent et, en quelque sorte, incarnent le rythme.

Cette assise solide laisse nĂ©anmoins entrevoir un trouble qui, au-delĂ  du mode mineur donc sombre, se trouble de nuances presque inquiĂ©tantes, bien qu’Irakly Avaliani ne soit pas

  • un ripolineur de contrastes,
  • un amoureux du sursaut,
  • un combattant du changement flashy,

quand l’intensitĂ© s’engonce dans le murmure du pianissimo ou le fade-out de la rĂ©sonance. En effet, derrière la gravitĂ© du propos que transcrit l’interprète, le mystère ne va pas tarder Ă  s’Ă©paissir en dĂ©chiquetant Ă  la fois la rĂ©gularitĂ© du tempo, brisĂ© par deux « Poco piĂ¹ mosso » puis un « Allegro ma non troppo », mais aussi la stabilitĂ© du mode, qui bascule presque brusquement vers la relative majeure. Sans perdre sa mĂ©trique, la partition s’Ă©claire

  • de triolets rĂ©pĂ©titifs,
  • de la confrontation entre binaire de la mĂ©lodie dans les graves et ternaire des triolets martiaux,
  • de modulations Ă©tonnantes,
  • de nuances dopĂ©es par un ample crescendo et
  • d’un Ă©largissement des registres convoquĂ©s par le compositeur.

Le retour en ré mineur fusionne les deux sections en utilisant la première tonalité tout en conservant, de la section en majeur,

  • le tempo,
  • le ternaire et
  • les nuances fortissimi .

Irakly Avaliani démontre sa maîtrise instrumentale dans le decrescendo qui conduit à une nouvelle synthèse : cette fois,

  • on garde
    • le rĂ© mineur et
    • les triolets, mais
  • on revient
    • Ă  la mĂ©lodie liminaire et
    • aux nuances douces qui ouvraient la ballade.

GrĂ¢ce Ă  son mix’n’match Ă  la fois complexe dans sa composition et simple dans sa comprĂ©hension, l’Å“uvre est, jusqu’Ă  sa fin suspendue, une leçon de dĂ©veloppement habile qui exige, plus qu’une virtuositĂ© digitale, une hauteur de vue qui ne fait certes pas dĂ©faut Ă  l’interprète.

 

2.
Deuxième ballade en Ré

 

Irakly Avaliani le 18 mars 2024 Ă  la salle Cortot. Photo : Rozenn Douerin.

 

Après une première ballade jouĂ©e avec profondeur, voici la deuxième, toujours andante, toujours en rĂ© mais, cette fois, en majeur. « Espressivo e dolce », elle s’ouvre sur un triple balancement.

  • Oscillation des contretemps pulsĂ©s par la main gauche,
  • flux mĂ©lodique et reflux au sein du mĂªme segment,
  • charme du mineur nostalgique et force du majeur

marquent la première page de l’Å“uvre, que renverse un Allegro non troppo deux fois plus rapide. D’un seul coup d’un seul, le piano est envahi par

  • de doubles octaves rĂ©pĂ©tĂ©es,
  • des modulations tournoyantes et
  • l’ exaspĂ©ration du ternaire qui rue dans le cadre martial imposĂ© au propos…

jusqu’Ă  l’emporter. Synthèse entre la tentation du si mineur et la persistance du mode majeur, fusion entre la continuitĂ© rythmique et l’inclination vers le ternaire, un moment en Si et 6/4 permet Ă  Irakly Avaliani de pratiquer Ă  dĂ©couvert sa passion pour « l’art du toucher ». En moins de trois minutes, celui-ci a Ă©tĂ© changĂ© trois fois :

  • d’abord « dolce »,
  • il est devenu « ben marcato » et
  • se retrouve Ă  prĂ©sent « molto staccato e leggiero ».

Ă€ ces indications gĂ©nĂ©rales s’ajoute le respect de la dynamique, ici plantĂ©e dans le registre grave.

  • Aux appogiatures de la main droite, impulsant un groove discret,
  • s’opposent et la pĂ©dale de si et
  • l’ostinato inversĂ© de la main gauche (en clair ou presque quand la main droite monte, la senestre descend).

Un sas de dĂ©compression voit la main droite prise dans des accords tenus tandis que sa consÅ“ur retrouve le marcato prĂ©cĂ©dent pour prĂ©parer la bascule vers le si mineur. Irakly Avaliani a donc  raison d’axer son interprĂ©tation moins sur

  • l’Ă©motion des nuances,
  • la labilitĂ© d’un lyrisme insaisissable ou
  • l’invention d’une unitĂ© uniformisante qui se dĂ©roberait,

que sur

  • le rythme,
  • l’attaque et
  • la prĂ©cision du tempo

indispensable pour fixer les conditions du groove. [Pour Ă©couter la deuxième ballade dans la vidĂ©o ci-dessous, aller directement Ă  4’36.]

 

 

Musiciens et mĂ©lomanes savent, mĂªme si subvertir les frontières est une tentation Ă  laquelle nombre d’interprètes peinent Ă  rĂ©sister, que

  • pas de contretemps sans temps,
  • pas de changement de beat sans nettetĂ© du beat,
  • pas d’efficacitĂ© des mutations sans dĂ©marcation nette de caractère.

Se dévoile alors la structure en symétrie axiale de la ballade avec

  • une partie A douce en contretemps,
  • une partie B rythmique Ă  double tempo,
  • une partie C ternaire en staccato, axe de la composition, puis
  • le retour de la partie B, et
  • la clĂ´ture sur la partie A.

Ce schĂ©ma est indicatif donc faux, car il ne rend pas raison de l’Ă©volution du discours. Une fois que tous les mouvements ont Ă©tĂ© Ă©noncĂ©s, chacun, tout en gardant sa spĂ©cificitĂ© reconnaissable, est piquetĂ© par celui qui l’a prĂ©cĂ©dĂ©. En effet, la partie B2 s’acoquine avec le plaisir ternaire de C ; et la partie A2, passionnĂ©ment, se laisse griser par le Si – majeur d’abord, mineur ensuite – car elle a besoin d’une coda pour dissoudre dans le RĂ© initial, les arpèges et accords de la coda rappelant eux aussi les tenues qui concluaient la partie C. Dès lors, l’art d’Irakly Avaliani consiste moins Ă  Ă©clairer ces mutations de façon professorale (Ă©couter, c’est pas prendre un cours, c’est – as far as we’re concerned – espĂ©rer vibrer avec

  • le compositeur,
  • son porte-voix et
  • le moment prĂ©sent)

qu’Ă 

  • caractĂ©riser chaque ingrĂ©dient,
  • mĂ©langer ces couleurs et
  • laisser l’auditeur jouir de ce mix Ă  mesure que les trois types de sonoritĂ©s
    • se cĂ´toient,
    • s’influencent mais
    • ne s’Ă©crasent pas les unes sous les autres.

Cette attention portĂ©e aux Ă©chos et aux mouvements du matĂ©riau musical est d’autant plus appropriĂ©e que les quatre ballades sont pensĂ©es dans une profonde cyclicitĂ©. Les tonalitĂ©s se rĂ©pondent,

  • du rĂ©
    • (mineur pour la première,
    • majeur pour la deuxième) au
  • si
    • (mineur pour la troisième, donc faisant Ă©cho aux deux dièses de la deuxième,
    • majeur pour la quatrième).

De mĂªme, les indications de tempo sont significatives, mĂªme si, on l’a vu, elles sont relatives car bousculĂ©es dans chaque ballade : on trouve

  • deux Andante,
  • un Allegro marquĂ© « Intermezzo », et
  • une synthèse pour la dernière ballade, Ă  nouveau Andante mais, cette fois, « con motto ».

L’Ă©coute de la troisième ballade sera donc l’objet curieux de notre prochaine notule.

 

3.
Troisième ballade en si mineur

 

Irakly Avaliani le 18 mars 2024 Ă  la salle Cortot. Photo : Rozenn Douerin.

 

Après une première ballade profonde, une deuxième synthĂ©tique, voici la troisième des quatre Å“uvres composant l’opus 10 de Johannes Brahms, Ă  la fois ballade et « intermezzo ». Plus brève pièce du quatuor, elle prĂ©cède la plus longue – de loin : 3’30 contre 10′. Dans le prĂ©cĂ©dent Ă©pisode, nous avons montrĂ© comment, par le jeu

  • des tonalitĂ©s,
  • des modes et
  • des tempi,

le compositeur a organisĂ© ces quatre pièces en un tout cohĂ©rent, et comment, par son interprĂ©tation, Irakly Avaliani semblait en avoir tenu compte – mĂªme si nous en avons fractionnĂ© le compte-rendu pour Ă©viter d’infliger de trop longues notules aux curieux qui nous font l’amitiĂ© de feuilleter cet espace. La troisième ballade en si mineur et 6/8 (donc Ă  la fois ternaire et binaire puisqu’elle peut contenir deux groupes de doubles croches par mesure) est ouvertement allegro, ce que les prĂ©cĂ©dentes n’Ă©taient que par interstices. D’emblĂ©e, le pianiste travaille le contraste et la complĂ©mentaritĂ© entre

  • tonicitĂ©,
  • accent et
  • rythme.

La tonicitĂ©, c’est la capacitĂ© de rebondir Ă  partir d’un appui. L’accent, c’est l’effet qui oriente l’Ă©coute soit vers le temps, soit vers le contretemps. Le rythme, c’est la rĂ©gularitĂ© dont le respect permet

  • de faire sourdre un balancement (notamment en ternaire),
  • d’assurer la dynamique (notamment en binaire) et
  • de laisser Ă©merger le groove,

ce dernier Ă©tant entendu comme la capacitĂ© du musicien Ă  irriguer la rĂ©gularitĂ© de la partition avec une irrĂ©gularitĂ© intrinsèque, suscitĂ©e grĂ¢ce aux effets d’attente, Ă  la tonicitĂ© et aux accents. Tout se tient ! Ceci est certes inscrit dans la composition elle-mĂªme, mais il incombe Ă  l’interprète d’en rendre la magie grĂ¢ce Ă  son art du toucher.
Or, sous les doigts d’Irakly Avaliani, les marteaux deviennent des pois mexicains : ça jaillit, ça pivote, ça cavalcade et s’engouffre sous le buffet du salon avant de rĂ©apparaĂ®tre quand on pensait, presque soulagĂ©, l’affaire emmaillotĂ©e dans la poussière sale et collante du temps qui passe. Une telle Ă©nergie traduit le travail brahmsien consistant, dans ce premier segment, Ă  associer

  • ascensions lĂ©gères,
  • fusĂ©es descendantes parallèles et
  • dĂ©bordements de la mesure
    • (octaves accentuĂ©es sur la deuxième croche,
    • sĂ©ries de deux croches rĂ©pĂ©tĂ©es de part et d’autre de la barre,
    • appui grave sur le dernier temps de la mesure).

 

 

Surtout, le compositeur mĂªle les astuces

  • de l’itĂ©ration qui permet Ă  l’auditeur de se reconnaĂ®tre (rĂ©pĂ©tition
  • des motifs clairement identifiables,
  • des enchaĂ®nements entre les sections et
  • du texte, grĂ¢ce Ă  la reprise) avec
  • celles du mystère
    • (fragmentation du propos,
    • suspension du dĂ©veloppement,
    • absence de ligne uniformisante).

Signe que quelque chose de pas net se trame,

  • la tonalitĂ© de Si se substitue Ă  celle de si mineur,
  • le rythme balancĂ© se clarifie nettement et
  • le propos se concentre dans l’aigu et le mĂ©dium.

Le retour de l’ultra grave prĂ©pare

  • d’abord le rappel du premier segment en si mineur,
  • ensuite sa submersion par le mode majeur (cela constituera un pont avec la dernière ballade puisque la tonalitĂ© de Si majeur caractĂ©risera le quatrième numĂ©ro de l’opus), et
  • enfin le dernier mot laissĂ© au mystère (tenues double pianissimo, discours Ă©purĂ©, insaisissabilitĂ© de l’appogiature finale qui contraste avec la durĂ©e des accords).

Rendre conjointement

  • la vivacitĂ©,
  • la diversitĂ© et
  • l’ambigu mystère

de la troisième ballade : défi de taille, exécutant à la hauteur !

 

4.
Quatrième ballade en Si

 

Dernier des quatre sommets de l’opus 10, la quatrième ballade, la plus majestueuse avec ses dix minutes au compteur, s’avance andante con moto en 3/4 et en Si. Enfin, pas vraiment en Si immĂ©diatement : plutĂ´t par un si mineur 6 qui capte l’oreille par le battement harmonique suscitĂ© d’entrĂ©e (mĂªme si le montage, comme pour chaque piste, est Ă©trangement ratĂ© par l’Ă©quipe de Sonogramme, la quatrième ballade commençant Ă  la fin de la piste 3).

  • TranquillitĂ©,
  • balancement et
  • clartĂ© de la marche chromatique descendante

se dĂ©voilent grĂ¢ce Ă  sur un toucher expressif qui sait laisser respirer la mesure sans s’enkyster dans des effets mĂ©lodramatiques surjouĂ©s. La deuxième partie, plus lente travaille le swing

  • en basculant dans l’intimitĂ© du rĂ© dièse mineur, id est en s’Ă©loignant de la sĂ©rĂ©nitĂ© rassurante du mode majeur pour gagner en inquiĂ©tude lĂ©gère ce qu’elle abandonne en confort bourgeois,
  • en associant une main droite en 18/8 et une main gauche en 6/4 (frottant donc le ternaire au binaire) et
  • en insĂ©rant la ligne mĂ©lodique Ă  l’alto, soit au milieu de l’accompagnement, avec l’interdiction faite Ă  l’interprète de « trop marquer la mĂ©lodie » sans doute pour renforcer l’effet d’embrassement souhaitĂ© par le compositeur.

S’ouvre alors une mĂ©ditation hypnotique entre mĂ©diums et graves qu’Irakly Avaliani transforme presque en trio pour instruments indĂ©pendants, aux sons spĂ©cifiques, avec

  • triolets presque imperceptibles et pourtant prĂ©cieux,
  • lead dĂ©licatement tirĂ© des cordes et
  • marche rĂ©solue de la senestre.

Ainsi happĂ©, l’auditeur vit au plus près

  • les frottements harmoniques,
  • les nuances resserrĂ©es donc d’autant plus efficaces, et
  • l’hĂ©sitation qui conduit Ă  la dernière modulation.

Le retour du premier motif

  • (mĂªme structure,
  • mĂªme mesure,
  • mĂªme tempo,
  • mĂªme tonalitĂ©),

pimpĂ© par des doubles croches revigorantes, s’efface bientĂ´t devant une nouvelle idĂ©e, plus posĂ©e, qui semble approfondir la mĂ©ditation. Le musicien sait en rendre

  • la majestĂ© incarnĂ©e par les octaves solennelles de la main gauche,
  • la profondeur que le legato offre aux accords de la main droite, mais aussi
  • la fragilitĂ© discrète que symbolisent
    • les quarts de soupir aĂ©rant le discours,
    • les contretemps enjambant la mesure ou en dĂ©tournant la logique, et
    • les glissements harmoniques qui galvanisent la mĂ©lodie et, peu Ă  peu, conduisent Ă  l’accord de Fa # permettant le pivot vers la tonalitĂ© de si mineur.

Car Johannes Brahms reprend alors le deuxième motif, celui qui associait binaire et ternaire, toujours en mineur mais dans une autre tonalitĂ© qui fait Ă©cho Ă  la troisième ballade. Ainsi se confirme, jusqu’Ă  l’extinction et la tierce picarde finale, la fonction synthĂ©tique de ce quatrième volet de l’opus 10, comme si le compositeur regroupait dans une mĂªme Å“uvre les ingrĂ©dients qu’il a malaxĂ©s dans les prĂ©cĂ©dents numĂ©ros

  • (binaire / ternaire,
  • mineur / majeur,
  • unitĂ© / forme composite, etc.).

Le rĂ©sultat n’est pas magistral, ce serait didactique ou pĂ©dant : c’est simplement, oui, simplement superbe et prenant.

 

5.
Huit caprices et intermèdes opus 76

 

Après l’opus 10 et ses quatre ballades, voici venu le temps de l’opus 76 et ses huit pièces pour piano, mĂªlant Ă  part Ă©gale mais sans alternance systĂ©matique caprices et intermèdes. On connaĂ®t le contexte : c’est l’Å“uvre avec laquelle Johannes Brahms revient Ă  l’Ă©criture pour piano après une pause. Les lointaines ballades s’inspiraient officiellement d’un poème ? Les « pièces » se soumettront Ă  un rĂ©gime antiprogrammatique sĂ©vère.

  • Pas de titre catchy au programme,
  • pas de grande promenade par temps gris sur la plage du destin alors que les Ă©toiles dessinent un horizon mystĂ©rieux,
  • pas de floraison printanière des petits lapins dans les sous-bois de la forĂªt de Montmorency que nimbe un parfum d’amour tĂ©nu,
  • non, pas d’Ă©pithète sexy, de mot-clef vendeur ou de concept clairement identifiable dont le compositeur se proposerait de transposer le suc fantasmatique en flux sonore.

Rien que des titres génériques auxquels la musique va donner

  • chair,
  • vibration et
  • affriolance – et hop.

L’ensemble constitue un cheval de bataille souvent attelĂ© par Irakly Avaliani : nous avions entendu sonner ses sabots sur la scène de la salle Cortot, Ă  l’occasion du retour triomphal du musicien sur les planches parisiennes.

 

 

Le Premier caprice, en fa dièse mineur (pas d’inquiĂ©tude pour les curieux : l’audio de la vidĂ©o supra commence vers 0’10, ce sera aussi le cas de la suivante), Ă©grène six doubles Ă  la mesure dans un esprit plus qu’un tempo « un poco agitato ». GrĂ¢ce Ă 

  • la clartĂ© et la diffĂ©renciation des touchers,
  • la science du crescendo millimĂ©trĂ©, et grĂ¢ce Ă 
  • la maĂ®trise de l’indispensable binĂ´me rigueur mĂ©tronomique – lĂ©ger dĂ©calage qui fait
    • respirer,
    • haleter ou
    • basculer la musique,

le pianiste emporte aussitĂ´t l’auditeur avec lui.

  • La pĂ©dalisation toujours juste
    • (aura mais pas brouillon,
    • rĂ©sonance mais pas flou,
    • liant mais pas confusion),
  • l’Ă©lĂ©gance de l’agogique,
  • l’Ă©quilibre des voix

se jouent des difficultés,

  • crĂ©ant des liens entre les diffĂ©rentes atmosphères,
  • Ă©clairant avec spĂ©cificitĂ© chaque segment,
  • diffusant une sĂ©rĂ©nitĂ© si peu capricieuse

que la résolution majeure de ces ébats paraît curieusement logique et non plaquée.

 

 

Le formidable Deuxième caprice en si mineur, en 2/4 et siglĂ© « Allegretto non troppo », s’ouvre sur des doubles croches sautillantes qu’accompagnent une marche chromatique descendante propulsĂ©e par une main gauche bondissante. La prise de son, proche de la table, rend justice Ă  la technique du musicien en associant habilement

  • l’acidulĂ© du dĂ©tachĂ© paraissant survoler les touches,
  • le crĂ©meux de la main gauche bien enfoncĂ©e dans le clavier et pourtant toute en rĂ©flexes, ainsi que
  • la conduite très sĂ»re d’un propos simple d’apparence mais bourrĂ© d’astuces
    • rythmiques (ainsi des appogiatures et des rythmes pointĂ©s qui cassent l’uniformitĂ© des sĂ©ries de doubles croches),
    • phrastiques (ainsi des deux en deux qui font palpiter la mĂ©lodie et des arpèges qui relancent l’articulation sur le premier temps) et
    • pianistiques (ainsi de la pĂ©dalisation, Ă  la fois strictement contradictoire a priori avec le pĂ©tillement de la dextre et absolument indispensable pour respecter le texte et le groove de la senestre).

Ce moment d’une dĂ©licatesse dĂ©licieuse, et vice et versa, permet aussi Ă  Irakly Avaliani de dĂ©gainer sa spĂ©cialitĂ© : l’irisation des nuances dans un petit spectre contenu entre piano et mezzo forte. L’oscillation ainsi obtenue n’oblige pas Ă  tendre l’oreille pour ne rien rater des intensitĂ©s lĂ©gèrement mutantes mais conduit l’Ă©coutant – y compris quand il est, comme l’auteur de ces lignes, un gros lourdaud qui aime les spectres Ă©tendus et, dans d’autres domaines, la fureur bruitiste du metal ou des explorations Ă©lectro d’un Nicolas Horvath, par exemple – Ă  mieux apprĂ©cier la musicalitĂ© subtile qui Ă©mane de ces micro-mutations, donc Ă  davantage jouir

  • du toucher,
  • du phrasĂ© et, par voie de consĂ©quence,
  • de la musique de Johannes Brahms.

Tout ceci, comme de coutume sur ce carnet de notules, ne ressortit pas d’un exercice verbeux d’admiration, tĂ¢chant d’encenser platement l’interprète comme on flatte la croupe d’une vache (j’imagine que ça doit Ăªtre sympa de discuter avec une vache, verbalement et tactilement, la question n’est pas lĂ ), mais tente de mettre des mots sur notre Ă©tonnement, au sens Ă©tymologique du terme, devant la capacitĂ© du musicien Ă  nous happer dans

  • une partition,
  • un recueil,
  • un univers

qui le passionnent – et ce, d’autant plus que ces subtilitĂ©s nous avaient pour partie Ă©chappĂ© lors de la version en concert.

  • Les modulations,
  • les Ă©volutions de couleurs plus que de caractères,
  • les Ă -coups rythmiques dans la rĂ©gularitĂ©
    • (appogiatures,
    • quintolets,
    • agogique)

participent de l’impression d’une interprĂ©tation – tant pis pour l’oxymoron – intime et nĂ©anmoins impressionnante qui efface la technique derrière une poĂ©sie Ă©poustouflante jusqu’Ă  la tierce picarde finale. D’accord, mille fois d’accord, ça fait beaucoup d’Ă©pithètes, mais je n’allège pas la formulation car une telle saturation traduit probablement notre enthousiasme et notre hĂ¢te de dĂ©couvrir les intermezzi suivants, agencĂ©s de manière savante. En effet, si les huit pièces pour piano op. 76 de Johannes Brahms formaient un poème, ses huit Ă©pisodes seraient des vers aux rimes tour Ă  tour plates (AABB) puis embrassĂ©es (ABBA), avec

  • A dĂ©signant les caprices et
  • B les intermèdes.

Nous voici arrivĂ© Ă  la seconde partie des rimes plates, donc aux deux premiers intermezzi dont le premier s’avance en La bĂ©mol, affublĂ© d’indications presque prĂ©cises : il doit Ăªtre Ă  la fois gracieux et expressif.

 

 

Pour ce faire, le compositeur munit l’interprète d’une mallette Ă  outils dont il doit savoir se servir. Parmi ces ustensiles,

  • le staccato de l’accompagnement,
  • les arpèges allĂ©geant certains intervalles et accords,
  • des contretemps rebondissants,
  • une concentration du propos sur la droite du clavier, plus naturellement froufroutante que la section grave, et
  • des nuances contenues aux alentours du piano.

AssurĂ©ment, Irakly Avaliani est un bon bricoleur brahmsologique, d’autant que sa pĂ©dalisation, enveloppante mais aĂ©rĂ©e comme l’exige la partition, caresse l’oreille. Ensuite, dans une partie B, l’air de rien, le rythme s’enrichit :

  • triolets dans une mesure binaire,
  • contretemps et
  • appogiatures mordant sur la mesure pour lancer les temps forts

contribuent à développer le propos. Enfin, dans une brève reprise des deux parties,

  • l’Ă©largissement du spectre des aigus,
  • manière de synthèse et
  • mesure alanguie cĂ©dant au ternaire

enrubannent cette virgule musicale glissĂ©e avec dĂ©licatesse par les doigts d’Irakly Avaliani.

 

 

Le deuxième intermède monte d’un ton et se retrouve en Si bĂ©mol majeur, toujours « grazioso » mais, cette fois, « allegretto ». Ici, le balancement et la fluiditĂ© s’imposent grĂ¢ce

  • au partage des rĂ´les (lead au soprano, accompagnement aux autres voix),
  • Ă  la collaboration entre la pĂ©dale d’alto Ă  contretemps et le swing de la main gauche qu’elle complète, et
  • Ă  l’hĂ©sitation tonale qui lance le morceau sur un F7 et s’amuse ensuite Ă  masquer la dominante de Si bĂ©mol en multipliant les fausses pistes
    • (si et mi naturels,
    • sol dièse / la bĂ©mol,
    • pĂ©dale de sol Ă  la basse laissant croire Ă  une tonalitĂ© de sol mineur).

Dans cet étrange confort inconfortable (confort car très mélodieux, inconfortable car joliment instable), on goûte

  • la finesse du legato,
  • la nettetĂ© de la mĂ©canique au sein de la mesure et
  • l’art d’Irakly Avaliani d’habiter la douceur pianistique en appliquant

    • nuances appropriĂ©es,
    • agogique habile car contenue, et
    • ductilitĂ© des piani, si l’on entend par « ductilité », terme chĂ©ri des critiques musicaux parce que c’est pas très clair ce qu’est-ce que ça veut dire, la capacitĂ© d’une matière Ă  rĂ©sister Ă  l’Ă©tirement, en l’espèce
      • Ă  changer de couleur sans changer de nature,
      • Ă  paraĂ®tre cohĂ©rente sans sembler stagnante, et
      • Ă  garder la douceur d’une surface Ă©tale sans se soustraire au charme des irisations.

Nulle modulation ne parvient Ă  perturber le calme de l’intermède. Mieux, celle qui ouvre la dernière partie semble entretenir cet apaisement joyeux en nourrissant la simplicitĂ© de l’Å“uvre ou, plutĂ´t, la rassĂ©rĂ©nante apparence de simplicitĂ© qui sourd de la maĂ®trise du clavier par l’interprète

  • (Ă©galitĂ© de toucher sur l’ensemble des registres,
  • conception d’ensemble du phrasĂ© et non volontĂ© didactique d’Ă©clairer chaque partie,
  • capacitĂ© presque magique de faire sonner la mĂ©lodie sans Ă©touffer l’accompagnement au swing indispensable).

Or, après quatre pièces bien rangĂ©es (les caprices d’un cĂ´tĂ©, les intermèdes de l’autre), tout s’mĂ©lange pour la seconde mi-temps du match : d’abord un caprice, puis deux intermèdes, et enfin un dernier caprice. Le caprice en do dièse mineur et en 6/8 (Ă  l’heure oĂ¹ nous Ă©crivons ces lignes, la pièce n’est pas disponible sur la play-list YouTube reprenant le disque) est indiquĂ© « agitato, ma non troppo presto ». En effet, c’est bien l’agitation qu’en traduit le pianiste en distinguant

  • le rythme des noires qui guident la ligne mĂ©lodique,
  • le motorisme des croches au grondement chromatique,
  • le groove des basses opposant au ternaire de la main droite le binaire de la main gauche (trois noires Ă  dextre, deux appuis Ă  senestre) et
  • l’aspect tourmentĂ© de la musicalitĂ©
    • (minicrescendi-decrescendi,
    • concentration des registres dans le mĂ©dium grave renforçant l’efficacitĂ© des notes plus aiguĂ«s,
    • surgissement des contretemps « sostenuto » puis des doubles croches Ă  l’alto…).

Tout cela est Ă  la fois

  • très net et pas clair,
  • prĂ©cis et remuant,
  • cadrĂ© et dĂ©bordant,

bref, agité.

  • La colère des octaves graves,
  • le ressassement et la rĂ©pĂ©tition, ainsi que
  • la confrontation des mesures binaires et ternaires

conduisent le morceau à développer vraiment un caractère capricieux qui fait tour à tour

  • tonner,
  • murmurer,
  • tanguer,
  • hĂ©siter,
  • s’Ă©brouer,
  • s’emporter puis
  • exploser (chose rare chez ce musicien !)

le piano. Dans cette atmosphère orageuse, Irakly Avaliani fait valoir

  • son intĂ©rioritĂ© musicale aux piani caractĂ©ristiques,
  • son intĂ©gritĂ© interprĂ©tative privilĂ©giant la lettre de la partition Ă  sa rĂ©interprĂ©tation sous couvert d’Ă©motion artistique, et
  • la soliditĂ© de sa vision musicale qui lui permet de dessiner une continuitĂ© derrière la rhapsodie sans Ă©craser les contrastes.

 

 

L’intermezzo en La, « andante con moto » comme la quatrième ballade, est affichĂ© Ă  2/4 mais prolonge la tension prĂ©cĂ©dente entre trois temps et deux fois un temps et demi. Cette fois, Johannes Brahms associe

  • le 6/8 des triolets au 4/8 de la basse, puis
  • le 3/4 de la main droite au 2/4 de la main gauche, et enfin
  • un peu des deux modèles ensemble, sinon, c’eĂ»t Ă©tĂ© trop simple.

Les reprises permettent de se goberger

  • de l’Ă©trange balancement,
  • du rythme volontiers dissociĂ©,
  • de l’association entre clartĂ© de l’articulation et onctuositĂ© de la pĂ©dalisation, ainsi que
  • du spectre des nuances allant du piano au mezzo forte.

La modulation en fa dièse mineur poursuit cette association entre binaire et ternaire jusqu’Ă  ce que la reprise sans transition du motif liminaire nous ramène

  • au soleil du majeur,
  • aux irisations du chromatisme grave et
  • aux mystères d’un apaisement sous forme de rĂ©solution que l’on doit appeler sĂ©rĂ©nitĂ©…

et que la coda et sa fin brève ne sous-titreront pas. Le binĂ´me qui clĂ´t, comme la Veuve ou presque, l’opus 76 de Johannes Brahms est constituĂ© d’un intermède et un caprice. Le premier nommĂ© n’est certes pas une mince affaire Ă  jouer puisqu’il est « moderato » et « semplice ». A priori,

  • peu de virtuositĂ© surhumaine Ă  attendre,
  • peu d’effets wow soufflants Ă  craindre pour les permanentes violettes des mamies de cinquante ans Ă©mues car elles viennent d’apprendre que l’adjointe Ă  la culture et aux finances de madame la maire est elle aussi prĂ©sente dans la salle des fĂªtes du casino (si, c’est celle qui nous a serrĂ© la main, l’autre jour,
  • peu de traits mitraillettes qui font s’entreregarder les spectateurs sur l’air du « mazette ! le zigue l’a bien descendu ».

 

 

MĂªme la tonalitĂ© de la mineur est accessible au premier amateur de lignes de gling et de glang, c’est dire… Pour capter les brava du mĂ©lomane, il va donc falloir chercher ailleurs, respectant ainsi la division schĂ©matique du recueil entre intermèdes plutĂ´t paisibles et caprices potentiellement survoltĂ©s. Le prĂ©lude annonce un esprit balancĂ©

  • (demi-mesure pour commencer qui lance le propos,
  • rythme pointĂ©,
  • contre-temps)

que ne contredit pas le premier motif, tout en lui ajoutant une autre caractĂ©ristique : la rĂ©pĂ©tition entĂªtante. La tentation d’un Ă©cart

  • (modulation,
  • marche chromatique descendante,
  • dilatation de la mesure qui passe de C barrĂ© Ă  3/2)

fait presque trembler le bourgeois Ă  lorgnon qui sommeille en nous et se rĂ©veille parfois, mais il peut retourner ronfler car force reste Ă  l’ordre qui se rĂ©tablit – la reprise est donc moins inquiĂ©tante pour les amateurs

  • de la rigueur,
  • des rangs d’oignon et
  • de la paix des mĂ©nages.

Irakly Avaliani parvient nĂ©anmoins Ă  captiver l’oreille en sachant Ă©clairer l’intermède avec

  • un phrasĂ© subtil,
  • une note lĂ©gèrement plus sonore,
  • une respiration sciemment un rien trop longue

que compense une parfaite maĂ®trise du tempo par ailleurs. La coda confirme le charme d’une Å“uvre associant

  • plaisir presque lascif du swing,
  • gourmandise rĂ©gressive de la rĂ©pĂ©tition et
  • gracilitĂ© juvĂ©nile des nuances mĂ©dianes

au pays desquelles l’interprète a sans doute Ă©tĂ© promu citoyen d’honneur.

 

 

« Grazioso ed un poco vivace », le caprice final risque une mesure Ă  6/4 et une Ă©criture opposant deux dĂ©biteuses de croches : la main gauche et la main droite. Johannes Brahms s’empare du ternaire non point pour bercer l’auditeur mais pour le secouer.

  • Suspensions,
  • relances pointĂ©es,
  • accents sur les temps faibles et
  • escamotage des premiers temps grĂ¢ce aux notes liĂ©es

figurent manière de halètement et permettent Ă  l’interprète de nous saisir dans ses rets avec une efficacitĂ© digne d’un pĂªcheur de haute volĂ©e.

  • MĂ©lodie en pointillĂ©s,
  • riche instabilitĂ© harmonique et
  • contrastes d’intensitĂ©

construisent le mystère captivant de cette course-poursuite moins vertigineuse que vaguement inquiétante.

  • L’Ă©largissement des registres convoquĂ©s,
  • les accĂ©lĂ©rations
    • (densification du nombre de notes par mesure,
    • accords de dm7 traversant le clavier vers le grave,
    • tempo hĂ¢tĂ© sous l’effet d’un moment « appassionato »…) et
  • les choix de nuances, portĂ©s par de grands crescendi et decrescendi et par des piani subito

font bouillonner le clavier. NĂ©anmoins, le petit plus avalianique pourrait bien rĂ©sider dans sa capacitĂ© Ă  Ăªtre chou et chèvre presque simultanĂ©ment. Son jeu sait Ăªtre incandescent puis, comme si de rien n’Ă©tait, s’apaiser et n’Ăªtre plus qu’un peu de vent sur un voile de tulle lĂ©gèrement froissĂ©, Ă  l’instar de ce caprice censĂ© Ăªtre en Ut-mais-c’est-plus-compliquĂ©. De mĂªme, on s’Ă©baubit devant le mĂ©lange entre

  • respect du texte,
  • libertĂ© et
  • musicalitĂ©,

qui sont sans doute trois synonymes ou presque au top niveau de la musique. C’est du moins ce que semble subodorer Irakly Avaliani qui nous propose, pour terminer son premier volume Brahms, les deux rhapsodies opus 79.

 

6.
Deux rhapsodies opus 79

 

Elles auraient dĂ» s’appeler KlavierstĂ¼cke, mais c’Ă©tait compter sans la pression de la dĂ©dicataire Ă  laquelle Johannes Brahms a fini par cĂ©der – l’opus 79 rassemblera donc deux rhapsodies. La première, en si mineur, est annoncĂ©e « agitato » et, en effet, c’est le sentiment que parvient Ă  nous transmettre Irakly Avaliani grĂ¢ce Ă 

  • un tempo sans concession,
  • des accents qui s’assument et
  • une puissance de rebond sur les octaves de la main gauche qui groove grave.

L’interprĂ©tation rĂ©fute cependant l’incandescence univoque.

  • Les modulations,
  • les dĂ©tachĂ©s percutants,
  • les octaves toniques,
  • les effets de pĂ©dalisation,
  • les diffĂ©renciations de nuances voire mĂªme
  • une reprise pas inscrite sur toutes les partitions mais pas moins efficace

Ă©nergisent, et hop, plus qu’ils n’Ă©crasent cette composition bousculante, re-hop. Le pianiste en profite pour investir pleinement le projet a posteriori rhapsodique sans perdre de vue l’exigence liminaire d’agitation jusqu’au mouvement central en Si, « moins agité ».

 

 

  • LĂ©gèretĂ© du bariolage,
  • effervescence des croches et
  • joie des irisations chromatiques

transcendent l’idĂ©e rĂ©ductrice d’une forme sonate dissimulĂ©e (mouvements vif – lent – vif). Le retour de l’agitation initiale n’en est pas moins parfaitement tendue, associant

  • la rĂ©jouissance du dĂ©jĂ -ouĂ¯,
  • la virulence du ressassement et
  • le frottement entre ce dynamisme et le mode mineur qui structure le projet.

Les variations

  • de couleur,
  • de toucher et
  • d’humeur

sont rendues avec

  • fougue,
  • prĂ©cision et
  • inventivitĂ©

par Irakly Avaliani, laissant augurer d’un finale en fanfare avec la seconde rhapsodie, annoncĂ©e « molto passionato » !
« Ultra passionnĂ©, mais pas trop joyeux » : presque tout Brahms ne serait-il pas dans l’indication ouvrant la Rhapsodie en sol mineur ? Officiellement siglĂ© Ă  quatre noires par mesure, la partition donne cependant du grain Ă  moudre Ă  l’interprète en associant ce projet binaire Ă  une rĂ©alitĂ© Ă©galement ternaire avec douze croches par mesure. Irakly Avaliani s’appuie sur cet indice de tourments pour caractĂ©riser les diffĂ©rents moments en choisissant pour chacun

  • le toucher,
  • le phrasĂ© et
  • les nuances

exigés par le premier segment de la rhapsodie. Ainsi résonnent

  • la fermetĂ© sans concession orientant le discours liminaire,
  • les staccati bondissants articulant le dialogue entre les deux mains (octaves mains gauches) et
  • le leagto presque lyrique enveloppĂ© d’un piano subito (octaves main droite).

Johannes Brahms travaille la spĂ©cificitĂ© de chaque registre de l’instrument et secoue ces teintes, y compris en recourant notamment

  • Ă  l’astuce de la reprise qui permet d’offrir un nouveau tour de grand huit Ă  l’auditeur,
  • au plaisir de la modulation tonale et modale et Ă 
  • l’art de l’irisation qui consiste Ă  utiliser un mĂªme motif en le prĂ©sentant diffĂ©remment Ă  la lumière pour en rĂ©vĂ©ler des
    • aspects,
    • couleurs et
    • formes insoupçonnĂ©s.

 

 

Au centre du clavier, un ostinato inquiĂ©tant finit par irriter les deux mains sans provoquer l’explosion attendue (ce qui le rend encore plus inquiĂ©tant). Aussi le compositeur rĂ©expose-t-il le segment premier comme pour y chercher une solution. Cela ne dissout point pour autant l’ostinato, et le piano semble en prendre acte dans une conclusion brève et agacĂ©e.

  • Moins spectaculaire,
  • moins dĂ©monstratif et
  • moins, disons-le, rhapsodique,

ce dernier numĂ©ro de l’opus 79 ? Sans doute, et peut-Ăªtre est-ce la raison pour laquelle Johannes Brahms rechignait Ă  dĂ©signer les deux pièces uniment comme des « rhapsodies ». Irakly Avaliani ne manque pas pour autant de montrer ce qu’un musicien peut faire avec ses petits marteaux :

  • cogner, bien sĂ»r,
  • chanter,
  • questionner,
  • chercher,
  • renoncer,
  • confronter,
  • suspendre,

suscitant des Ă©motions rhapsodiques, elles, chez l’auditeur, parmi lesquelles

  • la surprise,
  • la tension,
  • la sĂ©rĂ©nitĂ©,
  • l’Ă©nergie,
  • la rĂªverie,
  • l’Ă©tonnement et, in fine,
  • le plaisir

qui, comme l’Ă©crivait Claude Debussy et comme nous aimons Ă  le rappeler, devrait Ăªtre, nonobstant certaines dĂ©clarations tourmentĂ©es de grands acteurs du monde musical, l’une des principales finalitĂ©s de la musique. En cela, la seconde rhapsodie est une habile conclusion pour ce disque, paru il y a treize ans, qui nous a captivĂ© de bout en bout !


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