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Le blog de Bertrand Ferrier, page 56

« Patron », Michel Offerlé (Anamosa, 2024)

Manif CGT du 4 février 2021
Manifestation République-Nation, 4 février 2021. Photo : Bertrand Ferrier.

 

De quoi « patron » est-il le nom ? VĂ©nĂ©rĂ© ou honni, le « patron » est le fonds de commerce Ă©ditorial de Michel OfferlĂ©, « sociologue du politique » Ă©mĂ©rite de son Ă©tat. Autant dire que les postures anti, pro, pĂ©ri, qu’inspire ce concept, l’ex-prof les connaĂ®t. C’est l’intĂ©rĂªt essentiel du mini mĂ©mo qu’il signe chez Anamosa (112 p., 9 €). L’opuscule vise moins Ă  dĂ©finir le patronat en gĂ©nĂ©ral et le patron en particulier qu’Ă  cerner la manière dont ils sont dĂ©finis voire, partiellement, perçus. Pour comprendre, explicite-t-il, il faut « pĂ©nĂ©trer dans le mot et dans la caricature » (12). PĂ©nĂ©trer dans le substrat Ă©tymologique conduit Ă  associer la notion de patron avec une « relation d’autoritĂ© impliquant l’obĂ©issance », parfois renforcĂ©e par la religion ou la posture – ainsi des « figures patronales non patronales » (19) comme le grand chef hospitalier ou d’autres symboles de la puissance financière appliquĂ©e Ă  tous les domaines – on pense au « Taulier », ce milliardaire alcoolique aux fines astuces fiscales, dont la mort a longtemps fait les beaux jours de l’Ă©glise de la Madeleine.
La puissance polĂ©mique du terme a contraint les niaiseux Ă  chercher des subterfuges pour mieux enfumer le monde – ainsi du Centre des jeunes patrons devenu le Centre des jeunes dirigeants : fiers d’Ăªtre patrons, mais bon, un peu chocotteux tout de mĂªme… D’autres stratĂ©gies de lutte contre « le stigmate patronal » existent, qui incitent Ă  se dĂ©signer par d’autres voies – chef (d’entreprise), directeur (gĂ©nĂ©ral), capitaine (d’industrie), manager ou l’excellent « entrepreneur », par ex. Ces dĂ©rivĂ©s dĂ©signent un monde qui n’inclut Ă©videmment pas les victimes des patrons, aka autoentrepreneurs bien que, ontologiquement, le mec qui sous-loue son matricule pour que le bobo rĂ©cupère un kebab froid entreposĂ© dans un sac Picard au dos d’un scooter est son propre patron. Le patron a longtemps Ă©tĂ©, par tradition, la manière de dĂ©signer celui qui possède une entreprise. En rĂ©alitĂ©, le rapport entre capital et patronat est ambigu pour plusieurs raisons.

  • Premièrement, en 2020, plus de 4 000 000 d’entreprises Ă©taient immatriculĂ©es en France, mais de nombreux patrons ont de nombreuses entreprises, et les autoentrepreneurs sont souvent des victimes des salarieurs dĂ©guisĂ©s.
  • Deuxièmement, un patron n’est pas un patron-employeur : selon la CPME, « il y aurait 1 900 000 de patrons-employeurs », ce qui exclut dĂ©jĂ  deux millions de candidats au titre prestigieux et maudit.
  • Troisièmement, selon l’INSEE, « 200 000 patrons sont des chefs d’entreprise » (26), ce qui, en divisant le nombre de ce type de patrons par 20, souligne la passionnante fluiditĂ© du concept.

Si, hĂ©ritier d’une mythologie presque dix-neuvièmiste, le zozo taille patron est celui qui possède l’entreprise qu’il dirige, le patron d’aujourd’hui peut Ăªtre Ă©galement le zozo qui se contente de diriger l’entreprise qui l’engage pour cela, bĂ©nĂ©ficiant de « rĂ©munĂ©rations jugĂ©es indĂ©centes » selon le « ratio d’Ă©quité » qui le voit souvent gagner en un jour ce qu’un grouillot qu’il accuse de profiter des avantages sociaux, de ne pas assez travailler et d’Ăªtre toujours en arrĂªt-maladie ou Ă©quivalent touchera en quelques siècles, sans les stock-options et les petits arrangements avec la DGIF. Charge Ă  ce type de patron de travailler son « capital social qui densifie, actualise et actualise » les autres capitaux, Ă©conomique et culturel (31). Mais le patron l’est-il par acquis social ou par fatalitĂ© gĂ©nĂ©tique ? En d’autres termes, « faut-il Ăªtre nĂ© dans une famille d’entrepreneurs pour Ăªtre soi-mĂªme patron ? » (37), interroge Michel OfferlĂ© en feignant de ne pas penser au Mythe de l’entrepreneur d’Anthony Galluzzo – il rĂ©dige un court ouvrage, pas un essai charnu. Aussi Ă©voque-t-il les phĂ©nomènes d’hĂ©ritage, de dĂ©shĂ©ritage, de psychologie made in Challenges (« suis-je fait pour Ăªtre entrepreneur ? ») et de fatalitĂ© raciale (mythe rĂ©volu de l’Arabe du coin, curieusement non remis en cause alors que surannĂ©, et rĂ©alitĂ© du patron de kebab).
Surtout, Michel OfferlĂ© souligne la porositĂ© entre les questions posĂ©es au patron en particulier et au statut du travailleur en gĂ©nĂ©ral. D’un cĂ´tĂ©, les nouvelles dĂ©clinaisons d’une nĂ©buleuse patronale fleurant l’anglicisme, entre

  • starteupeurs,
  • VC et
  • business angels ;

 de l’autre, une nuĂ©e de bullshit jobs oĂ¹ le travail devient « micromission » oĂ¹ l’ultradĂ©pendance hĂ©site Ă  s’appeler indĂ©pendance ou freedom. Le patron, puisque c’est ce qui nous intĂ©resse ici, peut Ăªtre

  • prĂ©sident,
  • DG plus que DJ,
  • hĂ©ritier,
  • Ă©narque,
  • ingĂ©nieur,
  • commercial.

Il est en général

  • cooptĂ©,
  • internationaliste et
  • mĂ¢le cisgenre.

Dans la vie concrète, Ă  un certain stade, il a « plutĂ´t un travail de bureaucrate » et de diplomate (66) Ă©ventuellement rythmĂ© par les voyages en jets. Dans les PME, il dĂ©veloppe une activitĂ© entre « homme-orchestre et chef d’orchestre ». Mais, plus il brasse du lourd, le patron, c’est celui qui « sait faire faire » et celui qui

  • influence en usant de son statut pour brasser de l’air et augmenter sa propre surface mĂ©diatique,
  • s’enivre de quiet politics (78) propices Ă  faire aboutir ses desseins petits ou grands, et
  • recourir Ă  des organisations aux lamento connus, parmi lesquels
    • « Laissez-nous faire,
    • trop de charges,
    • trop d’État,
    • trop de paperasses et de contrĂ´les » (80).

Dans la cité, les patrons « sont majoritairement à droite, voire de droite, et votent à droite » (82). Ils jouent volontiers une improbable carte appelée désintéressement

  • (fondation,
  • mĂ©cĂ©nat,
  • sponsoring local)

qui n’est rien d’autre qu’un mĂ©lange de publicitĂ© Ă  vocation fiscale et de rançon payĂ©e Ă  l’acceptabilitĂ© plus ou moins locale. Autant dire que les patrons sont des composants parfois grossièrement implicitĂ©s mais pas moins essentiels de la politique en gĂ©nĂ©ral et de la politique Ă©conomique donc aussi culturelle en particulier. Ă€ l’instar d’un BenoĂ®t Bazin, DG de Saint-Gobain, alignant un temps plus de 6 millions d’euros de revenus par an selon des sources comme celle-ci, les patrons sont des gens qui ont le sans-gĂªne dĂ©complexĂ© permettant de signaler, du haut de leurs palaces, qu’ils n’aiment pas « les discriminations sociales » ou « le manque de reconnaissance pour les enseignants ». Et sans faire bravo des fesses, Ă©videmment, c’est lĂ  toute la performance.
En conclusion, si le patron reste un concept souvent raillĂ© par les dĂ©fenseurs desdits patrons (lesquels ont Ă©videmment les moyens de s’en payer…), les gros et gras patrons sont surtout, par essence,

  • des pollueurs (plus de 10 000 tonnes de CO2 pour Bernard Arnault en 2018, soit dix fois plus qu’un clampin hexagonal moyen),
  • des empoisonneurs et
  • des exploiteurs.

On peut toujours chercher dans la sociologie une Ă©chappatoire Ă  l’Ă©vidence et Ă  la rage qu’elle suscite lĂ©gitimement ou devrait susciter. On peut mĂªme commencer – comme c’est le cas ici – un livre sur le patronat par « merci » et le finir par « rĂªver », on ne risque pas de trouver une lĂ©gitimation aux mĂ©faits d’une figure moins stĂ©rĂ©otypĂ©e qu’il n’y paraĂ®t et contre laquelle il serait heureux que quelque chose se grippĂ¢t.

 

Verena Tönjes et Daria Tudor, « Songs of the clown » (Solo musica) – 4/6

Première du disque

 

Un rĂ©cital fomentĂ© autour de compositeurs peu connus n’est pas tenu pour autant d’exclure les stars de sa discipline ! Verena Tönjes et Daria Tudor l’assument en glissant le « Klops-Lied » (« chanson des boulettes de viande ») de Kurt Weill dans sa set-list. Originellement Ă©crite vers 1927 pour voix, deux piccolos et basson, autour d’un texte « traditionnel berlinois » dont le sens est rĂ©servĂ© aux germanophones, la pièce assume pleinement son ADN canaille et cabaret.

  • L’arrangement valorise la fringante tonicitĂ© du piano,
  • la voix reporte son expressivitĂ© dans
    • le dĂ©trempage,
    • les inflexions,
    • la gestion du son et
    • l’Ă©talonnage des intensitĂ©s, tandis que
  • les breaks animent sans relĂ¢che la miniature jusqu’Ă  l’ultime suspension.

S’ensuit « Ich bin so unmusukalisch », un air dont le texte (incomprĂ©hensible pour nous, donc) a Ă©tĂ© coĂ©crit avec Erich Meder par le compositeur Alexander Steinbrecher. GrĂ¢ce Ă  un contraste saisissant, l’Å“uvre introduit un peu d’comĂ©die musicale jazzy dans le tour de chant. Le jeu sur

  • la justesse,
  • le swing et
  • les couleurs de la voix

est merveilleusement servi par

  • l’Ă©criture parfaite d’efficacitĂ©,
  • la souplesse de l’incarnation dont tĂ©moigne Verena Tönjes, et
  • l’excellence tant technique que musicale de Daria Tudor.

 

 

On retrouve alors deux Nonsense Rhymes and Pictures op. 42 de Margaret Ruthven Lang. Après « The young lady of Lucca », « The lady of Riga », connu pour avoir Ă©tĂ© recueilli par William S. Baring-Gould, raconte l’histoire de cette nĂ©nette de Riga qui, tout sourire, chevauchait un tigre ; quand ils reviennent de balade, la nana est Ă  l’intĂ©rieur, et c’est le tigre qui sourit. L’introduction pianistique dure la moitiĂ© de la miniature, prĂ©figurant les deux mi-temps du rĂ©cit. Margaret Ruthven Lang n’hĂ©site pas Ă  renforcer la dimension drolatiquement dramatique en envoyant Verena Tönjes plonger dans les trĂ©fonds de son mezzo (« with the lady insiiiiiiiide ») jusqu’aux Ă©clats de son soprano (« on the face of the tigeeeeeeeer »).
Si cette juste vengeance de la faune sauvage n’a pas fait sourire l’auditeur, il y a peu de chance que l’histoire du vieil homme du cap Horn (l
e limerick suivant, signé Edward Lear)

  • ne dĂ©ride son visage,
  • n’active ses zygomatiques, voire
  • ne le pousse Ă  pouffer, et non l’inverse.

Le thrill est simple : le vieux aurait aimĂ© ne pas Ăªtre nĂ©. Donc il s’asseoit et finit par mourir de dĂ©sespoir.

  • Musique funèbre,
  • ton dĂ©clamatoire,
  • accompagnement sobre,
  • miniature resserrĂ©e :

tout se passe comme si, loin de se gausser du personnage, la compositrice nous incitait Ă  y reconnaĂ®tre ou une part de nous-mĂªme, ou une image de la sagesse. C’est alors que les musiciennes nous invitent Ă  basculer du cĂ´tĂ© officiel de la clownerie avec une chanson d’Ethel Smyth, dĂ©sormais plus cĂ©lèbre pour avoir Ă©tĂ© une suffragette enragĂ©e que pour avoir Ăªtre la première compositrice Ă  voir l’un de ses opĂ©ras jouĂ© au Met. Nous basculerons avec elle dans la dimension clownesque de ce monde Ă  l’occasion de la prochaine notule sur ce disque, nous rĂ©jouissant Ă  l’avance de poursuivre l’exploration d’un rĂ©pertoire chamarrĂ© et palpitant tant par la qualitĂ© de son contenu que par l’agencement des dĂ©couvertes qu’il nous propose.


Pour acheter le disque, c’est par exemple ici.
Pour retrouver les chroniques précédentes, cliquer sur 1, 2 ou 3.

 

Balmino, « Les saisons Ă  l’envers » – 1/2

Avec un pastel de Rozenn Douerin (détail)

 

Alors que les Victoires de la Musique s’apprĂªtent Ă  nous rappeler Ă  quel point la chanson française

  • officielle,
  • validĂ©e,
  • subventionnĂ©e et
  • primĂ©e

n’est plus, pour l’essentiel, qu’un Ă©trange conglomĂ©rat fonctionnant en circuit vaseux pour produire un gros tas

  • de dĂ©bilitĂ© putrĂ©fiante,
  • de nullitĂ© effarante et
  • d’insultes assumĂ©es Ă  ceux qui ne logent pas leur cerveau que dans leurs chaussettes, selon l’expression de Reinhard-Frederik Mey, ou dans les avis de « critiques » tĂ©lĂ©ramo-radio-francesques, donc de rĂ©pĂ©teurs de communiquĂ©s de presse aimant Ă  interviouver les artisss dans les bars des palaces parisiens,

il est heureux que des chanteurs dĂ©jĂ  blanchis sous le harnais de la scène et du disque poursuivent leur chemin en empruntant les sentiers du crowdfunding et de la fière indĂ©pendance qui, s’ils sont parfois empruntĂ©s par des autoproclamĂ©s artistes sans

  • personnalitĂ©,
  • savoir-faire ni
  • talent,

sont devenus des passages presque obligĂ©s pour des fredonneurs Ă  l’audience certes plus confidentielle que les vedettes en plastique, mais aux productions incomparablement plus

  • vibrantes,
  • stimulantes et
  • requinquantes

pour celui qui aime la chanson avec

  • du texte,
  • de la musique et
  • du vivant.

D’oĂ¹ notre plaisir de recevoir le nouveau disque de Balmino, Les Saisons Ă  l’envers, rĂ©alisĂ© par Julien Jussey – un disque Ă  l’ancienne avec, Ă´ joie ! paroles dans le livret (qui aurait certes gagnĂ© Ă  Ăªtre relu plus attentivement), ce qui inscrit le travail dans

  • une tradition honorable,
  • le respect de l’auditeur et
  • une logique justifiant pour partie le disque physique (la prĂ©sence d’une traduction pouvant par exemple çà faire goĂ»ter un passage en langue africaine pour ce qu’il signifie et non seulement pour l’exotisme qu’il Ă©voque au non-initiĂ©).

Ă€ peine la galette insĂ©rĂ©e dans notre mange-disque prĂ©fĂ©rĂ©, on est heureux d’avoir modestement participĂ© Ă  l’aventure qui a conduit Ă  l’enregistrement de ce projet. Il y a du Bertrand Cantat dans la rugositĂ© de la voix plus diseuse que chantante qui nous accueille Ă  l’orĂ©e du bilingue « N de l’amour ». Durant plus de six minutes, Balmino – guitariste autodidacte revendiquĂ©, jadis chanteur de Khaban devenu acteur – installe dans sa chanson un système de rĂ©sonances faisant Ă©cho Ă 

  • un sentiment,
  • un vĂ©cu,
  • une disparition.

On y goûte

  • le temps laissĂ© au temps et Ă  la part musicale de la chanson,
  • les astuces grĂ¢ce auxquelles le chanteur-auteur-compositeur s’approprie l’idĂ©e que le temps gagnĂ© comme le temps perdu se disloque mais ne revient jamais
    • (durĂ©e,
    • dĂ©lais,
    • Ă©chos,
    • floutages,
    • coda sciemment trop longue oĂ¹ le langage disparaĂ®t…), et
  • cette dĂ©licatesse avec laquelle l’ACI
    • Ă©voque sans raconter,
    • esquisse sans vraiment chanter,
    • expose sans, et c’est heureux, en dire assez.

« Ce qu’il entend n’a pas de prix » revendique une esthĂ©tique très diffĂ©rente, lorgnant cette fois du cĂ´tĂ© de la pop avec programmation et sons saturĂ©s, glissants, frisant la signature Indochine new gen. La voix prend ses quartiers au pays d’une raucitĂ© proche, par certaines inflexions, d’un certain Bernard Lavilliers. Nicolas Moumbounou apporte pour sa part un Ă©cho bilingue pour Ă©voquer l’exil des Congolais. Le texte francophone creuse la veine habile qui consiste Ă  susciter des images en Ă©vitant d’expliciter ; et la construction de la chanson est assez riche pour garder Ă  la fois l’Ă©nergie de la variĂ©tĂ© et l’art de la longue coda rĂ©pĂ©tant en boucle le titre mystĂ©rieux de la chanson.
« Du bout de quel silence », musiqué par Nicolas Mondon, contraste à nouveau en revendiquant la simplicité

  • de la percussivitĂ© du piano,
  • de la cyclicitĂ© de la grille et
  • de la proximitĂ© des parophonies (« raffut » suscitant « rafiot », « quel bĂ¢bord » entraĂ®nant « quel d’abord », etc.)

pour Ă©voquer Ă  demi-mots le tourbillon de l’amour. La voix

  • dit,
  • feule,
  • traĂ®ne,
  • crie.

La longue coda Ă©vite le solo brillant d’une gratte dĂ©chirante qu’exigerait le stĂ©rĂ©otype. Pourtant, la musique

  • respire,
  • se dĂ©ploie et
  • se prolonge.

Efficace et convaincant. « Ni le vent moqueur » tourne casaque une fois de plus en partant sur une ambiance latine volontiers acoustique. Derrière ses

  • balancements rythmiques,
  • maracas Ă©vocatrices et
  • mĂ©lismes vocaux frisant la marque de fabrique de StĂ©phane Eicher,

la chanson

  • s’affiche dans une structure conventionnelle (C / C / R / C / R),
  • s’habille d’un ensemble de cordes habilement arrangĂ© par le maĂ®tre d’Å“uvre,
  • festonne autour d’un texte qui aurait assurĂ©ment inspirĂ© un Alain Bashung (« si je glisse ta KĂ©tamine dans mon tajine / je finirai compressĂ© au bout du rouleau sans printemps »).

Aux esgourdes d’un auditeur droguĂ© Ă  la chanson Rive gauche depuis environ mille ans, cette libertĂ© verbale revendiquĂ©e pourrait passer pour un signe escagassant de facilitĂ© niaiseuse. En rĂ©alitĂ©, Balmino parvient Ă  tisser

  • des ambiguĂ¯tĂ©s,
  • des frictions,
  • des harmoniques

qui, sans « faire sens » de manière univoque, comme l’espèrerait presque le narrateur de la chanson, savent Ăªtre

  • charmeuses,
  • intrigantes et
  • en cohĂ©rence avec l’atmosphère
    • globale, nĂ©anmoins
    • polymorphe et
    • riche de secousses

du disque, Ă©voquant ainsi, toutes proportions gardĂ©es, les presque rĂ©centes rĂ©ussites d’un JP Morgan. Bref, pour l’instant, c’est vachement bien. Voici donc venu le moment de faire une pause afin d’installer un suspense un peu foufou avant notre prochaine chronique sur le sujet, en espĂ©rant que ce teasing ne fasse pas plouf : la seconde partie du disque est-elle de la mĂªme eau ?


On pourra retrouver l’artiste en trio Ă  la Maison pour tous des Rancy (Lyon 3), le 23 janvier, Ă  20 h 30.

 

Irakly Avaliani, Intégrale Brahms volume 2 (L’art du toucher) – 4/4

Quatrième de l’Ă©dition originale

 

C’est une Ă©trangetĂ© dont on ne doute pas qu’elle a fait sourire l’interprète : terminer le volume consacrĂ© aux intermezzi par une rhapsodie. Cependant, force est de reconnaĂ®tre que le genre peu codifiĂ© qu’est l’intermède constitue l’essentiel du dernier opus exclusivement pianistique de Johannes Brahms, les Quatre pièces pour piano op. 119, composĂ©es en 1893 et prĂ©sentĂ©es par leur crĂ©ateur comme les « berceuses de [s]a souffrance ».
L’intermède en si mineur est un adagio ternaire dont Irakly Avaliani rend

  • la dĂ©licatesse,
  • les grĂ¢ces chromatiques et
  • le charme particulier qu’offrent les nuances douces.

Une envie de sortir de ce carcan rĂ©signĂ© s’exprime par

  • l’utilisation d’octaves,
  • l’ouverture au forte, et
  • l’emballement des triolets de la main gauche,

mais le retour du thème liminaire que mĂªme les triolets attirent irrĂ©sistiblement vers le grave dissipe le suspense. MĂªme le bruit parasite captĂ© Ă  3’30 ne peut dissiper la fĂ©rocitĂ© tragique de cette chape – fĂ»t-elle de plumes – posĂ©e sur notre existence.

 

 

L’intermède en mi (toujours) mineur est un andantino un poco agitato (toujours) ternaire. Entre l’oscillation rythmique et le choix du mode, la palette semble clairement dĂ©finie. Comme on dit en musicologie, je crois, on ne devrait pas mourir de rire. Pourtant, frappent d’emblĂ©e

  • la tonicitĂ© des intervalles rĂ©pĂ©tĂ©s,
  • la libertĂ© associant rigueur et suspension de la dictature mĂ©tronomique, ainsi que
  • l’aspiration commune Ă  l’aĂ©rien qu’Ă©voquent les Ă©changes entre les deux mains.

Le segment suivant ajoute du ternaire au ternaire en laissant filer des triolets pour enrichir le thème premier. Dans ces mesures officieusement Ă  9/8, Irakly Avaliani substitue l’insaisissabilitĂ© de l’Ă©lĂ©ment liquide au rĂªve aĂ©rien susmentionnĂ© avant de se tourner vers la gravitĂ© tellurique pour le troisième segment. Profonde, ancrĂ©e dans l’Ă©lĂ©ment terrestre, gronde la basse. Pourtant, le premier motif, modifiĂ©, revienne comme si rien ou presque ne s’Ă©tait passĂ© – Ă©voquant, peut-Ăªtre, le peu de prise que nous avons sur les mutations de l’existence ou notre incapacitĂ© Ă  saisir la globalitĂ© du tableau oĂ¹ nous Ă©voluons, un Ă©vĂ©nement en chassant un autre sans que nous n’en tirions les consĂ©quences.
C’est alors qu’un ritendo paraĂ®t mimer la dĂ©couverte d’une autre perspective, et nous voici dans un Andante grazioso en Mi, majeur, cette fois.

  • Balancement des arpèges graves ascendants et du rythme pointĂ©,
  • nettetĂ© de la complĂ©mentaritĂ© entre mĂ©lodie et accompagnement, et
  • usage malin d’outils interprĂ©tatifs qui donnent sens et chair Ă  une partition
    • (pĂ©dalisation,
    • phrasĂ©s,
    • nuances,
    • agogique, etc.)

glissent un soleil « doux et tendre » dans les oreilles de l’auditeur. HĂ©las, ce qui aurait pu finir dans la lumière retrouve en concentrĂ© la première partie mineure. On en perçoit avec densitĂ©

  • les tensions,
  • les « silences inquiĂ©tants qui prĂ©cèdent les rĂªves » dont parlait le philosophe musicologue Jean-Jacques Goldman, et
  • cette expression musicale d’une forme de « vanitas, vanitatum et omnia vanitas » que l’on croit deviner en constatant que les emportements forte finissent toujours par s’engoncer dans le pianissimo,

la coda majeure semblant résigner à ne considérer la joie que comme un souvenir révolu.

 

 

Son dernier intermède, très court, Johannes Brahms l’a Ă©crit en Ut (majeur, cette fois, mais toujours ternaire) et l’a voulu « grazioso e giocoso ». Presque incongru dans la pĂ©nombre qui nimbait jusqu’Ă  prĂ©sent le cycle, cette fĂªte pĂ©tillante n’en a pas moins sa face obscure que laissent subodorer

  • la cyclicitĂ© de l’Ă©criture, certes joyeuse mais pouvant aussi Ă©voquer la vanitĂ© du recommencement, nous ramenant toujours au mĂªme point,
  • l’Ă©noncĂ© de la mĂ©lodie (presque) systĂ©matiquement accompagnĂ©e d’accords, l’harmonie empĂªchant alors sciemment la ligne supĂ©rieure de s’envoler en libertĂ©, et
  • des modulations entraĂ®nant l’Å“uvre sur des voies bien plus rocailleuses et chaotiques que ne l’annonçaient les premières mesures.

Le finale tente de clore l’affaire avec brio, et il le fait. NĂ©anmoins, comme pour l’intermède en mi mineur, demeure un soupçon d’aciditĂ© dans l’affirmation positive qui conclut cet intermède ultime. Irakly Avaliani se rĂ©vèle très convaincant dans sa manière de restituer les deux aspects – parfois sĂ©parĂ©s, parfois contaminĂ©s l’un par l’autre – de la pièce.
Le dernier numĂ©ro du recueil est une double exception : c’est une rhapsodie (en Mi bĂ©mol) et un morceau binaire notĂ© « Allegro risoluto ». Et, pour Ăªtre rĂ©solu, il est rĂ©solu, l’allegro que plaque le musicien.

  • Valorisation de la ligne mĂ©lodique,
  • clartĂ© de l’harmonisation Ă  main droite, et
  • bondissements des octaves Ă  main gauche

Ă©lectrisent l’incipit.

 

 

  • De grands mouvements de nuances,
  • des fulgurances digitales, et
  • un plaisir patent de broyer de l’ivoire après avoir essentiellement caressĂ© le clavier lors des trois premières pièces

Une transition en fade out conduit Ă  un passage oĂ¹

  • structure binaire et triolets de croches,
  • tonalitĂ© et
  • caractère

semblent hĂ©siter, prĂ©parant avec rouerie l’arrivĂ©e du passage en La bĂ©mol par un accord de cette tonalitĂ© mais avec une base de mi bĂ©mol, tonalitĂ© que nous quittons. Cet art de l’oscillation ajoute au charme de la rhapsodie, consistant Ă  coller entre eux des segments plus ou moins divers et plus ou moins fondus les uns dans les autres. Ici, la gravitĂ© conduit Ă  un grazioso

  • qui suspend dans des blanches dolce la lĂ©gèretĂ© apparente
    • (nuance piano,
    • octaves arpĂ©gĂ©es,
    • appogiatures),
  • dont le crescendo aboutit souvent Ă  un piano feutrĂ©, chanson dĂ©sormais connue, et
  • dont la tranquillitĂ© tonale finit Ă  son tour par se brouiller pour permuter en ut mineur.

 

 

Avec un art qui efface une performance technique d’une grande habiletĂ©, Irakly Avaliani conduit cette partition prenante avec la fausse naĂ¯vetĂ© de celui qui ne saurait pas ce qui va se passer… mais qui en sait assez pour faire rĂ©sonner plus prĂ©cisĂ©ment

  • la note,
  • l’harmonie ou
  • le silence

qui fait pivot. Or, voici que

  • les triolets reviennent se frotter au binaire ;
  • les paluches du musicien investissent Ă  nouveau l’ensemble des registres de l’instrument ;
  • le crescendo tonique accouche une fois de plus non pas d’une souris (dommage, c’est mignon, une souris, un lapin aussi, c’est mignon, soit, reste qu’une souris, ça a aussi un sacrĂ© charme) mais d’un pianissimo sautillant au point de se passer totalement de pĂ©dale de sustain.

Chemin faisant, comme on se rĂ©jouit d’ouĂ¯r une voix particulièrement sapide, l’auditeur s’Ă©baubit d’un toucher habile Ă  narrer en Ă©tant tour Ă  tour

  • Ă©gal,
  • transitionnel et
  • dĂ©cidĂ©.

La synthèse des motifs caractĂ©ristiques de l’Å“uvre signale l’arrivĂ©e d’une coda puissante, entre

  • ternaire et binaire,
  • majeur et mineur (anti-tierce picarde, nous voici !),
  • triomphe et inquiĂ©tude.

Voici donc la conclusion magistrale d’une lecture des KlavierstĂ¼cke

  • attentive au texte mais pas didactique,
  • personnelle mais pas extravagante,
  • savante mais jamais froide.

De la belle et bonne musique joliment propulsĂ©e, et que l’on peut Ă©couter intĂ©gralement en cliquant sur cet hyperlien.


Retrouver les précédents épisodes ?
Ici, l’opus 116.
Là, l’opus 117.
Et re-lĂ , mais pas le mĂªme, l’
opus 118.

 

Yury Revich, « Beyond the Seasons », Salle Cortot, 10 janvier 2025 – 2/2

Yuri Revich et Guillaume Vincent Ă  la salle Cortot (Paris 8), le 10 janvier 2025. Photo : Rozenn Douerin.

 

Après les deux premières surprises mĂ©nagĂ©es par la première partie, la seconde mi-temps du concert parisien de Yuri Revich en propose d’emblĂ©e deux nouvelles. D’une part, pas d’entracte, la demi-heure de retard liminaire ayant sans doute contraint Ă  cette accĂ©lĂ©ration. Ensuite, point de Premier prĂ©lude de Yuri Revich pour lancer le bal, mais la Pavane de Gabriel FaurĂ©. On y apprĂ©cie

  • l’allant et la nettetĂ© du piano, derrière lequel se trouve cette fois Guillaume Vincent,
  • la chaleur et la polymorphie sonore du violon, ainsi que
  • l’Ă©trangetĂ© de l’idĂ©e qui consiste Ă  ajouter une danseuse – en l’espèce Audrey Freeman – au duo,

mĂªme si l’intĂ©rĂªt de l’initiative nous Ă©chappe, les mouvements gracieux de la svelte dame ayant plutĂ´t tendance Ă  nous distraire de la musique qu’Ă  nous Ă©baubir. PlacĂ© en sandwich, le Premier prĂ©lude de Yuri Revich, originellement pour violon et orchestre, n’est donc plus un prĂ©lude, mais un interlude. C’est curieux car il assume son titre avec une mise en place progressive de la dynamique musicale. BientĂ´t, il prend la bretelle qui conduit Ă  l’autoroute du motorisme et, selon la stratĂ©gie coutumière au violoniste, fait permuter les rĂ´les du soliste et de l’accompagnement. Des attaques de virtuositĂ© visant Ă  produire de grands effets secouent la cellule matricielle rĂ©pĂ©tĂ©e Ă  l’envi.
Après que le soliste a causĂ© en anglais (propos Ă  peu près inintelligibles quand on a posĂ© ses fesses au balcon), voici les dernières saisons de la soirĂ©e : les Estaciones porteñas d’Astor Piazzolla. Dès l’Ă©tĂ©, mouvement composĂ© en 1965 (contrairement aux autres, datant de 1969-1970) pour un tout autre propos, le compositeur et ses porte-voix – violon, violoncelle, piano – nous partagent une partition brillante oĂ¹ le rythme s’enrichit de multiples possibles :

  • accents,
  • contrastes,
  • diffĂ©renciation des attaques et
  • Ă©nergie des contretemps.

En contrepoint, le lyrisme fait assaut de ses charmes, auxquels Krzystof Michalski ajoutent ceux d’un violoncelle affriolant :

  • tenues langoureuses,
  • savoureux effets d’attente,
  • suspensions prĂ©cieuses.

Bien qu’il n’ait Ă©tĂ© formĂ© que quelques jours auparavant, le trio parvient Ă  dĂ©montrer une riche expressivitĂ© musicale, grĂ¢ce Ă  son sens

  • du tempo,
  • du phrasĂ©,
  • de la nuance et
  • de l’Ă©coute rĂ©ciproque.

 

Audrey Freeman, Yuri Revich, Krzysztof Michalski et Tristan Pfaff Ă  la salle Cortot (Paris 8), le 10 janvier 2025. Photo : Rozenn Douerin.

 

SaluĂ©s par des applaudissements inopportuns mais enthousiastes, Yuri Revich et ses comparses attaquent l’automne en confirmant leur patent dĂ©sir de faire musique ensemble.

  • Le violoncelle donne aux sanglots longs de la saison sa langueur Ă  la fois monotone et particulière ;
  • le solo du violon en dĂ©voile quelques mystères supplĂ©mentaires ; et
  • le piano apporte sa pulsation, implacable mais mutante.

Pendant les applaudissements, Chouchou, la jeune Antillaise traĂ®nĂ©e ici par un presque vieux qui nous jouxte, dĂ©croche dĂ©finitivement – ils avaient prĂ©vu de s’esquiver Ă  l’entracte. Buenos Aires, c’est pas son truc. Heureusement, ses SMS et ses messages WhatsApp la captivent totalement au moment oĂ¹, sur scène, Guillaume Vincent s’empare d’un solo de piano

  • habilement pĂ©dalisĂ©,
  • nuancĂ© et
  • posĂ©.

La rĂ©ponse du violon sait allier dĂ©licatesse et rigueur, tandis qu’une marche harmonique descendante donne presque un faux air de « Folia » Ă  la coda. De son cĂ´tĂ© Chouchou suçote bruyamment des bonbons en secouant son sac Ă  main. Encore heureux qu’elle n’a plus qu’une saison Ă  subir ! Le printemps fait fleurir dans la partition

  • Ă©nergie,
  • permutations rythmiques et
  • changements d’atmosphère.

On y goûte

  • çà un solo de violoncelle accompagnĂ© par le piano,
  • lĂ  une reprise du thème ornĂ© par le violon et, pour finir,
  • un regain de vivacitĂ© qui permet Ă  Yuri Revich de mettre de la pĂ©tillance dans les yeux de ses fans.

Chouchou et son monsieur s’empressent de dĂ©carrer avant le encore pourtant gĂ©nĂ©reux qu’offrent Yuri Revich et Guillaume Vincent. La rhapsodie sur les grands airs de Carmen permet d’apprĂ©cier une dernière fois la virtuositĂ© impressionnante de la vedette et l’Ă©lĂ©gance assurĂ©e du piano de Guillaume Vincent. Le triomphe que fait aux artistes la salle pleine (moins Chouchou et son presque vieux, donc) tĂ©moigne de l’efficacitĂ© du projet Revich !

 

Verena Tönjes et Daria Tudor, « Songs of the clown » (Solo musica) – 3/6

Première du disque

 

De l’intrigant, du mystĂ©rieux, de l’amusant, soit ; en revanche, rien de difficile Ă  raconter

  • le plaisir,
  • la surprise ou
  • le saisissement

que l’on Ă©prouve Ă  Ă©couter telle Å“uvre ou tel interprète. Toutefois, il peut y avoir quelque chose de frustrant Ă  devoir se contenter d’un survol faute de disposer d’Ă©lĂ©ments indispensables pour savourer pleinement la musique. En l’espèce, goĂ»ter la mise en mĂ©lodie des poèmes d’Ursel Renate Hirt par Eduard KĂ¼nneke aurait assurĂ©ment eu plus de sens si nous avions eu accès aux textes avec leur traduction. HĂ©las, Solo musica nous prive de ce plaisir, et une rapide sĂ©ance de seurfe – le projet est glamour, mais Dieu que le mot est vilain – sur Internet ne nous a pas permis d’assouvir notre curiositĂ©. Nous rendrons donc compte de cette dĂ©couverte Ă  l’aveugle mais pas Ă  la sourde.
Les Pierrot-Lieder s’ouvrent par « Pierrots Brief ». Sur un joli balancement du piano, la voix de Venera Tönjes trouve une expressivitĂ© qui fait son miel d’une Ă©criture attentive aux variations

  • de registre,
  • d’intensitĂ© et
  • de degrĂ©s de tension.

La science

  • de la mĂ©lodie,
  • de l’harmonisation et
  • de l’Ă©criture vocale (le compositeur a notamment signĂ© moult opĂ©ras, opĂ©rettes et singspiele)

que possède Eduard KĂ¼nneke achève de sĂ©duire dès le premier numĂ©ro. « Pierrot denkt nach » semble suspendre le rĂ©cit sur un ton mĂ©lancolique.

  • MĂ©lismes,
  • simplicitĂ© apparente de l’accompagnement et
  • droiture du souffle

caractérisent la première partie, mais le compositeur ne se prive pas de secouer cette torpeur délicieuse avec subtilité.

  • Modulations,
  • contrechant cyclique,
  • large spectre de nuances :

tout sĂ©duit. « Pierrots Liebesschmerzen » est le plus long des cinq lieder semble narrer l’insaisissabilitĂ© de l’amour, bonheur profond parfois et, parfois itou, douleur structurelle. L’oscillation entre les deux pĂ´les est superbement rendue par

  • la prĂ©cision,
  • la diversitĂ© et
  • l’assurance

des touchers de Daria Tudor. La cantatrice ne s’en laisse pas remonter. On se laisse volontiers envoĂ»tĂ© par sa voix

  • colorĂ©e,
  • polymorphe et
  • riche dans l’ensemble des registres sollicitĂ©s.

L’Ă©criture Ă©blouit. Sous la plume d’Eduard KĂ¼nneke, le piano sait Ăªtre

  • soutien utile,
  • acteur des mutations et
  • amplificateur d’Ă©motions.

La voix

  • se dĂ©ploie ici,
  • se fragmente çà et
  • se pose lĂ .

Brillant. Pour « messieurs et mesdames » (en français dans le texte…), « Pierrots Spiel » semble revendiquer le jeu du titre comme source

  • de bondissements,
  • de rythmicitĂ© et
  • d’inattendu.

Avec une acuité dont témoignent

  • les passages synchrones parfaitement exĂ©cutĂ©s,
  • les breaks brusques ou progressifs, et
  • l’impression permanente qu’il n’y a ici nulle virtuositĂ©, juste de l’Ă©vidence,

les interprètes parviennent à y instiller

  • du swing,
  • du groove et
  • un mĂ©lange de dynamisme et de narrativitĂ©.

« Pierrot Schläft » conclut le cycle sur le sommeil du personnage principal. La pulsation posée du piano trouve un écho dans la voix faussement voilée de Verena Tönjes. Le mélange

  • d’arabesques,
  • de notes rĂ©pĂ©tĂ©es et
  • d’inflexions tonales

entretient le plaisir Ă©prouvĂ© jusqu’Ă  prĂ©sent. La sapiditĂ©

  • de l’Ă©criture,
  • de l’interprĂ©tation, et
  • de la musicalitĂ© qui sourd tant de la partition que de l’attention avec laquelle celle-ci est incarnĂ©e

nous fait presque oublier la frustration de ne comprendre goutte aux textes. D’autant que, pour un mĂ©lomane inculte comme votre serviteur, dĂ©couvrir, après Max Kowalski et Margaret Ruthven Lang (que nous retrouverons bientĂ´t), un compositeur de cette trempe est une grande joie qui augure du meilleur pour la suite du voyage clownesque… Ă  partager dans une prochaine notule.


Pour acheter le disque, c’est par exemple ici.

 

…

Bertrand Ferrier et Pierre-Marie Bonafos, le 3 novembre 2024, en la chapelle Notre-Dame du Val-de GrĂ¢ce (Paris 5). Photo : Rozenn Douerin.

 

La vidĂ©o infra capture en toute discrĂ©tion une Ă©motion particulière : celle de la conclusion d’un rĂ©cital au Val-de-GrĂ¢ce, lieu dont on oublie presque le prestige tant HervĂ© DĂ©sarbre, titulaire de l’orgue et chef des festivitĂ©s musicales, vous fait sentir en libertĂ© pour la conception du concert. Proposer une histoire du cool dans un Ă©tablissement militaire aurait pu paraĂ®tre irrĂ©vĂ©rencieux (ça l’Ă©tait, de toute façon), mais le patron des saisons sonores du coin a senti que le projet Ă©tait moins de fanfaronner que d’explorer cette Ă©trange notion d’un cool synonyme de

  • « en vogue »,
  • « dĂ©tendu » ou
  • « dans un sentiment Ă  base de tranquillade ».

Exactement le contraire

  • de l’agitation censĂ©e Ăªtre propre Ă  notre Ă©poque,
  • du brouhaha devenu critère positif et discriminant sur les rĂ©seaux sociaux, ainsi que
  • de la vaine agitation dont nous devons faire preuve pour justifier notre existence et essayer d’oublier que nous allons mourir.

Alors, pour le dernier morceau de cool inscrit sur le programme, ne restait qu’une solution : suspendre, une dernière fois,

  • le temps,
  • le cÅ“ur,
  • l’esprit,

et partager cet intervalle avec le public des saisons val-de-grĂ¢ciennes, toujours nombreux et chaleureux. Puisse cette musique rĂ©sonner de la gratitude des musiciens envers

  • l’organisateur,
  • les puissances accueillantes et
  • les spectateurs incroyablement avides des expĂ©riences que leur offre HervĂ© DĂ©sarbre.

Le moment vécu était

  • grand,
  • chouette et
  • cool.

Etc.

 

 

Irakly Avaliani, Intégrale Brahms volume 2 (L’art du toucher) – 3/4

Première du disque

 

ComposĂ©es en 1893, les six pièces pour piano op. 118 associent quatre intermezzi, une ballade et une romance. Le premier intermède, un allegro « non assai ma molto appassionato » est officiellement en la mineur mais le masque bien. Irakly Avaliani en rend l’Ă©nergie grĂ¢ce

  • Ă  la clartĂ© des octaves pointillant – et hop – une mĂ©lodie,
  • au grondement des croches rugueuses,
  • Ă  la maĂ®trise d’un tempo tempĂ©tueux, et
  • Ă  l’alternance des nuances Ă©clairant Ă  la fois le discours et les reprises jusqu’Ă  la tierce picarde conclusive.

Le deuxième intermezzo semble rebondir sur ce La conclusif, mais change l’esprit (andante teneramente, cette fois) et la mĂ©trique (ternaire contre binaire).

  • La qualitĂ© du toucher profite autant au lead qu’Ă  l’accompagnement ;
  • la prĂ©cision de la pĂ©dalisation contribue Ă  crĂ©er une atmosphère très spĂ©cifique ; et
  • le sens du tempo, entre rigueur et souplesse Ă©pousant la logique musicale, emporte Ă  la fois
    • l’adhĂ©sion,
    • la satisfaction et
    • l’intĂ©rĂªt de l’auditeur.

Avec ses triolets à la main gauche, la section centrale ajoute du ternaire au ternaire, en le faisant frotter contre un énoncé binaire (deux croches contre un triolet). Le pianiste transforme cet entre-deux en quelque sorte intermédiaire en un froufroutement

  • limpide et non insipide,
  • diaphane et non confite en gnangnantise,
  • saisissante et non rĂ©duite Ă  une mignonnerie bien troussĂ©e.

La tentation de la modulation marque la bascule vers la seconde partie de la pièce : après le rappel du deuxième motif revient le premier, parcouru de frissons

  • (mutations du tempo,
  • miroitement des nuances et
  • changements de caractère dont Irakly Avaliani sait rendre autant la profonde continuitĂ© que les dĂ©licieuses ruptures).

La ballade en sol mineur, allegro energico, revient Ă  une battue Ă  deux temps.

  • TonicitĂ© de la main droite,
  • assurance de la basse,
  • fermetĂ© des nuances forte :

on se dĂ©lecte jusqu’Ă  la transition vers la partie en Si qui contraste par sa dĂ©licatesse heureusement animĂ©e par le grondement arpĂ©gĂ© de la main gauche. ArrivĂ© Ă  ce point du parcours, il nous faut faire demi-tour. Aussi repassons-nous par le paysage revigorant croisĂ© au dĂ©but de la promenade. L’Ă©nergie et le beau crescendo que nous rĂ©serve l’interprète ragaillardissent ; la fin una corda surprend et sĂ©duit.

 

 

L’intermède en fa mineur est un allegretto un poco agitato. Il associe le binaire de la battue Ă  deux temps et le ternaire des triolets qui l’accompagnent. Iralkly Avaliani fait son miel de cette tension mutante en construisant la finesse

  • du toucher,
  • de l’agogique,
  • des nuances et
  • de la construction d’un rĂ©cit ABA.

On apprĂ©cie l’impressionnant tuilage entre les phases

  • d’attente,
  • de friction et
  • de rugissement

jusqu’Ă  l’aboutissement avec la provocante tierce picarde. La romance en Fa poursuit le dialogue entre binaire et ternaire en affichant une mesure Ă  6/4, associant deux mesures ternaires (3/4 + 3/4) de façon, donc, binaire. C’est bien l’histoire de la pièce, hĂ©sitant – eĂ»t dit le versificateur – entre

  • le balancement,
  • le sursaut et
  • l’enjambement.

La modulation « allegretto grazioso » en RĂ© ajoute de la libertĂ© dans l’air musical.

  • Appogiatures,
  • trilles,
  • triolets

se balancent sur une fausse barcarolle fomentĂ©e par la main gauche, avant que le thème initial n’y mette bon ordre. Romance, oui, mais point trop n’en faut, m’enfin ! Les six pièces s’achèvent sur le plus long intermède au programme, inscrit dans cette saletĂ© de tonalitĂ© de mi bĂ©mol mineur. Au programme, ambiance doublement ternaire (3/8 Ă  la mesure, sextolets de triples croches Ă  gauche) et contraste entre allant et tempo officiellement « andante, largo e mesto ». Irakly Avaliani y trouve ressource pour fomenter une cohĂ©rence de jeu associant

  • certitude,
  • mystère et
  • magie des permutations de registres.

Les divagations de la main gauche restent longtemps dans une teinte sépia du plus bel effet, avec

  • souplesse de la diction,
  • exactitude de l’Ă©nonciation et
  • certitude de la direction que l’ensemble prend.

Pourtant, la secousse de la partie centrale remet en cause toutes les certitudes mignardes. L’interprète fait sonner les doubles octaves avec une vigueur qui prend toute sa force quand elle s’efface dans le retour du sĂ©pia liminaire. Magistral et parfait pour donner envie d’ouĂ¯r au plus vite l’opus 119, qui sera l’objet d’une prochaine notule – Ă´ teasing ! quand tu nous tiens !


Retrouver les précédents épisodes ?
Ici, l’opus 116.
LĂ , l’opus 117.

 

Yury Revich, « Beyond the Seasons », Salle Cortot, 10 janvier 2025 – 1/2

Yuri Revich Ă  la salle Cortot (Paris 8), le 10 janvier 2025. Photo : Rozenn Douerin.

 

Neuf mois après son dernier triomphe parisien, le violoniste Yuri Revich revient Ă  Cortot pour un concert de saisons. Garni de fans mais sans doute aussi blindĂ© d’invitĂ©s, le show se permet de commencer avec plus de demi-heure de retard, et de s’ouvrir par un laĂ¯us de Baptiste Capitanio, jeune producteur exĂ©cutif qui se rĂ©vèle, dans l’exercice, Ă  la fois maladroit (ainsi de cet hommage Ă  Alfred Cortot aussitĂ´t rĂ©tractĂ©) et naĂ¯vement infatuĂ© (moi je parle français alors que Yuri non hahaha, moi d’habitude je suis chef d’orchestre mais aujourd’hui je ne vous tournerai pas le dos, moi je connais des gens dans la salle, moi j’ai l’extrĂªme humilitĂ© d’apporter un pupitre et de tourner les pages de Tristan Pfaff – sans dĂ©conner, arrĂªte de te faire plèze et mousser, let’s turn to the music!), bref, un balabala inutile… et oublieux de la piètre sonorisation qui s’adresse exclusivement au public de la corbeille. Au balcon, on n’entend Ă  peu près que les mouches qui pètent, ce qui vaut au collaborateur habituel du violoniste une remontrance grotesque voire dĂ©sespĂ©rĂ©e d’une spectatrice ne lui cĂ©dant en rien en prĂ©tention.
Au programme de ce Beyond the Seasons, deux parties, mĂªme si le rĂ©cital rĂ©serve plusieurs surprises. La première surprise est l’absence d’Aurèle Marthan, attendu au piano mais blessĂ© Ă  la main quelques jours plus tĂ´t. La deuxième surprise est la tenue du rĂ©cital, vue la difficultĂ© de l’accompagnement requis pour le programme – sans s’en tenir au contre-point rigoureux ou fleuri, on ne parle pas de jouer « J’ai du bon tabac » Ă  la flĂ»te Ă  bec, vous l’aurez compris. Les autres surprises viendront plus tard, au mitan du spectacle. MĂªme en divisant la tĂ¢che par deux, il faut des musiciens foufous pour oser monter en quelques heures un tel paquet de pages rares et bien noircies. C’est Tristan Pfaff qui a acceptĂ© de prendre en charge au pied mais surtout aux mains levĂ©s les deux premières pièces. Pour ce passionnĂ© de sports de combat, incollable ou presque sur le MMA version UFC et PFL, on imagine que, derrière le stress, devait planer le plaisir d’Ăªtre, lui aussi, comme tant de combattants, un short notice ! Ajoutons que, p
our l’anecdote, on apprendra backstage que le foufou a failli lui aussi dĂ©clarer forfait après s’Ăªtre blessĂ© au majeur en baissant son siège. Mystères de la malĂ©diction…
L’ouverture de trois quarts d’heure est constituĂ©e par la version des Quatre saisons d’Antonio Vivaldi par Max Richter, compositeur vedette de musique de films. Elle s’intègre Ă©videmment au thème du rĂ©cital, lui-mĂªme inspirĂ© par le disque des Huit saisons, publiĂ© une dĂ©cennie plus tĂ´t par Yuri Revich, croisement visagal de Gautier Capuçon et Nicolas Horvath. Pour ne pas faciliter la tĂ¢che du remplaçant, il semble d’emblĂ©e que la partition d’orchestre originelle ait Ă©tĂ© concatĂ©nĂ©e sur deux portĂ©es plutĂ´t qu’arranger dignement pour un pianiste. Reste la musique de Max Richter, rĂ©putĂ©e planante – concentrĂ©e en duo, on s’apercevra qu’elle l’est souvent beaucoup moins, et c’est heureux. Le prĂ©lude au printemps swingue

  • entre violon et piano-orchestre,
  • atmosphère et mĂ©lodie,
  • traces sciemment reconnaissables de Vivaldi et rĂ©investissement.

Dès le deuxième des treize mouvements, Max Richter revendique un minimalisme personnel, fondant son Ă©criture sur l’itĂ©ration dont tĂ©moigne le bariolage du piano. La profonde connaissance de l’Å“uvre par Yuri Revich et la science musicale de Tristan Pfaff, pianiste Ă  la technique superlative et Ă  la capacitĂ© peu commune de transformer en musique l’esbrouffe pyrotechnique consubstantielle au piano de concert (il s’agit toujours de rassurer l’amateur autoconvaincu d’Ăªtre Ă©clairĂ© : nan, ça va, si c’est pas toi qui es sur scène, c’est que tu n’Ă©volues pas dans la mĂªme catĂ© que l’acrobate devant toi), permettent Ă  l’auditeur de jouir des breaks alternant des sautillements et des passages plus lyriques portĂ©s par des valeurs longues que le compositeur n’hĂ©site pas Ă  laisser en suspens. Çà, l’on apprĂ©cie sa capacitĂ© Ă  explorer lenteur et silences. LĂ , l’on goĂ»te le contraste suscitĂ© avec la vivacitĂ© du violon sertie dans un accompagnement très simple, avant que les rĂ´les ne s’inversent.
Max Richter semble aimer travailler la particularitĂ© des registres, avec une inclination particulière pour l’accompagnement lent dans le suraigu, et l’entrelacement des forces en prĂ©sence, le soliste Ă©changeant rĂ©gulièrement son rĂ´le de vedette avec son orchestre Ă  ivoire. Tristan Pfaff caractĂ©rise admirablement les trois rĂ´les qui lui sont dĂ©volus :

  • rythmique,
  • rĂ©ponse et
  • contrechant.

Astucieux, Yuri Revich tĂ¢che de sublimer la virtuositĂ© des passages brillants, exigeant Ă  la fois

  • de la technique,
  • du show-off et
  • de la vitalitĂ©,

en y ajoutant une musicalitĂ© indubitable qui s’exprime par

  • la nuance,
  • le phrasĂ© et, plus largement,
  • l’articulation.

 

Tristan Pfaff Ă  la salle Cortot (Paris 8), le 10 janvier 2025. Photo : Rozenn Douerin.

 

Avec deux musiciens très sĂ»rs, malgrĂ© un partenariat impromptu dont le caractère tout rĂ©cent est indĂ©tectable pour le spectateur lambda que nous sommes, la partition peut dĂ©ployer une astuce minimaliste toujours très efficace, outre la rĂ©pĂ©tition : l’utilisation d’un motif et sa dĂ©formation. Max Richter ne s’en prive pas dans le premier mouvement de l’automne. Il y brise la mesure du golden hit de la musique d’attente et, l’occasion faisant le larron sinon le luron, paraĂ®t inciter les deux comparses Ă  jouer – c’est plus facile Ă  deux qu’entre un soliste et un orchestre – sur la libertĂ©

  • des Ă©changes,
  • de l’agogique et
  • de la suspension.

Soudain clavecin, le piano lance une sĂ©rie d’arpèges en mineur qui se transforment l’instant d’après en pulsation rythmique. Un temps concentrĂ© sur des harmoniques tremblĂ©es et des glissendi, voilĂ  le violon

  • claquant ses traits,
  • frappant son battuto et
  • semblant rebondir sur le toucher lĂ©ger mais sĂ»r du piano.

Parfois, l’Ă©vocation d’un tube hivernal remixĂ© suscite des applauses, un peu comme un intertexte musical dans une impro de jazz quand les auditeurs souhaitent montrer qu’ils ont reconnu l’allusion. Parfois, l’Ă©noncĂ© d’un tube glaçant s’harmonise sur un accompagnement Ă©tique concentrĂ© dans le suraigu. Mais, pour le finale, Yuri Revich ne rechigne pas Ă  laisser crĂ©piter

  • l’Ă©nergie,
  • la vigueur et
  • la fougue

attendues. Max Richter alterne pour lui trois postures, celles

  • du solo Ă  dĂ©couvert,
  • de la vedette avec accompagnement, et
  • du compagnonnage en dialogue synchrone.

Après le violon, le piano dĂ©livre aussi ses kyrielles de notes jusqu’au crescendo suscitant les hourrah attendus et partiellement anticipĂ©s. Le second morceau est un hommage Ă  la « rĂ©serve de biosphère de Schorfheide-Chorin ». Si. Reconnaissons que, comme beaucoup de ses pairs, le jargon Ă©colo en deviendrait presque aussi rigolo que le marketing en gĂ©nĂ©ral. En effet, le cyberprospectus publicitaire de la forĂªt loue sa superficie, « équivalente Ă  90 000 terrains de football ». Nous avons calculĂ© : il y aurait lĂ  de quoi satisfaire 90 000 X 35 (2X17 avec les 6 remplaçants + 1 arbitre par rencontre), soit 3 150 000 fouteux. Seule condition pour ce faire : il faudrait raser la forĂªt et coller les terrains les uns aux autres, donc installer de solides grillages et oublier les spectateurs.
Loin de notre mĂ©ditation, la partition pour soliste et orchestre de Choriner Wald de Yuri Revich est ici rĂ©duite pour violon, violoncelle et piano. Par consĂ©quent, Krzysztof Michalski rejoint le duo pour l’occasion. On nous promet (ha, ce besoin de parler…) une forĂªt qui

  • frĂ©mit,
  • craque et
  • se secoue.

La musique, agréablement conventionnelle, se laisse écouter avec plaisir.

  • Des vagues tonales se succèdent ;
  • des rythmes s’interpolent, de la habanera Ă  la contemplation
    • hypnotique,
    • liquide et
    • tremblante.
  • Des Ă©chos vivaldiques rĂ©sonnent encore.

Autant que la polymorphie sonore du violoniste, séduit la relation qui se noue entre les partenaires, audiblement attentifs les uns aux autres.

  • Échos,
  • imitations,
  • dĂ©bats mettant en avant le soliste-compositeur rarement portĂ© sur le repos

accompagnent

  • quelques trouvailles modulantes,
  • de belles successions d’atmosphère et
  • une joyeuse volontĂ© de jouer ensemble avec subtilitĂ©.

Une première partie intéressante et techniquement de la meilleure eau, qui met en appétit pour la seconde mi-temps, laquelle sera recensée dans une prochaine chronique !


Plus de recensions sur Tristan Pfaff ?
Son concert Chopin 2023 en solo Ă  France-AmĂ©riques, c’est ici, çà et lĂ .
Son concert 2024 avec partenaires Ă  Gaveau, c’est ici, çà, lĂ  et re-lĂ .
Son concert 2024 en duo au showroom Kawai, c’est ici et lĂ .
Et l’intĂ©grale de notre grand entretien, c’est lĂ .

 

Verena Tönjes et Daria Tudor, « Songs of the clown » (Solo musica) – 2/6

Première du disque

 

Des deux recueils de Nonsense Rhymes and Pictures, publiĂ©s en 1905 et 1907 par Margaret Ruthven Lang sur des poèmes d’Edward Lear, Verena Tönjes a conservĂ© une mĂ©lodie par recueil. « The old man in a tree » s’ouvre sur un zĂ©zaiement Ă  trois temps qui s’emporte jusqu’au rĂ©cit oĂ¹ s’associent

  • sons (si, ça, saucisson, dans le contexte, ça passe),
  • verbe et
  • notes.

« The young lady of Lucca » est une miniature contant la navrante histoire d’une amante abandonnĂ©e qui gĂªne fort les alentours en grimpant Ă  un arbre (elle aussi) pour crier « Fiddle dee dee », c’est foufou.

  • Plaisir de la concision,
  • efficacitĂ© de la mĂ©lodie,
  • pertinence de l’harmonisation et
  • souplesse de l’interprĂ©tation

sĂ©duisent. Lui succèdent les cinq Pierrot-lieder op. 48 qu’Eduard KĂ¼nneke a composĂ©s en 1911 sur des poèmes d’Ursel Renate Hirt. Ce sont eux que nous explorerons dans une prochaine notule.


Pour acheter le disque, c’est par exemple ici.