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Orgue page 5

Bien accompagné 30 : collégiale Notre-Dame de Vernon

Mulk. Photo : Bertrand Ferrier.

 

Une nouvelle mission a été échue à Sleepy & Partners, experts en granularité sonore. Elle a été confiée à Mulk, le quatorzième partenaire à avoir signé avec la célèbre firme qui fait référence en matière d’examen organistologique. En une répétition, un raccord et un concert, le spécialiste doit parvenir à

  • cerner la spécificité de l’orgue Kern soumis à sa sagacité,
  • l’évaluer
    • « en tant que tel,
    • en relation avec son environnement et
    • en rapport avec les autres instruments équivalents ou similaires », avant de
  • « déterminer une posture proactive permettant d’être force de proposition tout en respectant le logiciel diachronique qui préside à l’alchimie sonore représentée en l’espèce par cette actualisation d’un projet organistique multiséculaire ».

En clair, il doit bosser.

 

Mulk à l’orgue Kern de la collégiale de Vernon (27). Photo : Bertrand Ferrier.

 

L’examen de l’instrument est chose complexe… et en partie secrète. L’expert assume le parfum de mystère que sa discrétion suscite. La part scientifique, technique et régulée de son travail n’empêche nullement le développement d’une indispensable part plus subjective, où le ressenti expérimental le dispute à une perspective observationnelle où, selon les dires du spécialiste, « l’objectivité dépasse l’objet ». Il s’agit de caractériser le son non pas en tant que son, mais en tant qu’il n’est pas seulement – par un tour de passe-passe, un torero dirait grâce à une véronique – son son. Là pointerait la fameuse, l’indiscutable et la néanmoins nébuleuse granularité.
Aussi la quête d’un partenaire dépasse-t-elle la seule intelligence d’une onde ou la simple couleur d’un registre. Il lui incombe et lui décombe même d’être « agent de la perspective avant tout », c’est-à-dire de définir à la fois le texte, le contexte et le métatexte qui s’articule dans la vibration que chacun entend. Cette déconstruction constructive semble au cœur de l’expertise granulaire.

 

 

Mulk à l’orgue Kern de la collégiale de Vernon (27). Photo : Bertrand Ferrier.

 

Ces perspectives transcendantes n’exonèrent pas le travailleur d’une exploration classique du potentiel de l’orgue. L’expert a insisté pour dénoncer toute « impression d’impressionnisme ». Selon lui, on ne peut envisager une dissection granulaire sans exiger la plus grande exigence. « Il n’y a pas de fastueux qui ne soit, initialement, fastidieux », nous a glissé celui qui se présente comme un humble examinateur de réalités ondulatoires.
En dépit du prestige de sa fonction, le partenaire s’oppose à toute idéalisation de sa mission. Investigateur tapi dans l’ombre et dérobé aux vivats depuis la haute tribune où il officie, il déboulonne volontiers les statues du Commandeur que son statut l’amène à voir dressées sur son chemin. « Nous sommes au service du son, martèle-t-il, parce que nous sommes au service du grain – celui qui est, celui qui pourrait être et celui que nous avons tous. » Comme en écho, Wisława Szymborska écrivait dans le poème « Découverte » (De la mort sans exagérer. Poèmes, 1957-2009, trad. Piotr Kaminski, « Gallimard », « Poésie », 2018, p. 122) :

Ces mots planent très haut au-dessus des formules,
Ne cherchent nul appui sur un quelconque exemple.
Ma foi est forte, aveugle, sans aucun fondement.

 

Mulk à l’orgue Kern de la collégiale de Vernon (27). Photo : Bertrand Ferrier.

 

En témoigne le fameux exercice obligé et ô combien redouté du tape-cul… que d’autres exécutent aussi à leur façon.

 

 

 

 


Retrouver les aventures de Sleepy & Partners…

  1. … aux grandes orgues de la collégiale de Montmorency.
  2. … à l’église Saint-Marcel (Paris 13).
  3. … à l’église Sainte-Marie-Madeleine de Domont.
  4. … à l’église Saint-Martin de Groslay.
  5. … à l’église Saint-Louis de Vincennes.
  6. … à l’église Saint-Joseph d’Enghien-les-Bains.
  7. … sur l’orgue provisoire loué par Notre-Dame de Vincennes.
  8. … aux grandes orgues de la cathédrale de Gap.
  9. … aux grandes orgues de Sainte-Julienne de Namur puis de la cathédrale de Namur.
  10. … à l’église Notre-Dame de Beauchamp.
  11. … sur l’harmonium du temple protestant du Saint-Esprit (Paris 8).
  12. … à l’église de Taverny et à l’église de Bessancourt.
  13. … à l’église du Raincy.
  14. … à l’église de Notre-Dame du Rosaire.
  15. … aux grandes orgues de l’église Sainte-Marie des Batignolles (Paris 17).
  16. … aux grandes orgues de la chapelle du Val-de-Grâce (Paris 5).
  17. … aux grandes orgues de la basilique d’Argenteuil.
  18. … sur l’orgue Cattin de Notre-Dame de Vincennes.
  19. … sur l’orgue Mutin-Cavaillé-Coll de Saint-Georges de la Villette (Paris 19).
  20. … sur l’orgue Merklin de Saint-Dominique (Paris 14), une fois ou deux.
  21. … sur l’orgue Delmotte de Saint-André de l’Europe (Paris 8).
  22. … aux grandes orgues de la collégiale Saint-Jean de Pézenas.
  23. … aux orgues de l’Immaculée Conception (Paris 12).
  24. … sur l’orgue de l’église Sainte-Claire (Paris 19).
  25. … sur l’orgue de l’église Saint-Denis de Gerstheim.
  26. … sur l’orgue de l’église Saint-Saturnin de Nogent-sur-Marne.
  27. … sur l’orgue de Bécon-les-Bruyères.
  28. … sur l’orgue de Saint-Serge d’Angers.
  29. … sur l’orgue de la chapelle Ozanam (Paris 17).

 

Bien accompagné 27

Le Roy à Bécon-les-Bruyères (92), le 4 mai 2022. Photo : Bertrand Ferrier.

 

Il est en passe de devenir LE spécialiste du gratin et de la granularité sonore au sein de la compagnie des experts Sleepy & Partners. Après son triomphe dans le souvenir des frères Jacques (d’où il était parti, sans cafter, avec un p’tit coup dans le pif à défaut d’avoir un p’tit pif contre le cou), ce ciseleur de vibrations a repris du service à l’occasion de l’enregistrement de l’intégrale César Franck par Jean-Luc Thellin. Sa mission : explorer les modalités d’expression musicale sourdant du Cavaillé-Coll-mais-pas-que exploité par le Belgo-Vincennois de Chartres, cette exploration s’effectuant selon des critères qui appartiennent « au secret professionnel », a-t-il stipulé.

 

Le Roy à l’orgue de Saint-Maurice de Bécon-les-Bruyères (92), le 4 mai 2022. Photo : Bertrand Ferrier.

 

Comme de coutume, la discrétion des experts, laisse grand ouverte la porte de la supputation sur le contenu de leurs analyses. Toutefois, nous avons pu arracher manière de confidences à l’envoyé. Selon lui, « la particularité de la vibration organistologique est d’être plurielle. Aussi nécessite-t-elle une esgourde affinée et un esprit très expérimenté pour tâcher de se glisser sous l’évidence de l’être-là afin de construire une réalité solide ou, plutôt, une réalité du grain plutôt qu’une réalité de l’effet – pardon si je pointe des évidences. » D’où l’exigence de l’expert, crapahutant de ci de là pour mieux cerner l’essentialité granulaire du gros machin.

 

 

Le Roy devant l’orgue de Saint-Maurice de Bécon-les-Bruyères (92), le 4 mai 2022. Photo : Bertrand Ferrier.

 

Faut-il avoir roulé sa bosse et corné ses ouïes aux écoutes les plus rocambolesques pour apprendre à goûter le son non pas d’un point de vue systémique ou sensationnel, mais dans une perspective associant substantialité et ontologie ! Quand on l’interpelle en lui soufflant que ça n’a pas l’air évident, il accepte presque de sourire avant de lâcher : « Plantez des poireaux, vous verrez peut-être pousser des poireaux, ça c’est de l’évident. En revanche, le grain du son est une semence bien plus complexe. Songez que, quand vous entendez un son, les connaisseurs pensent à une onde. Pourtant, à part quand un satané trémolo vous gâche la vie, quelle évidence y a-t-il que toute émission sonore est une onde ? » Et l’expert de se plonger dans une rapide revoyure de l’une des trois pièces enregistrées ce jour, non loin d’une boutanche tout à fait sobre, du moins en apparence (on a appris à se méfier des évidences…).

 

Le Roy à l’orgue de Saint-Maurice de Bécon-les-Bruyères (92), le 4 mai 2022. Photo : Bertrand Ferrier.

 

Pendant ce temps, l’organiste sollicité pour permettre à l’expert d’expertiser travaille, lui aussi.

 

Jean-Luc Thellin (aperçu) enregistrant César Franck à Bécon-les-Bruyères (92), le 4 mai 2022. Photo : Bertrand Ferrier.

 

Alors, fort de sa connaissance, de sa sapience et de sa gourmandise technico-musicale, l’expert peut goûter le substrat vibratoire du moment. Le voilà qui examine la ductilité de l’agogique, inspecte le mélisme des registrations, s’insinue dans le phrasé de l’onde, scrute la conduite du souffle, explore le rapport entre émission et émotion. Bref, le voilà qui évalue le galbe, le mystère, l’onirisme et la portée de ce qui se présente à ses oreilles spécialisées, tout à son projet de définir, encore et toujours, l’inaccessible, le perturbant, l’ébouriffant idéal de la granularité sonore…

 

Le Roy dérushant les prises de Jean-Luc Thellin à l’église Saint-Maurice de Bécon-les-Bruyères (92), le 4 mai 2022. Photo : Bertrand Ferrier.

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  1. … aux grandes orgues de la collégiale de Montmorency.
  2. … à l’église Saint-Marcel (Paris 13).
  3. … à l’église Sainte-Marie-Madeleine de Domont.
  4. … à l’église Saint-Martin de Groslay.
  5. … à l’église Saint-Louis de Vincennes.
  6. … à l’église Saint-Joseph d’Enghien-les-Bains.
  7. … sur l’orgue provisoire loué par Notre-Dame de Vincennes.
  8. … aux grandes orgues de la cathédrale de Gap.
  9. … aux grandes orgues de Sainte-Julienne de Namur puis de la cathédrale de Namur.
  10. … à l’église Notre-Dame de Beauchamp.
  11. … sur l’harmonium du temple protestant du Saint-Esprit (Paris 8).
  12. … à l’église de Taverny et à l’église de Bessancourt.
  13. … à l’église du Raincy.
  14. … à l’église de Notre-Dame du Rosaire.
  15. … aux grandes orgues de l’église Sainte-Marie des Batignolles (Paris 17).
  16. … aux grandes orgues de la chapelle du Val-de-Grâce (Paris 5).
  17. … aux grandes orgues de la basilique d’Argenteuil.
  18. … sur l’orgue Cattin de Notre-Dame de Vincennes.
  19. … sur l’orgue Mutin-Cavaillé-Coll de Saint-Georges de la Villette (Paris 19).
  20. … sur l’orgue Merklin de Saint-Dominique (Paris 14), une fois ou deux.
  21. … sur l’orgue Delmotte de Saint-André de l’Europe (Paris 8).
  22. … aux grandes orgues de la collégiale Saint-Jean de Pézenas.
  23. … aux orgues de l’Immaculée Conception (Paris 12).
  24. … sur l’orgue de l’église Sainte-Claire (Paris 19).
  25. … sur l’orgue de l’église Saint-Denis de Gerstheim.
  26. … sur l’orgue de l’église Saint-Saturnin de Nogent-sur-Marne.

 

Annerös Hulliger, « Tanz-Toccata-Tanz », VDE-Gallo

 

De grâce, ne feignons pas de découvrir cette évidence ! Les gens en général (et pas que Tapioca) et les organistes en particulier sont entre fracassés ou dingodingues. Moi, non, mais les gens, pardon.
Prenons un cas, c’est rien de le dire, tout à fait au hasard : Annerös Hulliger. Sa première qualité, selon son CV, est d’être « un pur produit d’un village emmentalois ». On parle d’une nana qui a suivi l’enseignement de Marie-Claire Alain, laquelle ne passait pas pour une rigolote qu’on tapait sur le ventre de ; mais aussi d’une ex-instit qui a fini chargée de cours d’orgue et d’improvisation à Berne, où elle a sévi 43 ans comme titulaire. Ladite nana a conçu son vingt-sixième disque sous le titre foufou « Tanz toccata tanz », autour de la tanz-toccata d’Anton Heiller qu’elle a encadrée de six pièces avant, six pièces après par « goût de la symétrie ».

 

 

On va pas se mentir, des disques qui rendent à l’orgue sa vocation dansante, on en connaît. Le plus sapide est sans doute celui de l’hyperprolifique Olivier Vernet, égrenant des danses contemporaines aussi finement écrites qu’interprétées. Il est heureux de rappeler que l’orgue, c’est pas que le truc un peu chiant qu’on entend ronfler quand l’animatrice s’éteint à la fin de la communion et qu’il faut finir le travail sans faire trop de bruit. À la Renaissance, l’orgue, c’était aussi l’instrument qui servait à faire zouker dans les salles de danse des châteaux. Dans ce contexte mémoriel et verdissant, un disque-concept tourné vers un bernard-l’hermite (un orgue Goll de 1991 qui s’est lové dans le buffet d’un orgue du dix-huitième) et visiblement porté par une musicienne aussi rouée que timbrée – qualité en organologie –, c’est peu de dire que l’on se réjouit de l’ouïr. D’autant que, d’après la traduction du compositeur et organiste Guy Bovet, évoqué çà et là, cette femme est secouée : son disque lui évoque « le lac de Sils en Engadine, car lorsque le vent caresse doucement la surface de l’eau, les sommets des montagnes et le bleu incomparable du ciel trouvent leur écho dans les reflets de la profondeur ». Voilà, je vous aurai prévenu : moi, je suis normal, mais les gens, en général, honnêtement, j’en mettrais pas ma main à tronçonner.
Pourtant, dès le prélude du BWV 564, incluant toccata, adagio et fugue, le projet d’Annerös Hulliger interloque. La musique raconte. On entend

  • du respect pour le texte,
  • une patente assurance technique, et
  • de la volonté d’en découdre.

La pédale est précise et bienvenue, le legato bien pensé, l’énergie conservée sans faille : c’est de la belle ouvrage.
L’adagio, pris sans mollesse, alléluia !, cisèle à loisir

  • les contretemps,
  • les ornements et
  • les notes pointées opposées à la rythmique de la pédale,

le changement de registration pour le Grave si riche harmoniquement parût-il un brin superfétatoire.

 

 

Survient alors l’épouvantable fugue. Épouvantable pour l’exécutant moyen. Roborative pour l’excellent virtuose. En plaçant cette pièce en tête de gondole, Annerös Hulliger n’avait pas froid aux yeux. Elle savait que ce serait un moment test. Ce n’est pas qu’une façon de briller, c’est surtout une façon de dire : « OK, je fais un album concept, mais pas parce que je sais pas secouer les saucisses du haut ou du bas, juste parce que ça me paraît signifiant de faire ce que je fais. » Sous cet angle, on comprend mieux la pertinente et spectaculaire rigueur de l’artiste.

  • Vigueur de la pédale,
  • justesse des claviers et toujours
  • cette étonnante sobriété de la registration :

cette interprétation sérieuse, qui néglige les trucs waouh, appelle a minima les félicitations.
Après le pavé de 15’, Annerös Hulliger glisse une miniature : les moins de 2’ du prélude de la « Symphonie des noëls » de Michel Richard Delalande, toujours en Do. Anches et décibels sont convoqués pour exposer un autre versant de l’orgue, où la puissance des grands jeux dialogue habilement avec des ornements soignés et un allant sans faille.
Secouant la chronologie, l’artiste choisit dans le tube de Léon Boëllmann, la « Suite gothique », le versant le plus dansant, donc le menuet (toujours en Do). Point d’excès de tempo puisqu’il s’agit de danser, mais

  • un contraste net entre les parties dialoguées,
  • un souci de netteté dans les contours et
  • des choix de registration soignées, dont la variété fait écho au swing ternaire.

Aux interprétations facétieuses, l’organiste choisit d’opposer une vision sérieuse sans être raide – solide et franc du collier.

 

 

Après avoir foulé le sol, on passe au Sol avec un autre pilier du répertoire organistique, la Toccata de Théodore Dubois que la musicienne, dans son exaltation, eût aimé – nous stipule-t-elle – sous-titrer « à chanter au bord de l’eau ». De fait, de cette pièce essentiellement pianistique, Annerös Hulliger tire une version légère et flûtée, loin des tonnerres parfois ouïs pour souligner le brio de l’œuvre. Sans renoncer aux ritendi, l’artiste ne s’enfonce pas dans le gnangnan qui plombe parfois la partie centrale en Si. Les modulations sont menées tout droit, sans surjouer. L’organiste opte pour le contraste entre les jeux plutôt que pour le tuilage. Cela convient à sa conception plus élégante que clinquante, qui ne séduira point les amateurs de show-off mais surprendra par sa radicalité les habitués curieux.
Après deux éclats du dix-neuvième siècle tardif, retour au début du dix-huitième siècle avec la Toccata prima de Johann Speth, méditation en ré mineur qu’agrémente une fugue à quatre. C’est l’occasion d’ouïr ce que l’orgue de l’église française de Berne semble avoir de plus sapide, avec sa versatilité polymorphe : ses registres doux et flûtés.
Secousse, donc, avec six extraits (sur 153 possibles) des Mikrokosmos de Bela Bartók, méthode pour piano publiée en 1940.

  • Sautillement à contretemps sur les fonds,
  • matrice minimaliste sur deux claviers,
  • serpent sifflant du cromorne à s’en faire péter la sous-ventrière,
  • swing sinueux et faussement bancal,
  • ostinato tonique contre énoncé du cornet,
  • bondissements quasi sinisants tentant – vainement, tu penses – de s’envoler vers les étoiles

composent une proposition originale que l’interprète, visiblement très aquatique, décrit comme « des graviers ronds dansant dans une eau claire ».

 

 

Cela ouvre la voie à Anton Heiller (1923-1979) et à sa « Tanz-Toccata » publiée en 1970, « sommet et centre du programme », claironne Annerös Hulliger. Le début, déchiqueté, malaxe tant les sonorités que les rythmes. Apparaît une double pulsion qui consiste à monter vers les aigus et à imposer des pulsations toujours en déséquilibre. Une cellule de notes répétées ne cesse de se confronter au motif que caractérise son apparente et tonique arythmie. Par ses miroitements et récurrences, la pièce se clôt sur une synthèse qui fait la part belle à une pédale fougueuse et jamais en repos jusqu’au double aboiement final.
Symétrie oblige, Bela Bartók fait alors son retour avec ses six Danses roumaines pour piano.  La première rappelle que, même à l’orgue, le travail sur le toucher permet de faire dialoguer un accompagnement solide et une voix lead virevoltante. L’Allegro suivant creuse cette veine tandis que l’Andante presque orientalisant trouve un mystère propre à l’orgue dans l’interaction entre mélodie, résonance et silence. Le balancement ternaire de la quatrième ternaire sert avec grâce de tremplin à l’Allegro sautillant où 3/4 et 2/4 se complètent. L’interprète enchaîne sur la danse finale dont elle rend parfaitement l’inclination pour les petits bonds, concluant ce que Annerös Hulliger voit comme « une eau fraîche et pure sortant d’une source, dans le sol de la Patrie ».
Au tour de la Dixième toccata de Johann Speth de faire symétrie. Une registration originale nimbe de mystère un discours dont Annerös Hulliger s’attache à rendre le paradoxe : il est construit par des jeux de dialogue parfois fugués et par une segmentation architecturée, et il revendique cependant une certaine liberté dans l’apparence improvisée du prélude et dans la congruence sciemment imparfaite de mouvements divers (ce que l’interprète décrit probablement comme « le reflet d’un cours d’eau qui suit des méandres sinueux »).

 

 

En écho à la Toccata de Théodore Dubois, l’artiste a choisi de placer la Toccata en si mineur d’Eugène Gigout. Cet hénaurme tube du répertoire, très réussi, trouve ici une interprétation solide. Rien de foufou : tout est en place, et l’orgue rend justice du mastodonte. Comme pour Dubois, Annerös Hulliger va son chemin. En conséquence, ceux qui cherchent foucade, vertige et ivresse n’en auront pas pour leur content ; à l’inverse, ceux qui estiment que cette musique mérite mieux qu’une simple prouesse pyrotechnique avec lâcher de paillettes et explosion de vitraux sous la puissance du tutti trouveront, enfin, version à leur goût. Quant à nous qui sommes plutôt de la première école, nous devons reconnaître que cette sagesse est de bon ton pour ne pas surenchérir sur l’originalité à la limite de la loufoquerie qui sous-tend la conception de ce récital. Inutile d’ajouter un grain de folie : l’inhabituel est structurel.
Classique chéri des organistes, le pianistique Boléro de concert de Louis James Alfred Lefébure-Wély répond au menuet de Léon Boëllmann. On pourrait craindre une impression de déjà-vu après l’œuvre de Gigout. Nous en préservent

  • la technique manualiter ici exigée, très différente de la piste précédente,
  • la revendication d’une jubilation populaire et, fût-elle bien tempérée,
  • la verve canaille sooo Second Empire qui fait frissonner.

Voici l’occasion de ressortir les anches coquines comme ce cher cromorne. Le contraste entre le sérieux de l’exécution et l’esprit farcesque sublimement académique est surprenant et heureux. Le côté pince-sans-rire qui en émane, à mille lieues de la vulgarité complice souvent chérie dans cette pièce, est pleinement cohérent avec le projet défendu dans ce concert. Quant aux amateurs de tapes dans l’dos et de « qu’est-il dit, et qu’est-c’qu’il boit ? », ils éviteront cette treizième piste : ils risqueraient l’apoplexie àforce de n’y entendre goutte.
Le récital se clôt alors sur deux symétries parfaites : ouvert par Bach et Delalande, il se clôt sur Delalande et Bach. Trois extraits de la « Suite de danses » en Ré, d’abord. Le grand air, fait sonner les pleins jeux avec la solennité requise ; un joli rigaudon, précis et sans falbala, propose un beau dialogue entre jeux de détail et fonds ; et un tambourin entraînant, sollicitant la pédale pour renforcer le groove, sait associer sautillements divertissants et surprises harmoniques (1’ et 1’11) – il y a fort à parier que sa forme en arche doit combler la symétrivore qu’est Annerös Hulliger.

 

 

Enfin, s’il ne fallait qu’une œuvre, ce serait évidemment la dernière : the célèbre Toccata et fugue BWV 565 de Johann Sebastian Bach – même si les sachants sachant savoir considèrent que le diptyque pourrait être autant de Bach que l’Adagio d’Albinoni d’Albinoni ou l’Ave Maria de Caccini de Caccini – est offerte en fin de bal. Fans de Fast and furious, passionnés de hand-banging, zoukeurs invétérés, passez votre chemin ! Comme l’on pouvait le subodorer, la Toccata n’est pas très joueuse, et pour cause : joueuse, ce ne semble pas être le principal trait de caractère de l’interprète. Ce nonobstant, Annerös Hulliger ose quelques p’tits trucs presque coquins :

  • accentuation de la distinction entre doubles et triples croches,
  • quelques effets de retard et d’accélération,
  • raccourcissement dansant des doubles croches en quarte en réponse à la pédale descendante, et
  • choix de legato et de détachés pas toujours réguliers afin d’insuffler un brin de fantaisie dans les triolets de doubles croches.

La Fugue, jouée sur une registration plutôt économe de changements, pourrait paraître pâtir d’une certaine tendance à l’éclaircissement presque didactique (4’40, par ex.), mais l’option est cohérente avec le sérieux de l’exécution. Quelques irrégularités dans les chapelets de doubles (entre 5’ et 5’01, par ex.) laissent penser que les prises gardées ont été choisies et pour l’énergie qu’elles dégagent et peu patchées pour leur conserver une partie de la folie du direct. Là encore, option judicieuse : une perfection formelle jusque dans le détail aurait pu rendre froide cette boule de tonus qui s’exacerbe dans l’œuvre – même topo quand l’orgue se rebelle et refuse de pleinement chanter le la de la pédale (6’40). Ce qui compte, c’est

  • l’allant,
  • le sens du swing (légèreté de la pédale sur les temps faibles, légère accentuation sur les temps forts) et
  • le cadeau fait aux auditeurs en terminant sur un bonbon fagoté dans un papier sonore très personnel.

La coda, naturellement contrastée et couronnée par dix secondes de silence, est jouée sans excès mais avec une efficacité privilégiant

  • le geste juste sur l’attitude,
  • la partition sur l’effet, et
  • la musique sur la tentation du wow.

En conclusion, voici bien un disque étonnant, au sens fort. Étonnant d’audace, étonnant de personnalité, étonnant d’exigence. On le goûtera probablement davantage en l’écoutant d’un trait, comme un concert, pour jouir d’un programme conçu comme un tout donc comme un jeu de différences appuyé sur une forte ligne rouge ; l’on pourra itou choisir de goûter telle pièce, connue ou au contraire inattendue, afin de s’en pourlécher les babines auditives non pour son brio ou ses paillettes – plutôt pour la spécificité de son interprétation. Cette alternative signale la qualité d’un disque qui ne perd pas de vue l’importance de la réception et ne la masque pas sous le paravent du concept. En clair, cet album est très « pensé », mais il semble aussi réfléchi et joué pour que l’auditeur s’en goberge – c’est, du moins, ce que nous fîmes.


Pour écouter le disque en intégralité, c’est ici.
Pour acheter le disque, ça peut être là.

 

Bien accompagné 26

Le Roy en l’église Saint-Saturnin de Nogent-sur-Marne. Photo : Bertrand Ferrier.

 

À l’enterrement d’une feuille morte voulurent se rendre deux escargots. À l’enterrement d’un grand musicien de la chanson française, je me rendis en compagnie du Roy, expert organier en granularité sonore, membre de la confrérie Sleepy & Partners. Sa mission : examiner l’orgue local afin de rendre un rapport précis et circonstancié sur, eh bien, comme il se doit, sa granularité sonore.

 

Photo : Bertrand Ferrier

 

Selon le savant, à l’œuvre pour la première fois, le projet est avant tout « d’esquisser de façon systématique une morphologie analytique des jugements – tâche spéciale qui a une portée universelle » précise cet husserlien en allusionnant, eh oui, la p. 416 des Idées directrices pour une phénoménologie citées tantôt par son confrère. À l’en croire, la perception d’une morphogénèse logique ambitionnant la perspective préanalytique de l’étant – en postulant, de façon schématique, une dichotomie systémique entre signe sonore et signification évaluante – permettrait de penser le grain du son non plus en tant que grain ou en tant que son, mais en tant que tel, c’est-à-dire en tant que la substance sonore n’est rien d’autre que le réel conçu comme le son dégagé de la perception relativiste. (Enfin, c’est ce que j’ai cru comprendre.)

 

Photo : Bertrand Ferrier

 

Analyse faisante, le Roy se risque à sourire : « Il me souvient, glisse-t-il, d’une anecdote quelque peu cocasse. En lisant les aventures de Martinzoust narrées par Italo Calvino dans Le Chevalier inexistant – les non-italianistes la peuvent lire [p. 43] dans la traduction de Maurice Javion et Mario Fusco [2001], publiée chez Gallimard dans la collection Folio en 2012 –, je compris pleinement comment donner à saisir la granularité sonore aux manants. Depuis, j’explique que, comme ce brave hurluberlu qui, à force de rouler, disparut, la granularité sonore est seulement quelque chose qui existe sans s’en douter. Et notre rôle, par ma foi, est de rendre justice à cette existence pure au sens où elle n’a pas conscience d’elle-même. »

 

Le Roy sur les bords de Marne, le 16 novembre 2021. Photo : Bertrand Ferrier.

 

Cette extrême générosité de la pensée se traduit, chez l’expert granurologue, par un besoin de se ressourcer à soi-même et à la nature. Il s’agit évidemment d’un hasard si la promenade revigorante qu’il fit le conduisit, par la suite, à des libations en joyeuse, musicale et œnologique compagnie. Le stipuler relève de l’évidence, mais il est sain, parfois, de relever de l’évidence plutôt que d’une méchante maladie. (En gros, hein.)

 

Le Roy au Val de Beauté, à Nogent-sur-Marne, le 16 novembre 2021. Photo : Bertrand Ferrier.


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  1. … aux grandes orgues de la collégiale de Montmorency.
  2. … à l’église Saint-Marcel (Paris 13).
  3. … à l’église Sainte-Marie-Madeleine de Domont.
  4. … à l’église Saint-Martin de Groslay.
  5. … à l’église Saint-Louis de Vincennes.
  6. … à l’église Saint-Joseph d’Enghien-les-Bains.
  7. … sur l’orgue provisoire loué par Notre-Dame de Vincennes.
  8. … aux grandes orgues de la cathédrale de Gap.
  9. … aux grandes orgues de Sainte-Julienne de Namur puis de la cathédrale de Namur.
  10. … à l’église Notre-Dame de Beauchamp.
  11. … sur l’harmonium du temple protestant du Saint-Esprit (Paris 8).
  12. … à l’église de Taverny et à l’église de Bessancourt.
  13. … à l’église du Raincy.
  14. … à l’église de Notre-Dame du Rosaire.
  15. … aux grandes orgues de l’église Sainte-Marie des Batignolles (Paris 17).
  16. … aux grandes orgues de la chapelle du Val-de-Grâce (Paris 5).
  17. … aux grandes orgues de la basilique d’Argenteuil.
  18. … sur l’orgue Cattin de Notre-Dame de Vincennes.
  19. … sur l’orgue Mutin-Cavaillé-Coll de Saint-Georges de la Villette (Paris 19).
  20. … sur l’orgue Merklin de Saint-Dominique (Paris 14), une fois ou deux.
  21. … sur l’orgue Delmotte de Saint-André de l’Europe (Paris 8).
  22. … aux grandes orgues de la collégiale Saint-Jean de Pézenas.
  23. … aux orgues de l’Immaculée Conception (Paris 12).
  24. … sur l’orgue de l’église Sainte-Claire (Paris 19).
  25. … sur l’orgue de l’église Saint-Denis de Gerstheim.

 

Une photo qui fait du bruit

Photo : Jacques Bon

 

Cette photo a une histoire.
Dûment autorisés par le curé de Saint-André de l’Europe, Jack Good et moi-même estions en train de capter un concert pour orgue et machines électroniques autour de l’Apocalypse quand, soudain, des jeunes bien propres vinrent prier devant le maître-autel de l’église. Le fait eût pu réjouir, n’eût été leur souhait d’entonner des cantiques charismatiques en boucle. Bientôt, les belles âmes décidèrent de polluer davantage en ajoutant à leurs voix celles desdits cantiques, diffusés depuis YouTube via leur smartphone à pomme. Devant leur insistance à péter notre captation (créneau d’1 h 15 pour prestation d’1 h), nous nous résolûmes – surtout moi – à agir avec une violence superlative : improviser sur les grands jeux jusqu’à ce que les gougnafiers se cassassent.
Les connaisseurs noteront sur la photo, à droite, l’extrême délicatesse de l’organiste. Au cas où des paroissiens moins néfastes eussent été présents, le musicien a pris soin d’ôter le clairon (cinquième tirant en bas à gauche), qui eût sonné faux très vite.
Encore une victoire de la musique contre les hypocrites malotrus !
(Le résultat est disponible ici.)

 

Bien accompagné 23

Boulgour à l’orgue de l’Immaculée Conception. Photo : Bertrand Ferrier.

 

Pas de vacances pour les experts : la firme Sleepy & Partners a été sollicitée une fois de plus pour faire démonstration de sa capacité à établir des diagnostics aussi pointus que des turlututus quant à la granularité sonore des orgues du monde entier. Cette fois, c’est l’ultra expérimenté Boulgour qui a été mandaté auprès des grandes orgues de l’Immaculée Conception (Paris 12). L’objectif ? Toujours le même : saisir la rencontre entre le son et l’instant…

 

Photo : Bertrand Ferrier

 

… puis, grâce à la méditation, la concentration et l’exigence analytique, devenir et le son et l’instant.

 

Photo : Bertrand Ferrier

 

Pour l’expert, le travail consiste alors à « objectiver le granulaire ». Et ça n’est pas chose aisée, à l’en croire.

Pour déterminer l’essence – en l’espèce, l’essence du son en tant qu’il se présente à travers son grain, et vice et versa –, il nous faut revenir à ce que Husserl définit, dans Idées directrices pour une phénoménologie, comme « l’empire de l’être absolu ». Vous trouverez son propos à la page 242, dans l’édition Tel qui a popularisé la traduction de Paul Ricœur. Or, et Husserl le pointe bien, pour catégoriser l’objet de l’étude, il faut établir la plus radicale de ce qu’il appelle la « distinction au sein de l’être », c’est-à-dire le départ entre l’être comme conscience et l’être s’annonçant. Si l’on se place dans cette perspective phénoménologique – à la fois un peu schématisante, bien sûr, et éclairante, du moins pour une première approche –, la quête de la granularité sonore s’inscrit dans un process éidétique qui postule l’essence de ce grain et tâche de le dégager de ses apparats existentiels. Donc, pour cela, l’exigence majeure est sans doute de ne pas confondre l’être transcendantal du son et l’être transcendant du grain – pardon de revenir sur ce qui doit être une évidence pour tout le monde (rires) !

Soudain, le sachant tire la bombarde et, juste avant de la tester, précise, comme ses confrères qui en ont l’occasion : « Dans notre compagnie, nous sommes partenaires en expertise, mais ne croyez pas pour autant que nous nous la pétions ! »

 

Photo : Bertrand Ferrier

 

Son job accompli, l’expert peut s’accorder un instant fraîcheur…

 

Photo : Bertrand Ferrier

 

… puis gagner la richissime pièce annexe où, après une terrible déception…

 

Photo : Bertrand Ferrier

 

… son instinct granulaire ne manque pas de ressurgir.

 

Photo : Bertrand Ferrier

 

« Et voilà, soupire enfin Boulgour, les yeux dans le vague. Il ne me reste plus qu’à rédiger mon rapport afin d’avancer dans nos recherches sur la granularité sonore. » Toujours cette mystérieuse granularité sonore dont, à l’instar du Graal, un non-initié peine à définir avec précision s’il s’agit d’un récipient, d’une pierre incandescente ou d’un objet trop mou pour ouvrir une serrure, un peu comme une chemise. Gageons que c’est ce qui fait une grande partie de son charme !

 

Photo : Bertrand Ferrier

 

Bien accompagné 22 | Les aventures de Jamel 3

Orgue de la collégiale Saint-Jean de Pézenas. Photo : Bertrand Ferrier.

 

À la base, c’était ça, l’histoire. Mais, inévitablement, tout se complique. Qui dit nouvel orgue, dit intervention de l’expert, en l’espèce le zozo croisé çà et là. Le spécialiste est chargé d’estimer la braoumitude du machin. Dont acte, voire tact.

 

Jamel from Sleepy & Partners à l’orgue Lépine-Cavaillé-Coll de la collégiale Saint-Jean de Pézenas. Photo : Bertrand Ferrier.

 

Le potentiel est riche, incontestablement. Mais il nécessite un examen complexe, surtout sur un orgue aussi polymorphe « et dont la polymorphie signifiante est précisément partie prenante de son organicité », stipule le  professionnel sans rigoler…

 

Jamel from Sleepy & Partners à l’orgue Lépine-Cavaillé-Coll de la collégiale Saint-Jean de Pézenas. Photo : Bertrand Ferrier.

 

… même s’il stipule qu’il ne veut pas se la péter, fût-ce quand il bombarde.

 

Jamel from Sleepy & Partners à l’orgue Lépine-Cavaillé-Coll de la collégiale Saint-Jean de Pézenas. Photo : Bertrand Ferrier.

 

Restons sérieux, de grâce.

 

Jamel from Sleepy & Partners à l’orgue Lépine-Cavaillé-Coll de la collégiale Saint-Jean de Pézenas. Photo : Bertrand Ferrier.

 

Rentrons plutôt pour discuter organologie avec le Dom Bedos de Nizas, môssieur Avril.

 

Photo : Bertrand Ferrier

 

Donc, d’abord, se relaxer, puisque c’est la meilleure façon de penser.

 

Photo : Bertrand Ferrier

 

Il se trouve que l’expert est logé dans une salle où il peut travailler son goût sonore sur un Sonata d’occasion.

 

Photo : Bertrand Ferrier

 

Après, il est vrai que sur le détail de la registration, bon, chacun son boulot…

 

Jamel changeant les registrations à Pézenas. Photo : Bertrand Ferrier.

 

Conclusion : « La poétisation du propos ne doit pas contrevenir à une historicité structurante qui, intrinsèquement, porte sens à l’être-là quasi heideggérien du propos, en tant qu’il propose une vision structurale tout en offrant une idéité momentanée de la granularité sonore. » Toujours, toujours, et même encore cette mystérieuse granularité sonore…

 

À la vôtre !

Hervé Désarbre le 19 septembre 2020, en l’église Saint-André de l’Europe

 

Lors du lancement de la cinquième saison du festival Komm, Bach!, Hervé Désarbre a débouché deux bouteilles offertes par Hans-Uwe Hielscher. Voici la première.

 

 

Bien accompagné 20 bis

Figus, de la coopérative Sleepy & Partners, en l’église Saint-Dominique (Paris 14). Photo : Bertrand Ferrier.

 

La maison Sleepy & Partners, spécialiste en inspection et facture d’orgue, experte en évaluation de la granularité sonore, intervenant en France et dans le monde entier (jusqu’en Belgique, c’est dire), n’a certes pas mégoté, comme on dit à Notre-Dame, au moment d’envoyer un partner en l’église Saint-Dominique dont l’orgue vient d’être réinauguré. En effet, c’est Figus, éminence internationale connue jusqu’en Wallonie, qui a été délégué pour examiner la chose.

 

Le repos de l’expert, près de la citadelle de Namur. Photo : Bertrand Ferrier.

 

Cet examen, d’une grande complexité, embrassait voire embrasait des questions d’ordre musical et technique. Travaillant autant

  • l’échantillonnage – id est la caractérisation du détail
    • en soi et
    • dans son ensemble – que
  • la conception holistique d’un instrument revendiquant une globalité cohérente qui ne se peut appréhender que dans un va-et-vient
    • intellectuel,
    • sonore et
    • pragmatique,

entre totalité et précision et où, par le fait même, la résultante – dans ses multiples spécificités – ne peut être saisie sans être rapportée à la réalité des processus

  • (systémiques et
  • générateurs),

donc au potentiel manifesté en tant que vibrations en mouvement, partant,

  • en tant que continuum et
  • en tant qu’ondulation,

consubstantiels à ses matérialités

  • concrète,
  • fonctionnelle et, pour ainsi dire,
  • métaphysique,

l’expert spécialiste – ouf – a entrepris des séries d’examens d’une saisissante profondeur dont, particularité de la maison Sleepy & Partners, toujours à la pointe de l’innovation en facture organologique, le fameux T2DTC, le Test Dit Du Tape-Cul.

 

Le test dit du tape-cul réalisé par Figus en l’église Saint-Dominique (Paris 14). Photo : Bertrand Ferrier.

 

Loin de s’en tenir à une approche purement musicale, l’expert a tenu à étudier aussi les éléments laissés sur le chemin par la restauration. « Un expert est avant tout un enquêteur multifonctionnel auquel rien de ce qui ressortit de son champ d’examen ne doit être étranger », a-t-il aimé nous spécifier.
Dont acte, évidemment.

 

Exploration électrique menée par Figus en l’église Saint-Dominique (Paris 14). Photo : Bertrand Ferrier.

 

Puis le manitou a ajouté : « En plus, j’adore la bricole et la bidouille. »
Preuve en fut donnée avant que, comme à l’habitude de la maison Sleepy & Partners, l’organologiste annonce réserver ses conclusions à qui de droit, après avoir confronté ses observations avec les pistes esquissées par son collègue Zorglub, venu superviser les travaux de restauration.

 

Figus el’ bricoleur de la bidouille en l’église Saint-Dominique (Paris 14). Photo : Bertrand Ferrier.

 

À peine s’il nous fut susurré : « Il est évident que, sur tout un certain nombre de points, la préservation d’une problématique focus sur l’art de challenger fonctionnellement la question de l’anamnèse instrumentale – je parle ici de la facture en tant que ressuscitant le passé de l’instrument tout en la jointoyant avec la présencialité de notre être-là – au profit d’un rayonnement optimisé du Merklin de salon dans cette église, cette préservation, dis-je, n’est pas sans profiter, c’est patent, à une certaine granularité sonore. »
Toujours cette fameuse granularité sonore… Je crains qu’il nous faille, hic et nunc, nous débrouiller avec cette sentence jusqu’à la prochaine expertise spécialisée.


Pour retrouver toutes les expertises de Sleepy & Partners, c’est ici.
Pour retrouver spécifiquement l’expertise des travaux du Merklin de Saint-Dominique par Zorglub, c’est çà.
Et pour rêver à la vie d’expert international de Figus, c’est là.

Monuments à notre aune

Photo : Jacques Bon (http://www.cafcom.net/)

 

On essaye. On propose. Et, parfois, quand le thème est « y a d’la joie », ça peut donner une suite déclinant la « Joie minaudante », donc :

  • la réception d’une nomination prestigieuse ;
  • la célébration éclatante de la nouvelle ;
  • la chanson de la modestie touchante et bien élevée ;
  • le désir de reconnaissance submerge peu à peu l’examen de conscience ;
  • le triomphe du désir de coquetèle, des discours ennuyeux et des dorures ; enfin
  • l’effacement des doutes et ressassement de la joie complète (qui continue quand même de jouer un peu faux, faut – ha ha – dire que c’est presque l’été, on va pas accorder l’orgue pour si peu, heureusement).

Ça n’a rien de décolonialiste ou de vivre-ensemble, cela est fort juste, mais qu’importe : pour la tristesse assumée, on verra plus tard.