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Le blog de Bertrand Ferrier, page 127

Olivier Messiaen, IntĂ©grale de l’œuvre d’orgue, Forlane – 7 – MĂ©ditations (1)

 

Dix-huit ans après le Livre d’orgue, Olivier Messiaen Ă©crit Ă  nouveau pour l’orgue Ă  l’occasion de la rĂ©inauguration de l’orgue de la TrinitĂ©. Ă€ l’instar de la Messe de la PentecĂ´te, MĂ©ditations sur le mystère de la sainte TrinitĂ© (1969) s’inspire d’improvisations tout en articulant ses quatre-vingt minutes sur une triple trinitĂ© :

  • trois mĂ©ditations sur la TrinitĂ© (le Père, le fils et le Saint-Esprit) ;
  • trois mĂ©ditations sur les caractĂ©ristiques divines ; et
  • trois mĂ©ditations sur la dĂ©finition de Dieu.

Parmi les Ă©lèves du CRR de Saint-Maur et de la Schola cantorum, c’est Oleg Dronikov – formĂ© Ă  l’harmonie au CNSM de Paris par Yves Henry et Ă  l’orgue au CRR par Éric Lebrun – qui a Ă©tĂ© choisi pour donner la première mĂ©ditation, intitulĂ©e « Le Père des Ă©toiles ». La notice d’autres intĂ©grales souligne la profondeur du propos en insistant sur

  • le sens des leitmotivs (le premier Ă  apparaĂ®tre « symboliserait Dieu », c’est pas rien) et
  • l’organisation sĂ©rielle appuyĂ©e sur des combinaisons de durĂ©e et de hauteur de notes inspirĂ©es par un alphabet musical que le compositeur a appelĂ© « langage communicable ».

Quant Ă  nous, nous parlerons surtout de ce qui est perceptible Ă  l’Ă©coute, tel cet unisson liminaire, avec mixtures, fonds et anches de 16′, 8′ et 4′. Un dialogue s’ensuit, d’oĂ¹ se dĂ©tache le propos dĂ©chiquetĂ© profĂ©rĂ© par la main droite. L’arrivĂ©e de la pĂ©dale, bombarde en Ă©tendard, secoue un peu plus la cathĂ©drale de Toul sous les scansions puissantes des claviers. Les silences (Ă©crits) soulignent la spĂ©cificitĂ© de l’orgue, dont le propos s’inscrit Ă  la fois dans

  • la rĂ©alitĂ© de la note,
  • la spĂ©cificitĂ© d’un instrument et
  • la matĂ©rialitĂ© d’un espace.

Nul doute que l’espace de Saint-Étienne soit magnifiĂ© par la captation. Celle-ci parvient Ă  dĂ©jouer – avec brio mais sans l’ostentation que plaquerait une rĂ©verbĂ©ration artificielle ou une proximitĂ© clinquante, par exemple – le danger d’une voĂ»te prompte Ă  monopoliser le son. Après le tutti, nouveau changement de cap pour le retour du thème du Père au positif, traitĂ© en duo, la main gauche commentant. Doublette et cornet, bien accompagnĂ©s, batifolent autour de la sĂ©quence matricielle, permettant Ă  l’auditeur, en dĂ©pit de la longueur un brin abusive, de goĂ»ter des sonoritĂ©s proches et lointaines, ainsi que des rythmes associant la rĂ©gularitĂ© des doubles Ă  gauche et l’irrĂ©gularitĂ© rĂ©pĂ©tĂ©e de la main droite. Un quasi tutti conduit au plenum final avec la solennitĂ© qui sied sans doute Ă  ce dieu dans lequel Olivier Messiaen voit un « principe qui n’a pas de principe » au sens oĂ¹ il est pleinement « inengendré », et pourquoi pas ?
La deuxième mĂ©ditation, « Dieu est saint », Ă©choit Ă  Marion AndrĂ©. Autant pianiste (elle a enregistrĂ© CPE Bach au piano pour Qantum, le label de Pascal Vigneron) qu’organiste, Ă©galement violoniste et dĂ©sormais en voie de cheffisation grĂ¢ce Ă  ses Ă©tudes Ă  l’ENM Cortot, l’interprète est passĂ©e par Londres et Bruxelles avant, donc, d’affronter sous les micros la triple louange au Christ, seul saint, seul seigneur, seul très-haut. Le tempo choisit peut sembler lent : Olivier Latry bouclait en moins de 10′ ce qu’il faut plus de 12′ Ă  Marion AndrĂ© pour conclure. Toutefois, le compositeur en personne a enregistrĂ© l’affaire en 12′, ce qui valide la battue de la musicienne.
Un plain-chant allĂ©luiatique, de nouveau traitĂ© Ă  l’unisson octaviĂ©, se dĂ©cline sur deux plans sonores avec des effets d’Ă©cho (2’50). Le gloria en commentaire dĂ©ploie une harmonie en valeurs longues que des chants d’oiseaux viennent aĂ©rer et Ă©clairer. Ainsi du troglodyte (1’30), pour lequel le compositeur exige une registration singulière (doublette, tierce, piccolo et fourniture). Le merle noir (3’10 et 8’07), lui, chante sa monodie sur des flĂ»tes de 8′ et de 4′. La fauvette des jardins et ses notes rĂ©pĂ©tĂ©es, comme la fauvette Ă  tĂªte noire, lĂ©gèrement harmonisĂ©e, se glissent avant que le retour des mixtures ne signale la reprise du dĂ©but de la partition.

  • Sollicitant avec pertinence l’ensemble de l’instrument,
  • laissant Ă  la fois le son s’Ă©panouir et le silence faire son Å“uvre,
  • travaillant la spĂ©cificitĂ© des tenues avec ce qu’il faut de boĂ®te expressive pour coulisser un decrescendo Ă©lĂ©gant,

Marion AndrĂ© s’emploie Ă  rendre la spĂ©cificitĂ© de ces diffĂ©rents visages musicaux de la saintetĂ©. Les tempi, lents plus que « presque lents », permettent de contraster habilement la solennitĂ© des plenums et la vivacitĂ© des oiseaux. La variĂ©tĂ©

  • des sons,
  • des couleurs et
  • des caractères

nourrit l’intĂ©rĂªt de l’auditeur, d’autant que la structure rĂ©pĂ©titive est pimpĂ©e par des inserts Ă©vitant l’enlisement. Ainsi de la coda paisible Ă©grenant les « litanies du saint nom de JĂ©sus », 11′, avec les ondulants qui vont bien  et ces registrations très messiaeniques que sont le quintaton de 16′ + nazard et le bourdon de 16 + quinte. C’est un plaisir de profiter Ă  nouveau

  • de la profondeur,
  • de la variĂ©tĂ© et
  • de l’harmonisation intĂ©ressante

des registres de l’instrument.
La notice de l’intĂ©grale Tanke, souvent savoureuse, nous prĂ©vient : la troisième mĂ©ditation est « peut-Ăªtre la plus mystique et la plus compliquĂ©e Ă  comprendre du recueil ». Prometteur ! Sacha DhĂ©nin, agrĂ©gĂ© de mathĂ©matiques passĂ© par le conservatoire de Saint-Maur, s’empare de « La relation en Dieu est rĂ©ellement identique Ă  l’essence » (mĂªme par temps de pĂ©nurie de matière première, il ne faut pas mettre l’accent sur « l’Ă©ssence », Mme la pochette !). La partition indique trois plans sonores :

  • bombarde et fonds au rĂ©cit,
  • fonds aux positif et grand orgue,
  • fonds et soubasse de 32′ Ă  la pĂ©dale.

Les Ă©volutions des trois plans sĂ©parĂ©s, oĂ¹ le compositeur fait figurer des significations mystiques oscillant entre Dieu, sa figuration verbale et sa grammaire (çà le datif « à », lĂ  le gĂ©nitif « de »), dessinent un monde escarpĂ©, entre

  • grondements graves,
  • aigus dĂ©coupĂ©s et
  • harmonisations tĂªtues.

La plus courte pièce du cycle ne dĂ©vie pas de son projet, peignant de façon unie manière de dogme trinitaire et ouvrant la voie Ă  la quatrième mĂ©ditation, rĂ©solument tautologique : « Dieu est » est son titre. FormĂ© par Éric Lebrun et prĂ©fĂ©rant, selon Ouest France, une carrière d’historien Ă  celle de musicien, Paul Isnard l’interprète. Au programme, ce n’est pas forcĂ©ment bon signe, moult chants d’oiseau comme ce rĂ©current « cri du pic noir » triple forte pour commencer « en fusĂ©e », puis ce merle Ă  plastron, cette chouette de Tengmeim qui aura le dernier mot, etc.

  • Mutations d’atmosphère,
  • trilles et
  • rĂ©currences

couturent une partition essentiellement manualiter qui assume sa spĂ©cificitĂ© trouĂ©e voire dĂ©chiquetĂ©e. Plus imposante, la cinquième mĂ©tition, longuement intitulĂ©e « Dieu est immense, Dieu est Ă©ternel, Dieu est immuable » est confiĂ© Ă  Alice Nardo. Presque deux fois plus longue que la prĂ©cĂ©dente, cette mĂ©ditation centrale articule diffĂ©rents thèmes reprĂ©sentant les multiples qualitĂ©s de Dieu. Les anches sont largement mises Ă  contribution, sur des tempi allant de « très lent » (Dieu est immense, Dieu est immuable) Ă  « très modĂ©ré » (Dieu est Ă©ternel), avec quelques incursions dans de brèves furies… et parfois des traces de montage pour une fois maladroit, comme Ă  2’08 oĂ¹ la rĂ©sonance est coupĂ©e net avant l’arrivĂ©e du si bĂ©mol au basson de 16′ (faut bien laisser croire que l’on Ă©coute vraiment les disques, sinon, c’est pas drĂ´le). La variation

  • des registrations,
  • des articulations,
  • des tempi,
  • des forces sollicitĂ©es,

mais aussi

  • la rĂ©currence des leitmotivs,
  • la richesse de l’orgue de Toul habilement sollicitĂ©
  • la virtuositĂ© exigĂ©e et
  • le sens des respirations que manifeste l’interprète

contribuent Ă  soutenir l’intĂ©rĂªt de l’Ă©coute. L’admirable coda, jouĂ©e avec l’apaisement et le recueillement qui conviennent mais sans le gnangnantisme dĂ©vot qui plomberait tout, parachève le plaisir de l’auditeur jusqu’au dernier cri du bruant jaune. Ă€ suivre dans les quatre dernières mĂ©ditations !


Épisodes précédents
1 – Pièces diverses
2 – L’Ascension
3 – La Nativité
4 – Les Corps glorieux
5 – Messe de la Pentecôte
6 – Le Livre d’orgue

 

Ă” sol et mi hauts !

Batignolles, août 2022. Photo : Bertrand Ferrier.

Les jours de pluie, ça ne veut rien dire.
Les jours de pluie, ça n’existe pas.
Parfois.

 

Olivier Messiaen, IntĂ©grale de l’œuvre d’orgue, Forlane – 6 – Le Livre d’orgue

 

Les sept pièces du Livre d’orgue forment, avec la Messe de la PentecĂ´te, la partie prĂ©fĂ©rĂ©e du corpus messiaenique tel qu’interprĂ©tĂ© par Louis Thiry. Pour l’artiste, les deux cycles « sont les plus belles rĂ©ussites » d’Olivier Messiaen grĂ¢ce Ă  leur « cĂ´tĂ© radical » et Ă  « un certain classicisme ».
Pour le classicisme, en effet, la forme est en apparence servie. Après la messe (1950), voici le livre d’orgue, une appellation qui fleure bon sa musique ancienne. Pour la radicalitĂ©,

  • les options stylistiques,
  • la composition du Livre et
  • les options de registration

ne manquent pas d’audace, en effet. ParticularitĂ© du Livre d’orgue pointĂ©e par Thiry : « Presque toutes les pièces se dĂ©roulent sur une registration unique, avec des plans sonores dĂ©finis une fois pour toutes au dĂ©but ». « C’est une musique qui ose », conclut l’organiste.
Avec la classe d’orgue du Conservatoire royal de Bruxelles, osons donc nous lancer dans le premier mouvement, dont le titre, « Reprises par interversion », est aussi peu amène avec le bĂ©otien que l’annotation liminaire spĂ©cifiant qu’ont Ă©tĂ© utilisĂ©s trois rythmes hindous « traitĂ©s en personnages rythmiques » et expliquant que

  • l’un augmente d’une triple croche Ă  chaque rĂ©pĂ©tition ;
  • le deuxième « part en forme exagĂ©rĂ©e » et diminue d’une triple croche Ă  chaque rĂ©pĂ©tition ;
  • le dernier ne change pas.

L’interversion se crĂ©e lors des reprises qui vont « des extrĂªmes au centre puis du centre aux extrĂªmes, puis [de façon] rĂ©trogradĂ©e ». En gros, c’est toujours la mĂªme chose mais toujours pas pareil. C’est dire si nos lecteurs prĂ©fĂ©rant le zim boum pan pan, ce qui leur droit le plus strict, peuvent revenir voir demain si nous ne sommes pas revenus Ă  des sentiments moins tarabiscotĂ©s.
En attendant, affrontons cette pièce disposĂ©e – selon les indications du compositeur – sur quatre plans sonores :

  • au rĂ©cit, un curieux assemblage de Bourdon de 16′, de hautbois et de cymbale ;
  • au positif, une ouverture cĂ©leste associant prestant de 4′, nazard de 2 2/3, tierce de 1 3/5 et piccolo de 1′ ;
  • au grand orgue, un ensemble classique avec des bourdons de 16 et de 8 et une flĂ»te de 4′ ; et
  • Ă  la pĂ©dale, une bombarde de 16′,

tous jeux disponibles sur l’orgue de Toul.
Sur un tempo très lent (5’15 pour Thiry, 6′ pour Latry, 8′ dans la prĂ©sente version), Damien Leurquin glisse les diffĂ©renciations de hauteur et les microchangements de durĂ©es. Des silences, toutes les deux minutes, signalent des changements de règles ; des rĂ©currences s’imposent et assurent une certaine lisibilitĂ© ; mais, en dĂ©pit de l’Ă©lĂ©gant Ă©tagement sonore des interventions (et Ă  cause de lui), ce mouvement, caractĂ©ristique d’un certain sĂ©rialisme, semble davantage viser Ă  bluffer l’intellect de l’auditeur qu’Ă  le saisir d’une Ă©motion poignante. Le titre le laissait entendre, et la singularitĂ© des trois types de sonoritĂ©s proposĂ©e ne suffira pas Ă  convaincre tous les mĂ©lomanes qu’il est possible de se laisser fasciner par

  • la segmentation immuable du propos,
  • la construction sĂ©vère et rigoureuse rĂ©pondant Ă  des exigences culturellement et intellectuellement non accessibles par la seule audition, ou par
  • l’absence de tension narrative hormis la coexistence indiffĂ©rente de trois motifs, ce qui, sur 8′, fait un peu lĂ©ger en termes de pitch.

Titulaire de deux DiplĂ´mes d’État pour enseigner le piano et l’orgue, SalomĂ© Gamot s’octroie la première « Pièce en trio » du Livre. Par convention, Ă  l’orgue, un trio dĂ©signe une partition oĂ¹ la main droite, la main gauche et la pĂ©dale ont trois voies d’Ă©gale importance. Pour un mystique titulaire de l’Ă©glise de la TrinitĂ©, on devine sans Ăªtre clairvoyant les implications thĂ©ologiques d’une telle tripartition. Pour l’interprète, fors le dix-huitième siècle français, l’appellation est synonyme d’un travail d’indĂ©pendance des pattounettes qui, pour donner parfois des rĂ©sultats sublimes, n’est pas souvent sans complexitĂ©.
Au centre du triangle, Olivier Messiaen a placĂ© la question du rythme ou plutĂ´t des rythmes hindous « traitĂ©s en valeurs irrationnelles » sur quatre plans sonores nettement caractĂ©risĂ©s, la main droite occupant le grand orgue Ă  l’ouverture (bourdon de 16′ et flĂ»te de 4′) et la main gauche travaillant elle aussi les aigus au positif. Le rĂ©sultat siĂ©ra aux Konnaisseurs mais aussi aux amateurs d’une poĂ©sie Ă©nigmatique, capables de s’enfoncer dans un paysage inhabituel avec gourmandise. La brièvetĂ© du propos ne le rendra pas inaccessible aux curieux prĂªts Ă  admettre que « maintenant, nous voyons dans un miroir d’une manière obscure » (la citation de saint Paul proposĂ©e par le livret n’est pas la bonne, elle a Ă©tĂ© intervertie avec l’autre pièce en trio).
« Les mains de l’abĂ®me » est le second morceau confiĂ© Ă  Damien Leurquin. Il ouvre d’emblĂ©e l’abyme dont le cri a permis Ă  la profondeur de « lever ses deux mains », selon la vision du prophète Habbacuc. L’interprète veille Ă  associer

  • tenues,
  • accords presque dĂ©tachĂ©s et
  • respirations

qui structurent la première partie triple forte. La deuxième partie dĂ©bouche vite sur un duo entre une voix humaine tremblante – sans doute l’humanitĂ© derrière la voix – assis sur un 16′ terrien, et un attelage cĂ©leste associant tierce et piccolo de 1′. La deuxième section est traitĂ©e en trio. Derrière une pĂ©dale qui semble marquer l’inĂ©luctabilitĂ© des abysses, l’humanitĂ© mĂ©diane sembl

  • tantĂ´t sauter en vain vers le ciel pour s’en approcher,
  • tantĂ´t se contenter d’essayer de l’imiter,
  • tantĂ´t s’Ă©puiser Ă  constater qu’elle ne capturera jamais l’essence de l’ineffable, la rĂ©partition des rythmes soulignant l’incompatibilitĂ© de substance entre les deux entitĂ©s (9 pour 4, 7 ou 10 pour 8).

Le retour du segment liminaire enclĂ´t le mouvement dans une forme ABA presque tragique.
Charlène Bertholet hĂ©rite des « Chants d’oiseaux ». Après le temps de pĂ©nitence, voici venu le temps pascal oĂ¹ l’après-midi offre les fredonneries du merle noir (0’29), du rouge-gorge (0’44), de la grive musicienne (0’49) et, quand s’insinue le crĂ©puscule, du rossignol. La registration demandĂ©e travaille

  • le contraste (cymbale et bourdon de 16′ au rĂ©cit, clarinette et quintaton de 16′),
  • le simple (bourdon de 8′ au GO) et
  • l’oxymorique cher Ă  Olivier Messiaen (flĂ»te de 4′ au pĂ©dalier).

La pĂ©dale arbitre un temps les Ă©changes ornithologiques ; puis le merle noir prend le pouvoir grĂ¢ce Ă  la dextĂ©ritĂ© monodique de l’interprète. Le motif liminaire sert d’interlude avant que le merle noir ne tente son retour. La grive musicienne lui rĂ©pond, le rossignol enchaĂ®ne – bref, chacun cause Ă  son tour, encadrĂ© par la pĂ©dale. Ce statisme aux relents Ă©sotĂ©riques pourra perdre l’auditeur pressĂ© malgrĂ© le soin apportĂ© Ă  cette collection de chants musiquĂ©s – on aurait nĂ©anmoins mauvaise grĂ¢ce de tirer la tĂªte :

  • les phrasĂ©s, tempi et silences sont justes,
  • les jeux utilisĂ©s respectent la nomenclature messiaenique et ne manquent pas de fruitĂ©, et, soyons honnĂªtes,
  • le titre avertissait les rĂ©fractaires aux pulsions d’oiseleurs du maestro – s’ils sont lĂ , c’est qu’ils le valent bien.

Pour prĂ©senter la seconde « Pièce en Trio », dĂ©volue Ă  Maria Vekilova, la notice de l’intĂ©grale de Willem Tanke (Brillant) est Ă©clairante : sa « structure rythmique complexe n’est pas destinĂ©e Ă  Ăªtre dĂ©celĂ©e Ă  l’Ă©coute », elle est « difficile Ă  comprendre et constitue un vĂ©ritable test de la capacitĂ© de concentration de l’auditeur ». Ce programme prometteur commence Ă  un tempo « bien modĂ©ré » sur une monodie traversant l’ensemble des registres. La main gauche rejoint la danse hindoue, suivie par la pĂ©dale (de nouveau en 4′) qui joue « la mĂ©lodie principale » selon le compositeur, la ligne principale selon l’auteur de, prĂ©cisĂ©ment, ces lignes, souvent constituĂ©e de montĂ©es de trois notes inĂ©gales. Un effet de mĂ©lange presque spectral tintinnabule dans une rĂ©sonance dĂ©chiquetĂ©e oĂ¹

  • quelques tenues,
  • quelques silences et
  • quelques sautes de registre dans chaque voix

tiennent lieu d’Ă©vĂ©nements. L’atmosphère obtenue n’est pas sans charme dans son intention. On goĂ»te

  • des irisations,
  • des saccades presque imprĂ©visibles et
  • l’installation d’une tension nourrie par les interversions sĂ©rielles entre
    • rĂ©pĂ©titivitĂ© et
    • dĂ©formation du motif ressassĂ©.

Toutefois, le rĂ©sultat, Ă©talĂ© sur 8’20, pourra sans doute sĂ©duire les mĂ©lomanes ayant

  • une vie intĂ©rieure très intense Ă  la recherche d’une bande-son peu commune,
  • une connaissance musicologique très poussĂ©e ou
  • une capacitĂ© remarquable Ă  se laisser emporter par une supposĂ©e magie du son (quelque moyen ou substance employĂ¢t-on afin de parvenir Ă  cette performance).

Les autres trouveront peut-Ăªtre que c’est une bien curieuse manière de cĂ©lĂ©brer le dimanche de la TrinitĂ© voire d’utiliser la rigueur mĂ©ritante de Maria Velikova. ConsidĂ©rons que des Å“uvres de ce tonneau-lĂ  tracent la ligne de dĂ©marcation entre auditeurs de bonne volontĂ© et sachants qui sachent. Nous ne tombons pas du cĂ´tĂ© des admirateurs – au fond, qu’importe ? des coups et des douleurs, discute-t-on vraiment ?
« Les yeux dans les roues », tube du recueil, est offert Ă  SalomĂ© Gamot. C’est la toccata du recueil, dont le titre reprend l’image du prophète d’Ezekiel – nouveau nom de celui qui se faisait appeler ÉzĂ©chiel Ă  l’ère Messiaen, et se retrouve plus proche de l’Ă©piscopat que de l’Ă©tat de prophète en devenant Evechiel dans le livret Forlane – laquelle, depuis, a perdu de son mystère par le truchement de la dernière réécriture. DĂ©sormais, pour l’AELF, les roues de chaque Vivant, reprĂ©sentant leurs visages ont un pourtour « grand et effrayant, rempli de scintillements ». RĂ©sultat,

lĂ  oĂ¹ l’esprit voulait aller, ils allaient, et les roues s’Ă©levaient avec eux : l’esprit du Vivant Ă©tait dans les roues[,]

ce qui change un brin d’avec

les jantes des quatre roues Ă©taient remplies d’yeux tout autour. Car l’Esprit de l’Ăªtre vivant Ă©tait dans les roues[,]

version messiaenique. Puissant dĂ©ferlement en trio sur les tutti (surtout Ă  la pĂ©dale, qui a droit aux 32′ et est donc marquĂ©e quadruple forte quand les claviers en restent Ă  un triple forte), la pièce emporte l’auditeur par son exigence motorique qui s’achève, comme la pièce prĂ©cĂ©dente, sans se rĂ©soudre ni ralentir – le montage Forlane ajoutant mĂªme quinze secondes après la dernière note, soit cinq secondes de rĂ©sonance et dix secondes comme pour rĂ©sorber cette Ă©nergie…
… et marquer la fin du disque, puisqu’il faut glisser la cinquième galette dans le mange-CD si l’on veut entendre le dernier mouvement du Livre. Au point oĂ¹ l’on en est, pourquoi pas ? Laurent Fobelets, ingĂ©nieur de gestion perfectionnĂ© Ă  l’orgue auprès de Bernard Foccroulle « depuis 2014 », s’est donnĂ© la peine de travailler la pièce et de l’enregistrer, Ă©coutons donc les « Soixante quatre durĂ©es ». Le morceau, proposant des durĂ©es allant d’une Ă  soixante quatre triples croches, est dĂ©crit comme d’humeur « sensitive and atmospheric » dans l’intĂ©grale Tanke, comme « traversĂ©e par des oiseaux fantastiques » dans l’intĂ©grale Latry (le compositeur promet en effet, quitte Ă  raidir ses haters, un texte « peuplĂ© de chants d’oiseaux »). Soit, partons pour le rĂªve et le peuple ornithologique.
Sur un tempo « modĂ©ré », la registration requise associe un mĂ©lange creux au rĂ©cit (16′, 8′ et 2′), un ensemble cohĂ©rent de 16-8-4 + quinte de 2 2/3 au grand orgue, et deux sonoritĂ©s très messiaeniques, l’ensemble quintanton de 16′ avec clarinette et nazard de 2 2/3 au positif et la flĂ»te de 4′ Ă  la pĂ©dale. La main gauche prend le lead, harmonisĂ©e par la main droite et une double pĂ©dale. L’interprète prend grand soin, dans ces dix minutes obsĂ©dĂ©es par la durĂ©e, de

  • dessiner des coupures claires,
  • ciseler les attaques de note et
  • respecter des respirations scrupuleuses.

Les mains échangent leurs rôles sans pour autant entrer dans un dialogue, plutôt dans une succession

  • de croquis fugitifs,
  • de notes rĂ©pĂ©tĂ©es,
  • d’esquisses parfois enrichies de trilles ou d’appogiatures et
  • de quelques apparitions oiselĂ©es (ainsi de la mĂ©sange charbonnière Ă  5’45, du merle noir Ă  6’03, du pivert ou pic-Ă©peiche « très sec » Ă  6’30, le rossignol Ă  7’28, etc., faciles Ă  reconnaĂ®tre… Ă  la condition exclusive d’avoir la partition sous les orbites).

Certes, quelques rĂ©currences habillent l’Ă©coute – forcĂ©ment dĂ©concertante – telles que

  • les trilles,
  • les motifs de chants d’oiseaux reconnaissables et
  • les traits parallèles.

PrĂ©tendre y trouver notre compte pragmatique de musicophile aimant bien son p’tit frisson, sa p’tite Ă©motion, son p’tit sourire Ă©bloui de fin de bal, serait mentir.

  • L’exigence de l’interprète,
  • l’ambition systĂ©mique de la partition et
  • le plaisir de se frotter Ă  un mĂ©lange oxymorique associant
    • sonoritĂ©s captivantes et
    • propos dont la science nous laisse aussi Ă©mu que si l’on nous rĂ©citait des formules mathĂ©matiques d’un ton qui plus est monocorde

ne suffisent pas Ă  dessiller nos esgourdes autant que cette petite cinquantaine de minutes l’aurait exigĂ© pour nous convaincre d’avoir ouĂ¯ une partition gĂ©niale, vibrante, Ă©blouissante. La faute n’en incombe ni aux interprètes, ni Ă  l’orgue, ni Ă  la rĂ©alisation technique, remarquable. Faut-il en blĂ¢mer le compositeur ou l’auditeur ? Gageons que l’inculture de l’auditeur en est cause, mais admettons qu’Olivier n’y a pas mis beaucoup du sien. Que cette intransigeance soit une marque de gĂ©nie ou de facilitĂ© pourra susciter autant d’avis que de foufous qui Ă©couteront avec rigueur ce Livre redoutable !


Épisodes précédents
1 – Pièces diverses
2 – L’Ascension
3 – La Nativité
4 – Les Corps glorieux
5 – Messe de la PentecĂ´te

 

Olivier Messiaen, IntĂ©grale de l’œuvre d’orgue, Forlane – 5 – Messe de la PentecĂ´te

 

Il s’est Ă©coulĂ© dix ans entre Les Corps glorieux et la Messe de la PentecĂ´te. En 1950, le sĂ©rialisme semble avoir pris une partie du pouvoir sur la musique en vogue chez les compositeurs bien en cour. Olivier Messiaen, que l’aventure des sĂ©ries intĂ©resse en tant que prof de compo mais ne passionne pas en tant que crĂ©ateur, se penche sur la tradition organistique de la messe en tant que suite de pièces destinĂ©es Ă  s’insĂ©rer dans une cĂ©lĂ©bration religieuse – je vous parle d’un temps que les moins de cent ans environ ne peuvent pas connaĂ®tre, quand la place de l’orgue solo dans la liturgie n’Ă©tait pas rĂ©duite Ă  l’introduction, le terme est bon, je trouve, du chant d’entrĂ©e et au BRAOUM final pour faire fuir, après l’impatientant cantique de sortie et ses dix-huit couplets, les paroissiens empĂªchant le sacristain de boucler l’Ă©glise par peur des pilleurs de tronc, des migrants ou des gens en gĂ©nĂ©ral, cette dernière explication Ă©tant somme toute parfaitement raisonnable. MĂ©diateurs engagĂ©s Ă  Toul par Pascal Vigneron, trois Ă©tudiants dĂ©nichĂ©s dans la classe d’orgue du CNSM de Paris succèdent Ă  leurs collègues choisis pour L’Ascension.
Nicola Procaccini raconte le cÅ“ur visible de la PentecĂ´te. En effet, lui revient l’EntrĂ©e, intitulĂ©e « Les langues de feu », Ă©voquant la descente de l’Esprit Saint, au cinquantième jour après PĂ¢ques (pentĂªkostĂª signifie cinquantième) sous forme de langues donnant aux apĂ´tres la possibilitĂ© d’Ăªtre compris de tous. Sur un tempo modĂ©rĂ©, le compositeur sculpte des « rythmes grecs traitĂ©s en valeurs irrationnelles ». En clair,

  • rythmiquement, c’est pas simple ;
  • harmoniquement, pas beaucoup plus ; et,
  • organistiquement, guère davantage (ainsi du clairon 4′ qui transforme le pĂ©dalier en un clavier presque comme un autre).

Avec habiletĂ© et rigueur, l’interprète parvient nĂ©anmoins Ă 

  • esquisser une cohĂ©rence de l’instable,
  • capter l’oreille dans un propos dĂ©sarçonnant,
  • suggĂ©rer que l’universalitĂ© du langage de l’Esprit Saint n’efface pas la complexitĂ© du monde – elle aurait mĂªme plutĂ´t tendance Ă  la mettre en lumière !

Alexis Grizard prend les commandes pour un offertoire d’une douzaine de minutes dont le titre, « Les choses visibles et invisibles », est empruntĂ© au symbole de NicĂ©e. Ă€ l’ambiance tĂ©nĂ©breuse des deux premières mesures, avec cette Ă©trange pĂ©dale en 4′ dĂ©jĂ  ouĂ¯e lors du premier mouvement en version claironnante, rĂ©pond l’Ă©trange association entre un 16′ et un 2′ dans un Ă©change « bien modĂ©ré » qui se poursuit avant de laisser place Ă  une monodie escarpĂ©e qu’Alexis Grizard veille Ă  phraser conformĂ©ment Ă  la partition, puis de se diriger vers un sombre climat fragmentĂ© trouĂ© de fulgurances, d’un basson de 16′ grave et ombrageux, d’ouvertures animĂ©es par un cornet, d’accords allant et venant dans un chromatisme qui s’enrichit d’un crescendo partiel donc troublant.

  • Les appogiatures de la pĂ©dale,
  • l’association entre arythmie et rĂ©gularitĂ©,
  • les recherches moins de timbres que d’associations de timbre (ainsi de cette goutte d’eau bĂ¢tardisant le nasard ou de ce mĂ©lange entre quintaton de 16, fond de 8′ et tierce, contre quoi frotte le redoutable Ut1 de l’anche de 16′),
  • les unissons sporadiques entre pĂ©dale et main gauche,
  • les changements de couleurs,
  • les rĂ©currences (rappel du dialogue initial Ă  l’approche de la fin) et
  • les multiples traitements du son
    • (brefs traits,
    • tenues,
    • dĂ©tachĂ©s
    • sautes de septièmes rĂ©pĂ©tĂ©es,
    • sĂ©ries d’accord…)

suscitent l’intĂ©rĂªt, d’autant qu’ils sont bien servis par

  • une exĂ©cution attentive,
  • une registration pertinente et
  • un orgue remarquablement adaptĂ© au texte.

Alma Bettencourt prend le relais pour les deux pièces suivantes. Pour la consĂ©cration, « Le don de sagesse » est souvent citĂ© comme un exemplum de l’art messiaenique de la synthèse, mĂªlant rĂ©miniscences grĂ©goriennes « adaptĂ©s au quatrième mode » et rythmes indiens dĂ©volus au pĂ©dalier (Ă  nouveau livrĂ© au « clairon 4 seul », les manuels lui servant de rĂ©sonance harmonique). Les indications de la partition ne laissent aucun doute sur le sujet : au « rythme hindou simkavikrama » succèdent des « neumes plain-chantesques ». L’harmonisation secoue Ă  dessein l’oreille. Disons-le franco : ça racle et ça crisse un tantinet. VoilĂ  le bĂ©otien, mĂªme bien disposĂ©, appelĂ© Ă  se raccrocher aux formules rĂ©currentes qui, au fil des trois minutes, le familiarisent un tantinet avec un langage abrupt et, pour ainsi dire, radical.
Ă€ Alma Bettencourt aussi Ă©choit le morceau destinĂ© Ă  la communion, « Les oiseaux et les sources » demandant aux sources et aux oiseaux de bĂ©nir le Seigneur. Le hautbois, figurant un oiseau, chante au fond de la boĂ®te expressive. De lents accords ondulants – sans doute les sources – lui rĂ©pondent – superbes registres de l’orgue de Toul – et semblent recevoir le salut d’un coucou, sinon l’inverse (chez Messiaen, ce n’est pas si absurde).

  • Effets d’Ă©cho en monodie,
  • multiples changements de registration,
  • duo aux rythmes complexes,
  • chants d’oiseau spĂ©cifiques (le merle est censĂ© pĂ©pier Ă  2’12, par exemple) et
  • accĂ©lĂ©rations aux degrĂ©s d’emballement variĂ©s

précèdent le retour des sources ondulantes qui font chanter lentement le coucou.

  • La variĂ©tĂ© des registres donc des couleurs,
  • l’attention portĂ©e par l’exĂ©cutante aux respirations donc aux phrasĂ©s requis par le compositeur,
  • les trouvailles harmoniques (4’53, dont un Ă©cho revient Ă  trois mesures de la fin),
  • l’aspiration Ă  une rĂ©solution paisible propice Ă  une louange intĂ©rieure (le triple piano se pare d’une symbolique clignotante mais efficace en mixant le cĂ©leste suraigu du jeu de 1′, quasi insupportable, au Ut1 plus abyssal que tellurique de la pĂ©dale de 32′, amplifiĂ©e par la soubasse de 16’et le bourdon de 8′ du rĂ©cit en tirasse comme pour envelopper l’ensemble de l’humanitĂ© Ă  travers l’aĂ©rien ornithologique et le souterrain des rus)

soutiennent l’intĂ©rĂªt avant que Nicola Procaccini ne vienne conclure le travail qu’il a commencĂ© en claquant la sortie, intitulĂ©e « Le vent de l’esprit ». ParticularitĂ© du mouvement : c’est le seul indiquĂ© « Très vif » au dĂ©but. Manualiter, l’orgue gronde entre triple et double forte. L’exploration du spectre des nuances puissantes passe par celle des registres (hauteur des notes) et des rythmes. Le recours Ă  un brio de toccata n’empĂªche pas les alouettes de chanter en chÅ“ur (0’48). Un swing ornithologique substitue au triomphe la vivifiante libertĂ© des petits oiseaux du moutier, via notes rĂ©pĂ©tĂ©es, effets d’Ă©tirement ou de resserrement, dĂ©calages de rythmes entre le chant de la main droite, l’harmonisation de la main gauche et les tenues variables de la pĂ©dale. La main gauche qui s’emporte dans les suraigus semble conduire Ă  un ralenti prĂ©-tutti. Cependant, l’entrĂ©e des anches au cĂ´tĂ© de mixtures et de fonds reste staccato et « un peu lente », deux indications privilĂ©giant l’expression d’une solennitĂ© intermĂ©diaire et provisoire. Un finale de toccata guette, en effet, tous accouplements et tirasses enclenchĂ©s, avec claviers en unisson octaviĂ© et pĂ©dale en lead. Une cadence emportĂ©e conduit Ă  un dernier accord tonitruant – chute un brin banale, non par la puissance obligatoire qu’elle respecte, mais par sa narrativitĂ© limitĂ©e et abrupte.
Reste une Messe de la PentecĂ´te solidement interprĂ©tĂ©e, chaque Ă©tudiant s’attachant Ă  rendre la poĂ©sie propre Ă  chaque partie – et, donc, Ă  rendre hommage tant Ă  la partition qu’Ă  l’instrument qui la sublime. De quoi donner du cÅ“ur Ă  l’ouvrage pour aborder, dans une prochaine notule, l’imposant Livre d’orgue créé cinq ans plus tard par le compositeur lui-mĂªme…


Épisodes précédents
1 – Pièces diverses
2 – L’Ascension
3 – La Nativité
4 – Les Corps glorieux

 

Crie : c’tarĂ© sut citer

Raccord avant le rĂ©cital « Sur le plancher des chiens », le 10 juin 2022 au ThĂ©Ă¢tre de l’Ă®le Saint-Louis (Paris 4). Photo : Marcelle Martin.

 

Une chanson sur les voleurs avaleurs de valeur qui valent bien des clous.

 

 

 

Olivier Messiaen, IntĂ©grale de l’œuvre d’orgue, Forlane – 4 – Les Corps glorieux

 

Dans l’intĂ©grale fomentĂ©e par Pascal Vigneron sur le grand orgue de la cathĂ©drale de Toul, trois Ă©tudiants du CNSM de Lyon se partagent Les Corps glorieux, un cycle composĂ© par Olivier Messiaen Ă  l’Ă©tĂ© 1939, juste avant la Seconde Guerre mondiale et créé, selon les lĂ©gendes, en 1945 Ă  Chaillot (Vigneron/Forlane) ou le 15 novembre 1943 Ă  la TrinitĂ© (Deutsche Grammophon/Latry, Regis/Bate). Selon les sources, on y trouve « une Ă©volution dans le langage musical avec l’assimilation de la musique indienne et du plain-chant grĂ©gorien » (Vigneron/Forlane) mais d’autres affirment que « Messiaen n’a pas fondamentalement changĂ© son langage musical » mĂªme si « l’expression y est moins romantique et davantage placĂ©e sous le signe de la tradition organistique française que Messiaen connaissait si bien » (Tanke/Brillant).
Dans cette bataille musicologique, Ă©videmment un brin schĂ©matisĂ©e pour cette notule, laissons les notices techniques aux spĂ©cialistes, et contentons-nous de kiffer la vibe… du moins après avoir fait un dĂ©tour obligĂ© chez d’autres spĂ©cialistes pour comprendre ou presque la notion de « corps glorieux ». Par excellence, comme chacun sait, l’expression dĂ©signe le corps de JĂ©sus après sa rĂ©surrection. Plus gĂ©nĂ©ralement, le terme dĂ©signe « l’Ă©tat oĂ¹ seront les corps des bienheureux » après la rĂ©surrection de la chair, au sens oĂ¹ Paul dit que « le Christ transfigurera notre corps pour le rendre semblable Ă  son corps de gloire ». Bien sĂ»r, le problème de la religion, c’est que après l’explication, c’est pas forcĂ©ment plus clair qu’avant ; qu’importe, on essaye et, après, on sait que, comme le chantait VĂ©ronique Sanson, pourtant peu connue pour ses sommes thĂ©ologiques, « il nous restera la musique ».
La transfiguration messiaenique, créée au palais de Chaillot, s’ouvre sur trois pièces confiĂ©es Ă  Charlotte Dumas. « SubtilitĂ© des corps glorieux » Ă©voque la purification nĂ©cessaire aux corps pour que, d’animaux, ils deviennent spirituels. Un puissant cornet solo lance la fĂªte. Le tempo est dĂ©cidĂ©, sans prĂ©cipitation. Le rythme est posĂ©, swinguĂ© avec assurance. L’Ă©trange cantilène profite de la rĂ©sonance de la cathĂ©drale et des effets d’Ă©cho nuançant son propos aussi mystĂ©rieux que son sujet. Après cette monodie obstinĂ©e, « Les Eaux de la GrĂ¢ce » guident les ressuscitĂ©s, au premier chef le Christ, vers la source des « eaux de la vie » dont cause l’Apocalypse. En effet, tel sera le binĂ´me prĂ©vu entremĂªlĂ© par Olivier Messiaen dans ce cycle Ă  sept temps :

  • l’Ă©tat des corps ressuscitĂ©s,
  • l’environnement cĂ©leste et, au milieu, eh bien,
  • le milieu, dont nous parlerons au milieu.

Va donc pour l’environnement cĂ©leste qui s’ouvre sur un clapotement Ă©thĂ©rique Ă  souhait. LĂ  encore,

  • la rĂ©gularitĂ© inaltĂ©rable,
  • l’Ă©quilibre des riches registrations et
  • la constance des phrasĂ©s

happent l’auditeur qui apprĂ©cie, en prime, le respect du silence – ni trop long, ni trop bref – au premier puis au deuxième tiers tĂ©moigne peut-Ăªtre, dans l’interstice de la musique Ă  programme, de l’indicible ou de la part d’insaisissable que prĂ©serve toute rĂ©vĂ©lation un peu cossue.
Deux fois plus long, « L’Ange aux parfums » s’inspire de la prière des saints qui monte jusqu’Ă  Dieu comme un parfum. Une anche lance et rĂ©pète un motif monodique, tantĂ´t dĂ©chiquetĂ©, tantĂ´t tournoyant, tantĂ´t constituĂ© de notes rĂ©pĂ©titives. Une harmonisation rendue onirique par la registration prolonge cette longue prĂ©sentation du motif matriciel. Si l’on manque de mysticisme, il faut prendre l’Å“uvre pour

  • une expĂ©rience sonore rare,
  • une exploration d’assemblages quasi inouĂ¯e,
  • une construction par blocs d’un outil aussi bien instrumental que compositionnel imaginĂ© par Olivier Messiaen.

Une coda en duo coule avec fluidité, sur deux registrations distinctes et séduisantes, confirmant

  • la dextĂ©ritĂ© toujours musicale de Charlotte Dumas et
  • l’intĂ©rĂªt de l’instrument qu’elle manie.

Nous voici au milieu, et c’est Antoine Thomas qui prend le manche pour « Combat de la Mort de la Vie », un cycle dans le cycle pesant près de vingt minutes. Dans des pièces aussi massivespeut-Ăªtre plus qu’ailleurs, les tempi reflètent probablement la personnalitĂ© artistique des interprètes… ou les chapelles oĂ¹ ils versent leur denier. Quand Jennifer Bate met 15’23 pour jouer l’Å“uvre Ă  Saint-Pierre de Beauvais, Thiry l’exĂ©cute en 16’25 (ces deux interprètes ont reçu les plus chaudes fĂ©licitations du compositeur quant Ă  leurs exĂ©cutions), Latry en 19′ et Tanke en 21’20. Les 18’20 de Thomas Ă©voquent une certaine sagesse qui n’enlève rien Ă  l’audace de se confronter Ă  une pièce aussi ambitieuse.
L‘incipit « modĂ©rĂ©ment vif » fait vibrer avec l’Ă©trangetĂ© qui sied manière de basson de 16′ avant le dĂ©luge d’accords en doubles croches dont les rĂ©sonances nous Ă©voquent curieusement, par interstices, les ondes Martenot. Le dialogue entre les anches et les mixtures lance sur des bases Ă©levĂ©es le « stupĂ©fiant combat » entre l’Auteur de la vie et la Mort.

  • SĂ©quences successives,
  • superpositions aux allures d’altercation virulente,
  • confrontations entre clusters et pĂ©dale rageuse,
  • decrescendo sans rĂ©solution prĂ©alable,
  • variations sur des registrations proches, surgissement paradoxal d’une hĂ©naurme sĂ©quence mĂ©ditative (12′ sur 18′)

marquent cette pièce qui exige donc de son jeune porte-voix

  • dextĂ©ritĂ©,
  • vista et
  • sensibilitĂ©.

En dĂ©pit de la capacitĂ© d’Antoine Thomas Ă 

  • installer un climat,
  • ne jamais prĂ©cipiter sans pour autant traĂ®nasser,
  • poser le texte avec un sĂ©rieux et une attention irrĂ©prochables (l’usage des boĂ®tes expressives, fĂ»t-il un peu prompt Ă  notre goĂ»t, tĂ©moigne d’un souci nĂ©cessaire de finasser),

l’Å“uvre elle-mĂªme peine Ă  retenir notre attention sur la durĂ©e, ce qui n’enlève rien aux promesses d’un jeune organiste Ă  la maturitĂ© patente.
Fanny Cousseau prend le relais pour les trois dernières pièces du cycle, à commencer par « Force et agilité des corps glorieux ».

  • Traits,
  • pleins jeux,
  • notes rĂ©pĂ©tĂ©es,
  • figures arythmiques :

la tension monodique est rendue avec un sens du rythme et du phrasĂ© qui saisit de bout en bout malgrĂ© le ressassement – voire grĂ¢ce Ă  lui – jusqu’au soulagement de l’harmonisation puis de la longue tenue finale.
« Joie et clartĂ© des corps glorieux » installe un rythme, boĂ®te fermĂ©e, sur lequel se dĂ©roule, par bribes, un motif plus en avant. Ensuite, sur les fonds, des jeux solistes (manière de cornet, sorte de nazard…) poursuivent diffĂ©remment le segment, qui rejaillit bientĂ´t.

  • L’assurance,
  • les doigts dĂ©liĂ©s et
  • la qualitĂ© des registrations

flattent l’oreille et la titillent au long de la structure ABABA. Dès lors, ceux qui s’attendraient Ă  un finale grandiose pour « Mystère de la sainte Trinité » seraient Ă©videmment déçus. La partition – pour partie en trio  est constamment « lointaine » afin, subodore-t-on, de matĂ©rialiser dans l’immatĂ©riel du son ce dogme de « l’unitĂ© non d’une seule personne » mais « d’une seule substance ». Fanny Cousseau en propose une interprĂ©tation empreinte

  • d’intĂ©rioritĂ© et non de langueur,
  • de clartĂ© et non de lĂ©gèretĂ©,
  • de dĂ©licatesse et non de componction.

La registration juste permet Ă  l’auditeur, fĂ»t-il mĂ©crĂ©ant, de se plonger dans une coda Ă©trange que l’orgue et sa maĂ®tresse du moment dotent d’un charme certain.
Comme pour le prĂ©cĂ©dent disque, Forlane ajoute Ă  la troisième galette le dĂ©but de la Messe de la PentecĂ´te. Proposition curieuse dont le manque de cohĂ©rence ne nous convainc toujours pas, ni par son cĂ´tĂ© pratique (le disque suivant, comme celui-ci, pèse soixante-deux minutes, il Ă©tait donc possible ou de mettre toute la messe sur le mĂªme disque ou, a minima, de mettre plus que 3′ de ladite messe sur le CD 3) ni par son Ă©ventuel cĂ´tĂ© teasing. Cette posture se renouvellera pour le prochain disque, qui exclut les « soixante-quatre durĂ©es » du Livre d’orgue alors qu’elles avaient le temps de se glisser dans le disque quatrième. Parfois, les mystères ne sont pas que divins : les mystères Ă©ditoriaux existent aussi, mĂªme si Pascal Vigneron nous explique que certains appareils sont susceptibles de ne pas lire les disques dĂ©passant les soixante-dix minutes…
Quant Ă  nous, insensible au gringue d’un cycle commençant Ă  peine Ă  la fin d’un disque, nous rĂ©serverons l’Ă©coute de ladite Messe pour la prochaine notule. Non mais !


Épisodes précédents
1 – Pièces diverses
2 – L’Ascension
3 – La NativitĂ©

 

Olivier Messiaen, IntĂ©grale de l’œuvre d’orgue, Forlane – 3 – La NativitĂ©

 

En 1935, Olivier Messiaen compose La NativitĂ© du Seigneur. Neuf pièces composent l’Å“uvre, articulĂ©es en trois trilogies qui s’imbriquent :

  • la prĂ©destination de l’homme,
  • les naissances et
  • les personnages « donnant aux fĂªtes de NoĂ«l une poĂ©sie particulière ».

Outre les modes spĂ©cifiques choisis pour l’Ă©criture, Olivier Messiaen use Ă  foison de la « valeur ajoutĂ©e » qui consiste, par ex., Ă  ajouter une double croche dans une mesure Ă  3/4 dĂ©jĂ  correctement garnie. Des Ă©lèves de David Cassan au CRR de Nancy sont invitĂ©s par Pascal Vigneron Ă  succĂ©der Ă  Daniel-Lesure, Jean Langlais et Jean-Jacques GrĂ¼nenwald, les crĂ©ateurs du cycle.
Paul MĂ©rou est le premier Ă  passer sur le grill afin d’interprĂ©ter « La Vierge et l’enfant ». C’est le roi « juste et humble » que les aigus initiaux semblent faire se faufiler vers la Terre via les entrailles de Marie.

  • Registration Ă©vocatrice,
  • sĂ©rieux rythmique,
  • maĂ®trise des silences et
  • coloration spĂ©cifique des trois segments qui composent le mouvement

rendent raison du texte et du mystère qui l’entoure, longues tenues Ă  l’appui.
« Les Bergers » sont interprétés par Marie Denis, qui nous épargne la lenteur gnangnan qui ensuque parfois les accords aigus liminaires.

  • RĂ©gularitĂ© et attention au phrasĂ© dans la première section,
  • libertĂ© contrĂ´lĂ©e et exigence rythmique dans la seconde,
  • jolies registrations et allant du tempo

nimbent les bergers dans une douceur traduisant leurs grĂ¢ces envers Dieu avec la simplicitĂ© raffinĂ©e que les gens de la haute devraient parfois envier au populo crottĂ©.
Ă€ Thibaut Fajoles de nous convaincre des « Desseins Ă©ternels » d’un Dieu qui nous appellerait, selon Paul le persĂ©cuteur reconverti chez l’adversaire, « à Ăªtre ses fils adoptifs par JĂ©sus Christ ». La mĂ©ditation prend le temps de poser la recherche du soprano sur une harmonisation que l’orgue de Toul rend envoĂ»tante – il le faut, la proposition risquant, sans cela, de paraĂ®tre un brin longuette sans que l’on puisse incriminer l’interprète !
Hector Leclerc part Ă  l’assaut de la plus longue pièce du cycle, « Le Verbe » aka le Christ.

  • Incipit Ă©nergique,
  • diffĂ©renciation des plans sonores et
  • pĂ©dale puissante

secouent cette quatrième station de La Nativité. La répétition du motif appuie la Parole du Seigneur. Sonnent avec des clartés nuancées

  • les trompettes,
  • les boucles,
  • les Ă©chos,
  • les tenues et
  • la pĂ©dale qui descend vers nous…

avant qu’un cornet sur les fonds n’ouvre une porte sur « l’Image de la bonté », Ă©laborĂ©e autour de neuf phrases – nous prĂ©cisent ce qui savent compter –, neuf Ă©tant le nombre choisi pour « honorer la maternitĂ© de la Vierge » – nous traduisent ceux qui touchent leur bille en numĂ©rologie messiaenique. Hector Leclerc s’y colle avec le sĂ©rieux poĂ©tique qu’exige, sans doute comme toute religion pour celui qui la pratique, entre moments d’Ă©mouvante beautĂ© et impressions de fastidieux interminable.
Thibaut Fajoles revient une première fois pour jouer « Les Enfants de Dieu » qui, Ă  l’instar du Christ, crient : « Père ! Père ! » dans une fanfare rythmĂ©e, maĂ®trisĂ©e et idĂ©alement taillĂ©e pour l’orgue de Toul. On n’en apprĂ©cie que plus les autres couleurs proposĂ©es via le decrescendo subito et, pour la seconde partie, les registrations flĂ»tĂ©es dissolvant la jubilation filiale dans un decrescendo progressif très convaincant.
Hector Leclerc part alors Ă  la conquĂªte des « Anges », la pièce la plus brève du cycle. Les mixtures aiguĂ«s habillent les trilles, les formules rĂ©pĂ©titives et les Ă©chos rythmiques des syncopes qui s’envolent.

  • Les prompts changements de claviers,
  • les accĂ©lĂ©rations,
  • la lisibilitĂ© des traits monodiques et
  • la nettetĂ© des phrasĂ©s

font, notamment, de cette interprétation une belle ouvrage, fade-out final inclus.
« JĂ©sus accepte la souffrance » rappelle, sous les doigts de Thibaut Fajoles, l’absurditĂ© divine expliquant d’un cĂ´tĂ© qu’il ne veut pas d’holocauste ou de sacrifice, de l’autre qu’il envoie son fils pour servir d’holocauste ou de sacrifice. D’un point de vue mystique, c’est sans doute très profond ; quand on n’est pas mystique, ça paraĂ®t relativement bien stupide : la première partie du projet – appelons-la la mise au point – suffisait amplement. GrĂ¢ces soient rendues, ce n’est pas Ă  l’auditeur de réécrire la Parole. Il peut juste – pour ainsi dire – profiter de l’Ă©ventail sonore offert par l’instrument qu’il Ă©coute, entre

  • fonds,
  • jeux corsĂ©s et
  • anches de pĂ©dale.

Les variations – spectaculaires ou discrètes – de

  • rythme,
  • registration et
  • couleurs

teintent de gravitĂ© les joyeusetĂ©s de NoĂ«l, oĂ¹ l’interprète interpole ce qu’il faut de silence pour donner plus de saveur aux mutations et Ă  l’amer triomphe final.
Marie Denis revient, après « Les Bergers », pour la mise en scène des derniers personnages convoquĂ©s par Olivier Messiaen : « Les Mages » (et non les mĂ¢ges, comme le prĂ´pĂ´se le lĂ®vret). GrĂ¢ce aux choix des jeux qui prĂ©sident aux deux registrations adoptĂ©es pour ce morceau, l’on se plonge sans rĂ©serve dans la dĂ©licatesse de la progression des mystiques – une progression presque onirique, quasi statique, que l’interprète donne avec un souci de rĂ©gularitĂ© et d’Ă©quilibre nullement remis en cause par les deux interruptions prĂ©vues par la partition.
Arrive ensuite ou, plutĂ´t, n’arrive pas alors la curiositĂ© du disque deuxième : le dernier mouvement de La NativitĂ© est sur le disque troisième. Comme, selon la terminologie sportive, « y avait la place » sur la deuxième galette (68′ + 10′, ça passe large), on suppose que cette curiositĂ© procède d’une volontĂ© de Pascal Vigneron de tuiler l’intĂ©grale comme le laissait entendre le chevauchement de certains titres dont le fade-out dĂ©bordait sur le dĂ©but du suivant. Sans explication complĂ©mentaire, ce choix de rĂ©partition bancale, pour original qu’il soit, n’en reste pas moins Ă©trange.
Glissons donc le troisième disque sur notre gramophone pour Ă©couter Paul MĂ©rou, entendu dans le mouvement d’ouverture, exĂ©cuter le puissant « Dieu parmi nous », un tube du compositeur qui s’ouvre par l’explosion du Verbe puis sa descente parmi la Terre. L’interprète veille Ă  rendre la spĂ©cificitĂ© de chacune des trois couleurs principales :

  • mĂ©ditation,
  • emportements,
  • irradiation.

Sans Ăªtre occultĂ©e, la fragmentation du discours en diffĂ©rents volets est dirimĂ©e par

  • la sĂ»retĂ© des doigts,
  • la complĂ©mentaritĂ© des registres et
  • la tonicitĂ© souple de l’ensemble.

Par-delĂ  la virtuositĂ© exigĂ©e, qui n’est dĂ©jĂ  certes pas rien, Paul MĂ©rou dĂ©ploie

  • rigueur,
  • clartĂ© et
  • musicalitĂ©,

distinguant « Dieu parmi nous » d’une toccata profane grĂ¢ce Ă  sa capacitĂ© Ă  en traduire le symbolisme potentiel. VoilĂ  bien une excellente manière de conclure le cycle, rendant hommage Ă  la fois

  • Ă  sa variĂ©tĂ©,
  • Ă  l’orgue sur lequel le cycle se joue, et
  • au niveau remarquable de la classe du CRR de Nancy tel que cet enregistrement le rĂ©vèle.

Prochaine étape : Les Corps glorieux par le CNSM de Lyon. À suivre !


Épisodes précédents
1 – Pièces diverses
2 – L’Ascension

 

Concentration

Le 15 aoĂ»t 2022, sur l’orgue de Saint-AndrĂ© de l’Europe (Paris 8), Ă©puisĂ© par l’Ă©tĂ©. Photo : Bertrand Ferrier.

 

Des partitions ? Pour la messe de l’Assomption ? Pourquoi ? Ha, pour meuhwa ? Non, c’est gentil mais j’ai tout ce qu’il me faut, merci.

 

Olivier Messiaen, IntĂ©grale de l’œuvre d’orgue, Forlane – 2 – L’Ascension

 

FĂªtons l’Assomption avec L’Ascension – deux jours Ferrier, jusqu’Ă  ce que Sandrine Rousseau prenne le pouvoir, sans doute – en poursuivant notre exploration de l’intĂ©grale Messiaen manigancĂ©e sur l’orgue de Toul par son grand maĂ®tre, le sieur Pascal Vigneron. L’Å“uvre est aux trois-quarts une transcription par Olivier Messiaen d’une pièce pour orchestre Ă  laquelle il a ajoutĂ© un mouvement original faute d’avoir rĂ©ussi Ă  adapter celui qu’il avait dĂ©jĂ  Ă©crit. Trois Ă©lèves du CNSMDP sont chargĂ©s de l’interprĂ©ter, ce qui pointe l’une des originalitĂ©s majeures de cette intĂ©grale partagĂ©e : la confiance dans le vivier des jeunes loups de la discipline – un vivier formidable, mĂ©connu et quasi inaudible dans un marchĂ© du disque d’orgue Ă©tique en grande partie accaparĂ© par quelques pontes.
Jonas Apeland hĂ©rite des premier et dernier mouvements. « MajestĂ© du Christ demandant sa Gloire Ă  son Père », c’est donc pour lui. Le jeune interprète prend d’emblĂ©e une option radicale en optant pour un tempo lentissime (Ă  l’arrivĂ©e, la pièce durera 9’18 contre 6’46 dans la version Latry). Certains, selon leurs chapelles musicologiques ou leurs capacitĂ©s de mĂ©ditation, s’extasieront devant cette radicalitĂ© prudente ; d’autres estimeront que davantage de tonus n’aurait pas nui Ă  l’Ă©clat de la majestĂ© christique. Hors du jeu des comparaisons, nous admettrons que cette lenteur extrĂªme nous dĂ©sarçonne (c’est son cĂ´tĂ© positif) et nĂ©anmoins nous exclut. Certes, Louis Thiry rappelait que les indications prĂ©cises de tempo sont rares, chez Olivier Messiaen… mais lui jouait la pièce en 5’41. Trop de langueur donne une impression de longueurs qui n’est pas imputable Ă  la partition. BĂ©chamel sur le vol-au-vent, des abus d’une boĂ®te expressive utilisĂ©e comme une pĂ©dale wah-wah pourront paraĂ®tre plus vulgaires que signifiants. Ils nourrissent notre dĂ©ception et, preuve que nous sommes moins concentrĂ©s qu’Ă  l’accoutumĂ©e, nous font craindre de façon anticipĂ©e le dernier mouvement, annoncĂ© en 14’14 (9′ pour Latry, 7’17 pour Thiry).
Moins d’incongruitĂ© dans le tempo que choisit MĂ©lodie Michel pour « AllĂ©luias sereins d’une Ă¢me [pas « sereine », contrairement ce qui est Ă©crit sur le livret et la pochette] qui dĂ©sire le ciel », pilier du rĂ©pertoire des messiaenophiles. Ce conformisme, sain et pertinent, permet Ă  l’auditeur de mieux goĂ»ter les registrations pertinentes et adaptĂ©es Ă  l’orgue de Toul.

  • Le travail rythmique,
  • la caractĂ©risation des segments et
  • un sens musical affirmĂ© (gestion
    • des nuances,
    • des ralentendi et
    • des phrasĂ©s)

font de cette roposition une version techniquement propre et artistiquement digne.
Ă€ Quentin du Verdier de claquer les vibrionnants « Transports de joie d’une Ă¢me devant la gloire du Christ qui est la sienne ». Le deuxième disque de l’intĂ©grale s’ouvre sur un dĂ©poussiĂ©rage des tuyaux et un dĂ©bouchage des esgourdes.

  • Les choix de silences,
  • la rĂ©partition des plans,
  • la tonicitĂ© des traits au risque de la bousculade enivrĂ©e,
  • la maĂ®trise des contrastes et
  • la franchise des attaques

dĂ©passent le simple « grand effet » pour chercher la musique donc l’esprit mystique celĂ© dans cette sorte de grosse toccata. L’orgue rĂ©pond avec gourmandise aux exigences de la partition devant lesquels ne se dĂ©robe pas le jeune interprète ; et l’excellence de la prise de son achève de sĂ©duire.
Jonas Apeland reprend le banc pour la « Prière du Christ montant vers son Père », le moment-clef de l’Ascension pour les chrĂ©tiens. Comme il fallait le craindre, hĂ©las, les durĂ©es choisies par l’organiste dĂ©passent notre capacitĂ© de mĂ©ditation. Les harmonies ne sont plus posĂ©es, elles s’Ă©talent avec une once d’autosatisfaction ou de panique, l’une n’empĂªchant pas l’autre. Les jeux sont beaux, donc le textile est agrĂ©able Ă  contempler un moment ; le porter ? Il n’y faut pas penser. Le tissu paraĂ®t distendu, informe, mal assemblĂ©. On veut bien que l’option de la lenteur soit liĂ©e Ă  une vision musicologique très spĂ©ciale plutĂ´t qu’Ă  un semi dĂ©chiffrage, mais on doit admettre que, Ă  sonner si prĂ©cautionneuse, elle en vient Ă  ressembler fichtrement Ă … un dĂ©chiffrage – de qualitĂ©, mais un dĂ©chiffrage quand mĂªme. Loin de monter avec le Christ, on reste, le front plissĂ©, tanquĂ© dans l’ennui, l’agacement et la consternation. Pis, on peut bien l’avouer : subitement privĂ© de toute pulsion cĂ©leste, on a abandonnĂ© au milieu de la montĂ©e. C’est un renoncement rare, mais poursuivre en se traĂ®nant encore 7′ Ă©tait au-dessus de nos forces.
Sauf le respect que l’on essaye de porter Ă  chaque artiste Ă©voquĂ© dans ces griffonnages, autant que nous en puissions juger, l’erreur de casting est Ă©tonnante. Bien que nous ne soyons pas l’agent d’Esther Assuied, il est Ă©vident que d’autres Ă©lèves du tandem royal Latry-Ospital ont un niveau technique et musical autrement plus affirmĂ©, Ă  ce stade, que celui de Jonas Apeland. Le choix, sans doute partagĂ© par le DA et les enseignants du CNSMD, est regrettable. Certes, vu le statut des personnages en jeu, cette dĂ©cision a probablement Ă©tĂ© prise en toute conscience, ce qui ne la rend pas moins saugrenue. On aurait tendance Ă  subodorer qu’elle a Ă©tĂ© motivĂ©e par l’une de ces inimitiĂ©s qui fermentent et recuisent avec une aigre jubilation dans le petit monde de l’orgue, fĂ»t-ce celui du très haut niveau, comme dans maints autres microcosmes. La consĂ©quence de cette option n’en reste pas moins dommageable et pour l’artiste doublement exposĂ©, dont elle ne grandit qu’artificiellement la discographie en construction, et pour le coffret lui-mĂªme car, in fine, elle pĂ©nalise surtout l’intĂ©grale dont le premier grand cycle paraĂ®t moins original qu’inabouti.
Ce nonobstant, i
l faut tempĂ©rer une telle notation. Il se peut que, n’en dĂ©plaise au critique qui se croit sinon objectif du moins honnĂªte, cette proposition soit gĂ©niale – et pourquoi pas ? l’Ă©pithète est tant galvaudĂ©e ! Il se peut mĂªme qu’elle vise, avec une bonne dosette de mauvaise foi, Ă  renouveler notre regard sur une pièce que nous croyions avoir ouĂ¯e par le passĂ©. Ă€ notre aune, elle fait tchoufa, et la curiositĂ© suscitĂ©e par les pièces diverses jouĂ©es par les maĂ®tres tend Ă  s’Ă©roder. Par chance, attĂ©nuĂ©e par les prestations de MĂ©lodie Michel et Quentin du Verdier, la dĂ©ception ne suffit pas Ă  faire fondre notre curiositĂ© pour la version de La NativitĂ© du Seigneur prĂ©parĂ©e par le CRR de Nancy, sous la houlette de David Cassan. Ce sera l’objet de la prochaine recension du coffret !


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1 – Pièces diverses

 

Olivier Messiaen, IntĂ©grale de l’Å“uvre d’orgue, Forlane – 1 – Pièces diverses

 

Moins frĂ©quentĂ©e que l’intĂ©grale Bach, l’intĂ©grale Messiaen est l’un des grands Graal des organistes. RĂ©putĂ©e plus austère, peut-Ăªtre un rien moins portĂ©e sur le zouk (quoique), l’Å“uvre est enregistrĂ©e moins souvent. Au fil des temps, rares sont les monuments dont les fans gardent mĂ©moire. MĂªme si le mausolĂ©e de Willem Tanke est plus que solide, deux coffrets guident le mĂ©lomane, loin devant la proposition Ă  intĂ©rĂªt musĂ©ographique du compositeur : celui de Louis Thiry, rééditĂ© par La Dolce Volta en 2018, car, bien qu’il soit incomplet (Olivier Messiaen a encore Ă©crit après cette intĂ©grale provisoire) et fors l’exploit sidĂ©rant souvent mis en avant qui consiste non seulement Ă  tout jouer mais Ă  tout jouer en fort peu de jours et malgrĂ© la cĂ©citĂ©, il reste Ă©blouissant de poĂ©sie ; et celui, puissant, de la figure tutĂ©laire de l’orgue français, Olivier Latry, dont l’intĂ©grale Messiaen a contribuĂ© Ă  rappeler aux haters que le gars n’est pas au sommet de la notoriĂ©tĂ© des organistes pour rien, quelques critiques qu’aient pu susciter, par exemple, sa vision de Bach gravĂ©e pour La susnommĂ©e Dolce Volta.
Sur le chemin messaienique, hĂ©rissĂ© de difficultĂ©s techniques pour les artistes et commerciales pour les promoteurs, voici que s’avance un nouveau candidat, menĂ© par Pascal Vigneron. Les perspectives sur le marchĂ© semblant faibles, il fallait l’entourer d’un non-profit purpose. Après avoir suscitĂ© un disque de prĂ©sentation de l’orgue Ă©voquĂ© tantĂ´t, les huit cents ans (cĂ©lĂ©brĂ©s comme « huit-cents », selon la rĂ©forme orthographique pupute de 1990, ce qui est une curieuse façon de valoriser le temps long et la tradition !) de la cathĂ©drale Saint-Étienne de Toul ont fourni le prĂ©texte qui voit succĂ©der l’orgue Schwenkedele/Koenig au Metzler de Saint-Pierre de Genève et au Cliquot/CavaillĂ©-Coll de Notre-Dame de Paris. SpĂ©cificitĂ© du projet : il est constituĂ© d’une mosaĂ¯que d’interprètes, essentiellement constituĂ©s par des Ă©lèves des grandes classes d’orgue de France… et de la Hochschule  fĂ¼r Musik de Stuttgart.
Certaines mairies fĂªtent leurs Ă©vĂ©nements en inaugurant une « œuvre d’art » bien pourrie sur un rond-point ; la municipalitĂ© de Toul, renforcĂ©e par l’ensemble du rĂ©seau de Pascal Vigneron, a choisi de soutenir l’enregistrement de huit disques point marquĂ©s par le populisme et la dictature du mĂ©diocre, du vulgaire et du dĂ©gradant, censĂ©e Ăªtre une garantie de vivre-ensemble. Il faut saluer Ă  la fois l’audace des sponsors, qui plus est politiques, et la tĂ©nacitĂ© incroyable du directeur artistique dont on peine Ă  imaginer l’Ă©nergie dĂ©pensĂ©e pour parvenir Ă  cet exploit – si hĂ©naurme que l’on veut bien presque oublier les scories orthotypographiques – entre autres – qui pullulent sur les pochettes et dans le livret, suscitant cet Ă©tonnement toujours renouvelé : comment un projet aussi ambitieux peut-il ne pas prendre en compte ce genre de dĂ©tails qui n’en sont pas ?
Le premier disque rĂ©unit des pièces diverses, notamment celles des dĂ©buts (ce sont ces pièces que va Ă©voquer la prĂ©sente notule), et le dĂ©but de L’Ascension. L’incipit est essentiellement confiĂ© Ă  des interprètes issus du gratin de l’orgue français. « Le Banquet cĂ©leste » (1928), première pièce Ă©ditĂ©e d’Olivier Messiaen, Ă©crite pendant ses vacances estivales, se revendique « très lente et extatique ». En Fa# ou presque, elle est confiĂ©e Ă  Éric Lebrun et dĂ©ploie d’emblĂ©e

  • les fonds riches de l’instrument,
  • une ample rĂ©sonance qui n’exclut pas la nettetĂ© lors des changements d’harmonie et
  • une prise de son parfaite pour restituer la spatialisation complexe d’un son d’orgue sur de longues tenues.

L’interprète affiche la sĂ©rĂ©nitĂ© indispensable mais aussi l’allant dĂ©cidĂ© quand arrive l’Ă©grenage aigu. Le PrĂ©lude (1928 ?) fait partie des pièces publiĂ©es Ă  titre posthume, avec « Offrande au Saint Sacrement » et « Monodie ». Jean-Paul Imbert est sur le banc pour cette Å“uvre qui s’ouvre sur des jeux flĂ»tĂ©s avant que des sonoritĂ©s plus mĂ©talliques ne permettent Ă  la cellule initiale de se dĂ©velopper de façon quasi cyclique. Un deuxième motif, pris très allant, travaille avec attention les diffĂ©rents plans sonores de l’orgue en jouant sur les boĂ®tes expressives. Ă€ un projet mĂ©lodique, Olivier Messiaen prĂ©fère une logique motorique qui, s’auto-entretenant, finit par s’irriter et provoquer l’arrivĂ©e des pleins jeux. Un long silence prĂ©cède un retour au calme en deux temps.
Deuxième pièce Ă  avoir Ă©tĂ© dĂ©voilĂ©e autour de 2001, Offrande au Saint Sacrement (1930) est confiĂ©e Ă  Michael Matthes. Sur des accords tenus, une arabesque volontiers chromatique va et vient, bientĂ´t remplacĂ©e par un deuxième thème qui fige l’accompagnement. Puis le premier motif reprend du service, et le deuxième thème se greffe derechef sur cette branche jusqu’Ă  la coda de quatre accords, construisant une Å“uvre Ă©clair et claire Ă  laquelle une interprĂ©tation sans falbala convient fort bien.

Diptyque (1930) respecte le projet du titre : une partie en crescendo parfois comparĂ©e Ă  une toccata alla DuprĂ© (co-dĂ©dicataire) et, Ă  dĂ©faut de fugue, une « montĂ©e mĂ©lodique extrĂªmement lente » sous-titrĂ©e « Essai sur la vie terrestre et l’Ă©ternitĂ© bienheureuse » (5’50). JĂ¼rgen Essl y trouve double occasion de briller. L’orgue met en valeur la clartĂ© de son interprĂ©tation en lui permettant de dĂ©tacher chaque plan. L’auditeur est notamment saisi par

  • le travail de prĂ©cision,
  • l’art de la respiration et de la registration remplaçant la sensation de rĂ©pĂ©tition par l’impression d’itĂ©ration augmentĂ©e, et
  • la maĂ®trise technique permettant Ă  la musique d’advenir en dĂ©pit de la profusion de notes et d’accords.

S’ensuit une seconde partie planante dont l’interprète rend le charme mystique grĂ¢ce Ă  des choix de jeux convaincants. Certes, ceux qui prĂ©fèrent la radicalitĂ© iront plutĂ´t piocher la version d’Olivier Latry, aux contrastes plus appuyĂ©s. La version de JĂ¼rgen Essl n’est pas moins intĂ©ressante, portĂ©e par un musicien habile et sensible, et parfaitement sertie dans l’Ă©crin de l’orgue mis Ă  sa disposition.
L’Apparition de l’Église Ă©ternelle (1932) et sa disparition (commençant vers 6’10) sont laissĂ©es Ă  la responsabilitĂ© de David Cassan – lourde responsabilitĂ© : Ă  notre goĂ»t, c’est sans doute l’une des plus belles pièces du coffret ! Cela pourra surprendre ceux qui iraient directement Ă  la piste 5 : le Diptyque (piste 4) continue de rĂ©sonner plus d’une seconde après le dĂ©but de la piste suivante, comme si le DA souhaitait privilĂ©gier une Ă©coute continue, tuilĂ©e, presque glissĂ©e. Au reste, le grand crescendo prĂ©vu ne commence pas si pianissimo qu’on l’entend parfois – façon peut-Ăªtre, pour l’interprète, de signifier, dans une perspective messiaenique, que, avant l’Église, l’esprit de l’Église flottait dĂ©jĂ  sur le monde. L’Épouse de l’Agneau, « faite de l’Ă¢me des Ă©lus », se profile nĂ©anmoins petit Ă  petit, accord après accord. Sans que cela n’Ă©tonne chez un organiste aussi formidable que David Cassan,

  • le tempo est maĂ®trisĂ©,
  • la sollicitation de l’orgue est optimalement stratifiĂ©e, et
  • les respirations sont un modèle d’Ă©quilibre diffĂ©renciant la section du son et le silence.

L’orgue, dont la reconstruction a Ă©tĂ© suivie de près par Pascal Vigneron, dĂ©voile ici ses grandes qualitĂ©s :

  • variĂ©tĂ© de timbres,
  • richesses des mĂ©langes,
  • dialogue avec la rĂ©sonance de la cathĂ©drale (qui n’a pas dĂ» Ăªtre simple Ă  restituer),
  • harmonisation d’ensemble sĂ©duisante et, ce jour-lĂ ,
  • accord impeccable – on imagine que Julien Marchal et la maison Koenig ont dĂ» Ăªtre grandement Ă  l’Å“uvre avant et pendant les captations !

Le Verset pour la fĂªte de la DĂ©dicace (1960), bien plus tardif, est un morceau de concours imposĂ© au CNSMDP. Aux manettes, cette fois, Denis Comtet, l’un des rares artistes Ă  Ăªtre aussi sollicitĂ© comme chef de chÅ“ur que comme virtuose de l’orgue. Ă€ lui de jongler avec des registrations variĂ©es dans lesquelles se love le remix d’un allĂ©luia grĂ©gorien confiĂ© au cromorne. La pièce, fragmentĂ©e, associe

  • passages posĂ©s et surgissements mystĂ©rieux,
  • triple exposition du thème et symĂ©tries de dĂ©veloppement,
  • monodie, duos et harmonisation profuse.

InterprĂ©tĂ©e sans hĂ¢te, avec la fermetĂ© sereine qui sied, elle renonce Ă  tout effet spectaculaire mais, grĂ¢ce Ă  l’aisance de son porte-voix, permet de continuer Ă  explorer, sur des rythmes variĂ©s, les possibles de l’orgue de Toul…
… dans lesquels nous nous plongerons prochainement pour L’Ascension, mais sans la Monodie de 1963, que s’Ă©tait rĂ©servĂ© Pascal Vigneron, qui reste indiquĂ© sur la pochette du disque et sur le coffret mais a Ă©tĂ© omise au pressage et dans le livret puisque, nous signale après lecture l’intĂ©ressĂ©, elle a Ă©tĂ© rĂ©servĂ©e pour la fin du dernier disque (seule la pochette est fautive). Nous n’y sommes pas encore mais nous en approchons dĂ©jĂ  !


Pour acheter le coffret, y a sans doute un moyen mais je l’ai pas trouvĂ© pour le moment.
Ă€ suivre !