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Le blog de Bertrand Ferrier, page 166

Coup de bigo à une proximité

Bruno Beaufils de GuĂ©rigny Ă  Saint-AndrĂ© de l’Europe (Paris 8), dĂ©tail. Photo : Bertrand Ferrier.

 

Ă€ l’occasion du cyberconcert orgue et cor de chasse (notamment), offert au festival Komm, Bach!, Bruno Beaufils de GuĂ©rigny, aka 2BdG, a passĂ© un coup de fil au Seigneur afin de vivre pour lui et pour le bien de son voisin. Nous n’avons pas connaissance de la rĂ©ponse, mais la sollicitation vaut le dĂ©tour Ă  elle seule.

 

 

Gastronomie marine

 

… et toujours cette lutte pour faire de la musique malgrĂ© les absurditĂ©s anticulturelles du gouvernement.
Pour chanter, partager, rĂ©flĂ©chir et s’Ă©mouvoir ensemble avant d’Ăªtre noyĂ©s
par les décisions des puissants ou, simplement, la vie.
D’oĂ¹ la prĂ©sente vidĂ©o.

 

Juste avant de mourir

Emmanuel Acurero Ă  Saint-AndrĂ© de l’Europe par Bertrand Ferrier

 

Bernd Alois Zimmermann avait décidé de mourir. Il termina les pièces qui lui avaient été commandées. Juste après avoir achevé les « Quatre études brèves », il se tua.
Emmanuel Acurero, pĂ©pite vĂ©nĂ©zuĂ©lienne des Ă©coles de violoncelle du CNSMDP, sait en rendre la puissance et la fatalitĂ© intĂ©rieures, par-delĂ  les dĂ©fis techniques. Accrochez-vous pour 4′ d’Ă©motions fortes, et soyez-en convaincus : comme le promettait l’intitulĂ© du concert dont cette tĂ©tralogie est extraite, notre futur est en flammes !

 

 

D’autres thĂ©Ă¢tres sont possibles

 

Depuis que l’État cadenasse les lieux culturels, depuis qu’il interdit l’art dans les lieux cultuels, depuis qu’il tente de pulvĂ©riser les acteurs du milieu artistique, les lignes de fuite existent pour ne pas mourir la gueule fermĂ©e. Parmi elles, les concerts sauvages, dans des lieux improbables, devant un public comptĂ© qui ne dĂ©couvre souvent l’adresse qu’au dernier moment, afin d’Ă©viter du travail aux pauvres CRS ou aux braves flics en civil.
Le 30 janvier, un propriĂ©taire de thĂ©Ă¢tre avignonnais a proposĂ© aux volontaires de partager quelques vibrations avec leurs fans. Jann Halexander a sautĂ© sur l’occasion. En voici un premier extrait, sauvage et improbable.

 

 

Un bon coup de tut-tut

Gustave Cuypers et Bruno Beaufils de GuĂ©rigny lors de la captation du concert « Le futur est en flammes ! » en l’Ă©glise Saint-AndrĂ© de l’Europe (Paris 8). Photo : Bertrand Ferrier.

 

– Vous voulez faire une captation en vue du concert « Le futur est en flammes ! », mais ça va pas Ăªtre trop FORT, au moins ?
– Oh, si peu, si peu.

 

 

Cultivons nos jardinières

Photo : Bertrand Ferrier

 

En concert (ha, nostalgie !) ou dans les chansons que je moule Ă  la louche artisanale depuis le premier confinement, j’aime bien raconter des histoires, mais j’aime bien aussi raconter des gĂ©ographies. Voici un mix’n’match : une histoire de gĂ©ographie ratĂ©e ou la gĂ©ographie d’une histoire ratĂ©e.
Bref, pour Ăªtre persil et prĂ©cis, restons dans les Lumières et tĂ¢chons de cultiver nos jardins voire, si nous trouvons un accord avec elles, nos jardinières.

 

 

Refaisons les niveaux du bonheur

Photo : Jacques Bon (http://www.cafcom.net/)

 

Une hymne. De la pétillance. Du tube et des tuyaux.
Ainsi s’achevait le concert « Y a d’la joie ! » qui, lui-mĂªme concluait la quatrième saison du festival Komm, Bach!.
Les snobs peuvent bien faire la moue ou la molle : on ne jouera jamais pour eux.

 

 

Un peu de géographie anatomique

 

Feu Corbier adorait le projet Je m’appelle Firmin – il l’avait soutenu avec force. Sur cette vidĂ©o, Jacky juge « Bertrand Ferrier exceptionnel ». Y a de moins en moins de doute : ça devait Ăªtre galactique, le Club DorothĂ©e !

 

 

Approche de nuit

Fin de captation, le 6 fĂ©vrier, en l’Ă©glise Saint-AndrĂ© de l’Europe, pour le festival Komm, Bach!, après 6 h de travail. Feat. Esther Assuied et Samuel Campet. Photo : Bertrand Ferrier.

 

Toujours pensĂ© que jouer de l’orgue, c’Ă©tait mieux dans le noir.
En fait, me dis qu’Ăªtre dans le rouge, pour une fois, c’est bien aussi.

Estelle Revaz, Journey to Geneva (Solo Musica)

 

Ce qu’il y a de bien, avec les Suisses, c’est qu’ils sont encore fiers dâ€™Ăªtre Suisses. On le savait pour les Vaudois : un mondialiste comme Michel BĂ¼hler, capable d’apprendre l’arabe et de rĂ©clamer plus de chansons en mandarin et de multiplier les voyages sur le globe quasi entier, a toujours chantĂ© avec ferveur sa petite partie de Suisse « oĂ¹ l’on disait des Suisses allemands venus s’y installer qu’ils Ă©taient venus s’amĂ©liorer ». On le voit rĂ©gulièrement avec le label VDE-Gallo, grand pourvoyeur de dĂ©couvertes suisses – dernier exemple en date, le nouveau disque autour de Caroline Boissier-Butini, sur instruments anciens s’il-vous-plaĂ®t.
Donc les Suisses aiment leur suissistude ; mais c’est encore plus poussĂ© chez les Genevois ! Le livret du nouveau disque d’Estelle Revaz garantit une production bien de Genève. Il la martèle, mĂªme : « L’Orchestre de chambre de Genève [qui accueille la violoncelliste pour une troisième annĂ©e de rĂ©sidence] a toujours dĂ©fendu avec passion les compositeurs genevois ». Il remet le couvert grĂ¢ce Ă  « Estelle Revaz, violoncelliste genevoise d’adoption [elle est nĂ©e Ă  Martigny-en-Valais, Ă  135 km de la capitale, c’est donc une sang-mĂªlĂ©] » (Ă´ ouverture au monde, quand tu nous tiens !). Ladite Estelle « a consacrĂ© son premier disque (…) Ă  des compositeurs suisses » et commandĂ©, pour son deuxième, autour de Bach-mais-pas-que, « une Å“uvre originale du compositeur genevois Xavier Dayer », que l’on retrouve dans ce troisième disque centrĂ© autour de la figure de Frank Martin, « nĂ© en Suisse, Ă  Genève, en 1890 » qui, prĂ©cisons-le, n’a pu Ăªtre influencĂ© par les Pink Floyds, comme le livret l’Ă©crit et l’artiste le dit : le « s » reste superfĂ©tatoire, malgrĂ© le pluriel accolĂ© au groupe. Il est d’ailleurs stipulĂ© qu’Arie van Beek, le chef de l’orchestre, est Genevois (si) par son lieu de travail et parce qu’il est Hollandais, dans la mesure oĂ¹ Xavier Dayer, Genevois, s’est installĂ© aux Pays-Bas.
Bref, nous nous risquons Ă  Ă©crire sur un disque genevois presque sang pur sang. Il se prĂ©sente, dans un joli boĂ®tier illustrĂ© par les photos gourmandes de Gregory Batardon (quoique plus tempĂ©rĂ©es que pour l’exubĂ©rant packaging de l’Ă©pisode Bach & friends), avec, fors l’agacement que peut susciter cette obsession de l’origine gĂ©ographique (d’autant qu’elle fonctionne moyennement pour le prĂ©sent disque puisque ni le chef, ni ni la soliste ne sont des pures races), mĂªme si l’on en suppute les louables intĂ©rĂªts en termes de sponsoring, l’avantage d’un disque helvĂ©tique de qualitĂ© : rigueur, ambition et livret disponible en allemand, en anglais et en français. Pas nĂ©gligeable, Ă  l’heure du va-comme-je-te-pousse et du tout-Englishphone.
[Je sais, mais pas d’inquiĂ©tude, on va finir par parler musique.]

 

 

Pour les francophones, Journey to Geneva est traduit, avec souplesse, « un voyage au cÅ“ur de la tradition genevoise » (c’est vrai que, après la race, il nous manquait la tradition). Il s’ouvre sur le Concerto pour violoncelle et orchestre (26’) que Frank Martin a fini de composer en 1966. Orchestre rĂ©duit (avec, toutefois, entre autres, le piano de Saya Hashino, le saxophone alto de Vincent Barras – le partenaire habituel de la pianiste, quand il ne le trahit pas pour l’orgue de Vincent ThĂ©venaz – et la harpe de Domenica Musumeci), langage musical « qui s’étend depuis le diatonisme le plus pur jusqu’à la plus grande complexitĂ© chromatique » et forme classique (vif-lent-vif) sont au programme.
Le premier mouvement encadre l’Allegro moderato par deux Lento. En effet, le violoncelle s’exprime d’abord seul. Lui répondent, solennels, piano et cordes, au-dessus desquels la soliste plane, circonspecte. Jusqu’à ce que l’affaire se corse (1’56). Soudain, mais pas si soudainement que cela, la belle entente se fissure. Par grands accords rythmiques, l’orchestre secoue cette sérénité et finit par prendre le pouvoir, pupitres après pupitres.

 

 

Résolue, la soliste s’englue alors, avec triolets et trilles, dans la toile sonore chamarrée que tissent ses acolytes. À terme, elle parvient à s’en extirper à force de pousser sa mélopée de l’aigu au grave. Le saxophone alto lui répond, sur des cordes en pizzicato. Les cuivres en profitent pour entrer dans le game.
Pas farouche, Estelle Revaz leur répond en personne. Un échange multipartite met alors à contribution l’ensemble des pupitres, harpe et célesta compris, dans une variation sinon de nuances, du moins d’intentions. Le retour de la marche funèbre (7’50) signale la fin de partie. Grave, le violoncelle s’offre un bref nouveau solo ponctué par les cordes ; et un decrescendo clôt l’affaire.

Le deuxième mouvement est noté Adagietto. Il « a un peu l’allure d’une sarabande », prévient le compositeur. Les vents sont choisis pour l’amorcer. L’écho de leur postulat est confié aux cordes. Le dialogue s’engage, arbitré par le piano jusqu’à la fusion orchestrale, joliment fondue par le chef. En émerge le violoncelle, encouragé par ces récurrents accords rythmiques.

 

 

Pour autant, le prolongement du thème matriciel n’est pas dĂ©stabilisĂ©. Ce motif structurant est rappelĂ© sans cesse mais se rĂ©vèle aussi mutant et obstinĂ© qu’un coronavirus. Ă€ son service :

  • l’orchestre,
  • la clarinette,
  • le hautbois et
  • la flĂ»te.

Estelle Revaz prend soin de travailler autant la ligne que l’expressivitĂ©. Le son est son (haha, quelle drĂ´litude) domaine. Aussi sculpte-t-elle, pour quasi chacun,

  • son attaque,
  • sa tenue,
  • ses accents,
  • ses mutations et
  • sa conclusion.

NĂ©anmoins, en dĂ©pit des diversions, un intermède orchestral remet l’église du thème au centre du village avec une obstination quasi wagnĂ©rienne. Ă€ 5’55, le violoncelle tente de calmer le jeu avec un abattement gouleyant. Il s’approprie mĂªme la sĂ©quence solennelle de l’orchestre. Les cordes approuvent sa sagesse, privilĂ©giant parfois la nuance sur l’exactitude de justesse (attaque du la aigu, 6’58), jusqu’Ă  l’Ă©puisement du sujet.

 

 

Le troisième mouvement s’annonce, sur des « rythmes syncopĂ©s », Vivace selvaggio ed aspro – donc sauvage et Ă¢pre, ou acide, ou aigre, on va le savoir. C’est le piano qui lance la machine Ă  dĂ©couvert, sur les ploum-ploums des cordes. On entend les timbales et la clarinette donner leur avis puis ronchonchonner quand le violoncelle entre, pizz puissants et archet rageur. Triolets, intervention des cors et commentaires langoureux des cordes n’empĂªchent Ă©videmment point Estelle Revaz de remettre son grain de sel.
Deux notes de xylophone signalent pourtant le retour au calme vers 3’ – un calme sporadiquement inquiĂ©tant, comme en tĂ©moignent les lignes discontinues du violoncelle qui, après rĂ©ponse de ses complices, manque de relancer la baston vers 4’40. Cette tension entre apaisement et moteur pianistique, dĂ©bouche sur un regain presque fanfaron d’énergie orchestral. La cadence (6’20) souligne l’expressivitĂ© du violoncelle, entre brusque Ă©nergie et suspension de doubles cordes comme hĂ©sitantes. Une cavalcade sciemment bancale prĂ©cipite la chute, que ponctuent deux coups de timbales et autant de(ux) pizzicati, après que l’Orchestre a eu, section après section, presque autant l’occasion de briller que la soliste – l’une des caractĂ©ristiques de cet art dit « autodidacte » de Frank Martin.

 

 

Un quart d’heure de Ballade pour violoncelle et petit orchestre, composé en 1949 toujours par Frank Martin qui en revendique les aspects « lyrique et épique », sert de premier complément de programme au concerto. Sur le perron nous accueille le violoncelle en doubles cordes et un orchestre grave. Piqué de la harpe, pizz des contrebasses et petits commentaires de l’ensemble se déplient jusqu’à céder le lead à un cor anglais qui cède ensuite le pas au développement conduit par les cordes.
Le violoncelle ne le peut laisser passer sans s’exprimer. L’intervention des cors, dans les aigus, prĂ©lude Ă  une tension gĂ©nĂ©rale dans laquelle Estelle Revaz se dĂ©bat avec contraste jusqu’à se mettre Ă  danser (5’27) quand elle a enfin obtenu gain de cause. Les cordes en pizz lui accordent cette grĂ¢ce, puis les vents tentent d’organiser la riposte. Un système d’échos laisse penser qu’une trĂªve est envisageable.

 

 

Au contraire, les Ă©changes deviennent plus vifs, grommelant dans des graves si prĂ©sents qu’ils parviennent, Ă  force, Ă  enliser hic et nunc la hache de guerre. Le cor anglais (ou ce qui en tient lieu, je dis comme j’entends mais aucun cor anglais n’étant crĂ©ditĂ©, je suppute Ă©videmment que le hautboĂ¯ste va rigoler, tant mieux pour lui) salue cet apaisement inquiet. Pourtant, une houle se forme et se reforme sans cesse, montant des souterrains pour tester le mĂ©dium puis les aigus de l’orchestre. Quelques vagues Ă©clatent, mais il faut attendre 10’48 pour qu’une houle bien plus structurelle, et pourquoi pas ? secoue l’atmosphère, dĂ©chirant mĂªme l’orchestre.
Lorsque le violoncelle se réapproprie l’espace, on ne sait si c’est pour jeter de l’huile sur le feu ou pour remettre de l’ordre. Entre confrontation et complicité, le système s’en tient à ses fondamentaux : début dans les graves, montée, explosion, confrontation, piano quasi subito et remise en marche sous l’ordre du violoncelle. Cette narrativité de l’itération (popopo !) évoque le travail du ressac que les bois développent ensuite, repris par le violoncelle, avant que l’excitation ultime ne réélectrise son petit monde.

 

 

Pour parachever ce disque, Estelle Revaz dĂ©montre son opiniĂ¢tretĂ© et sa constance.

  • OpiniĂ¢tretĂ© car elle parvient Ă  maintenir une commande faite Ă  Xavier Dayer pour une pièce d’un quart d’heure destinĂ©e Ă  l’ensemble violoncelle+orchestre, après « Cantus II » pour violoncelle seul commandĂ© Ă  l’occasion du prĂ©cĂ©dent disque.
  • Constance, car la dame dĂ©veloppe depuis lurette une rĂ©flexion approfondie sur le rapport entre partition et musique.

« La notation, indiquait-elle tantĂ´t, c’est quand mĂªme un assez gros problème en musique. Certains aspects sont très bien transcrits, comme, par exemple, les hauteurs de son, le rythme parfois ; mais tout ce qui est entre les notes, ce qui ressortit de l’émotion ou des subtilitĂ©s des dynamiques, c’est difficile de les noter. C’est pourquoi le contact direct avec le compositeur permet de rentrer plus profondĂ©ment dans l’œuvre. »
Lignes d’Est se revendique « influencĂ© par les folklores roumains » et par une « recherche intĂ©rieure impliquant une dimension mĂ©ditative », explique sommairement le compositeur. Une autre explication du mĂªme : « Lignes », c’est parce que c’est très contrapuntique ; « Est », c’est parce qu’il y a des mĂ©lismes et que la soliste s’appelle Estelle. Le dialogue entre la soliste et la harpiste ouvre le bal. L’interrogation s’étend peu Ă  peu, jusqu’à gagner l’orchestre, entre notes, frictions, zĂ©brures et sons de cloches tubulaires. Le violoncelle apparaĂ®t moteur et grain de sable Ă  la fois, incitation rĂ©active et rĂ©pulsif suscitant l’ire de la phalange qu’il devance.
Attaques puissantes, tenues, extinctions guettent la soliste, provoquée par des interventions de la caisse claire ou celles des bois, de la harpe et des violons englués dans leur aigu. Le violoncelle semble batailler ferme contre ou avec ses collègues, contrebasson et percussion compris. Cependant, cette confrontation est aussi intérieure, et la bataille avec les autres semble extérioriser un combat que le compositeur semble avoir situé aussi à l’intérieur de l’instrument vedette. Les apparentes stagnations sont parcourues par des sursauts qu’illustre la ligne imprévisible de la soliste, entre grave obsessionnel et aigu sans perspective – l’extinction de la proposition n’est qu’un prolongement de cette impasse chaotique qui peut évoquer le sens absurde, forcément absurde, de toute existence.

 

 

En conclusion, ce disque ambitieux profite de deux atouts principaux :

  • la virtuositĂ© musicale de la vedette au violoncelle ; et
  • l’attention patente d’un orchestre Ă  l’évidence pas mĂ©content de reprendre le chemin des studios.

Aux pièces sans concession du plutĂ´t vĂ©nĂ©rĂ© Frank Martin, rĂ©pond une crĂ©ation honnĂªte sinon bouleversante, as far as we are concerned, qui tire beaucoup de l’expressivitĂ© de la soliste et du combo qui l’accompagne, ce qui n’est pas un mince compliment pour la pièce. Partant, ce Voyage Ă  Genève vaut, par-delĂ  son titre peut-Ăªtre pataud, comme maints « albums Ă  titre » qui s’engoncent derrière une unitĂ© falote, par

  • l’engagement d’Estelle Revaz Ă  faire vibrer
    • son art de concertiste,
    • son patrimoine et
    • son engagement entre tradition et actualitĂ© (un petit point sur l’annĂ©e 2020 est d’ailleurs insĂ©rĂ© dans le livret), ainsi que
  • son envie de prolonger ledit patrimoine en restant – en dĂ©pit des considĂ©rations facĂ©tieuses postulant depuis plus d’un an que la culture est antinomique de la santĂ© – du cĂ´tĂ©
    • du biologique,
    • du charnel et
    • du vivant.

MĂªme dans le technique, l’ambitieux, le prĂ©cis.
On l’admet tout rond : de ce volontarisme, on ne blĂ¢mera guère cette soliste Ă©tonnante, comme on disait quand « étonnant » avait vraiment du sens.


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