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Le blog de Bertrand Ferrier, page 190

Enfin un peu de lecture !

 

Vous Ăªtes des millions Ă  me tirer par la manche en gĂ©missant : « Bertrand, guide-nous vers la lecture ! »
Je cède Ă  vos suppliques, foufous que vous Ăªtes. Dans la boutique, vous dĂ©nicherez 1500 nouvelles pages Ă  dĂ©vorer.
La base-line : « Quand le rĂªve devient rĂ©alitĂ©, le cauchemar n’est pas loin. »
Le pitch de la « trilogie de Mallemonde » : « Ézoah a huit ans et une passion – bizardouiller. Rien qui ne la prĂ©pare Ă  dĂ©barouler dans un monde oĂ¹, depuis quelque temps, les montagnes sont des animaux comme les autres et les chĂ¢teaux des pièges mortels infestĂ©s de monstres malades de l’os de la tĂªte. Surtout, rien qui ne la prĂ©pare Ă  la mission qui lui a assignĂ©e Elder, dans le secret de son dĂ©lire : sauver les mondes qu’il a créés, jadis, quand il Ă©tait un enfant pĂ©tillant d’imagination et non le vieillard sĂ©nile qu’il est devenu. Ézoah est le dĂ©but d’une impressionnante course contre-la-montre menĂ©e tambour battant par celle que l’on a dĂ©crite comme la petite sÅ“ur d’Arthur et les minimoys… en beaucoup mieux, prĂ©cisent, modestes, les auteurs. »
Une première Ă©dition de la trilogie est parue entre 2005 et 2007 chez Intervista. RééditĂ© en 2008 chez Pocket Jeunesse, traduit en russe, rééditĂ© chez Label Libertad entre 2016 et 2018, le cycle complet (Ézoah, Immemoria – un de mes parallĂ©lĂ©pipèdes feuillus prĂ©fĂ©rĂ©s, I must confess – et TĂ©nĂ©bria) est enfin disponible sur ce site… et Ă  un prix presque rigolo pour quelques jours. Ça s’pass(me) ici.

Paysages intérieurs : le programme (ou presque)

 

Au programme, ce soir, Ă  20 h 30 : de l’orgue, du sax, du clavecin, de la flĂ»te, de la peinture, de la vidĂ©o (si) et de la chanson. Voici le casting.

Ă€ l’orgue, Anna Homenya

En 2013, elle obtient ses Premiers prix d’orgue et de clavecin au conservatoire Rimsky-Korsakov de Saint-PĂ©tersbourg, enchaĂ®nant directement sur un doctorat de musicologie dissĂ©quant les symphonies d’Anton Bruckner. Elle se perfectionne au Conservatoire Ă  Rayonnement RĂ©gional de Paris, avec Christophe Mantoux (orgue) et NoĂ«lle Spieth (clavecin), ainsi que lors de classes de maĂ®tre très prestigieuses.
En 2017, elle se faufile parmi les finalistes du redoutable concours d’orgue de Dudelange (Luxembourg). La mĂªme annĂ©e, elle devient professeur de piano et de solfège Ă  l’École russe des arts de Paris. Titulaire des orgues de Sankt-Albert (Paris), elle a claquĂ© des concerts mĂ©morables dans de nombreux endroits prestigieux, Ă  Saint-PĂ©tersbourg, Ă  Paris (Saint-Augustin, Saint-SĂ©verin, Saint-Gervais, les Billettes… et mĂªme Ă  Saint-AndrĂ© de l’Europe pour la première fois le 9 dĂ©cembre 2016) et en Allemagne.

 

 

Au saxophone, Dmitri Ouvaroff

Complice habituel d’Anna Homenya, Dmitri Ouvaroff est avant tout un soliste redoutable. MultidiplĂ´mĂ© en saxophone classique Ă  Saint-PĂ©tersbourg, il a aussi dĂ©crochĂ© un master Ă  l’UniversitĂ© de Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines. Il est membre de l’Orchestre symphonique de la chapelle d’État de Saint-PĂ©tersbourg et, depuis 2020, de l’Orchestre symphonique sicilien de Palerme.
Neuf prix jalonnent le parcours du musicien Ă©clectique, aussi passionnĂ© de musique baroque que de musique contemporaine. Il a fondĂ© et dirige l’École russe des arts de Paris, et nous a prĂ©parĂ© un programme aussi dĂ©coiffant que singulier…

 

 

Au chant, Claudio Zaretti

Si l’on avait respectĂ© l’ordre alphabĂ©tique, il ne se serait pas glissĂ© si haut dans la liste. Mais la particularitĂ© des concerts YouTube du festival Komm, Bach! Ă©tant, pour la deuxième fois, d’accueillir des chanteurs, nous avons dĂ©cidĂ© de nous tampiponner de l’alphabet pour Ă©voquer dès Ă  prĂ©sent Claudio Zaretti. Italo-Suisse, il fait ses premières armes d’auteur-compositeur-interprète entre Genève, Lausanne et Spa. ExilĂ© en France, il formalise en conservatoire ses connaissances en harmonie, entre Lyon et Villeurbanne. Guitariste, contrebassiste et chanteur, il Ă©cume alors les bars et multiplie les tournĂ©es Ă  chaque saison touristique.
En 2005, ce voyageur revendiquĂ© se fixe Ă  Paris « quelque part dans le douzième ». Petites salles et cafĂ©s-concerts de la capitale (notamment !) lui ouvrent leurs portes avec chaleur. Alors qu’il contrebasse jazz pour le quintette swing de Paris, cinq disques ont jalonnĂ© son parcours dont le tout rĂ©cent Cosmos hĂ´tel.

 

 

Au piano, Nicolas Horvath

Derrière le beau gosse au brushing mouvant se cache l’un des virtuoses les plus singuliers de la planète classique française. FormĂ© Ă  l’AcadĂ©mie de musique Prince Rainier III de Monaco, Nicolas Horvath s’est perfectionnĂ© auprès de nombreux maĂ®tres dont Philippe Entremont et Leslie Howard. Fructueuses ont Ă©tĂ© ces collaborations, puisque l’interprète a glanĂ© moult rĂ©compenses, dont les premiers prix des concours internationaux Alexandre Scriabine et Luigi Nono. Interprète des compositeurs pour piano les plus canoniques, de Liszt Ă  Debussy dont il vient d’enregistrer des pièces rares, la patte Nicolas Horvath se caractĂ©rise par quatre singularitĂ©s :

  • un goĂ»t non exclusif pour la musique contemporaine, qui l’a fait par ex. tout rĂ©cemment graver un album RĂ©gis Campo peu après avoir dĂ©fendu Karl Czerny ;
  • un attrait pour le rĂ©pertoire mĂ©connu, dĂ©fendu avec talent pour le label GrandPiano ;
  • une dilection envers les concerts et les projets hors normes, comme son intĂ©grale Philip Glass qui a attirĂ© près de 15 000 fans Ă  la Philharmonie de Paris ; et
  • une production Ă©lectroacoustique partagĂ©e entre trois pistes convergentes – Ă©tudes sĂ©rieuses Ă  l’École normale et au CRD de Pantin (d’oĂ¹ il sort diplĂ´mĂ©) ; fulgurantes explosions (enregistrement harshnoise du Treatise intĂ©gral de Corneilus Cardew) ; et expĂ©riences d’art total comme cette exposition sanglante de 2013 (vidĂ©o infra).

Ses embardĂ©es verront donc aussi bien Nicolas Horvath se produire dans les plus belles salles de la planète que Meldhkwis tourner avec les plus sulfureux des artistes black metal de la scène underground, feat. les cultissimes grogneurs de Hell Militia. Bref, Nicolas Horvath, c’est ça…

 

 

… et ça.

 

 

À la vidéo, Nicolas Fiery

Comme Inna Ouvaroff, danseuse formĂ©e au BolchoĂ¯ devenue aussi vidĂ©aste (c’est elle qui filme son mari Dmitri dans Paysages intĂ©rieurs), Nicolas Fiery est bien le vidĂ©aste qui a travaillĂ© avec Charlotte Isenmann… mais, fondamentalement, il est danseur.
En 2009, il commence Ă  pratiquer son art par le biais des techniques dites funky styles (popping and locking, savent les spĂ©cialistes). Dans l’Ă©cole de Lady Del, dirigĂ©e par Candice Alekan, il dĂ©bute sa formation professionnelle en se concentrant sur les danses hip-hop, jazz, modern… et en s’ouvrant au thĂ©Ă¢tre. Très vite, il investit les scènes françaises et italiennes, claquant des chorĂ©graphies signĂ©es Lady Del et Candice Alekan, bien sĂ»r, mais aussi Kayoko Watanabe et Julie Galopin.
Entre 2013 et 2015, il récolte moult prix en locking et en jazz.
En 2015, il fonde MUMOS, une plateforme artistique servant de support Ă  la crĂ©ation pluridisciplinaire et au rassemblement des cultures. Les crĂ©ations de la compagnie revendiquent d’Ăªtre « des performances et des vidĂ©os visant Ă  surmonter les barrières gĂ©ographiques ». Ă€ l’occasion d’un tournage au Costa Rica, Nicolas Fiery a filmĂ© le peintre Jorge Portuez Ă  l’ouvrage, et ce travail a singulièrement inspirĂ© Charlotte…
En 2017, Nicolas intègre The Ailey School, le plus grand centre de danse de la côte Est, et la maison d’Alvin Ailey American Dance Theater. Ayant désormais validé sa formation, il danse pour ASPG, la JPA, et The Heraclitus Project. Ses propres chorégraphies ont été vues dans des lieux de spectacle tels que le Bataclan (Paris), le CRR de Paris, mais aussi Arts On Site et The Tank, à New York.

 

 

À la flûte, Charlotte Isenmann

Apparue en septembre 2000 Ă  Paris, Charlotte Isenmann commence la flĂ»te traversière en conservatoire dès sept ans. Trois ans plus tard, elle intègre le Conservatoire Ă  Rayonnement RĂ©gional de Paris (CRR) dans le cadre d’un double-cursus. Elle suit alors les cours de Madeleine Chassang pendant 5 ans, puis ceux de FrĂ©dĂ©ric Chatoux, flĂ»te solo de l’orchestre national de l’OpĂ©ra de Paris, jusqu’Ă  aujourd’hui. Elle obtient son DiplĂ´me d’Études Musicales (DEM) en juin 2019 et entre en classe prĂ©paratoire Ă  l’enseignement supĂ©rieur (CPES) en septembre 2019.

Charlotte Isenmann par Olivier Merzoug (extrait, dĂ©couvrez l’intĂ©gralitĂ© dès ce samedi, 20 h 30 !)

Elle a participĂ© Ă  de nombreux projets : l’inauguration des studios de Luc Besson Ă  la CitĂ© du CinĂ©ma en tant que piccoliste (2012) ; plusieurs concerts Ă  la Sorbonne avec l’orchestre du lycĂ©e Racine ; la cĂ©lĂ©bration des 300 millions de visiteurs Ă  la Tour Eiffel (2017) ainsi que plusieurs masterclasses au CRR (avec le Trio d’argent, Olivier Ombredane, Martin Kutnowski…). Charlotte intègre l’Orchestre symphonique du CRR et entre au conservatoire du quinzième arrondissement dans la classe de jazz de David Patrois en septembre 2019.
En parallèle, Charlotte dĂ©veloppe ses qualitĂ©s de danseuse – dĂ©cidĂ©ment – depuis ses huit ans Ă  travers les danses africaine, baroque, modern jazz, contemporaine et, actuellement, danse classique : elle est en sixième au Centre de danse du Marais, sous la houlette d’Anne Meteier. Comme tout cela Ă©tait bien insuffisant, l’ogre artistique qu’elle a Ă©galement entamĂ©, en ce mois dĂ©cisif de septembre 2019, des Ă©tudes de thĂ©Ă¢tre au conservatoire du Val MaubuĂ©e (Noisiel) sous la direction de Claire Delaporte.

 

 

M. Chien remarquant que tu manges une banane sans l’en avoir prĂ©alablement averti par courrier recommandĂ© afin de demander l’autorisation et de payer la taxe en rapport

Photo : Bertrand Ferrier

Paysages intérieurs : le concept

 

Le prochain concert du festival Komm, Bach! se profile : il sera diffusĂ© en Première YouTube ce samedi 23 mai, Ă  20 h 30. La plupart des artistes seront en direct pour lire vos rĂ©actions sur le tchat et partager avec vous ce moment d’Ă©motion en direct.

 

Pourquoi ce concert ?

Paysages intĂ©rieurs s’inscrit dans le cadre du festival Komm, Bach!, fondĂ© en octobre 2016 et qui invoque le grand maĂ®tre de la musique (« Komm, Bach! ») pour cĂ©lĂ©brer le come-back de l’orgue après restauration… et la musique de Johann Sebastian Bach. Environ 21 concerts par saison, du 21 septembre au 21 juin, constituent le « plus petit festival international d’orgue-et-pas-que », sis en l’église Saint-AndrĂ© de l’Europe (Paris). Ces concerts veulent Ăªtre accessibles aux mĂ©lomanes (seuls de grands musiciens y sont programmĂ©s) comme aux curieux, car ils sont

  • courts (en gĂ©nĂ©ral 1 h 10 maximum),
  • variĂ©s (morceaux de durĂ©e et d’esprit contrastĂ©s, compositeurs mĂ©tissĂ©s, instruments changeants – de l’orgue seul Ă  l’orgue associĂ© avec un choeur, un saxophone, une bombarde, un ensemble de cuivres, un rĂ©citant, un film ou des lumières créées pour l’occasion, par ex.),
  • clairs (lors des concerts in situ un programme dĂ©taillĂ© est offert aux spectateurs),
  • intrigants (rĂ©citals retransmis sur Ă©cran gĂ©ant), et
  • gratuits (Ă  l’entrĂ©e et Ă  la sortie) mais drĂ´lement qualitatifs quand mĂªme.

Depuis la création du festival, 82 concerts ont été donnés.
Or, pour d’obscures raisons politiques, alors que les supermarchĂ©s et l’horrible ligne 13 sont ouverts, alors que les avions s’apprĂªtent Ă  redĂ©coller sans espacement spĂ©cifique des passagers, les concerts vivants sont, eux, interdits. Pour que la musique ne s’arrĂªte pas au grĂ© des dĂ©cisions opportunistes prises par un gouvernement d’incompĂ©tents et de wanna-be dictateurs, des artistes invitĂ©s se mobilisent au nom du beau dans sa plus large diversitĂ©.
Autour d’un thème proposé par le programmateur, ils enregistrent des pièces spécialement pour l’occasion… donc en mode « musique confinée ». La Première YouTube de l’événement est diffusée à l’heure initialement prévue pour le concert physique de la saison du festival Komm, Bach!. Celle du samedi 23 mai prendra la suite des Petites symphonies pour un nouveau monde, diffusé le 28 mars, Splendeurs de la catastrophe, diffusé le 9 mai.

 

 

Pourquoi ce titre ?

Nous habitons le monde ; un monde nous habite. Plusieurs mondes, mĂªme. De notre for intĂ©rieur, les autres ne savent guère ; mais, nous, qu’en savons-nous vraiment ? Paysages intĂ©rieurs est donc, d’abord, une gĂ©ographie sensuelle de nos Ă©tats d’Ă¢me.
C’est ensuite une exploration risquĂ©e de la lave qui bouillonne en nous et menace parfois de submerger nos cratères – nous menant, selon l’expression de RenĂ© Char dans la deuxième Ă©dition du Marteau sans maĂ®tre, « entre l’imprĂ©cation du supplice et le magnifique amour ».
Ces Paysages intérieurs sont, enfin, des suggestions musicales suscitées par des compositeurs promus architectes de nos émotions.
Ces paysages sont propres Ă  chacun et accessibles Ă  tous. Pour les vivre, il suffit de se confronter Ă  l’espace sonore que propulsent ici un orgue, un saxophone, une flĂ»te, un looper, une guitare, une voix, mais aussi Ă  l’espace visuel dessinĂ© par un peintre costaricien et commentĂ© par une improvisation, pour Ă©clairer, ouvrir et enrichir notre territoire intime. VoilĂ  le projet : nous dĂ©confiner l’Ă¢me, après le corps !

 

 

Quel est le programme ?

Pour chaque concert YouTube, le programme dĂ©taillĂ© est un secret absolu connu de deux personnes seulement ! Ceux qui nous rejoindront samedi seront les premiers Ă  le dĂ©couvrir Ă  mesure que se dĂ©voilera le film. Quelques prĂ©cisions nĂ©anmoins…

  • Le film durera env. 1 h 25, avec un entracte.
  • Il associera un orgue, un saxophone, un clavecin, une flĂ»te, un piano, une guitare, une voix… mais aussi de la peinture et des loops.
  • On y entendra des pièces de Bach, Couperin, Dalibert, Glazounov, Hermann, Satie, Shirkoohi, TaneĂ¯ev, Zaretti et une improvisation.

PrĂªts Ă  affronter un concert qui secoue, remue et fait du bien ? Bienvenue dans le musical de nos Ă©tats d’Ă¢me !

 

 

Aujourd’hui, je sauve la recherche…

Photo : Bertrand Ferrier

… j’espère que l’on va m’applaudir, ce soir, pour m’Ăªtre saignĂ© Ă  ce point. Enfin, public, enfin.

BRAOUM !

Vincent Crosnier Ă  Saint-AndrĂ© de l’Europe. Photo : Bertrand Ferrier.

Dans la catastrophe, souvent, l’homme improvise. Parfois, le rĂ©sultat est splendide.
Ici, Vincent Crosnier improvise sur le thème du dernier concert Komm, Bach! en date, Splendeurs de la catastrophe
. Je ne sache pas que ce soit une catastrophe (nouvel exemple pour un euphémisme).

 

 

Myriam Barbaux-Cohen joue Enrique Granados

 

Myriam Barbaux-Cohen le reconnaĂ®t, le revendique mĂªme : elle n’a pas le bon blason pour devenir une « grande soliste internationale ». Sa faute originelle ? Avoir, certes, un Premier prix de piano et un autre de musique de chambre du conservatoire de Gennevilliers ; avoir certes la plus haute distinction du conservatoire Serge Rachmaninov de Paris (diplĂ´me de concert avec mention très bien et fĂ©licitations du jury) ; avoir certes travaillĂ© avec des vedettes comme Philippe Entremont, Jean-Philippe Collard, François-RenĂ© Duchable ou Michel BĂ©roff ; MAIS elle n’est pas passĂ©e par le CNSM de Paris. DĂ©sormais installĂ©e Ă  Francfort, oĂ¹ elle dispense ses enseignements chez elle aux jeunes comme aux vieux, aux bons comme aux lettrĂ Ă©listes, l’artiste française ajoute une tache indĂ©lĂ©bile Ă  son Ă©popĂ©e, puisqu’elle joue Enrique Granados sans Ăªtre Espagnole.
Or, le résultat de cette invraisemblance claquée par une incompétente ne cesse de recueillir les lauriers des critiques les plus sévères. Comment diable a-t-elle réussi à renverser la table, au détriment de ceux qui croient à la race et à la pureté, y compris en musique ?

 

 

Les Ă©lĂ©ments de rĂ©ponse se nichent dans le disque, qui s’ouvre sur le rare Libro de horas et singulièrement « Dans le jardin ». D’emblĂ©e, l’on est saisi par une double caractĂ©ristique : la capacitĂ© Ă  respirer, c’est-Ă -dire Ă  suspendre le discours sans briser le fil narratif ; et l’art de se dĂ©patouiller des accords pour toujours offrir une ligne mĂ©lodique Ă  laquelle accrocher son oreille. « L’hiver », associĂ© Ă  la mort de l’oiseau-moqueur dans le sous-titre, s’abat alors sur l’auditeur avec le glas – ce swing de l’enterrement, selon le mot de Ricet Barrier dĂ©jĂ  citĂ© ici – des graves. Sans presser, cherchant la rĂ©sonance dans le givre du son, la pianiste sait jouer des diffĂ©rents registres de son Bechstein et de la pĂ©dale de sustain pour ordonner sa propre rĂ©verbĂ©ration sans pour autant noyer le propos dans un brouillard floutant. Le dialogue des accords et des harmonies, fondĂ© sur un refrain triste, se laisse fracturer par de brèves envolĂ©es jusqu’à l’énigmatique suspension finale : une interprĂ©tation Ă  la hauteur d’une belle composition.
« Al Sulpicio » finit de convaincre qu’Enrique Granados n’était point que le compositeur espagnol hispanisant auquel on croit souvent bon de le rĂ©duire. Le dĂ©but minimaliste se prolonge sur une marche solennelle, plus fataliste que dramatique. L’aspiration au vivant – symbolisĂ©e par les aigus et les mĂ©diums – se cramponne Ă  la terre grĂ¢ce Ă  la pĂ©dale de graves et Ă  d’étonnants sursauts vite Ă©touffĂ©s. Sourdent ainsi tension et mystère dont le jeu sĂ»r et attentif de l’interprète rend raison avec poĂ©sie.

 

 

S’ensuivent quatre Lettres d’amour, en ABA, sous-titrĂ©es « Valses intimes ». « Cadencioso » se balance avec aisance entre ternaire et hĂ©sitation juste maintenant le swing. Frissonnant de brèves tentatives de s’envoler (non, ça ne veut rien dire mais, sur le coup, je croyais que si, alors je laisse, on dira que c’est une licence poĂ©tique), « Suspirante » s’Ă©broue, sentimental, avant d’exprimer le doute en basculant en mode mineur : ainsi Ă©voque-t-il le suspense sans lequel aimer sans savoir si – voire aimer en gĂ©nĂ©ral – n’aurait pas de charme.
« Dolente » hĂ©site Ă  s’assumer, brisant ses caractères sans cesse en dĂ©pit de la rĂ©exposition de motifs obsĂ©dants. « Appassionato » contraste avec plus de fougue, occasion pour l’artiste de dĂ©gainer ses pianissimi / fortissimi subito.  C’est tout Ă  fait ravissant, et la prise de son de Manfred Schumacher, très proche, ajoute au charme d’un toucher qui sait Ăªtre gracieux sans minauder.

 

 

Les sept Escenas poéticas, de forme  essentiellement ABA, commencent par une longue « Berceuse » en Sol, marquée « amoureusement », ce qui fait le lien avec les pièces précédentes. Comme ailleurs, Myriam Barbeaux-Cohen rejette une interprétation mécanique pour laisser la liberté grignoter la pulsation. La tentation du mineur happe la partie en 2/4, dont les harmonies délicates frottent délicieusement, jusque dans les mouvements réflexes du sommeil qui préparent le retour du thème premier. Longue, cette pièce ? La plus longue des sept, oui ; mais pas la moins captivante, quelle que soit sa simplicité apparente.
« Eva et Walter » enchaĂ®ne en 3/4, toujours « lento molto espressivo », joignant Ă  l’absence de fioritures une tonalitĂ© en Do qui renforce l’impression de libertĂ©, quoique moult altĂ©rations dĂ©fient ce parti pris compositionnel et enrichissent le travail harmonique. Celui-ci est magnifiĂ© par la retenue de certaines notes, et la capacitĂ© Ă  faire musique, et hop, avec un matĂ©riau Ă©tique, notamment en nuançant et en caractĂ©risant chaque plan sonore. En 3/4 aussi, la « Danse de la rose » est spĂ©cifiĂ©e « non vivo e molto semplice con ritmo ». Les couleurs harmoniques tiennent l’oreille en Ă©veil jusqu’au bout – ainsi de l’enchaĂ®nement Bbm6 / F ne peut Ăªtre anticipĂ© et saisit l’oreille comme une belle rose que l’on dĂ©couvre dans son jardin au matin soleil.
Oui, au matin soleil. MĂªme si ça non plus, ça ne veut rien dire, bien entendu.

 

 

Le second livre des Scènes poĂ©tiques s’inaugure avec le « Souvenir de pays lointains », « lento, quasi rĂ©citativo », en manière de Mi tentĂ© par le do dièse mineur, et rĂ©ciproquement. Dans la partie B, les bribes de mĂ©moires surgissent, rompant la logique tonale comme elle couperait la pensĂ©e de l’exilĂ©. Le retour au thème premier semble dĂ©crire cette structure mentale d’immigrĂ©s ancrĂ©s dans la remĂ©moration partielle et fugace de soi, insatisfaisante et nĂ©cessaire comme une dĂ©mangeaison qui nous permet de nous rĂ©approprier notre corps par le soulagement de la douleur. « L’ange des cloĂ®tres », en Mi bĂ©mol se joue « adagio religioso ». Les tierces descendantes semblent dessiner une piste qu’un accident harmonique suspend un moment jusqu’à la modulation en Si bĂ©mol. Les contretemps et les frottements n’empĂªchent point le retour angĂ©lique vers le Mi bĂ©mol liminaire – avec, in fine, ce point d’orgue que la pianiste veille, Ă  l’instar des prĂ©cĂ©dents, Ă  ne pas Ă©courter.
Quasi allegretto, la « Chanson de Margarita » se dĂ©capsule sur un prĂ©lude qui ne dĂ©bouche sur… presque rien. Une quĂªte souvent monodique secoue la chanson entre 6/8 et 3/4. On sent que Marguerite n’est pas au top de son moral ; toutefois, puisqu’il est ainsi transformĂ© en musique, on se rĂ©jouit inconsidĂ©rĂ©ment de son chagrin suspendu. Les « RĂªves du poète » s’accompagnent d’un petit texte de prĂ©sentation : « Dans le jardin de cyprès et de roses, appuyĂ© contre le piĂ©destal de marbre blanc, attendant que l’heure fĂ»t venue, le poète s’est endormi. Ă€ son cĂ´tĂ©, caressant son front, veille la muse. » En d’autres termes, on sent bien que le projet n’est pas de tirlipimponner sur le chihuahua. L’andante en Mi bĂ©mol (mais pas que) doit Ăªtre « expressif » et « noble », stipule d’ailleurs le compositeur au cas oĂ¹ le message ne serait pas passĂ©. Sans excès de pompe, Myriam Barbaux-Cohen nous conduit paisiblement dans les trĂ©fonds des rĂªves poĂ©tiques que lance une première modulation pivotant autour de l’ambiguĂ¯tĂ© du mi bĂ©mol – rĂ© dièse (pouvant conduire Ă  la tonalitĂ© de Mi par celle de Si). L’ambiguĂ¯tĂ© de tonalitĂ© et d’atmosphère accompagne les soubresauts du somme, permettant Ă  la musicienne d’agir en peintre plus qu’en dĂ©livreuse de notes, jusques et y compris dans le retour du thème liminaire.

 

 

Les miniatures des Valses poĂ©tiques enquillent avec un Vivace molto en La qui rappelle que, notamment pour une pianiste, avoir des doigts, c’est bien, mais avoir du feeling en sus, c’est mieux. Ici, ça pĂ©tille avec la lĂ©gèretĂ©, les accents et les contrastes qui s’imposent. « Melodico », un tube, est traitĂ© avec la mĂªme attention : retenue et dĂ©licatesse pimentent une partition en AAB(mineur)A. Rebondissant sur le la du La majeur, le « Tempo de vals noble » rhabille ce la dans un accord de Fa, que l’interprète fait pĂ©tiller en refusant systĂ©matisme rythmique donc en libĂ©rant l’énergie des chaĂ®nes strictes de la pulsation.
Entre rĂ© mineur et RĂ©, le « Tempo de vals lento » fait office de respiration avant d’enchaĂ®ner sur l’« Allegro humoristico » en Si bĂ©mol, aussi spĂ©cifiĂ© « ritmico ». Myriam Barbaux-Cohen y contraste la partie très terrienne, et la seconde partie en sol mineur, plus aĂ©rienne. L’« Allegro (elegante) » en Si bĂ©mol, avec son interlude en si bĂ©mol mineur, fonctionne presque comme une troisième partie… et se prolonge dans un nostalgique et suspendu « Quasi ad libitum (sentimental) » en fa# mineur, dont le do# liminaire fait Ă©videmment Ă©cho au rĂ© bĂ©mol entendu dans l’interlude. La musicienne travaille ainsi entre contrastes et continuitĂ©s pour donner Ă  cette suite, par des accents, des respirations et des intentions, une cohĂ©rence qui se nourrit des contrastes. Derechef, on savoure l’attention portĂ©e tant Ă  la ligne qu’aux dĂ©tails (dĂ©tachĂ©s sur le la et le sol dièse Ă  1’29). L’histoire pourrait se terminer sur un « Vivo » en La qui exploite (un peu) l’aigu du piano, chose rare donc d’autant plus saillante dans ce rĂ©pertoire ; mais un Presto teintĂ© d’un Vivace tentĂ© par le mineur se visse sur cette pièce en ABA ; et une marche chromatique descendante nous ramène au « Melodico » liminaire. Nous ronronnons d’aise.

 

 

Ceux qui veulent des sensations fortes passeront directement Ă  la piste 24, avec l’Allegro de concert en Do dièse, c’est-Ă -dire avec sept altĂ©rations Ă  la clef. Nous sommes certain que le compositeur voulait en mettre plus, d’altĂ©rations, mais on lui a dit : « Non, Ricky, dĂ©solĂ© mais y a plus la place. » Il a grognĂ©, mais pas le choix – c’Ă©tait la triste vĂ©ritĂ©.
Après 54’ de musique, la pièce peut Ăªtre considĂ©rĂ©e comme un premier bis Ă©tincelant. Sa virtuositĂ© n’exclut ni la nuance, ni la caractĂ©risation – ainsi de l’énoncĂ© en douceur de la partie en sol dièse mineur, valorisant l’élĂ©gance digitale du passage en Sol, sollicitant agilitĂ© et ensemble du clavier. On se dĂ©lecte d’étranges modulations, aboutissant ou non (ainsi de ce Fa#7 semblant prĂ©parer un si mineur et s’éclairant d’un retour sur le Sol ferme, ou de ce RĂ©7 dĂ©baroulant sur une mesure en Mib7.
Pour donner une cohĂ©rence sensible Ă  cette rhapsodie, Myriam Barbaux-Cohen choisit d’associer au brillant du propos sa voix qui est aussi sa voie, en l’espèce une certaine retenue non point pour fuir la difficultĂ© (la technique ne fait jamais dĂ©faut) : grĂ¢ce Ă  la conviction qu’elle semble avoir faite sienne, selon laquelle la musique ne peut exister dans l’abandon par l’artiste de sa maĂ®trise. Point, donc, ici, de pyrotechnie dĂ©monstrative. AssurĂ©ment, l’artiste pourrait jouer plus vite et plus fort, emballer davantage les accelerandi et forcer les couleurs pour nous arracher un WCEFÇ, ce fameux : wow, comment elle fait ça ? Elle n’en a point l’usage. De son goĂ»t très sĂ»r, se dĂ©gage un souci presque pudique de contrĂ´ler le son pour en maĂ®triser le beau. MĂªme dans cette pièce « Ă  effet », la dame refuse le drame, sans pour autant Ă´ter son Ă©nergie boule-de-neige aux passages « poco agitato e sempre accelerando » qui prĂ©cède le retour au thème liminaire, aux modulations vĂ©nĂ©neuses, et aux suspensions en Ă©quilibre. Ce souci du contrĂ´le dĂ©cevra les amateurs de la grande clownerie « Ă  tempĂ©rament de feu » ; en revanche, il prolongera le plaisir des mĂ©lomanes ayant ouĂ¯ ce qui prĂ©cède, car il dĂ©montre qu’une vision d’interprète n’est pas obligĂ©e de muter selon le nombre de triples croches au programme. Ainsi se construit l’unitĂ© d’une vision et d’une patte !

 

 

 

Ce nonobstant, subodorant l’effet de l’œuvre, Myriam Barbaux-Cohen offre Ă  ses auditeurs un dernier bis : la deuxième des Douze danses espagnoles, dite « l’Orientale » quoique souvent marquĂ©e, simplement, Andante (Ă  ne pas confondre avec la Sardane qui sert de second mouvement aux Danses espagnoles de l’opus 37, ce que ne prĂ©cise pas le livret). Cette partition plus calme, en Mi bĂ©mol, souvent jouĂ©e par une guitare et un instrument solo, travaille l’union d’une main gauche lancinante et des tierces de la main droite. La deuxième partie, « Lento assai », passe de 3/4 en 6/8, mĂªlant des accents hispanisants Ă  des couleurs satiques (2’27, avec l’association do – si bĂ©mol puis l’appogiature, ouĂ¯r aussi Ă  3’02…) sur une main gauche qui se balance avant le retour du thème en troisième partie. C’est exĂ©cutĂ© en finesse et avec la douceur qui sied aux « au revoir » de classe.

 

 

Terminera-t-on cette notule sans faire notre forte tĂªte, toujours plus maligne que les autres ? Non, impossible, il faut laisser croire Ă  notre totale libertĂ© de pensĂ©e cosmique et rĂ©miniscente.
Donc, oui, l’on peut Ă  la fois se goberger d’un son idĂ©alement restituĂ© et signaler, çà ou lĂ , tel que nous l’avons perçu, d’étranges vibrations (comme si un mĂ©tro faisait trembler la salle, piste 9, 0’53 Ă  1’05), et quelques bruits parasites (piste 9, 0’52, pour garder cet exemple ; piste 12, 0’08, pour en donner un autre), comme pour traduire le fait que l’artiste et son Ă©quipe ont prĂ©fĂ©rĂ©, et nous nous en rĂ©jouirions, l’Ă©nergie de la bonne prise Ă  la perfection de la prise propre mais ennuyeuse. VĂ©tilles, car errements rares permettant – qualitĂ© suprĂªme – au nobody de jouer au critique attentif.
Toutefois, l’on peut aussi regretter que, bien que l’artiste reconnaisse l’intĂ©rĂªt du disque dans un « univers dĂ©matĂ©rialisé », l’attention apportĂ©e au livret n’est pas Ă  la hauteur du rendu musical : certes, le texte est trilingue , mais la prĂ©sentation de la spĂ©cificitĂ© de chaque pièce est inexistante, et l’on trĂ©buche sur de nombreuses fautes orthotypo (espaces malvenues) ou orthographiques (« el angel de los claustros » auquel manque un « s » dans la liste des pistes, la « canciĂ³n de Margarita » attend son accent, etc.). VĂ©tilles encore, devons-nous reconnaĂ®tre, car cela ne souille guère un disque idĂ©al pour raviver la musique de Granados par des sentiers guère frĂ©quentĂ©s, et pour faire dĂ©couvrir une artiste certes sans le bon pedigree, mais avec le savoir-faire, le talent et la personnalitĂ© qui justifient, encore aujourd’hui, que l’on puisse conseiller aux gourmands d’acquĂ©rir un disque non pas les yeux fermĂ©s mais, a minima, les oreilles ouvertes. Car, non, Myriam Barbaux-Cohen n’a pas le blason le plus chic du marchĂ© des pianistes virtuoses. La belle affaire ! Comme le petit joueur de flĂ»teau, elle l’a troquĂ© avec une libertĂ© au goĂ»t très sĂ»r et Ă  la singularitĂ© convaincante que beaucoup de sages emblasonnĂ©s, autant que l’hĂ©raldique le permet, devraient lui envier avec force – mais en ont-ils le talent ou la subtilitĂ© ?


Pour Ă©couter le disque en intĂ©gralitĂ©, c’est ici.
Pour l’acheter, c’est possible et c’est lĂ , par exemple.

La soukouss, version Cyrielle Golin

Cyrielle Golin
Cyrielle Golin by Cyrielle Golin, une version

 

Si vous aimez les cratères, les grands huit, les sensations fortes – la musique, en somme, cette vidĂ©o est pour vous. Sinon, tant pis, Ă©coutez France Inter ou FIP, Ă  la rigueur.

 

 

… mais on en est lĂ 

Cyril, l’OM et voilĂ , quoi. Photo : Bertrand Ferrier.

Parfois, les gens surestiment mon goĂ»t du beau. Après le repasse-cravate opĂ©rationnel, il m’a Ă©tĂ© offert de vĂ©ritables mĂ©moriaux de notre civilisation. J’ai dĂ©jĂ  refusĂ© une offre Ă  100 € pour le lot mais, la crise aidant, je peux Ă©tudier toute proposition sensĂ©e, Ă©videmment.

Oun bacĂ¢til

Jasmina Kulaglich (détail)

Le gĂ©nĂ©ral du Fil Ă  la patte l’eĂ»t dit en applaudissant Lucette ou Jasmina Kulaglich : « Ma c’est oun bacĂ¢til ! » Il n’eĂ»t point eu tort, cet ex-ministre dĂ©sormais condamnĂ© Ă  muerte.