Blog

Le blog de Bertrand Ferrier, page 32

Demandez l’programme !

VoilĂ  l’programme (cliquez pour agrandir) !

En novembre, il est prévu

  • de continuer Ă  festoyer avec Estuko Hirose et le quatuor ÉlysĂ©e,
  • d’improviser et de chanter,
  • d’Ă©couter pas mal de musique de chambre mais aussi du rĂ©pertoire baroque,
  • de se promener dans les orgues parisiennes,
  • de dĂ©couvrir la première compil’ de Jann Halexander,
  • d’esgourder le nouveau disque de Vittorio Forte et, quand mĂªme,
  • d’aller au thĂ©Ă¢Ă¢Ă¢Ă¢tre pour voir du thĂ©Ă¢Ă¢Ă¢Ă¢tre.

What else?

Quintettes de BartĂ³k et Catoire (Continuo) – 1/6

Première du disque

Derrière le nom bien français de Georges Catoire se cache en rĂ©alitĂ© Georgi Lvovitch Catoire, wagnĂ©rophile de la première heure et mathĂ©maticien devenu professeur de composition au conservatoire de Moscou. Plus chanceux que BĂ©la BartĂ³k sur ce disque, puisque le label Continuo n’a pas eu l’inĂ©lĂ©gance de souiller son patronyme (le quatuor ÉlysĂ©e devient itou le quatuor ElysĂ©e, dans un Ă©tonnant laisser-aller Ă©ditorial, comme si apposer un accent coĂ»tait trop cher…), il ne bĂ©nĂ©ficie cependant pas d’une gloire posthume Ă  la mesure du compositeur avec lequel il partage la set-list de ce disque oĂ¹ le quatuor ÉlysĂ©e convie Estuko Hirose pour coupler deux imposants quintettes pour piano et cordes. Comme il a Ă©tĂ© dit : « Il avait un dĂ©faut, celui de ne pas savoir se mettre en avant. » Et pourtant…
C’est en 1921 que Georges Catoire a terminĂ© son quintette op. 28 en sol mineur, lequel s’ouvre par un allegro moderato en 3/4 officiellement, mais plutĂ´t en 9/8 puisqu’au ternaire de la mesure s’ajoute celui de la main droite qui Ă©grène trois croches par temps. D’emblĂ©e, le compositeur crĂ©e une tension entre l’Ă©noncĂ© Ă  trois triolets par mesure et un accompagnement binaire privilĂ©giant le contretemps.
Abstrait, ce galimatias ? Au contraire, très concret car c’est de ces frictions que jaillissent les escarbilles animant cet incipit jusqu’Ă  un grand crescendo qui se rĂ©sorbe peu Ă  peu, passant du plein souffle des cinq instruments Ă  un dialogue entre le violoncelle d’Igor Kiritchenko (croisĂ© tantĂ´t avec Jasmina Kulaglich) et le piano d’Etsuko Hirose.

  • Des harmonies changeantes,
  • des rĂ´les qui s’interpolent, et
  • des changements de mesure

caractĂ©risent une musique oĂ¹ l’Ă©lĂ©gance n’est jamais Ă©loignĂ©e du mystère. Georges Catoire joue avec les miroitements de son quintette.

  • DiffĂ©renciation des pupitres,
  • Ă©viction du piano,
  • piano solo,

point de doute : d’emblĂ©e, Georges Catoire marque sa maĂ®trise de l’instrumentarium. L’Ă©criture est assez habile pour faire du piano d’Etsuko Hirose le pivot de la narration. Sa rythmique

  • sensible,
  • labile et
  • rigoureuse

galvanise le propos.

 

 

Des effets

  • d’Ă©cho,
  • de contamination et
  • de contraste

entre pupitres font circuler le propos autour d’un motif familier que le piano semble expliciter en le rapprochant du « Dies irae » (4’15). Les cinq compères excellent Ă  faire gonfler puis dĂ©gonfler les bulles d’Ă©motion. GrĂ¢ce Ă  leur aisance technique

  • (confondants suraigus de Vadim Tchijik,
  • prĂ©cision rythmique de Pablo Schatzman,
  • ampleur et chaleur de l’alto d’Andrei Malakhov,
  • vigueur et caractĂ©risation des registres du violoncelle d’Igor Kiritchenko,
  • capacitĂ© Ă  Ăªtre lead et Ă  accompagner avec la mĂªme rigueur imaginative d’Etsuko Hirose sur son Steinway D)

et leur Ă©vident dĂ©sir de jouer avec expression et dans une belle cohĂ©rence de son et d’intentions,

  • les emportements emportent,
  • les decrescendi sont subtilement agencĂ©s,
  • les fortissimi savent sonner sans jamais confondre puissance et bruit.

Ainsi les interprètes offrent-ils une vision très animĂ©e de la partition tout en donnant une sensation d’intensitĂ© et de cohĂ©rence libre, sinon de logique, dans l’agencement des humeurs.

  • La richesse rythmique sait s’abstraire de la confusion ;
  • la richesse harmonique sait aguicher sans virer au clinquant ;
  • la richesse des nuances (superbe finale pianissimo) sait capter l’attention sans verser dans l’histrionisme.

Bref, on se rĂ©gale et l’on s’Ă©baubit. Ă€ suivre !


Pour acheter le disque, c’est par exemple ici.
Pour l’Ă©couter gracieusement en intĂ©grale, c’est lĂ .
Pour retrouver Etsuko Hirose en entretien, c’est ici.
Pour retrouver la chronique de 
SchĂ©hĂ©razade by Etsuko Hirose, c’est ici, re-ici et lĂ .

Écouter le monde qui respire

Photo : Kuhuru Company

Il est des souvenirs tristes qui charrient avec eux des souvenirs heureux – et rĂ©ciproquement. Ceux dont parle, ceux que l’on tait. Ceux que l’on Ă©voque, ceux que l’on refoule. Au milieu coulent des chansons, dont celle-ci, fredonnĂ©e le 19 mai 2025 au thĂ©Ă¢tre du Gouvernail (Paris 19), lors de la première de Tout est un possible.

 

Michel Tirabosco, « Méditation [et ?] flûte de Pan » (Bayard)

Première du disque

C’est assez rare pour Ăªtre soulignĂ© : nous entamons l’Ă©coute de ce disque, une réédition de 2012 tirĂ©e du catalogue VDE-Gallo, avec un mĂ©lange de doute et d’apprĂ©hension. D’ordinaire, nous guident plutĂ´t

  • la confiance dans le rĂ©pertoire,
  • l’envie d’Ăªtre Ă©baubi par des artistes,
  • la joie de dĂ©couvrir ou de redĂ©couvrir des Å“uvres mettant en appĂ©tit pour des raisons diverses.

Cette fois, nous devons Ă  l’honnĂªtetĂ© de douter de la capacitĂ© Ă  nous envoler du produit repackagĂ© pour se conformer Ă  collection « MĂ©ditation » de Bayard. En effet, nous ne sommes pas

  • familier de la mĂ©ditation,
  • enclin Ă  allumer une jolie bougie en Ă©coutant sur YouTube une heure de pluie pour nous aider Ă  accĂ©der Ă  la slow life,
  • fĂ©ru de vieux idiolectes new wave associant
    • pleine conscience,
    • reconnexion Ă  son vrai soi en tant que tel, et autres
    • cheminements intĂ©rieurs Ă  suivre
      • chez soi,
      • dans le mĂ©tro grĂ¢ce aux podcasts prĂ©vus Ă  cet effet (n’oubliez pas de vous abonner, ça fait toujours plaisir), ou
      • en retraite collective avec pratique du jeĂ»ne chamanique moyennant un virement de 250 € au gourou Ă  la petite semaine autoproclamĂ©
        • psychopraticien,
        • coach de bien-Ăªtre ou
        • guide spirituel.

VoilĂ  pour les clichĂ©s. NĂ©anmoins, en dĂ©pit d’une première de couverture oĂ¹ l’absence d’accent circonflexe sur la flĂ»te (voulue puisque rĂ©pĂ©tĂ©e pour les autres disques avec flĂ»te de la collection) nous excite autant que l’aurait fait une punchline en Ă©criture inclusive, le disque nous a Ă©tĂ© envoyĂ© avec le livre du flĂ»tiste, chroniquĂ© ce 10 octobre 2025, et nous imaginons que si l’attachĂ© de presse – qui nous connaĂ®t un peu – nous l’a envoyĂ©, c’est que la galette fait rĂ©sonner le tĂ©moignage de l’artiste. Aussi avons-nous choisi de nous secouer les puces et de remiser un temps les histoires

  • de toucher,
  • d’attaque et
  • de petits marteaux

pour nous risquer dans un concept annonçant des miscellanĂ©es pour le moins variĂ©es… et malheureusement dĂ©pourvus de toute prĂ©cision

  • (idĂ©e directrice du disque,
  • raison des choix ayant conduit Ă  substituer la flĂ»te de Pan aux instruments originellement prĂ©vus,
  • nom des arrangeurs,
  • dates et lieux des captations,
  • dĂ©tail de la composition de l’orgue incriminĂ© dans trois adaptations, etc.).

En clair, rien pour les mĂ©lomanes curieux. Le disque est pensĂ© par Bayard comme un truc pour regarder fumer un bĂ¢tonnet d’encens encore plus cancĂ©rigène qu’un voyage dans le tunnel horripilant conduisant de La Chapelle Ă  gare du Nord – ce qui n’est pas une mince performance, si l’on en croit les indicateurs qui existaient avant que, vu leurs rĂ©sultats, plus d’indicateurs. Cela change la manière d’Ă©couter le travail d’un musicien qui ne manque pourtant pas de rĂ©fĂ©rences acadĂ©miques et concertantes. Le disque promet

  • de la douceur avec des instruments pas trop bruyants
    • (harpe,
    • guitare,
    • orgue pour des mouvements lents) mais aussi
  • un passage orchestral, placĂ© en ouverture de bal et
  • un trio dont l’instrumentarium est tacet – Ă´ suce-pince ! quand tu nous tiens !

La « Vocalise » de SergueĂ¯ Rachmaninov ouvre la liste des tubes ou des scies, selon le point de lassitude. Michel Tirabosco la joue droit, avec la prĂ©cision et la retenue de vibrato qui signalent un musicien de goĂ»t, ce qui n’empĂªche pas les deguelendi peut-Ăªtre inĂ©vitables mais assez cuisants comme Ă  1’28 ou Ă  3’15. Le Volgograd Philharmonic Orchestra dirigĂ© par Emmanuel Siffert fait le travail sans excès

  • de poĂ©sie,
  • de prĂ©cision ni
  • de justesse parmi les pupitres graves.

Timing presque similaire : en 1879, quarante ans avant la vocalise sans parole, Gabriel FaurĂ© draguait sur une barcarolle en si bĂ©mol mineur Alice Boissonnet avec la musication d’un poème de Sully Prudhomme oĂ¹ le monde se distingue en deux masses : les femmes qui pleurent et les hommes que les horizons leurrent. La flĂ»te octavie la ligne de la soprano. Attentive, Nathalie Chatelain accompagne avec justesse et sensibilitĂ© un soliste qui

  • a du souffle et sait l’Ă©teindre (2’10),
  • joue juste mais sait glisser (2’23),
  • n’est pas voix mais raconte.

L’arrangement de « La Romanesca », air hĂ©ritĂ© du quinzième siècle, formalisĂ© par Fernando Sor et rĂ©arrangĂ© par on ne sait qui dans une tonalitĂ© convenant au grave de la flĂ»te de Pan, fait entrer l’excellent Antonio Dominguez Ă  la guitare. On note notamment

  • un effort de nuance (un truc qui doit Ăªtre foufou pour le soliste),
  • de respiration commune,
  • de caractĂ©risation des sonoritĂ©s de chaque instrument (chaleur de la guitare, Ă©vanescence de la flĂ»te), ainsi que
  • des contrastes
    • d’intensitĂ©,
    • de couleur et
    • de registres pour le soliste.

« Aqua e Vinho » (curieusement orthographiĂ© avec un « y » au lieu du « e ») rappelle l’album Ă©ponyme du guitariste brĂ©silien Egberto Gismonti, publiĂ© en 1972. L’arrangement non signĂ© pour

  • flĂ»te,
  • piano,
  • violoncelle et (l’arrangeur n’y est pour rien)
  • surmix lourdissime de la basse du piano façon contrebasse superfĂ©tatoire quand il accompagne

traĂ®ne un spleen qui n’hĂ©site pas Ă  se dĂ©tremper pour se diffracter. Le trop bref solo du pianiste libère le propos avant que la convention ne reprenne le lead. Du travail d’ascenseur bien fait mais sans guère d’intĂ©rĂªt.
L’accompagnement guitaristique de la « mĂ©lodie traditionnelle Ă©cossaise » intitulĂ©e « Annie Laurie » est confiĂ© Ă  Sophie Blanchart. Ce duo met en valeur

  • la rĂ©verbĂ©ration dĂ©testable ajoutĂ©e par le mastering de François Terrazoni,
  • la capacitĂ© de Michel Tirabosco Ă  jouer en autoduo avec lui-mĂªme, et
  • le plaisir que l’on peut goĂ»ter malgrĂ© tout Ă  la nostalgie.

AndrĂ© Luy prend l’orgue pour le largo d’une Sonate en Fa de Georg Friedrich Telemann. Extrait de son contexte, le mouvement souffre d’une flĂ»te hyperrĂ©verbĂ©rĂ©e. Certes, il est

  • jouĂ© avec sĂ©rieux,
  • joliment ornementĂ© (exclusivement par le soliste) et
  • menĂ© Ă  bon port sans trop de ralenti Ă  la fin,

mais il nous oblige à constater que nous risquons de décrocher car, de cette succession de propositions de bon aloi, nous ne percevons ni la cohérence, ni la dynamique.
Avant d’abandonner, risquons-nous au moins dans la cinquième des sept Chansons populaires de Manuel de Falla, dont la partie de piano est confiĂ©e Ă  la guitare immĂ©diatement reconnaissable et saisissante d’Antonio Dominguez. Michel Tirabosco donne des airs presque mauresques Ă  la berceuse avec

  • ses ornements,
  • ses glissements,
  • ses mutations d’intensitĂ© dans les tenues, et
  • ses libertĂ©s pour placer les notes selon un profond feeling, par opposition Ă  la rigueur presque mĂ©tronomique de l’accompagnement.

C’est malin.
Le finale en harmoniques nous sĂ©duit assez pour que nous poussions jusqu’Ă  la « MĂ©ditation » du deuxième acte de ThaĂ¯s de Jules Massenet, accompagnĂ©e par la harpiste Nathalie Chatelain. Le flĂ»tiste y trouve une sobriĂ©tĂ© bienvenue en dĂ©pit de quelques glissements dont l’apprĂ©ciation sera laissĂ©e Ă  chacun (0’44, reprise du thème, par ex.). La partition a Ă©tĂ© çà et lĂ  amĂ©nagĂ©e (réécriture et octaviation Ă  1’16, par ex.) car, mĂªme large, la tessiture d’une flĂ»te de Pan reste moindre que celle d’un violon.
En soi, rien de choquant, mais il est certain que le passage « animé » perd beaucoup de la passion progressive dont l’injection est demandĂ©e par le compositeur quand, Ă  mi-course, la phrase doit redescendre Ă  la cave en pleine Ă©motion. De mĂªme, le choix de prendre l’avant-dernière note Ă  l’octave infĂ©rieur permet certes de donner l’impression d’un aboutissement sur l’ultime rĂ©, mais fait perdre en partie l’idĂ©e de calme retrouvĂ© que Jules Massenet suggĂ©rait en proposant une dernière note plus grave que l’avant-dernière. Ces rĂ©serves Ă©tant posĂ©es, l’on se doit aussi de ne pas vĂ©tiller (et hop) plus que de raison, afin de gĂ»ter

  • le souffle,
  • le phrasĂ©, et
  • la sonoritĂ©

de la flûte que Nathalie Chatelain suit avec

  • attention,
  • prĂ©cision et
  • Ă©nergie

pour ne pas faire de cet extrait, indispensable au vu du titre dont est affublĂ© le disque, une scie soporifique. PopularisĂ© par Gheorghe Zamfir, la « Cintec din Ardeal » (« chanson de Transylvanie ») est ici prĂ©senyĂ©e en version guitare-flĂ»te. Sur un accompagnement au temps qui s’enrichit d’un contrechant Ă  la reprise, Michel Tirabosco Ă©voque une jolie nostalgie Ă  travers

  • un legato confortable,
  • des ornements bien troussĂ©s, et
  • un calme communicatif.

Ă€ ce stade, impossible de ne pas pousser jusqu’Ă  la transcription de la cavatine « Casta diva », qui dĂ©capsule l’acte premier de Norma de Vincenzo Bellini. En effet, le disque se rĂ©partit entre

  • mĂ©lodies,
  • chants traditionnels,
  • musique instrumentale et, donc,
  • grandes arias.

« Casta diva » est idoine pour le projet mĂ©ditatif car il s’agit de prier la « chaste dĂ©esse » du titre afin qu’elle rĂ©pande sur Terre la paix qu’elle fait rĂ©gner au ciel. Nathalie Chatelain reprend sa harpe pour l’occasion, offrant une lecture

  • claire,
  • incisive,
  • nette,

qui sait se colorer de douceur quand son instrument accompagne. En dĂ©pit de stridences qu’une soprano rendrait sans doute plus Ă©tincelante qu’une flĂ»te de Pan (4’49), le plaisir d’Ă©couter un tube joliment soufflĂ© n’Ă©vacue pas tout Ă  fait la question du « pourquoi diable ? » qu’un livret aurait peut-Ăªtre contribuĂ© Ă  rendre inopĂ©rante. Nous nous permettons donc de filer directement Ă  la Cinquième danse hongroise de Johannes Brahms, laquelle conclut la set-list.
En lieu et place de deux pianistes, nous retrouvons Michel Tirabosco Ă  la double flĂ»te avec la guitariste Sophie Blanchart. En dĂ©pit de la qualitĂ© des musiciens, on imagine le grand effet que produirait cette version dans une salle des fĂªtes pour un repas de fin d’annĂ©e offert aux personnes Ă¢gĂ©es Ă  la veille d’une annĂ©e Ă©lectorale. C’est

  • dansant,
  • connu,
  • simple,

avec

  • des glissendi,
  • des dĂ©guelendi et
  • des breaks

aussi cocasses que rĂ©ussis… et inattendus dans le genre « mĂ©ditatif » ! En conclusion, un beau travail que les mĂ©lomanes pourront nĂ©anmoins Ă©viter : ils ne sont pas le public ciblĂ© par cette mosaĂ¯que plus divertissante que

  • troublante,
  • poignante ou
  • galvanisante

pour l’oreille et le cÅ“ur. Mais, après tout, Claude Debussy en personne ne disait-il pas que la musique est lĂ , avant tout, pour faire plaisir Ă  celui qui l’Ă©coute ?


Pour acheter le disque, c’est par exemple ici.

Charles Guyard, « Travailleurs de la mort » (L’Aube) – 4/4

Première de couverture (détail)

Travailler la mort, travailler avec la mort, dans l’optique de Charles Guyard, c’est avant tout travailler les morts pour dĂ©velopper une Ă©conomie du care après le care, mĂªme si l’aspect Ă©conomique est l’un des quasi tabous de l’ouvrage. En se focalisant sur une vingtaine d’Ă©vĂ©nements dramatiques – attentats, accidents, meurtres en tout genre – pour lesquels il a retrouvĂ© des tĂ©moins ayant participĂ© Ă  la prise en charge des cadavres, l’auteur pose une question intĂ©ressante : derrière l’Ă©vĂ©nement exceptionnel en nombre de cadavres ou en horreur, comment les process funĂ©raires permettent-ils de rĂ©tablir la fausse banalitĂ© de la mort (la plupart d’entre nous ne la cĂ´toyons pas tous les jours, mais nous savons malgrĂ© nous qu’elle finira par tous nous choper) ? En d’autres termes, comment normalise-t-on le hors-norme ?
L’accident de passerelle, lors de l’inauguration du Queen Mary 2 (16 morts), en 2003, permet d’aborder Ă  nouveaux frais cette problĂ©matique. Le tĂ©moin raconte prĂ©cisĂ©ment le retournement de situation : aux chiffres traduisant la monstruositĂ© du navire (« hauteur, longueur de pont, capacitĂ©, nombre de cabines, de piscines, de salles de restauration ») se substituent

  • les chiffres des victimes, mortes ou blessĂ©es,
  • ceux qui permettent de prendre conscience de la chute qu’elles ont subie (« l’Ă©quivalent de cinq Ă  six Ă©tages, au moins »), et
  • ceux qui donnent une idĂ©e des derniers instants des malheureux (« pendant quelques secondes, [ils] ont forcĂ©ment pu prendre conscience de leur sort tragique »).

Ainsi le témoin reconstitue-t-il une sorte de retour dans le temps par la numération approximative. Apprivoiser la mort semble ici passer par

  • la quantification
    • (conditions du dĂ©cès,
    • nombre de cercueils Ă  prĂ©voir,
    • temps de trajet entre le lieu du drame et la morgue improvisĂ©e…),
  • le physique (entrĂ©e en jeu des thanatopracteurs pour la reconnaissance par les familles) et
  • la mĂ©tonymie (quand les crĂ¢nes ont Ă©clatĂ©, les croque-morts ferment le cercueil et posent dessus les bijoux : ce sont ces substituts que les familles seront invitĂ©es Ă  reconnaĂ®tre).

Cela passe aussi par la gestion de l’après :

  • le « petit coup » bu en rentrant,
  • le dĂ©brief psy,
  • l’invitation au restaurant par le patron de la boĂ®te, et
  • un reste de colère contre ceux qui avaient Ă  gĂ©rer le public et ont fait n’importe quoi.

Il ressort du rĂ©cit que la mort est banale parce que nous sommes des animaux droguĂ©s Ă  l’habitude. Beaucoup d’inacceptable devient acceptable dès lors qu’il peut Ăªtre inscrit dans une routine. Le travail de rĂ©silience commence donc par la capacitĂ© Ă  retrouver de l’habituel dans l’inhabituel. Dans le cas de la tempĂªte Xynthia qui, en 2010, « a tuĂ© vingt-neuf personnes en quelques heures » (teasing : les lecteurs du livre apprĂ©cieront la jolie chute de ce chapitre), l’habituel, c’est le repas annuel du club de foot de la commune oĂ¹ vit le tĂ©moin. L’inhabituel, c’est

  • l’interruption de la fĂªte pour cause de trop nombreuses ruptures de courant ;
  • l’Ă©normitĂ© des dĂ©gĂ¢ts commis par le vent ;
  • l’arrivĂ©e de la presse et des cons qui regardent, allĂ©chĂ©s par le nombre de cadavres.

Le témoin décrit bien le phénomène de flux et de reflux psychique :

  • incomprĂ©hension car rĂ©flexe de vouloir saisir l’inhabituel par le prisme de l’habituel ;
  • prise de conscience de l’inhabituel et changement de focale ;
  • gestion de l’inhabituel pour le remettre sur les rails de l’habituel
    • (reconstitution des stocks,
    • tailles des cercueils,
    • gestes commerciaux pour Ă©viter le bas de gamme,
    • trucage des actes de dĂ©cès pour que les familles puissent voir le dĂ©funt avant les obsèques…).

Le signe que l’opĂ©ration est rĂ©ussie, c’est que, une fois l’inhabituel redevenu habituel, on peut apprĂ©cier Ă  nouveau des phĂ©nomènes inhabituels qui, Ă  petite dose, pimpent l’habituel

  • (venue d’un ministre,
  • sĂ©lection de trois cercueils « pour reprĂ©senter toutes les victimes »,
  • conseils de shopping aux familles devant habiller les dĂ©funts…).

Dans cette narration comme dans l’ensemble des tĂ©moignages recueillis par Charles Guyard, il appert Ă  ce stade que le plus intĂ©ressant est une triple ambiguĂ¯tĂ©.

  • AmbiguĂ¯tĂ© structurelle : les tĂ©moins travaillant autour des cadavres, ils ont conscience que leur posture, quoique collective, est singulière, mais ils le vivent comme une habitude.
  • AmbiguĂ¯tĂ© circonstancielle : les tĂ©moins Ă©tant confrontĂ©s Ă  des catastrophes d’ampleur, ils ont conscience que la situation est exceptionnelle mais doivent le gĂ©rer avec les outils de l’habitude.
  • AmbiguĂ¯tĂ© posturale : en tĂ©moignant, par dĂ©finition, les tĂ©moins ont conscience qu’ils attisent autant qu’ils dĂ©samorcent le voyeurisme ou la curiositĂ© des lecteurs-auditeurs, mais ne manquent pas de s’emporter, ainsi que nous le pointions dans la prĂ©cĂ©dente chronique, contre le voyeurisme ou la curiositĂ© des journalistes dont ils ne maĂ®triseront pas le narratif… tout en regrettant d’Ăªtre toujours « la dernière roue du carrosse, les grands oubliĂ©s ».

La noyade dans le Drac, au cours de laquelle six Ă©lèves de CE1 et une accompagnatrice meurent après un lĂ¢cher d’eau d’un barrage EDF, est l’occasion d’observer cette ambiguĂ¯tĂ© Ă  l’Å“uvre. Le tĂ©moin est un professionnel : il sait

  • que les vĂ©hicules de secours ne peuvent transporter de cadavres (sauf si le prĂ©fet dit le contraire) ;
  • comment gĂ©rer la reconnaissance par des parents (sauf si les forces de l’ordre se contredisent) ;
  • ce qu’il a l’interdiction de faire mĂªme pour prĂ©senter plus joliment un cadavre (sauf si le parquet l’autorise Ă  le faire).

Pour autant, ce cadre

  • lĂ©gal,
  • rĂ©glementaire et
  • professionnel

ne le protège pas irrĂ©vocablement de l’Ă©motion quand

  • il dĂ©couvre les cadavres d’enfants qui « semblent simplement endormis » ;
  • il partage « l’ascenseur Ă©motionnel » des parents qui dĂ©couvrent que leur enfant n’est pas le cadavre qu’on leur prĂ©sente… mais qui dĂ©chantent quand on leur en prĂ©sente un autre ;
  • il reconnaĂ®t que la carapace qui lui permet d’exercer son boulot ne l’empĂªche pas de « transfĂ©rer [sa] peine immense sur [sa] propre vie » de parent, y compris dans la gestion des rideaux (les lecteurs du livre comprendront pourquoi Ă  la fin du chapitre concernĂ©).

C’est bien le rapport aux corps morts et non le rapport Ă  la mort qui

  • interroge,
  • construit et
  • dĂ©fie

les tĂ©moins. Le chapitre sur le « four crĂ©matoire gĂ©ant » qu’est devenu le tunnel du Mont-Blanc, le 24 mars 1999, le confirme. Le tĂ©moin dĂ©peint son rapport aux corps, c’est-Ă -dire

  • Ă  son propre corps (qu’Ă©voque le besoin de manger en attendant l’autorisation d’intervenir),
  • aux corps morts (« inutile de prendre des cercueils et des housses mortuaires »), et
  • au traitement des cadavres, ici mĂ©tonymisĂ©s par des cartons contenant « des mĂ¢choires, des dents, des crĂ¢nes » lesquels seront intĂ©grĂ©s Ă  des cercueils standards pour sauver les apparences, comme on l’a vu dans une chronique prĂ©cĂ©dente.

Le tĂ©moin qui va rĂ©cupĂ©rer Ă  Villacoublay le corps d’un soldat mort en opex pour le ramener au funĂ©rarium des Batignolles parle, lui aussi, du rapport au corps

  • en bombardant les thanatopracteurs au rang « orfèvres de la mort »,
  • en racontant la dĂ©possession de la famille, un temps privĂ©e du cadavre pour que l’armĂ©e et la nation jouent leur comĂ©die des hommages,
  • en effleurant la part spĂ©culaire de ces corps qui nous renvoient Ă  notre « conception de la vie », c’est-Ă -dire Ă  notre manière de donner du sens Ă  ce qui n’en a pas – en l’espèce, la mort.

On regrette que Charles Guyard ne saisisse pas les perches qui auraient permis Ă  certains tĂ©moignages d’aller plus loin. Typiquement, ici, le tĂ©moin explique que, Ă  force de frĂ©quenter des familles de soldats dĂ©funts, « on n’a plus la mĂªme conception de la vie » : c’Ă©tait un boulevard pour creuser cette question avec lui et passer d’une formule vague ou creuse Ă  une rĂ©flexion plus poussĂ©e. Peut-Ăªtre l’auteur a-t-il prĂ©fĂ©rĂ© Ă©viter de dĂ©pareiller ses entretiens… hypothèse qui ne fait qu’accentuer notre regret ! Sans doute faut-il accepter son choix d’entretiens peu directifs, laissant la place Ă  la spontanĂ©itĂ©, fĂ»t-elle frustrante.
NĂ©anmoins, ce n’est pas la spontanĂ©itĂ© qui frappe dans le dernier chapitre, oĂ¹ « le patron d’un rĂ©seau national » de pompes funèbres « raconte l’enfer de la pandĂ©mie vu depuis les chambres mortuaires ». Pas parce que le chapitre est gauche mais parce qu’il s’ouvre sur un courriel secret, annonçant le premier mort (chinois) du virus en France alors que, « à cet instant, l’Hexagone est officiellement Ă©pargné ». Entre

  • ignorance,
  • silences et
  • mensonges,

les informations manquent sur ce que des franchisĂ©s appellent « Bagdad » tant pleuvent les cadavres. Les bras viennent Ă  manquer. Les patrons de pompes tremblent Ă  l’idĂ©e qu’on leur colle un procès si un employĂ© meurt du Covid après avoir manipulĂ© un malade dĂ©cĂ©dĂ©, d’autant que les Ă©quipements de protection manquent. Les pompes funèbres apprennent Ă 

  • hiĂ©rarchiser leurs interlocuteurs pour gĂ©rer les manques (le maire l’emporte alors sur le prĂ©fet),
  • jongler avec des normes
    • improbables,
    • Ă©phĂ©mères et
    • souvent contradictoires, ainsi qu’Ă 
  • accepter l’invisibilisation de leur travail, notamment en comparaison avec celui des soignants.

GĂ©rer les cadavres est un mĂ©tier. On ne le connaĂ®t pas vraiment mieux Ă  l’issue de cette myriade de rĂ©cits, mais tel n’Ă©tait pas le propos. Celui-ci semblait consister

  • Ă  interroger plutĂ´t qu’Ă  dĂ©finir,
  • Ă  laisser rĂ©sonner plutĂ´t qu’Ă  dĂ©limiter,
  • Ă  Ă©voquer des fragments de rĂ©el plutĂ´t qu’Ă  se perdre en
    • philosophie,
    • mĂ©taphysique et
    • autres manières plus ou moins spirituelles d’apprĂ©hender notre mort prochaine et celle de nos plus ou moins proches.

Pour aller plus loin sur l’autre versant du sujet, on pourra feuilleter ceci.

Irakly Avaliani joue Domenico Scarlatti (Sonogramme) – 4/4

Quatrième de couverture

Quadruple finale en Ut, pour ce disque de sonates de Domenico Scarlatti, le majeur l’emportant sur le mineur par le score sans appel de 3-1. La première sonate majeure, dite K.159, se lance dans un vivacissimo ternaire qui a dĂ©jĂ  commencĂ© quand la première mesure apparaĂ®t. La fanfare qui Ă©clate n’est point qu’ultravivace, ce qui serait dĂ©jĂ  pas mal. Elle est aussi

  • bondissante (les staccati),
  • vibrante (les trilles),
  • dynamique (les appogiatures) et
  • modulante (Sol puis Ut mineur).

Irakly Avaliani, habile utilisateur de l’agogique, s’en tient ici Ă  une exigence dĂ©licieusement mĂ©tronomique – et un oxymoron, un ! Cela Ă´te toute prĂ©cipitation et renforce l’Ă©nergie de l’ensemble par cette impression de joyeuse fatalitĂ© entraĂ®nante qui en Ă©merge. Domenico Scarlatti garde quelques atouts pour la seconde partie, dont

  • des mordants qui multiplient les pĂ©tillements (l’interprète avait sans doute snobĂ© celui que proposent certaines Ă©ditions dans la première partie afin de doper l’effet de la seconde partie),
  • les notes tenues en surplomb de la ligne mĂ©lodique, et
  • le quasi rubato en accĂ©lĂ©rant

qui dĂ©bouche sur la suspension du discours avant que le premier motif ne s’impose Ă  nouveau.

 

 

Pour faire sursauter l’auditeur, le pianiste aurait pu choisir une sonate mineure un peu molle du genou. Fidèle Ă  sa ligne de conduite, il opte pour la continuitĂ© en assumant une tonalitĂ© guère Ă©loignĂ©e (do mineur au lieu de Do majeur) et un tempo allant (allegro contre vivacissimo).

  • Vigueur martiale,
  • continuitĂ© entre doubles des deux mains,
  • charme
    • de la walking-bass,
    • des cahots des deux-en-deux et
    • des notes rebondissantes :

le clavier

  • miroite,
  • Ă©tincelle et
  • virevolte

avec une efficacité évidente. Ainsi Irakly Avaliani déploie-t-il une virtuosité étonnamment discrète.

  • La mise en doigts du texte,
  • le rythme,
  • l’incarnation par
    • les phrasĂ©s,
    • les accents,
    • le toucher qui donne de l’Ă©lan

sont si aboutis que la fluidité du morceau confine

  • au naturel,
  • Ă  l’Ă©vident, et
  • Ă  l’hypothèse que, en 2013, loin des monospĂ©cialistes, la sonate scarlattienne a peut-Ăªtre trouvĂ© son nouveau champion.

La seconde partie, tout aussi saignante, s’enrichit

  • d’unissons octaviĂ©s furibonds,
  • d’une synthèse des diffĂ©rentes formes croisĂ©es, ainsi que
  • d’hĂ©sitations modulatoires et de jeux chromatiques que Johann Sebastian Bach – quasi exact contemporain de DS – n’aurait pas reniĂ©es.

 

 

Retour au majeur pour la sonate K.49, mais pas de mollesse en vue – ce qui n’aurait pas Ă©tĂ© absurde pour prĂ©parer une dernière sonate encore plus Ă©tincelante après une miniature gnangnan :

  • la mesure est Ă  deux temps,
  • l’affaire se joue presto, et
  • le compositeur n’hĂ©site pas Ă  booster son discours avec des triolets et des doubles croches.

Cependant, l’interprète souligne une autre qualitĂ© – triple – de la vitesse : c’est

  • la vibration de l’Ă©lĂ©gance,
  • la qualitĂ© du frĂ´lement, et
  • la dĂ©licatesse de la sensation.

Ă€ feuilleter diverses Ă©ditions, on comprend que, parmi de nombreuses sources, Irakly Avaliani est allĂ© chercher ce qui lui paraissait le plus juste, le moins fanfreluche et peut-Ăªtre le plus historique. Les accents qu’il place permettent de swinguer la complĂ©mentaritĂ© entre

  • binaire et ternaire,
  • rĂ©gularitĂ© et musicalitĂ©,
  • littĂ©ralitĂ© et inspiration.

L’association entre

  • sĂ©ries de triolets,
  • fulgurances en doubles,
  • traits de gammes descendantes

scintille grĂ¢ce Ă  un jeu toujours très clair sans jamais s’engoncer dans la cristallisation de l’insensibilitĂ©. Il y a

  • de la finesse,
  • de la malice et
  • de la hauteur de vue dans cette façon très personnelle donc très convaincante
    • de s’emparer de la partition,
    • de la comprendre et
    • de la restituer avec art.

 

 

Irakly Avaliani choisit de boucler son hommage Ă  Domenico Scarlatti, financĂ© par le groupe Balas, avec la sonate K.420. C’est

  • furibond,
  • rugueux,
  • militaire,

mais c’est aussi

  • imprĂ©visible,
  • insaisissable et
  • rĂ©versible.

Tel est l’effet de la virtuositĂ© avalinienne Ă  son climax : susciter une orgie

  • d’Ă©pithètes,
  • d’impressions et
  • de questionnements.

La seconde partie de la sonate n’innove guère mais permet Ă  l’auditeur de se goberger de l’aisance digitale de l’interprète. In fine, un compositeur qui anticipe sur le zozo qui l’incarnera trois siècles après, mĂªme si l’on peine Ă  le considĂ©rer comme un maĂ®tre tant lui-mĂªme peine Ă  nous inspirer une Ă©motion, critère iconique de notre Ă©poque, mĂ©rite un coup de chapeau, et nous le lui accordons bien volontiers.

 

 

Par

  • sa science de la bestofisation,
  • sa force intĂ©rieure et
  • sa capacitĂ© de l’artiste Ă  communiquer un sentiment de nĂ©cessitĂ© artistique Ă  l’auditeur,

le disque d’Irakly Avaliani est un boost dont l’humanitĂ© urgente que nous frĂ©quentons puisque nous en sommes membres aurait tort de feindre de l’ignorer. Parce que, sans ce disque, vivre est complètement possible mais peut-Ăªtre complètement moins bien.


Pour écouter le disque en intégralité, c’est ici.

Éclats de rires divins, première série : la joie obligatoire – 5/5

DĂ©tail d’un vitrail de la collĂ©giale Saint-Martin de Montmorency (Val-d’Oise), le 21 juin 2025. Photo : Rozenn Douerin.

 

La Suite fantasque improvisĂ©e autour de cinq rires de Dieu ouvrait mon rĂ©cital du 21 juin en la collĂ©giale Saint-Martin de Montmorency, et s’achevait sur une improvisation autour de l’injonction christique :

RĂ©jouissez-vous, soyez dans l’allĂ©gresse !

L’injonction lĂ¢chĂ©e par JĂ©sus dans l’évangile selon saint Matthieu, au chapitre V, verset 12, est doublement paradoxale. « RĂ©jouissez-vous ! », dĂ©jĂ , est un ordre curieux. Se rĂ©jouit-on sur demande ou par obligation ? Mais ce n’est pas tout ! L’impĂ©ratif surgit après une sĂ©rie de dĂ©clarations contradictoires, dĂ©crivant des bĂ©atitudes oĂ¹

  • les larmes,
  • les persĂ©cutions (par deux fois),
  • les insultes et
  • les calomnies

sont censées rendre « heureux » ceux qui les affrontent ou, moins fiers-à-bras, les subissent. Pour le dernier épisode de cette Suite fantasque improvisée autour de cinq rires de Dieu, je voulais terminer avec une réflexion musicale autour de cette tension propre à la jubilation en général et au rire en particulier, autour de constats simples :

  • le rire porte ceux qui rient et horripile ceux qui ne rient pas ;
  • si le rire allège les rieurs, il engonce et agace les autres ;
  • le rire transforme le rĂ©el mais pour quelques secondes seulement.

L’improvisation part donc de l’injonction de rĂ©jouissance en la transformant en mantra. Le ressassement du « RĂ©jouissez-vous ! » sature le discours moins par insincĂ©ritĂ© que par conviction que de la rĂ©pĂ©tition de l’injonction naĂ®tra l’allĂ©gresse exigĂ©e. Dès lors, l’obligation

  • de la bonne humeur,
  • de l’optimisme,
  • de la conformitĂ© au rythme des gens Ă©panouis

envahit peu Ă  peu les registres donc se teinte d’inquiĂ©tude : comment garder ce joyeux principe dans le biotope hostile de la vraie vie ? Sur le mĂ©tal du rire, l’obligation agit comme une corrosion galopante. La joie rieuse devient fake et envahit tout, dĂ©sarticulant le projet mĂªme de joie. DĂ©sormais, semble glisser JĂ©sus, il faut se rĂ©jouir de ses avanies (et framboises), alors allons-y. Le tambourin devient

  • marche militaire,
  • procession funèbre, voire
  • requiem dĂ©cadent.

Dans de derniers Ă©clats de rire, le monde explose. Et alors ? RĂ©jouissons-nous, soyons dans l’allĂ©gresse ! Qui sait si notre rĂ©compense ne sera pas grande dans les Cieux ?

 

Irakly Avaliani joue Domenico Scarlatti (Sonogramme) – 3/4

Première de couverture

 

La sonate K.5 en rĂ© mineur de Domenico Scarlatti est un allegretto ternaire qui ressemble Ă  une conversation insouciante entre deux dames – dont une beaucoup plus pipelette que l’autre – tĂ¢chant moins d’Ă©changer des nouvelles que de faire sociĂ©tĂ© poliment devant leur pavillon moche mais fonctionnel, situĂ© dans une zone pĂ©riurbaine qui pourrait se trouver n’importe oĂ¹ mais a le malheur de se situer dans les trĂ©fonds d’un dĂ©partement ingrat, le 78 ou le 91, par exemple. Au programme,

  • trilles chargĂ©es de dissiper l’ennui,
  • triples croches tentant de relancer la discussion,
  • gammes Ă©grenĂ©es benoĂ®tement comme on enfile les poncifs pour Ă©viter le silence,
  • notes rĂ©pĂ©tĂ©es et descentes vers le grave parce que, malgrĂ© tous les efforts, il n’est pas si simple de meubler.

Irakly Avaliani donne un charme certain Ă  ce babillage sciemment insipide en valorisant

  • la lĂ©gèretĂ© des staccati rebondissants,
  • la frivolitĂ© des ornements incisifs,
  • l’Ă©quilibre des deux voix complĂ©mentaires,
  • la prĂ©cision rĂ©glĂ©e du swing à trois temps, et
  • la nettetĂ© enchanteresse des phrasĂ©s.

Au centre du programme, cette sonate dispensable peut paraĂ®tre indispensable pour offrir Ă  l’auditeur une respiration en forme d’entracte.

 

 

Tel n’est pas le cas de la sonate en RĂ© majeur dite K.145. Cette sonate est apparemment proche de la prĂ©cĂ©dente :

  • quoique majeure, elle reste en rĂ© ;
  • c’est un allegretto, donc sur un tempo similaire ; et
  • la mesure est identique avec trois croches entre deux barres.

On reconnaĂ®t lĂ  l’un des partis pris implicites d’Irakly Avaliani, qui consiste Ă  piocher dans le vaste corpus de Scarlatti des pièces sans doute favorites mais, surtout, dont l’agencement est Ă  la fois cohĂ©rent et soucieux d’une variĂ©tĂ©… laquelle est d’autant plus dĂ©lectable qu’elle se fonde sur un rĂ©cit fluide oĂ¹ les contrastes sont plus intĂ©rieurs et dĂ©licats que surexposĂ©s. L’interprète ne cherche pas Ă  dĂ©montrer l’intĂ©rĂªt d’Ă©couter seize miniatures de rang : il en est assez convaincu pour les assembler de manière musicale et non pĂ©dagogique. LĂ , on est dans

  • le dĂ©cidĂ© autoritaire,
  • le contre-temps groovy,
  • le 9/16 expansif.

Le pianiste est notamment aux prises avec le croisement de mimines, l’exigence du legato, les mutations harmoniques. On y goĂ»te

  • Ă©nergie,
  • virtuositĂ© et
  • efficience.

Par honnĂªtetĂ© envers les personnes fragiles du boum-boum, on doit aussi saluer

  • la rĂ©partition des ornements,
  • l’allant euphorisant, et
  • le contraste entre tranquillitĂ© du jeu et la furibonderie du rĂ©sultat suspendu.

 

 

La sonate en rĂ© mineur dite K.9 prolonge l’histoire en persistant

  • en rĂ©,
  • en 6/8 (six croches par mesure) et
  • dans un tempo allant… mais pimpĂ© (on passe du vague allegretto au vague allegro).

L’Irakly est facĂ©tieux et malin. Et, en dĂ©pit de sa stature de GĂ©orgien d’origine, Ă©lĂ©gant  Il sait jouer

  • la proposition,
  • l’aguichage,
  • le possible du clin d’Å“il.

La précision

  • des appogiatures,
  • des trilles et
  • des traits

sĂ©duit sans convaincre que l’on a affaire Ă  un compositeur mastodonte du clavier. Lucide et pertinent, l’artiste propose de moduler un ton plus haut, donc en mi avec la sonate K.394.

 

 

L’allegretto Ă  deux temps s’ouvre sur manière de toccata que le pianiste exĂ©cute avec la libertĂ© d’ornementation et d’agogique requise.

  • Mordants,
  • gammes ascendantes en Ă©cho,
  • accents donnant du rebond,
  • modulation en si mineur

animent un discours volontiers indĂ©cis en dĂ©pit d’un tempo allant. De grands arpèges entrecoupĂ©s Ă©lectrisent le dĂ©but de la seconde partie avant que des modulations dynamiques et un jeu de questions-rĂ©ponses n’animent le propos. La capacitĂ© du pianiste Ă 

  • colorer diversement les redites,
  • rendre raison des diverses humeurs qui secouent la partition,
  • oser la libertĂ© dans
    • l’Ă©noncĂ©,
    • l’ornementation et
    • les effets d’attente (tel le retard sur le dernier mi de la main droite)

contribue Ă  l’intĂ©rĂªt de l’Ă©coute, qui basculera dès la prochaine notule sur la tĂ©tralogie final en Ut majeur et mineur.

 

 


Pour écouter le disque en intégralité, c’est ici.

Charles Guyard, « Travailleurs de la mort » (L’Aube) – 3/4

Première de couverture (détail)

 

  • Vingt chapitres,
  • un drame mĂ©diatique par chapitre,
  • un rĂ©sumĂ© du drame et le tĂ©moignage d’un mec chargĂ© d’Ă©vacuer les corps :

tel est le principe du livre de Charles Guyard. Les témoignages du jour commencent avec la mort de migrants dans la Manche, en novembre 2021. Le témoin évoque brièvement

  • les housses noires, « spĂ©cial rĂ©quisition », qui « empĂªchent tout liquide de traverser au niveau de la fermeture »,
  • la tristesse devant ces morts de masse,
  • l’engagement pro-migrants dans lequel il s’investit par la suite.

Car Charles Guyard s’intĂ©resse moins

  • Ă  la mort,
  • Ă  sa perception par des professionnels ou
  • Ă  sa capacitĂ© Ă  grignoter l’espace de cerveau disponible des vivants

qu’aux consĂ©quences sur les tĂ©moins de la frĂ©quentation de certains morts. Pas d’exception pour le rĂ©cit liĂ© au massacre de l’Ordre du temple solaire, en 1995, le tĂ©moin narrant la rĂ©organisation de sa vie suite Ă  la rĂ©quisition judiciaire, puisque celle-ci tombe un 23 dĂ©cembre, alors que

  • la prĂ©paration du rĂ©veillon,
  • les rĂªves d’huitre et
  • les projets de foie gras

rĂ©jouissaient dĂ©jĂ  les croque-morts… et occupaient aussi les dĂ©funts puisque des cadeaux de NoĂ«l ont Ă©tĂ© retrouvĂ©s dans leurs voitures. Back to business, donc, pour les pompes funèbres, car la gestion des morts, c’est très concret. En l’espèce, cela passe notamment par

  • la convocation du personnel pour s’occuper des cadavres,
  • la vĂ©rification des fourgons nĂ©cessaires pour emmener seize morts, et
  • le dĂ©placement des corps sous l’Å“il encore plus rapace que gourmand des journalistes…

ainsi que par la question rĂ©currente et ouverte de l’impact Ă  long terme d’une telle proximitĂ© avec les dĂ©funts. En 2023, moins mĂ©diatisĂ© mais parĂ© de l’Ă©tiquette fashion de « fĂ©minicide », l’Ă©gorgement de Cathy par son mari (qui s’est pendu dans la foulĂ©e) fait l’objet du chapitre suivant. Le tĂ©moin entre cette fois dans les dĂ©tails de l’enterrement du suicidĂ©, incluant

  • le souhait de sa fille d’aller au moins cher (cercueil bas de gamme + pas de pierre tombale), puisque la loi l’oblige Ă  payer la cĂ©rĂ©monie ;
  • la mauvaise volontĂ© du maire Ă  l’idĂ©e d’accueillir le dĂ©funt dans le cimetière local, mais la loi l’y oblige ;
  • la cĂ©rĂ©monie expĂ©diĂ©e en cinq minutes devant la fille du mort pour vĂ©rifier que tout se dĂ©roule comme convenu.

PopularisĂ©e comme un « meurtre Ă  la Breaking bad », la tentative de dissolution d’Éva dans un bain d’acide occupe le chapitre suivant. C’est l’histoire d’un Ă©chec. Devant l’exigence des condĂ©s de sortir le cadavre dans son encombrant bain d’acide, les croque-morts repartent Gros-Jean comme devant. Parfois, la concrĂ©tude de la mort est rebelle…
Ce qu’esquissent ces diffĂ©rentes histoires, c’est que, mĂªme si elle est fluide et variable, il existe une hiĂ©rarchisation des horreurs. Charles Guyard insiste discrètement sur ce point, qui est au cÅ“ur de l’intĂ©rĂªt suscitĂ© par « les travailleurs de la mort » : sont-ils impermĂ©abilisĂ©s par leurs habitudes et les process qu’ils doivent respecter, ou leur arrive-t-il d’Ăªtre affectĂ©s par le commerce qu’ils ont et qu’ils font avec les cadavres ? Il leur arrive, Ă©videmment ; et, dans le classement des scènes que redoutent plusieurs tĂ©moins, trĂ´ne en majestĂ© la confrontation avec un cadavre d’enfant, surtout si celui-ci a Ă©tĂ© victime de violences. Le chapitre suivant Ă©voque cette situation, rencontrĂ©e par le tĂ©moin en 2023 alors que tout est rĂ©uni pour assurer l’ambiance :

  • l’hiver (plus loin qualifiĂ© d’automne, l’auteur souhaitant peu habilement rendre le drame mĂ©connaissable puisque l’affaire n’a pas encore Ă©tĂ© jugĂ©e),
  • le froid,
  • la nuit et
  • le rĂ©veil Ă  quatre du (« Je ne m’explique pas la fichue manie qu’ont les gens de mourir violemment ou se faire tuer sitĂ´t que le soleil est couché »).

Le concret de la mort, cette fois, s’articule autour

  • des conditions d’intervention (« jamais seul pour un bĂ©bĂ©, un enfant ou un ado »),
  • des basses tracasseries d’un monde qui continue d’Ăªtre con quelles que soient les circonstances (« On transporte le cadavre d’un enfant / – Et alors ? Vous payez le parking de l’hĂ´pital ou vous n’entrez pas »), et
  • du choc d’avoir vu la masse d’examens subis par le corps sans vie.

OriginalitĂ© du tĂ©moignage, le narrateur assume attendre le procès des « prĂ©sumĂ©s innocents » avec impatience et prĂ©cise que ce n’est « pas par voyeurisme ». Or, le livre de Charles Guyard, plutĂ´t destinĂ© aux voyeuristes comme votre serviteur, est traversĂ© par cette question de la curiositĂ© malsaine, reproche paradoxal adressĂ© par les tĂ©moins

  • Ă  leurs amis,
  • aux journalistes et, indirectement,
  • aux lecteurs.

En effet, il semble exister une tension entre l’envie de se rendre intĂ©ressant en tĂ©moignant tout en dĂ©nonçant l’intĂ©rĂªt qui est suscitĂ© de la sorte. Sans doute peut-on voir dans ce double rĂ©flexe de dĂ©voilement et de rĂ©probation le rĂ©sultat de l’ambivalence propre aux deux grands machins qui fascinent et inquiètent l’humanitĂ© : le sexe et la mort. Ces deux grands machins rendent la vie

  • plus sapide,
  • plus captivante,
  • plus vivante ;

mais ils peuvent aussi la rendre

  • moins dĂ©sirable,
  • moins prĂ©cieuse,
  • moins excitante.

C’est aussi Ă  une rĂ©flexion sur notre rapport Ă  ces deux pĂ´les – l’instinct de survie de l’espèce et la conscience individuelle, qu’elle soit sourde ou vive, que nous mourrons – qu’invite Ă  bas bruit Travailleurs de la mort ; et cela participe de son intĂ©rĂªt, par-delĂ  la jouissance joyeusement coupable de la curiositĂ© dite voyeuriste. Ă€ suivre !

Irakly Avaliani joue Domenico Scarlatti (Sonogramme) – 2/4

Première de couverture

Un presto en sol mineur : voilĂ  l’programme de la sonate en sol mineur dite K.373 ; et le moins que l’on puisse stipuler, c’est que ça

  • tangue,
  • filoche et
  • rebondit.

Tout est bon pour énergiser le clavier :

  • longs sprints descendant une large partie du clavier,
  • Ă©changes animĂ©s entre dextre et senestre,
  • intervalles et accords rĂ©pĂ©tĂ©s Ă  gauche pour dynamiser le pĂ©piement Ă  droite,
  • cavalcades chromatiques

s’interpolent, se succèdent et se bousculent sans rĂ©pit. De quoi crĂ©piter avant l’andante de la pastorale en Ut dite K.513.

 

 

Si le balancement liminaire et l’Ă©noncĂ© des six premières notes Ă©voquent la plus cĂ©lèbre des siciliennes, Ă  savoir l’andante grazioso de la onzième sonate de Wolfgang Amadeus Mozart, Irakly Avaliani se concentre sur les spĂ©cificitĂ©s de cette miniature :

  • questions-rĂ©ponses,
  • modulations surprenantes,
  • efficience des mordants et
  • importance des silences laissant respirer les diffĂ©rentes sections.

Avec sa variété

  • d’attaques,
  • de phrasĂ©s et
  • de types d’utilisation (ou non) de la pĂ©dale de sustain,

le pianiste semble chercher Ă  nous hypnotiser pour mieux nous secouer Ă  l’arrivĂ©e du molto allegro, sorte de tambourin ou de musette avec sa basse

  • tantĂ´t obstinĂ©e,
  • tantĂ´t simple,
  • tantĂ´t groovy.

Un deuxième contraste naĂ®t de la reprise, un troisième du retour de l’allegro, et un quatrième du presto servant de dernier mouvement en Ut, oĂ¹ Ă©tincellent

  • la fougue des doubles croches mĂ©tronomiques,
  • la tonicitĂ© des staccati et
  • l’Ă©lectricitĂ© des attaques accentuĂ©es.

 

 

La sonate K149 est un allegro dont le la mineur rĂ©sonne plaisamment avec la tonalitĂ© d’Ut majeur qui concluait la pièce prĂ©cĂ©dente. L’allegro en duo rompt la monotonie mĂ©lodique en la dopant Ă  grands renforts

  • d’ornements agiles (et pas toujours indiquĂ©s sur les partitions),
  • de piquantes notes rĂ©pĂ©tĂ©es et
  • de modulations olĂ©-olĂ©.

On est emporté par

  • la lĂ©gèretĂ©,
  • la sĂ»retĂ© et
  • l’inspiration

du toucher qui trahit la confiance d’Irakly Avaliani dans la musique qu’il a choisie. L’artiste semble habitĂ© par un sentiment

  • d’importance,
  • de nĂ©cessitĂ© et
  • de justesse artistique

le poussant à montrer que ces fragments, souvent très brefs et parfois non pyrotechniques, méritent la plus grande attention du mélomane.

 

 

La sonate K.33 en RĂ© s’ouvre sur un prologue dĂ©chiquetĂ© en quatre mouvements contradictoires de dix-sept mesures (allegro ternaire – moderato binaire – allegro ternaire – moderato binaire). Cette introduction joyeusement Ă©trange propulse un allegro Ă  trois temps. La première interprĂ©tation souligne le caractère

  • incisif,
  • vorace et
  • tintinnabulant de l’Å“uvre.

La reprise en rĂ©vèle une facette plus complexe oĂ¹ ont aussi leur place

  • le soyeux,
  • l’ambigu et
  • la demi-teinte.

Cette approche construit l’Ă©coute de la seconde partie, oĂ¹ l’on se goberge Ă  la fois

  • de l’allant et de la modulation en mineur,
  • de la pulsation des dĂ©tachĂ©s et de l’onctuositĂ© du legato Ă©ventuellement soutenu par la pĂ©dalisation,
  • de la fĂ©rocitĂ© du tempo et de la capacitĂ© de transformer cette sĂ©vĂ©ritĂ© biensĂ©ante en lĂ©gèretĂ© aĂ©rienne par
    • un changement de toucher,
    • une mutation d’intensitĂ© ou
    • une infime suspension du discours prĂ©parant le torrent Ă  venir.

 

 

Une proposition brillante et profonde dont nous suivrons la dĂ©clinaison en rĂ© – mineur, en l’espèce – dès la prochaine sonate, la K.5, dont le pianiste butineur a choisi de nous faire goĂ»ter le pistil. Ă€ suivre !


Pour Ă©couter le disque en intĂ©gralitĂ©, c’est ici.