
La mort approche. Après
l’acte quatrième d’Adriana Lecouvreur s’apprĂªte Ă conclure l’affaire ainsi que nous conclurons la nĂ´tre : tragiquement. Dans la demeure d’Adriana aux airs de coulisses dans le dĂ©cor de Charles Edwards, Michonnet veille sur son ancien crush. 2 h 30 après sa première apparition, Ambrogio Maestri n’a rien perdu
- de sa présence,
- de sa voix ni
- de son goĂ»t pour l’interprĂ©tation.
Anna Netrebko lui rĂ©pond. La vedette qui joue la vedette ne prend pas la peine de jouer son personnage – on le peut regretter, mais elle se contente d’Ăªtre l’ex-star dĂ©laissĂ©e.
- Son incarnation vocale pourrait se suffire Ă elle-mĂªme car
- le souffle, le grain, l’Ă©ventail de nuances saisissent et
- les mutations de caractère dans le registre du dĂ©sespoir tĂ©moignent tant d’une maĂ®trise technique stupĂ©fiante que d’un long et profitable compagnonnage avec le rĂ´le.
Quelqu’un a-t-il osĂ© diriger l’artiste, si peu actrice ? Son jeu oscille entre
- sitcom pour le cĂ´tĂ© caricatural (ha ! cette main Ă la tĂªte quand elle constate que « piĂ¹ non ricordo »…),
- tĂ©lĂ©crochet pour l’aspect plaquĂ© de l’excès gestuel et
- spectacle de fin d’annĂ©e dans l’incapacitĂ© Ă jouer avec les autres.
On se console en Ă©coutant Ă la fois la Netrebko, l’orchestre et les quatuors de chanteurs oĂ¹ les seconds rĂ´les tirent leur Ă©pingle du jeu quand les collègues viennent cĂ©lĂ©brer sa fĂªte. Alejandr0 Baliñas Vieites (Quinault), Nicholas Jones (Poisson), Ilanah Lobel-Torres (la Jouvenot), Marine Chagnon (la Dangeville), les locaux de l’Ă©tape, membres de la Troupe lyrique et des chÅ“urs de l’OpĂ©ra, se jettent dans les stichomythies et les ensembles avec mĂ©tier. Dans la composition, cet intermède est astucieux car il enrichit l’Ă©criture après
- les airs,
- les soli et
- les passages instrumentaux.
Las, point le temps de festoyer – ou plutĂ´t, si : on envoie les auto-invitĂ©s se rincer la dalle ailleurs (« Sete voi non avreste? », devine la rĂ©ponse) car voici le moment drrrramatique que l’on attend depuis le premier lever de rideau. Les fleurs « offerti in un’ora d’oblio » reviennent, empoisonnĂ©es. Elles sont respirĂ©es Ă pleins poumons par Adriana. Le public frissonne car il sait ce qui se passe… et pourtant, personne ne se prĂ©cipite sur la scène pour empĂªcher Anna Netrebko de pĂ©rir. C’est d’autant plus ballot que Maurizio arrive pile pour lui offrir
- sa main,
- son nom,
- son trĂ´ne.
Ce dernier duo, incluant la nĂ©gociation (« Non, mon front qui ne change pas d’avis / ne saurait porter une couronne de reine », affirme modestement Adriana dans le duo supra avant, Ă©videmment, de se raviser), prĂ©cède
- la folie,
- l’agonie et
- la mort tragique de la tragédienne.
En effet, l’amour qui « sfida la sorte » et « fuga la morte » ne va pas longtemps dĂ©fier le destin et fuir le trĂ©pas. Alors que le dĂ©lire la prend, Adriana implore qu’on la sauve car « morir non voglio » ; puis, « perchĂ© morire? » C’est quand mĂªme plus chouette de « vivere del suo amor ». Mais, voilĂ , c’est ratĂ© pour cette fois. Celle qui se prend alors pour Melpomène, muse
- du chant,
- de l’harmonie et
- de la tragédie,
s’offre nĂ©anmoins un ultime air de bravoure, enveloppĂ©e dans la « luce d’amor ».
- Gravité,
- onctuosité et
- ivresse du cri fatal devenu musique
valent un nouveau triomphe Ă la Netrebko, qui ruisselle sur
- ses compagnons d’agonie,
- l’orchestre et singulièrement
- son chef, Jader Bignamini.
Certes, l’intĂ©rĂªt narratif de l’opĂ©ra se dissout vite, mais
- l’implication des interprètes,
- la qualité des costumes de Brigitte Reiffenstuel et la pertinence des partis pris de David McVicar,
- la remarquable coordination entre le plateau et les musiciens,
- une partition à la fois joyeusement caricaturale et menée avec un savoir-faire épatant, ainsi que, évidemment,
- une Anna Netrebko en grande forme vocale
permettent
- de trembler,
- d’espĂ©rer contre toute Ă©vidence et
- de s’Ă©mouvoir
jusqu’au terme de la reprĂ©sentation. Youpi !








