
Après Beethoven, les anthologistes de Skarbo ont choisi de complĂ©ter le cinquième disque du florilège de Sylvie Carbonel avec Carl Maria von Weber. Plus connue sous sa forme originale pour piano seul, la Deuxième sonate en La bĂ©mol s’entend aussi en version avec flĂ»te, l’inclination de Weber envers la « musique Ă mĂ©lodie » pouvant expliquer cette transposition pour soliste et accompagnateur, captĂ©e en l’espèce en 1979 et en public avec Alain Marion Ă la traversière – on note en passant, une fois de plus, le manque de rigueur de l’Ă©dition physique des pochettes avec, prĂ©sentement, l’absence de « : » dans le gĂ©nĂ©rique de dos et une typographie changeante des copyrights phonographiques : rien de grave, certes, mais regrettable pour les mĂ©lomanes tatillons qui aiment profiter d’un beau coffret bien habillĂ©.
L’Allegro moderato, con spirito ed assai legato en 12/8 assume la complĂ©mentaritĂ© attendue, en confiant au piano ses fonctions Ă©videntes
- (embellissement harmonique,
- dramatisation du bariolage,
- emphase des accords et octaves enflammés).
Cependant, elle l’Ă©pice en ajoutant aux archĂ©types ploum-ploumistiques
- des traits chopiniques,
- des deux en deux efficaces et
- une virtuositĂ© digitale plus adaptĂ©e aux marteaux qu’au souffle.
On se laisse volontiers séduire par
- la vivacité pianistique,
- la synchronisation des interprètes et
- l’envie patente que manifestent ces musiciens de jouer ensemble et non cĂ´te Ă cĂ´te.
MalgrĂ© ce plaisir, la non-exĂ©cution de la reprise suggĂ©rĂ©e par la partition est Ă©videmment une bonne option pour garder sa fraĂ®cheur Ă une musique sciemment pensĂ©e pour Ăªtre pimpante et non pour faire l’objet d’un mĂ¢chonnement mĂ©ditatif.
- La richesse de registre du piano,
- sa capacité percussive et
- son éventail sonore allant
- du staccato
- au prolongement de la note pédalisée
- en passant par le legato habilement phrasé
étoffent joliment le souffle chaud de la flûte, et les esgourdes achèvent de frétiller allègrement en se pourléchant
- des modulations,
- des transitions,
- des récurrences thématiques et
- des sautillements de la flûte pendant les traits pianistiques de la coda.
L’Andante ben tenuto bascule en 2/4 et en Ut mineur. Ă€ l’ivresse de la cĂ©lĂ©ritĂ© succède le charme de la suspension oĂ¹ la flĂ»te d’Alain Marion fait merveille. Sylvie Carbonel et sa main gauche nous offrent une dĂ©monstration de prĂ©cision dans la palette de
- détachés,
- liés,
- nuances
dont elles usent en rĂ©ponse Ă leur collègue. Si l’on peut sourire en confondant le thème martial avec le dĂ©but de « Happy birthday to you », l’ennui ne point point – et hop – grĂ¢ce Ă l’investissement des interprètes et aux astuces du compositeur :
- rythmes pointés,
- transformations du 2/4 en 12/8,
- confrontation du binaire et du ternaire,
- passage en majeur et
- distension du tempo (accélération puis ritenuto).
On savoure donc sans modération
- le brio discret des octaves en triolet,
- le retour excellent du thème initial et sa transformation,
- la synthèse presque beethovénienne de motifs qui boucle le mouvement et
- le long point d’orgue soutenu, avec tierce picarde de rigueur.
Un Menuetto capricioso marquĂ© presto assai salue le retour de la tonalitĂ© liminaire de La bĂ©mol. Le piano donne l’impulsion initiale puis le groove. DĂ©montrant une prĂ©cision d’autant plus impressionnante que l’Å“uvre est enregistrĂ©e en concert, Alain Marion
- pĂ©pie avec grĂ¢ce,
- pétille avec ressort,
- suit avec rigueur et
- prolonge avec goût
l’Ă©nergie dĂ©bordante de Sylvie Carbonel. Le trio en RĂ© bĂ©mol offre une accalmie gourmande oĂ¹ la lĂ©gèretĂ© de la flĂ»te dĂ©fie le registre grave du piano. La cavalcade est
- brillante,
- joyeuse et
- roborative,
bref, interdite aux fanatiques de musique dark privilĂ©giant un projet situĂ© entre profonde dĂ©pression et suicide mĂ©lancolique – mais quel extrĂ©miste de cet acabit se risquerait Ă ouĂ¯r une Å“uvre de Carl Maria von Weber ?
L’affaire se boucle avec un Rondo indiquĂ© moderato e molto grazioso. Dans la grĂ¢ce, peu d’instruments tiennent le menton Ă la flĂ»te traversière. Le piano ajoute Ă cette caractĂ©ristique un allant que
- chromatismes,
- bariolages,
- rythmes pointés et
- accords décidés
rendent entraînant.
- Brèves accalmies,
- motorisme réjouissant de la main gauche,
- changements de registre,
- piani subito et crescendi malins,
- sens mélodique du compositeur et
- interprétation engagée
- (respect du texte,
- synchronisation toujours aussi spectaculaire,
- options subtiles,
- coordinations d’intention,
- capacitĂ© Ă investir le texte sans le surcharger d’effets…)
permettent Ă l’auditeur de jubiler sur son siège grĂ¢ce Ă cette escapade dans la musique de chambre situĂ©e au mitan du coffret. Prochaine Ă©tape : Chopin et Mozart !
Pour Ă©couter le disque Beethoven – Weber gratuitement, c’est ici.
Pour acheter le coffret (env. 35 €), c’est par exemple lĂ .
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Ă€ suivre !








