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Theresienstadt

Pierre Réach et Liza Kerob, ECUJE, 8 novembre 2023 – 1

Pierre Réach au Dôme de Villiers (Paris 17), le 14 avril 2022. Photo : Bertrand Ferrier.

 

Pierre Réach est un artiste grave. Sérieux. Résolu. On ne le voit guère sourire pendant un récital. Il ne minaude pas devant ses fans quand il sort de sa loge. Il n’est pas là pour jouer le génie transcendé par la musique ou, lumières éteintes, le commercial assurant le service après-vente. Il est. Compact, concentré, pénétré de sa mission artistique.
Cette attitude n’est pas une posture. Elle caractérise son travail

  • de musicien,
  • d’interprète et
  • d’enseignant.

Elle s’ancre

  • dans les profondeurs de son identité,
  • dans sa substantifique moelle,
  • dans une conscience douloureuse qu’il évoquait lors de notre grand entretien, à la mi-2022 :

 

Ce qui se passe actuellement [en Ukraine] est un enfer, et cela me touche triplement :

  • en tant qu’homme,
  • en tant que musicien et
  • en tant que juif.

Deux membres de ma famille sont morts à Auschwitz, et une sœur de mon grand-père a péri dans le camp de concentration de Theresienstadt. Je suis allé en Israël à Yad Vashem, l’institut international pour la mémoire de la Shoah. J’ai trouvé le nom des miens dans l’ordinateur qui contient le nom de tous les israélites massacrés par les nazis. Si vous ajoutez à cela le fait que j’ai une grand-mère arménienne, j’aime autant vous dire que, pour nous, « génocide » n’est pas un mot dénué d’émotions ou de sens.

 

Cette judéité de cœur et de corps, sinon de pratique, résonne évidemment avec force quand l’homme se prépare à jouer à l’Espace culturel et universitaire juif d’Europe (ECUJE), ce 8 novembre 2023, alors que les assassinats d’Israéliens par les séides du Hamas et la réponse sanglante de l’État hébreu habitent les esprits. L’ECUJE a même récemment fait installer un sas ultrasécurisé à l’entrée de son local, en dépit de ses réticences devant une mesure contraire à l’esprit d’ouverture que revendiquent ses responsables. La consternation, le choc, l’inquiétude pour les otages, la tristesse devant tant de morts notamment d’innocents et la peur, entretenue par des souffleurs de braise et des médias salivant devant la montée de haines tenant ou du réflexe inepte ou de la soumission aux injonctions communautarisantes ont déjà des conséquences physiques, concrètes, donc mentales sur

  • la construction des individus,
  • les relations entre les concitoyens,
  • la cristallisation des identités collectives et
  • le questionnement de la transcendance, artistique, philosophique ou religieuse (qu’est-ce qui nous dépasse et peut nous réunir, au-delà des différences, non pas dans une même réponse mais dans un même élan ?).

Par conséquent, aller, le 8 novembre 2023, écouter deux artistes juifs dans un centre juif n’est évidemment pas neutre. Pour un goy, ce n’est ni un acte de soumission à l’actualité émotionnelle, ni une posture politique reconnaissant à Israël le droit de tyranniser ou de massacrer une population entière. En revanche, c’est banalement venir saluer des gens que certains détestent, c’est refuser la phobie polymorphe du juif, et c’est surtout penser que la guerre ne dissout pas la musique – peut-être même, toutes proportions gardées, la rend-elle plus urgente, plus précieuse, plus résonante. Le nombre important de spectateurs venant pour la première fois à l’ECUJE témoigne de cette volonté ne pas laisser

  • le politique l’emporter sur l’artistique,
  • la peur diffuse ou précise sur le désir de beau, et
  • la désespérance suscitée par l’indécrottable connerie humaine sur la liberté qu’il nous reste d’être, le temps d’un concert, un rien aérien.

À titre personnel, ce soir-là, je viens avant tout pour écouter Pierre Réach et Lisa Kerob jouer un programme impressionnant. Le contexte colore le projet sans en modifier l’essence.

 

À l’ECUJE (Paris 10), le 8 novembre 2023. Photo : Bertrand Ferrier.

 

L’affaire s’engage donc, le sas passé, au sous-sol du centre, dans manière de salle des fêtes. L’ensemble est « éclairé à la bougie » comme le veut la mode tant dans le business de la musique savante que dans d’autres commerces musicaux – on a ainsi vu, toute honte bue, toute, Youth Lagoon, groupe de « pop chimérique », se produire dans la nef de l’église Saint-Eustache lors d’un concert

 

éclairé par quatre-vingts bougies, créant une ambiance mystique et intimiste (Franck Colombani, in : Le Monde, 9 novembre 2023, p. 27).

 

L’aspect amusant de la chose est un rien gênant pour deux raisons. D’une part, par prudence, sans doute, les bougies sont fausses. Ce n’est pas un détail : c’est comme si on substituait au quart de queue employé ce soir-là un piano en plastique qui lui ressemblerait vaguement. Bah, après tout, ça reste un piano, un ersatz de piano mais un piano ! D’autre part, la pénombre rend criantes les autres lumières. Si les artistes ne peuvent se passer d’une lampe d’à-point, les spectateurs pourraient se passer des flashs ultrapuissants des portables, ou des lampes-torches permettant aux organisateurs de filmer au cellulaire des extraits du concert. Le mélomane aime d’autres formes d’éblouissement.
Au reste, passé l’accueil souriant, le spectateur doit affronter un long moment d’attente. Arrivé à 19 h 30 pour 20 h puisque placement libre, je ne me doutais pas que le concert ne commencerait (par un discours) qu’une heure plus tard. Une heure, dans ce genre de cas, c’est super long. Allons, faisons contre mauvaise fortune bon cœur et profitons de ce vide pour observer quelques scènes de vie…

  • Un monsieur imperturbable joue aux échecs sur son téléphone.
  • Une dame fait un scandale parce qu’elle n’est pas autorisée à s’asseoir aux tables dressées au premier rang puis, quand le placier lui explique que c’est réservé aux gens qui ont payé 50 €, elle s’exclame, choquée : « Cinquante euros ! Mais c’est toute une fortune ! »
  • Derrière moi, un homme s’apprête à biser sa voisine, sauf que celle-ci a un mouvement de recul. « Tu m’reconnais ? » vérifie le zozo. « Bien sûr ! s’exclame la dame. Rappelle-moi ton prénom… »
  • Pour aider une vieille à commander son taxi à l’avance, le placier la rassure : « À 21 h 15, ce sera fini ! » (Le concert s’achèvera vers 22 h.)
  • Un type lance à une nana : « J’ai failli venir te voir en concert l’autre jour, mais je n’ai pas pu. » Elle répond : « Ha, dommage, mais je rejoue jeudi prochain, ça te tente ? » Lui s’écrie : « Ha, super ! Tu peux m’avoir deux invitations ? »
  • On se montre les vidéos prises à la manifestation de soutien à Israël (« ça fait chaud au cœur ! ») et on échange les dernières infos sur la marche contre l’antisémitisme du lendemain, dont le lieu de départ n’est alors pas super, super clair.
  • Des experts géopolitiques analysent la guerre avec une lucidité confondante : « Moi, je dis toujours que celui qui sème le vent récolte la tempête. Mais c’est un mal terrible pour un bien. J’ai toujours souhaité la mort des Arabes de Gaza. Je vais même vous choquer : je souhaite leur extermination. » Réponse de l’interlocutrice : « Me choquer ? Pourquoi ça devrait me choquer ? » Un sachant renchérit : « Cette vermine, et pas que le Hamas, ils sont partout. Sous les décombres, sous les carcasses de voiture. Ha, ils sont bien, dans leur ville souterraine ! » La dame de révéler, déchirante : « Moi, quand j’ai vu tout ça, j’ai dû prendre rendez-vous avec mon médecin parce que je ne me sentais pas très bien. » Conclusion du géopolitologue exterminateur de vermine : « Comme je vous comprends, c’est terrible, terrible ! »

Le plus pénible, dans ce prologue, est l’agaçante bande-son imposée aux spectateurs : une gymnopédie, le premier mouvement de la sonate au clair de lune, le quatrième prélude de Chopin, la lettre à Élise…

  • Un habillage sonore gênant,
  • une concaténation de classiques favoris grotesque,
  • une machine à fabriquer de l’agacement qui ravale provisoirement le projet de concert au rang de promenade dans un ascenseur :

espérons pour les gourmands que la suite de la saison de concerts classiques se libèrera de tels oripeaux plus nuisibles qu’inutiles. Enfin, enfin, le silence se fait. Un discours très mesuré d’une huile de l’Espace précède un temps de silence en mémoire des morts israéliens et gazaouis. Puis les artistes traversent la salle pour gagner la scène, et la fête peut commencer.

 

À suivre…


Retrouver Pierre Réach sur son site : c’est ici.
Sur ce blog, retrouver la critique du premier volume de son intégrale Beethoven, c’est là.
Pour le second volume, c’est là, là et là.
Et pour l’intégrale du grand entretien, c’est là.

 

Les grands entretiens – Pierre Réach 11

Pierre Réach aux Batignolles, le 14 avril 2022. Photo : Bertrand Ferrier.

 

Il joue, il enseigne, il organise, mais, incroyable ! il vit aussi. Dans ce nouvel épisode de notre entretien-fleuve, accordé à l’occasion de la parution du premier volume de son grand œuvre qu’est l’intégrale des sonates de Beethoven, Pierre Réach nous raconte comment il garde le cap dans la tempête de ses vies multiples.

  • Garder son intégrité tout en assurant la pérennité et la cohésion du festival qu’il a coconstruit,
  • affirmer sa liberté sans s’aliéner ceux qu’elle pourrait brusquer,
  • réagir avec sensibilité aux événements tragiques qui ébranlent le monde sans pour autant cesser de vivre, c’est-à-dire de musiquer :

autant de projets vibrants qui affleurent sous l’apparente tranquillité du virtuose !


Retrouvez les premiers épisodes de la saga
1. Les paradoxes d’un rêveur
2. L’homme derrière le monument
3. La passion du génie
4. La quête du son
5. Le devoir de transmettre
6. L’éloge du doigté
7. La possibilité du sublime
8. Le volcan de l’inattendu
9. La magie des affinités
10. La courtitude de la vie


11.
L’effroi de la tempête

 

Pierre Réach, nous avons évoqué le festival Piano Pic en montrant comment vous avez développé ce projet, comment vous concevez votre travail de directeur artistique à l’écoute de l’équipe qui vous entoure, comment vous avez réagi quand les règles sanitaires ont éteint le monde du spectacle vivant, mais nous avons à peine effleuré un point : vous êtes rétif au marketing et rechignez à labelliser chaque édition sous un titre accrocheur.
Non, je persiste et je signe ! Bien que cela puisse être mal perçu, il n’y a pas de ligne directrice globale au festival. Cependant, certains pianistes peuvent, à titre individuel, développer une sorte de série. C’est mon cas, à travers l’intégrale Beethoven que j’égrène à la demande de l’association, car les retours du public sur les précédents concerts ont été vibrants.

Une thématique serait trop restrictive ?
Surtout, elle sonnerait faux car définir une thématique, c’est s’en écarter. Vous avez une thématique autour d’un compositeur ? Il faut montrer les relations qu’il entretenait avec tel ou tel confrère, lui rattacher d’autres œuvres de son époque (parce que harmoniquement ou structurellement proches… ou au contraire très différentes), le frotter à une création contemporaine pour élargir le spectre et surjouer sa modernité, etc. À l’inverse, quand vous n’avez pas de thématique, vous vous rendez compte que, au fond, vous pouvez découvrir a posteriori une ligne directrice sans avoir eu besoin de vous contorsionner pour faire rentrer de force le talent des invités dans une petite case limitante.

 

 

Derrière le directeur semble percer l’artiste expérimenté…
Vous savez, il y a de longues, longues années, j’ai joué la Symphonie fantastique de Berlioz transcrite par Liszt lors d’une édition du festival Berlioz. À l’époque, son directeur n’était autre que l’excellent chef d’orchestre Serge Baudo. La thématique est Berlioz, mais Liszt y était aussi le bienvenu…

Derrière le nom de Berlioz, se cache en effet une grande diversité de compositeurs mis à l’honneur. Cette année, le concert d’ouverture, dirigé par Debora Waldman, se concentrera autour de trois compositeurs : Ibert, Sohy et Dvořák…
… et c’est partout pareil ! Regardez le festival Lisztomanias de Châteauroux, une manifestation passionnante à laquelle j’ai participé maintes fois. Pour se renouveler, ils ont dû élargir leur thématique et associer d’autres compositeurs à Liszt : une année Beethoven, une autre Brahms…

Estimez-vous que cette ouverture soit une bonne ou une mauvaise chose ?
Avant d’être bonne ou mauvaise, elle est inévitable. En musique, rien n’est pire que l’enfermement et le ronronnement. Cela dit, d’un point de vue musical, c’est évidemment une bonne chose. J’avoue avoir du mal à comprendre pourquoi il faudrait se contenter d’un compositeur unique, se limiter à lui et exclure tous les autres ! Ce nonobstant, d’un point de vue logique, si vous construisez tout un festival autour d’un compositeur et que vous vous rendez compte que ce n’est pas tenable sur la durée car trop restreint, la spécificité même de votre manifestation se dissout. C’est à la foi inéluctable et un peu dommage.

Une ligne directrice n’est pas forcément liée à un compositeur…
Bien sûr, certains festivals s’orientent plutôt vers des titres propres à chaque édition, du type : « Les animaux dans la musique » ou « Le thème de l’eau », où se presseront Liszt, Ravel et Debussy au côté du prélude op. 28 n°15 de Chopin dit « de la goutte d’eau »… Je trouve ça ridicule et regrettable : tant d’effort pour monter une manifestation, inviter de grands interprètes et se coller une étiquette réductrice qui vous barre l’horizon, c’est presque triste.

 

 

C’est fort de vos convictions – fussent-elles parfois tempérées par les initiatives des membres de l’association du festival – que vous avez maintenu le cap de Piano Pic, y compris face à la tempête de la pandémie. Au moment où nous échangeons, un nouveau choc secoue la planète : la guerre en Ukraine. Il n’est certes pas besoin d’être musicien pour être ému devant les déchaînements de violence dont les échos nous parviennent. Toutefois, comment un artiste réagit-il quand il constate les conséquences éhontées voire carrément effrayantes de la guerre sur la culture : déprogrammation de certains pianistes, chefs ou orchestres parce qu’ils sont russes, déprogrammation de certaines œuvres parce que, par exemple, Tchaïkovski était russe, interdiction aux candidats de participer à certains concours – tel celui de Dublin – parce qu’ils sont russes ?
Ce qui se passe actuellement est un enfer, et cela me touche triplement : en tant qu’homme, en tant que musicien et en tant que juif. Deux membres de ma famille sont morts à Auschwitz, et une sœur de mon grand-père a péri dans le camp de concentration de Theresienstadt. Je suis allé en Israël à Yad Vashem, l’institut international pour la mémoire de la Shoah. J’ai trouvé le nom des miens dans l’ordinateur qui contient le nom de tous les israélites massacrés par les nazis. Si vous ajoutez à cela le fait que j’ai une grand-mère arménienne, j’aime autant vous dire que, pour nous, « génocide » n’est pas un mot dénué d’émotions ou de sens.

Vous l’avez vécu, et cela résonne en vous.
Oui, dans ma famille, nous avons connu les persécutions. Nous en avons été victimes. Nous savons ce que c’est. Toute mon enfance a été marquée par les dires de mes parents. Ma famille vient de Prague. Mes parents ont quitté la Tchécoslovaquie pour la France après l’invasion de Hitler. Dès 1939, mon père, qui adore la France et a été naturalisé, s’est engagé à corps perdu dans la Résistance. De Gaulle l’a félicité personnellement. Ceci vous explique pourquoi ce qui se passe en Ukraine m’horripile. D’une part, je suis bouleversé par ce que l’armée russe inflige au peuple ukrainien ; d’autre part, je trouve qu’il existe énormément de points communs entre la folie du dirigeant actuel de la Russie et Hitler.

Les sachants pointent également des différences qui rendent cette guerre irréductible à la spécificité du projet nazi d’extermination.
Certes, la Shoah est spécifique, quoi qu’il advienne ; certes, aussi, nous n’avons pas connaissance de l’existence de chambre à gaz, et il n’existe pas de traque à grande échelle des Ukrainiens dans d’autres pays. Ce sont des différences majeures, je n’en disconviens pas. Reste que le processus d’extermination des civils est très proche de la méthode nazie. Voilà pourquoi je suis peut-être plus ému que d’autres, à cause de cette petite fibre en moi qui se tord en voyant que la Bête immonde ou quelque chose de très proche s’est réveillée, et qu’elle s’est remise à massacrer avec fureur. Je n’ose imaginer ce qu’éprouveraient mes parents s’ils étaient encore de ce monde. Et pourtant, on peine, ici, à se représenter les atrocités qui sont commises. Chaque jour, c’est pire. Ça n’est pas près de s’arranger. C’est une catastrophe.

 

 

Face à votre émotion profonde, deux attitudes paraissent envisageables : arrêter de jouer du piano, car à quoi cela rime-t-il quand tant d’humains sont frappés par une armée redoutable ? ou continuer de jouer parce que, si plus de musique, alors quoi pour préserver le sentiment de beauté qui constitue une partie de notre humanité ?
Aussi curieux que cela semble, les deux attitudes que vous schématisez ont quelque chose de complémentaire. Certains matins, j’ai honte d’être en sécurité, chez moi, de me lever pour devoir jouer du piano, de jouir de la vie… Comment ne pas avoir conscience du scandale qui consiste à prendre son petit café au soleil pendant que des maternités sont bombardées, que des femmes sont violées en toute impunité, que des civils sont écrasés sous les décombres de leurs immeubles, que des charniers horribles seront probablement découverts demain ? C’est insupportable, il faut le dire et le redire. Mais je vous renvoie la question : que voulez-vous que l’on fasse ? Se morfondre, renoncer, s’apitoyer ? Accueillir des réfugiés si l’on dispose de l’appartement et du temps adéquats ? Soit, et après ? Évidemment, on peut prier pour les victimes, si l’on est croyant ; on peut participer à des collectes, si l’on est confiant ; cela n’ôte pas le sentiment d’impuissance qui renforce notre colère devant les crimes. À côté du festival, nous donnerons un concert dont toute la recette partira en Ukraine. C’est à la fois symbolique et microscopique. En réalité, nous ne pouvons que constater l’évidence : un génocide est en train de se dérouler à l’Est de l’Europe. La mort frappe. Les missiles détruisent. Un régime totalitaire essaye d’effacer tout un peuple, qui se défend de manière admirable. Je ne comprends pas qu’un événement aussi terrible se déroule à nos portes.

Vous semblez laisser entendre que vous auriez pu aller sur place pour aider…
Je n’ai plus l’âge, hélas, mais j’espère que l’on va intervenir autrement qu’en envoyant des armes. Tout le monde a peur. Peur de l’arme nucléaire. Peur de savoir comment l’on se chauffera, l’hiver venu. Il faut arrêter d’avoir peur pour soi-même. Il faut prendre des décisions radicales. Vite. Bref, je ne suis pas très optimiste.

Même si ce n’est pas comparable en termes de dégâts physiques, le monde de la musique est aussi touché par cette guerre.
Écoutez, j’ai un ami russe qui est souvent venu à Piano Pic et qui enseigne au conservatoire Tchaïkovski. Je veux dire par-là que ce n’est pas un paysan valeureux mais illettré, c’est vraiment quelqu’un qui appartient aux sphères privilégiées de la société russe. L’autre jour, ce personnage m’a envoyé un courriel hallucinant où il m’expliquait que, contrairement à ce que ressasse la propagande occidentale, les Russes sont en campagne pour dénazifier l’Ukraine, voilà pourquoi ils sont partis en guerre. Que des gens cultivés, que des artistes dans l’âme, que des esprits aiguisés, que des musiciens talentueux se fourvoient ou se complaisent dans de telles contrevérités me laisse pantois et nourrit l’effarement dans lequel la guerre en Ukraine me plonge.

 

À suivre !