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Le blog de Bertrand Ferrier, page 34

Michel Tirabosco, « Le Souffle de ma vie » (Favre)

Première de couverture (détail)

 

Comme Michel Petrucciani en son temps, comme Jean-Michel Alhaits aujourd’hui, et mĂªme s’il refuse l’Ă©crasement des artistes Ă  leur statut physique, Michel Tirabosco fait partie de ces musiciens pour lesquels les critiques tournent sept fois leurs doigts sur le clavier avant de se rĂ©soudre Ă  lĂ¢cher un mot ou deux. Par son parcours davantage incrĂ©dible qu’incroyable, il rĂ©vèle le malaise des gens obsĂ©dĂ©s par la normalitĂ© et obsĂ©quieux devant la difformitĂ©. Mettons donc les pattes dans la ratatouille, puisque c’est Ă©crit en quatrième de couverture : contrairement Ă  ce que laisse entendre la première de couv sirupeuse, Michel est nĂ© « avec deux bras atrophiĂ©s », une caractĂ©ristique qui ne prĂ©destine pas un gamin Ă  devenir un virtuose diplĂ´mĂ© du plus prestigieux conservatoire suisse. La question que pose son livre, Ă©crit par Zahi Haddad (l’auteur l’assume avec une franchise remarquable), n’a rien Ă  voir avec les limites de l’acceptation de la diffĂ©rence, mĂªme si le livre gravite autour du sujet. Elle est double et beaucoup

  • plus profonde,
  • plus large donc
  • plus puissante :

qu’est-ce qui fait de nous ce que nous sommes ? et dans quelle mesure faisons-nous ce que nous sommes plutĂ´t que de nous laisser façonner par un fatum plaquĂ© sur nous par

  • les stĂ©rĂ©otypes,
  • l’habitude et
  • la paresse

de ceux qui aiment Ă  s’appeler les sachants ? OK, je suis diffĂ©rent de toi, mais c’est pour une raison simple : tu es diffĂ©rent de moi. Je peux te sembler

  • indigne,
  • dĂ©goĂ»tant,
  • ignoble

par exemple parce que,

  • selon toi, j’ai trop bu,
  • je profère ce que tu juges Ăªtre des gros mots,
  • j’ai un bout de jambe en moins

mais, toi, crois-tu que tu n’as pas de raisons de me paraĂ®tre

  • commun,
  • fatigant,
  • Ă  gerber ?

Sans sombrer dans un plaidoyer pour l’inclusivitĂ©, le rĂ©cit de Zahi Tirabosco et Michel Haddad

  • bouscule,
  • chamboule,
  • rue dans les brancards.

Il dĂ©bute, ainsi qu’il est sĂ©ant, par un passage in medias res autour d’un concerto de David Chappuis, mais il ne nĂ©glige pas de revenir lĂ  oĂ¹ tout a commencĂ©. Au milieu

  • des couleuvres,
  • des cerfs-volants (les colĂ©optères, pas les engins) et
  • des martinets

(j’ai bien souri en lisant le sauvetage d’un oiseau qui ressemble fort Ă  celui racontĂ© par JĂ©rĂ´me Pensu dans Sauvage, paru très rĂ©cemment chez Max Milo, auquel j’ai prĂªtĂ© une main ou deux, et qui s’ouvre presque sur une saynète similaire). Michel Tirabosco raconte

  • sa volontĂ© d’apprivoiser un corps prothĂ©sĂ©,
  • son envie de dĂ©passement et
  • sa lutte,
    • concrète,
    • obsĂ©dante,
    • extĂ©nuante parfois,

pour « trouver des rĂ©ponses » Ă  ses problĂ©matiques, Ă  l’aide

  • de la mĂ©decine,
  • de la controversĂ©e kinĂ©siologie et
  • de l’entĂªtement personnel, façon Cyrano, Ă  « y arriver seul ».

Paradoxal, pour un personnage qui ne cesse de rendre hommage Ă  ceux qui l’ont aidĂ© ? Oui, donc intĂ©ressant. Fan

  • de Souchon (on est en 1974),
  • de Sardou (on est en 1976)
  • de MontagnĂ© (on est en 1985),
  • de BĂ©art,
  • d’Isidore le tailleur de pierre et mĂªme
  • de Jacky Galou (on est vachement plus tard, mais moi, j’ai croisĂ© sa camionnette quand on partait en famille sur l’autoroute et il nous a fait coucou, et je veux pas me vanter, bref),

le gamin regarde la flĂ»te de Pan que son père vient de lui construire/offrir avec une idĂ©e, celle qu’ont normalement tous les jeunes mĂ¢les en zyeutant leur gratte :

  • je vais devenir une star grĂ¢ce Ă  elle ;
  • comme je serai une Ă©toile, on va m’admirer ;
  • l’amour que j’aurai eu pour ce bout de bois va susciter l’amour pour moi de toutes les bonnasses de la planète.

Classique. Cela passe par

  • le contact avec les vedettes façon Gheorghe Zamfir,
  • le soutien d’une mère dĂ©cidĂ©e, et
  • les rencontres de hasard et pas que.

Livre sponsorisĂ©, le volume trouble parfois son propos jusqu’Ă  se confondre avec des miscellanĂ©es d’intĂ©rĂªt secondaire incluant tĂ©moignages dispensables (comme celui de l’institutrice) et album photo inessentiel. La quatrième prĂ©vient que le propos est censĂ© entre gnangnan et lĂ©nifiant afin de dĂ©livrer « une vĂ©ritable leçon de courage ». Le rĂ©sultat, finement pensĂ© par l’auteur et habilement conçu par la vedette, est beaucoup plus intĂ©ressant que ce genre de connerie. Y a pas de chougne. Y a

  • de la colère,
  • de la mauvaise foi (on veut t’aider pour la prise de notes, mĂªme musicien, tu prends ça comme une insulte),
  • de la rage mĂªme, et c’est heureux.

Certes, le parcours de Michel Tirabosco impressionne, c’est peu de le dire, mais, plus fort, il ne cherche pas Ă 

  • inciter Ă  la larmichoune sur le brave handicapĂ© qui « se bouge un peu »,
  • faire la morale aux moins handicapĂ©s, ou
  • donner des leçons aux indiffĂ©rents, aux haters ou aux gens normalisĂ©s qui se sentent mal Ă  l’aise devant le handicap, qui plus est physique.

Comme chantait le honni Bertrand Cantat, il s’illumine de visages, de figures tels Patrice, le prof qui ne cherche pas Ă  niquer sa mère sous prĂ©texte de donner des cours au gamin, et tel Pascal Jaermann, une rĂ©vĂ©lation pour le jeune Michel. Poursuivant sa route virtuose sans souligner combien ce doit Ăªtre chaud de night, le flĂ»tiste reconnaĂ®t ce qu’il doit Ă  la musique « populaire », rejetant le fight avec une musique « élitiste ». Il ne masque pas la stupiditĂ© que doivent subir tous les musiciens (« ton fa dièse Ă©tait un peu haut ») et sa capacitĂ© Ă  s’abstraire de ce genre de farce grĂ¢ce Ă  la « paix intĂ©rieure » ancrĂ©e dans la certitude que « des hirondelles doivent faire [s]on printemps ». Survivant

  • de catastrophes aĂ©riennes,
  • de plans foireux,
  • de remplacements in extremis,

Michel glisse quelques compliments Ă  celle qui a portĂ© ses enfants et corrigĂ© son livre, non sans laisser passer quelques billevesĂ©es de Zahi Haddad censĂ©es ponctuer son tour du monde de quatorze mois (« l’Inde et sa culture millĂ©naire », wow, comme c’est spĂ©cifique !). On peut Ăªtre consternĂ© par son autopromo de couple (dans son premier one-man, « Sophie (…) me fait embarquer (…) pour une heure et quart de rires et dĂ©lires », « les artistes y cĂ©lèbrent leur joyeuse amitié », c’est « un vĂ©ritable petit bijou », bref), qui n’a pas sa place ici, Ă  supposer qu’elle l’ait ailleurs. Pour autant, le mec a jouĂ© avec Gergiev, Rieu (« pourrais-tu jouer Hijo de la luna ? ») et, surtout, lui-mĂªme.

  • Une traversĂ©e Ă©tonnante,
  • un doigt d’honneur stimulant,
  • un cri d’espoir soufflant

que racontent un livre

  • inĂ©gal,
  • secouant souvent et
  • dĂ©flagrant parfois,

un livre que l’on peut acheter en librairie ou ici.

Monica Leone et Michele Campanella jouent Schubert (Odradek) – 5/9

Première du disque

 

Contemporaine de l’Ă©criture du grand duo D.812 (non choisi par les interprètes), les Huit variations sur un thème original op. 35, dites D.813, complètent le panel de formes piochĂ©es par Monica Leone et Michele Campanella dans l’Å“uvre pour piano Ă  quatre mains de Franz Schubert : après

  • une fantaisie,
  • quatre polonaises,
  • une danse allemande et ses petits lĂ©gumes puis
  • un rondo,

voici une dĂ©monstration de l’art de divaguer dans un cadre prĂ©cis offerte par le compositeur. Le thème est manière de marche en La bĂ©mol tendant Ă  mitan vers l’Ut mineur. Les interprètes ont le bon goĂ»t d’allĂ©ger l’aspect martial pour garder le plaisir

  • de l’impulsion,
  • du dialogue et
  • de la variĂ©tĂ© des attaques.

La première variation frotte la logique binaire à la fantaisie des triolets essentiellement énoncés par le piano I.

  • Notes rĂ©pĂ©tĂ©es rythmĂ©es par le piano II,
  • effets d’Ă©cho joliment nuancĂ©s et
  • contrastes habilement synchronisĂ©s

donnent du charme à cette page. La deuxième variation confie le moteur à doubles croches au secondo piano.

  • La tonicitĂ© du rythme pointĂ© et des triples croches du piano I
  • les Ă©changes de rĂ´les entre les musiciens, ainsi que
  • des crescendi-decrescendi très progressifs

captent l’esgourde. La troisième variation, « un poco piĂ¹ lento », rĂ©partit clairement les tĂ¢ches : au grave la pulsation des intervalles rĂ©pĂ©tĂ©es, au mĂ©dium et Ă  l’aigu le rappel rythmico-mĂ©lodique du motif matriciel. On y goĂ»te notamment

  • la fraĂ®cheur du balancement,
  • l’acidulĂ© du chromatisme, et
  • la grĂ¢ce toujours parfaite de l’exĂ©cution.

La quatrième variation, qui revient au tempo primo, ferait presque oublier que, comme certains sont tactiles, Franz Schubert est dactyle (il utilise souvent une cellule d’une note longue suivie de deux brèves). Monica Leone et Michele Campanella savent

  • Ăªtre carrĂ©s-carrĂ©s dans ces Ă©changes de doubles croches,
  • laisser une place minime donc juste pour l’agogique et la respiration, et
  • aller leur chemin sans oublier de dialoguer donc de caler leurs intensitĂ©s et leurs phrasĂ©s sur l’ensemble de la partition, non sur leur seule partie.

Dès lors, les tips du compositeur pour pimper ce solide quatre temps peuvent se déguster comme du citron sur une huitre fraîche : ainsi

  • deux-en-deux gambadants,
  • staccati bondissants,
  • allègres appogiatures et
  • extension des registres vers un suraigu tant aĂ©rien qu’Ă©phĂ©mère

propulsent-ils cette section avec une efficacité singulière.

 

 

La cinquième variation s’effondre en la bĂ©mol mineur (tous les bĂ©mols sont de sortie pour l’occasion). Sur un thème dont l’incipit rappellera peut-Ăªtre Ă  certains le tube de la Septième symphonie de Ludwig van Beethoven, le  piano primo se rĂ©vèle très sage puisque la mĂ©lodie, seule ou octaviĂ©e, est Ă  peine troublĂ©e par quelques ornements

  • (mordants,
  • appogiatures et
  • trilles finales).

Le secondo piano, lui, se contente de barioler et d’Ă©grener la basse en octave.

  • La finesse des piani,
  • la dĂ©licatesse du toucher, et
  • la maĂ®trise qui permet d’Ăªtre lent sans Ăªtre pesant

ne manqueront pas de saisir l’auditeur. La sixième variation, un maestoso de retour en La bĂ©mol majeur, est le royaume des sextolets de doubles croches. Dans la première partie, les deux compères

  • se rendent doubles pour doubles,
  • se rĂ©pondent et
  • se rodomontadent, hĂ© hĂ©,

avec une feinte sĂ©rĂ©nitĂ© avant de laisser la dextre du piano I faire, tonique, la course en tĂªte. La septième variation, « piĂ¹ lento » et officiellement « con sordini » (accessoire ici peu audible), s’ouvre par un premier segment Ă  la fois

  • solennel,
  • chromatique et
  • modulant (entre
    • La bĂ©mol,
    • fa mineur et
    • Ut).

L’Ă©pisode, plus harmonique que mĂ©lodique, se prĂ©sente comme

  • un interlude,
  • une suspension et
  • une retenue

qui lĂ¢che brusquement pour laisser place sans transition Ă  la huitième variation, un allegro moderato en 12/8. Les rĂ´les,

  • d’abord divisĂ©s,
  • bientĂ´t complĂ©mentaires,
  • enfin inversĂ©s,

festonnent autour

  • d’une pulsation,
  • de sextolets de doubles croches souvent octaviĂ©es, et
  • d’effets
    • d’Ă©chos,
    • de prolongements et
    • de divisions

qui étoffent un tissu initial volontairement étique.

  • Modulations Ă©nergisantes,
  • gammes tonifiantes,
  • lĂ©gers ritendi permettant ensuite de lĂ¢cher la bride Ă  des chevaux disciplinĂ©s

alimentent cette conclusion brillante d’une pièce qui sait animer un classicisme de bon aloi par d’indispensables

  • surprises,
  • trouvailles et
  • astuces

admirablement serties dans le jeu

  • prĂ©cis,
  • fin et
  • toujours dĂ©licat

de Monica Leone et Michele Campanella. Ainsi se concluent les soixante-quatorze premières minutes du double disque. BientĂ´t dĂ©butera l’exploration des soixante-quatorze minutes suivantes !


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Éclats de rires divins, première série : le rire des Cieux – 3/5

CollĂ©giale Saint-Martin de Montmorency, cĂ´tĂ© sacristie (dĂ©tail), dorĂ©e par le soleil d’Ă©tĂ©, le 21 juin 2025. Photo : Rozenn Douerin.

Le 21 juin, en la collĂ©giale de Montmorency (Val-d’Oise), la nuit des Ă©glises Ă©tait l’occasion de glisser un rĂ©cital autour des rires de Dieu. La troisième improvisation de la Suite fantasque improvisĂ©e autour de cinq rires de Dieu s’enfilochait autour du quatrième verset du deuxième psaume, traduit

  • çà « Celui règne dans les cieux s’en amuse »,
  • lĂ  « Celui qui siège dans les cieux rit ».

Cette double proposition est signifiante car le deuxième psaume est résolument ambigu. Il a

  • un cĂ´tĂ© « vanitĂ© des vanitĂ©s, tout est vanitĂ© », façon l’EcclĂ©siaste, oĂ¹ la finitude humaine est un assommoir poussant Ă  la soumission dĂ©senchantĂ©e ; mais il a aussi
  • un cĂ´tĂ© « tout est foutu, donc carpe diem », poussant Ă  la YOLO attitude et Ă  la revendication d’une forme d’interdiction d’interdire.

Au début du texte est l’amusement insouciant. Double, l’amusement :

  • celui des hommes qui rĂªvent de vivre sans entrave ; et
  • celui de Dieu qui les regarde faire, bonhomme et gentiment moqueur.

L’orgue en rend brièvement compte, entre

  • rebonds toniques,
  • lĂ©gèretĂ© ornementĂ©e et
  • libĂ©ration de la gravitĂ©.

Puis une première anicroche musicale laisse entendre que le carnaval risque de claudiquer un tantinet. Le ver est dans la pomme. Il grignote. Parfois à bas bruit, parfois comme une évidence dont il devient compliqué de dissimuler les dissonances. Le doute

  • s’insinue,
  • devient inquiĂ©tude,
  • contamine l’insouciance plus enfantine qu’infantile de l’incipit.

Le motif liminaire s’effiloche mais demeure reconnaissable, Ă©cho nostalgique d’un dĂ©sir de libĂ©ration et d’ivresse. Les cornets de l’instrument tentent de redonner de la vigueur Ă  ce cri de ralliement des festoyeurs. Cependant, des secondes dissonantes semblent subir les vibrations du rire moqueur de Dieu.

Un bourdon de pĂ©dale, sourd, installĂ© dans le trĂ©fonds des grave Ă©voque cette dĂ©stabilisation inquiĂ©tante, d’autant qu’il apparaĂ®t comme le seul Ă©lĂ©ment stable dans cet Ă©pisode oĂ¹

  • tournoiement vain,
  • ressassement obstinĂ© et
  • entraĂ®nements grĂ©gaires

dessinent, en modifiant le tempo, un espoir désormais désespéré d’échapper à la pesanteur et à la fatalité humaines. Comme en écho au rire liminaire, j’ai volontairement laissé la fin de l’histoire doublement en suspens :

  • en fragmentant la coda et
  • en Ă©vitant de la rĂ©soudre.

L’efficience du rire divin est Ă  la fois manifeste et contenue. Certes, elle a renversĂ© l’insouciance et la rĂ©volte. Certes, elle a vaincu l’autodĂ©termination anthropique et la volontĂ© de dĂ©missionner les Cieux. Toutefois, elle ne l’a pas annulĂ©. Le motif liminaire reste dans la tĂªte. Il faudra

  • rire,
  • rire encore,
  • rire toujours,

mais ça ne suffira pas Ă  dompter les crĂ©atures. Dieu ne s’y trompe pas. Après le quatrième verset du psaume, qui a inspirĂ© cette improvisation, l’heure est

  • Ă  la fracasse,
  • Ă  l’humiliation,
  • Ă  la brisure.

Dieu tout amour n’existe pas, s’il a jamais existĂ© dans l’imaginaire juif. Soudain, Dieu tout lui-mĂªme parle aux hommes « avec fureur, et sa colère les Ă©pouvante ». Il enjoint Ă  son fils de tout dĂ©truire avec son « sceptre de fer » ; il ordonne aux hommes de choisir entre se soumettre et « Ăªtre perdus ». Dans la gamme du psalmiste, le rire Ă©tait n’Ă©tait rien de plus

  • qu’une note de passage,
  • une inquiĂ©tante bizarrerie,
  • une fausse note vite cautĂ©risĂ©e.

Et dans le recueil vétérotestamentaire comme souvent, les meilleures blagues restent toujours les plus courtes. Ce qui paraît long, c’est le reste.

 

Monica Leone et Michele Campanella jouent Schubert (Odradek) – 4/9

Première du disque

 

Après une fantaisie, quatre polonaises, une danse allemande et deux danses paysannes, Monica Leone et Michele Campanella continuent d’effeuiller la marguerite des genres abordĂ©s par Franz Schubert pour piano Ă  quatre mains.  Voici Ă  prĂ©sent le rondo, Ă  travers l’opus 107 dit D.951, composĂ© en 1828, donc Ă  la fin de la vie du compositeur. La friction avec l’opus 138 dit D.608, qui conclura le disque et notre sĂ©rie de chroniques, composĂ©, lui, en 1818, promet d’Ăªtre captivante. C’est toujours sur un Steinway de 1892 qu’est abordĂ© cet allegretto quasi andantino (un piano plus moderne colorera trois pièces ultĂ©rieurement). Le refrain est abordĂ© avec

  • la sĂ©rĂ©nitĂ©,
  • la tranquillitĂ© mais aussi
  • l’allant

requis. On goûte notamment

  • la nettetĂ© des octaves du piano I,
  • la douceur de l’accompagnement du piano II et
  • la prĂ©cision rythmique de l’Ă©noncĂ©
    • (ornementation,
    • triolets,
    • quintolets,
    • sextolets,
    • rythme pointĂ©…).

L’usage judicieux de la pĂ©dale de sustain assure une rĂ©sonance qui n’est jamais floutage mais, au-delĂ  du confort d’Ă©coute,

  • prolongement,
  • accompagnement et, en quelque sorte,
  • gestion du son,

lequel est autant pensé et pesé que posé.

  • La variĂ©tĂ© des couplets,
  • le recours au mode mineur, et
  • les diffĂ©renciations
    • d’accents,
    • de touchers et
    • de phrasĂ©s,

pour partie Ă©crits, pour partie propres aux interprètes, alimentent la richesse d’une partition qui paraĂ®t pourtant simple et benoĂ®te si l’on l’entend au lieu de l’Ă©couter.

 

 

  • La complexification des Ă©changes entre les deux musiciens,
  • la sĂ»retĂ© du tempo et
  • l’art de respirer de concert

permettent de savourer les embardées étonnantes que ménage la partition, notamment en matière de modulations,

  • ici tuilĂ©es logiquement,
  • çà fondues-enchaĂ®nĂ©es,
  • lĂ  secouantes (le Fa Ă  5’48, pour prĂ©parer le Sol7 !).

Plus Ă©nergique, la partie en Ut ne se dĂ©pare point toutefois d’une Ă©lĂ©gance dont tĂ©moigne le dialogue entre les deux partenaires.

  • L’instabilitĂ© tonale,
  • le motorisme du piano II,
  • le pĂ©tillement de notes rĂ©pĂ©tĂ©es dans les registres aigus du piano, mais aussi
  • le plaisir du refrain

alimentent l’intĂ©rĂªt de l’auditeur. Le rapprochement entre la main droite du piano II et la main gauche du piano primo concentre un temps la sonoritĂ© vers le mĂ©dium, ajoutant une couleur Ă  la palette jusqu’ici utilisĂ©e par Franz Schubert. Ce nonobstant, ici comme ailleurs,

  • nulle affèterie mignarde,
  • nulle agogique minaudante,
  • nul stabylotage intempestif.

Triomphent

  • l’Ă©coute mutuelle des pianistes,
  • une profonde intelligence de la partition, et
  • un sens de la musicalitĂ© impressionnant (jusque dans le dĂ©tail de la walking bass autour de 9’50, par exemple, avec la sĂ©lection des blue notes Ă  faire sonner plus que les autres…)

Le lead confié au piano II pour le retour du Fa signale le louable souci de renouvellement du compositeur, par-delà la cyclicité propre à la forme du rondo. La coda associe

  • la libertĂ© de la presque cadence rubato,
  • la nettetĂ© du finale commun, et
  • la jubilation du point d’orgue avalant le son dans le temps long du silence.

Une proposition jamais spectaculaire, toujours délicate : de quoi mettre en appétit pour les 8 variations opus 35 qui concluent le premier disque et que nous évoquerons très prochainement !


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De l’art d’avoir la patate

Sleepy from Sleepy & Partners, le 11 août 2025 aux Batignolles (Paris 17). Photo : Rozenn Douerin.

 

Les Anciens habituĂ©s Ă  frĂ©quenter le prĂ©sent site se souviennent sans doute des trente-cinq analyses organologiques sur la granularitĂ© sonore des instruments d’Ă©glise signĂ©es par Sleepy & Partners. Or, ce tout tantĂ´t ou quasiment, quelle ne fut point notre stupeur quand, coulant un regard par la fenĂªtre, nous aperçûmes le Grand VĂ©nĂ©rable de la congrĂ©gation qui cultivait son jardin – sans doute en attendant un nouveau dĂ©fi.
« Ce n’est pas parce que l’on inspecte les orgues cĂ©lestes qu’il ne faut pas garder les pieds sur terre », nous a-t-il lancĂ© avant d’aller son petit bonhomme de ch’minounet. Dont acte, comme l’on dit quand on ne sait guère comment conclure.


Retrouver les trente-cinq expertises organologiques esquissées par la congrégation coopérative Sleepy & Partners en cliquant ici.

Monica Leone et Michele Campanella jouent Schubert (Odradek) – 3/9

Première du disque

 

Les danses pour piano de Franz Schubert sont souvent considĂ©rĂ©es, en grande partie, comme la petite monnaie des grosses coupures que seraient les chefs-d’Å“uvre du compositeur. Pourtant, mĂªme s’il est Ă©vident que les quatre polonaises opus 75, Ă©voquĂ©es dans le deuxième Ă©pisode de cette chronique d’Insieme, n’ont ni l’ambition ni la puissance de la fantaisie en fa mineur opus 103, Ă©voquĂ©e dans le premier Ă©pisode. NĂ©anmoins, Monica Leone et Michele Campanella semblent rĂ©solus Ă  ne pas s’en tenir aux mastodontes du catalogue pour Ă©largir un peu notre image gentiment Ă©triquĂ©e et sagement conventionnelle de la geste schubertienne. Dans cette perspective, l’auditeur doit admettre qu’il ne sera pas soufflĂ© par la force Ă©motionnelle Ă©manant de la musique ; il est appelĂ© Ă  profiter de divertissements bien troussĂ©s et exĂ©cutĂ©s avec soin.
En tĂ©moigne le D.618, composĂ© en 1818 et constituĂ© de deux parties. La première est une danse allemande agrĂ©mentĂ©e de deux trios. La danse allemande, un trois-temps en Sol, est d’une Ă©lĂ©gance confondante en dĂ©pit de son cĂ´tĂ© terrien

  • (rythme,
  • simplicitĂ© harmonique,
  • cyclicitĂ© des motifs)

Nulle bourrinade dans cette version, mais une dose ébouriffante de finesse :

  • le pianissimo exigĂ© par le compositeur unit les quatre mains dans une mĂªme douceur ;
  • l’appui sur le premier temps se fond dans l’anacrouse swing ;
  • les petits mordants ajoutent une rĂ©vĂ©rence Ă  la chorĂ©graphie imaginaire des danseurs.

 

 

Le premier trio trouve un nouveau souffle en transformant le 3/4 en 6/8.

  • Ça gambade,
  • ça sautille avec plus de mordants,
  • ça contraste entre
    • forte piano,
    • piano,
    • sforzendi,
    • forte…

Tout est senti :

  • les ralentis modĂ©rĂ©s et parfaitement synchrones,
  • les crescendi et
  • l’accompagnement Ă  la fois discret et efficace assurĂ© par Michele Campanella.

Le second trio, invitation non dissimulée à boire chopine, brille par

  • ses accents,
  • ses tierces simples et entraĂ®nantes, et
  • ses changements d’intensitĂ©.

On applaudit

  • le contraste franc et assumĂ© entre la tonalitĂ© d’Ut et le retour du thème en Sol sans penser par le RĂ©7,
  • la friction de couleurs entre un trio franc du collier et un premier motif beaucoup plus intĂ©rieur, et
  • la capacitĂ© de Monica Leone d’user d’une large palette d’attaques, de touchers et de phrasĂ©s.

 

 

L’opus se poursuit avec deux Ländler, id sunt deux danses paysannes. On est toujours Ă  trois temps, Ă©videmment, pour le swing, mais on passe dans la tonalitĂ© de Mi. La première danse saisit par la ligne escarpĂ©e de la mĂ©lodie, jouĂ©e dans des aigus cristallins. La grĂ¢ce de Monica Leone est parfaitement soutenue par la maĂ®trise du clavier que dĂ©ploie Michele Campanella pour en tirer des piani refaisant l’Ă©loge du Steinway 1892 que jouent les deux artistes.
La seconde danse, enchaĂ®nĂ©e, joue sur les diffĂ©rences de sonoritĂ© provoquĂ©es par les changements d’octave, avec une tendance Ă  l’alanguissement quasi chopinienne… La première danse est alors un da capo dĂ©licieux. Comme quoi, des pièces mineurs (en majeur) peuvent faire fondre le petit cÅ“ur sensible de l’auditeur et lui faire avaler son chapeau sur une hiĂ©rarchie de plaisirs mĂ©lomaniaques qui n’existe pas toujours ! Dans ces conditions, manger son chapeau est un plaisir qui relance notre intĂ©rĂªt pour ce disque que les quatre polonaises, en dĂ©pit de l’excellence de l’interprĂ©tation, avait presque mis en question.


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RĂ©inventer l’Ă¢ge de faire

Le 19 mai 2025 au thĂ©Ă¢tre du Gouvernail (Paris 19). Photo : Rozenn Douerin.

 

L’avantage – ou l’inconvĂ©nient – de prendre de l’Ă¢ge pour ne pas mourir tout de suite est de se poser des questions en grande partie inaccessibles Ă  la jeunesse. Par exemple ?

  • Grandit-on jamais ou se contente-t-on de vieillir ?
  • Faut-il renoncer Ă  devenir pour se rĂ©soudre Ă  Ăªtre ?
  • Quand cesse-t-on de se confronter Ă  ce que l’on pourrait Ăªtre pour se contenter de regretter ce que l’on aurait pu Ăªtre ?

VoilĂ  quelques-unes des pistes explorĂ©es Ă  l’occasion du tour de chant Tout est un possible, fomentĂ© le 19 mai 2025 au thĂ©Ă¢tre du Gouvernail. Et l’une des rĂ©ponses, concoctĂ©e avec l’aide de Claudio « Il Professore » Zaretti, Ă©tait, ce jour-lĂ , celle qui frĂ©tille ci-dessous.

 

Monica Leone et Michele Campanella jouent Schubert (Odradek) – 2/9

Première du disque

 

Les quatre polonaises de 1818, opus 75, codĂ©es D.599, s’ouvrent sur une danse en rĂ© mineur. Monica Leone et Michele Campanella tĂ¢chent d’y associer

  • rythmique fonctionnelle,
  • mignonnitude de la ligne mĂ©lodique parfois doublĂ©e Ă  l’octave, et
  • contraste du trio.

Cela est fait avec un mélange

  • de sĂ©rieux,
  • de dĂ©licatesse et
  • de foi

dans une Å“uvre dont l’intĂ©rĂªt est surtout d’Ăªtre moins intĂ©ressante que les grandes pièces pour quatre mains, ce qui permet Ă  l’auditeur de relĂ¢cher sa tension et son Ă©motion après la prenante Fantaisie en fa mineur. La polonaise en Si bĂ©mol majeur

  • sautille joliment dans les aigus,
  • respire avant ses reprises,
  • sublime ses nuances piani d’accompagnement et de lead.

C’est fait avec un goĂ»t extrĂªme (ceci n’est pas une insulte) sans convaincre que le savoir-faire artistique des interprètes ne tente pas un peu vainement de sublimer une partition fort pimpante – c’est pas si mal – mais guère frissonnante.

 

 

La polonaise en Mi confirme les qualitĂ©s ouĂ¯es prĂ©cĂ©demment :

  • science du toucher,
  • astuce du phrasĂ©,
  • capacitĂ© de placer l’accent juste pour rendre punchy l’Ă©noncĂ© mignon.

L’exĂ©cution est remarquable.

  • La mĂ©lodie est dĂ©liĂ©e (les ornementations !) mais dĂ©cidĂ©e,
  • l’accompagnement est lĂ©ger mais assurĂ© et prĂ©sent,
  • les effets de synchronisation sont admirables mais d’un naturel confondant.

Quoique dĂ©lectable, l’Ă©coute mais laisse le fan de Schubert sur le guĂ© s’il n’est pas hardcore : jouĂ© par de tels artistes, c’est

  • plaisant Ă  ouĂ¯r,
  • clairement capable d’Ă©blouir techniquement le clampin qui a ploum-ploumĂ© sur un piano avec balourdise et se rend compte qu’il lui manquait un dĂ©tail pour faire musique : le talent, mais
  • tellement loin d’Ă©mouvoir tant ces partitions sont secondaires dans la geste schubertienne.

La quatrième polonaise en Fa n’efface aucun des charmes des pistes prĂ©cĂ©dentes. Il y a

  • de l’Ă©nergie dans l’accent,
  • de la prĂ©cision dans la synchronisation de l’intention,
  • de l’efficacitĂ© dans l’impulsion et
  • de la science musicale dans l’art de donner du sens au propos par la valorisation
    • d’une harmonie,
    • d’un effet d’attente,
    • d’un motif.

Les interprètes n’y peuvent mais : en dĂ©pit de

  • leur perfectionnisme,
  • leur science,
  • leur conviction,

l’urgence de produire ces Å“uvres sur CD ne paraĂ®t pas Ă©vidente. Une explicitation sur le livret aurait peut-Ăªtre dĂ©florĂ© le mystère mais aurait aussi orientĂ© le curieux. Peut-Ăªtre la confrontation d’un opus de 1818 et d’un autre de 1828 nous montrera-t-il pourquoi si, en fait ? Ă€ suivre, donc.


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C’est du propre !

Isaure rhabillĂ©e pour l’hiver grĂ¢ce Ă  sa nouvelle couverture

 

Elle est de retour ! Après avoir

  • cartonnĂ© en grand format,
  • sĂ©duit les lecteurs de livres de poche,
  • fait rire et vibrer les germanophones,

Isaure revient (peut-Ăªtre grĂ¢ce au succès de la sĂ©rie « La femme de mĂ©nage », et alors ?) avec une réédition au Seuil, dans la collection « Points », ornĂ©e d’une couverture tout Ă  fait cosy. De quoi remettre un coup d’Ă©clairage sur un tĂ©moignage choc et puissant qui parle presque moins de l’art du mĂ©nage (quoique…) que

  • de ce que nos intĂ©rieurs disent de nous,
  • de ce que notre relation au petit personnel rĂ©vèle de notre rapport au monde, et
  • de ce que notre façon de suivre benoĂ®tement ou de tenter de bousculer nos destins dĂ©voile de notre conception de la vie, entre la tentation risquĂ©e d’exercer sa libertĂ© et l’abandon confortablement triste Ă  une existence oĂ¹, comme le chantait le philosophe Jean-Jacques G., tout serait jouĂ© d’avance.

Bref, un livre

  • courageux,
  • corrosif et
  • coruscant

qui, treize ans après sa première Ă©dition, n’en finit pas de rester vivant et de vivifier ses lecteurs.

Monica Leone et Michele Campanella jouent Schubert (Odradek) – 1/9

Première du disque

 

Jouer ensemble (« insieme ») : voilĂ  le projet, guère original, de cet ample parcours de l’Å“uvre pour quatre mains de Franz Schubert, une formation qui inspirait particulièrement le compositeur. Bien que le disque soit paru tout rĂ©cemment chez Odradek (livret en anglais et en italien), c’est en juillet 2008 que, armĂ©s d’un Steinway 1892 et des micros de Valter Neri, Monica Leone et Michele Campanella entamaient l’ascension des montagnes schubertiennes par la face D.940, celle de la fantaisie en fa mineur opus 103 de 1828, distribuĂ©e en quatre mouvements. L’allegro molto moderato, tube inusable, distribue clairement les genres : au piano II (Michele Campanella),

  • la rythmique,
  • le groove et
  • l’harmonisation ;

au piano I (Monica Leone), la ligne mĂ©lodique Ă©ventuellement doublĂ©e Ă  l’octave infĂ©rieure. Le swing naĂ®t de l’assemblage entre le balancement du piano II et les dĂ©sĂ©quilibres du piano I :

  • rythmes pointĂ©s,
  • appogiatures,
  • lĂ©gèretĂ© du toucher et des intensitĂ©s contrastant avec la tension ou la nostalgie ici diffusĂ©e par le mode mineur.

L’inversion des rĂ´les nourrit la tentation de passer au mode majeur : d’abord penchant vers le La bĂ©mol, soit la gamme relative de fa mineur, elle bascule ensuite en Fa, soit la mĂªme tonalitĂ© qu’au dĂ©but mais dans un mode diffĂ©rent. Les pianistes transforment ces considĂ©rations ascĂ©tiques en musique par

  • la dĂ©licatesse de leurs touchers qui Ă©crĂªte les arĂªtes en prĂ©servant leur rĂ©jouissante Ă¢pretĂ©,
  • leur capacitĂ© Ă  unifier le son sur l’ensemble des registres sans aplatir les contrastes nĂ©cessaires aux dynamiques, et
  • leur sens du rythme qui donne de l’Ă©paisseur mais aussi du mystère Ă  leurs respirations et aux silences.

Des accents forte et des triolets entĂªtĂ©s marquent le retour en fa mineur mais pas la fin des modulations. Le calme semble revenir quand le motif liminaire revient avec sa guirlande d’arpèges en triolets ; puis une mutation en majeur suggère une rĂ©solution solaire que fait trembler l’arrivĂ©e du largo en fa dièse mineur. L’ambiance martiale est propulsĂ©e avec Ă©nergie par Monica Leone et Michele Campanella grĂ¢ce

  • Ă  des accords staccato descendants auxquels rĂ©pondent des octaves ascendantes du piano II,
  • Ă  des rythmes doublement pointĂ©s, et
  • Ă  la rugositĂ© des sforzandi.

On apprécie

  • l’instabilitĂ© tonale,
  • les variations de couleurs,
  • les Ă©changes entre les pianos et
  • le temps laissĂ© aux suspensions du discours

qui jouent pleinement la carte de l’interlude, comme improvisĂ© avant le retour d’un tempo Ă©nergique.

 

 

L’allegro vivace, ternaire, travaille la complĂ©mentaritĂ© entre

  • accents sur le premier temps,
  • dĂ©liĂ© des croches et
  • efficacitĂ© des possibles variĂ©s offerts par le duo
    • (de deux Ă  quatre mains,
    • avec un accompagnateur en I ou en II,
    • possibles effets d’entraĂ®nement mutuel).

Monica Leone et Michele Campanella se distinguent par

  • la prĂ©cision de leurs effets,
  • leur absence d’affèterie et
  • la lĂ©gèretĂ© d’un toucher confĂ©rant un supplĂ©ment de paillettes Ă  la danse.

Le passage « con delicatezza » en RĂ© n’Ă©chappe pas Ă  cette esthĂ©tique qui sait

  • se parer de grĂ¢ce,
  • s’enivrer d’Ă©lĂ©gance mais aussi
  • se tendre brusquement lorsque le texte l’exige.

Après le retour de la partie A, une jolie transition revient au tempo primo avec sa tonalitĂ© de fa mineur et son thème dont on ne sait s’il est

  • nonchalant,
  • nostalgique ou
  • empreint d’une ensuquante lassitude

mais dont la douceur et l’amertume nous saisissent pour notre plus grand dĂ©lassement. DĂ©sormais,

  • ses hĂ©sitations tant modales que tonales,
  • ses contrastes de caractère et
  • son allant paradoxal avec
    • rythmes pointĂ©s,
    • friction du ternaire contre le binaire,
    • accents excitants

nous sont familiers et se parent cependant de nouvelles vĂªtures – ainsi de ce fugato qui

  • nourrit le propos sans l’enflammer,
  • fait circuler le thème sans l’estomper derrière une polyphonie massive, et
  • ajoute un pli Ă  l’Ă©ventail du dĂ©veloppement crĂ©atif indispensable Ă  la « fantaisie » sans, pour autant, opter pour la veine rhapsodique.

Coda méditative incluse, dans cette interprétation, il y a

  • de la rigueur,
  • de l’honnĂªtetĂ©,
  • de la variĂ©tĂ©
  • de la sensibilitĂ© et
  • de la finesse.

Une aguichante porte d’entrĂ©e pour aborder les cent dix-neuf minutes qui sont au programme !


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